II. — Luttes intérieures
François ajoute : « L'ennemi s'agite fort pour empêcher ce voyage. Je ne sais ce qu'il appréhende de notre entreprise^. » Qu'est-ce à dire? Les empêchements cette fois ne venaient ni des autorités, ni des marchands. Tout le monde à Malacca favorisait une œuvre évidemment utile. Le grand obstacle était dans l'âme du saint, suscité par l'enfer. Il y a là un mystère dont il faut essayer de soulever le voile.
Il partait, certain de suivre la volonté de Dieu ; et, à l'adresse de ceux, car il y en avait, qui désapprouvaient ce voyage, il disait à saint Ignace : « Depuis que j'ai reçu des informations sur le Japon, j'ai réfléchi longtemps avant de prendre une détermination. Mais Notre-Seigneur m'ayant donné le sentiment intime que c'est sa volonté que j'aille le servir là, il me semble que si je ne le faisais pas, je serais pire que les infidèles de ce pays 3. » Il était si sûr d'être dans le vrai, qu'il était prêt à dégarnir les autres missions pour celle-là. Il disait au Père Balthasar Gago : « Tenez-vous prêt pour le moment où je vous appellerai. Si je vois que le fruit est plus grand au Japon, je vous écrirai de venir me rejoindre là où je serai ^. » Aux Pères des Moluques : « Si je vois qu'il se fait plus de fruit au Japon qu'ailleurs, je vous appellerai près de moi. Soyez prêts avenir^. »
Et à Simon Rodriguez lui-même : « Je vous enverrai une longue relation; et ce ne sera pas merveille alors si vous préférez le Japon au tumulte de la cour. En vérité, je crois que vous en avez assez 6. »