Sel. Ind. Ep.,p
saint FRANÇOIS XAVIER. T. II. 8
le large. Les Badages les poursuivirent à coups d'espingoles et, malgré leur peu d'adresse, en tuèrent quelques-uns.
Le Père Criminale se trouvait près de là, faisant le catéchisme. Soudain une multitude de fuyards l'entoura. Il essaya de mettre un peu d'ordre dans la cohue. 11 fit embarquer femmes et enfants avec leur petit mobilier. Lui-même eût pu s'enfuir ; on le pressait de s'éloigner en mer; il n'était que temps. Mais, comme une masse de pauvres gens restaient sur le rivage, il ne consentit pas à les abandonner.
Bientôt il est cerné par un gros de cavaliers qui lui coupent la retraite. Son catéchiste est tué. Lui, se met à genoux, les mains et les yeux levés vers le ciel. A cette vue, les cavaliers s'arrêtent, n'osant frapper. Ils se contentent de lui enlever son bonnet. D'autres passent; le Père prie toujours. Ils le forcent à se lever, font le geste de lui asséner un coup, puis le laissent et s'éloignent. Arrive une troisième bande. Un des cavaliers coiffé d'un turban^ l'atteint d'un coup de lance au flanc gauche. D'autres surviennent et veulent lui enlever ses vêtements. Lui-même déboutonne le col de sa soutane et les aide à le dépouiller. Alors, blessé, presque nu, il se lève et entre dans l'église : le matin même, ily avait encore dit la messe. Se voyant suivi par quelques Badages, il se retourne, leur fait face et s'agenouille. Un second coup de lance l'atteint en pleine poitrine. Il retire le fer de la plaie, se relève et fait quelques pas vers l'autel. Frappé de nouveau, il retombe à genoux. C'était sa coutume, au plus fort de sa vie d'apôtre, de se mettre par jour vingt et trente fois à genoux pour prier. Dieu lui accorde de mourir comme il a vécu, dans l'acte de la prière. Peut-être respiret-il encore, quand on lui coupe la tête. Puis les meurtriers s'en vont dans une pagode rendre grâces aux dieux. Criminale n'avait que vingt-neuf ans et en avait passé quatre en mission.
Cette mort excita un saint enthousiasme : « Rendez grâces à Dieu, écrivait l'évêque à Jean III, de ce que, vous vivant, sur des terres soumises à votre autorité, pareil événement se soit produit^. »
1. On a conclu de ce détail que le meurtrier était musulman : mais le turban est porté aux Indes par d'autres que les sectateurs de l'Islam.