I. — Le courrier de novembre
Ses premières impressions personnelles sur les Japonais, saint François Xavier les écrivait dans les premiers jours de novembre, deux mois et demi après son arrivée. Vers ce tempslà en effet, une occasion se présenta de faire passer sa correspondance à Malacca^ Avant tout il avertissait le capitan que l'entreprise si bien secondée par lui avait réussi. Il comptait toujours aller à Miyako, une ville dont on lui disait des merveilles, et y fonder une église de Notre-Dame. Bientôt, dans les tempêtes, on invoquerait la madone de Miyako, et cela grâce à don Pierre da Silva^.
Les autres lettres étaient pour Goa. L'on sent à les lire que le collège et son recteur restaient la grande préoccupation du saint. Ce qu'il avait dit et écrit avant de quitter les Indes, ce qu'il avait, de Malacca, redit avec insistance, il le répète. Gomez et Paul de Camerino doivent s'adonner à l'humble ministère des catéchismes, et, comme lui, parler pour se faire comprendre, donc dans le patois des esclaves. A Gomez surtout de prendre pour lui cet avis : prédicateur à la mode, il doit enseigner la doctrine à la cathédrale^. Evidemment François
1. Les Mon. Xai'. donnent pour cette date 7 pièces, du n. 89 au n. 95. Les nn. 89 et 91 sont apocryphes. Il reste donc 5 lettres, datées du 5 novembre : aux Pères de Goa (p. 572) ; à Barzée, Gage et Garvalho (p. 642); à Paul de Camerino et Gomez (p. 643); à Gomez (p. 646); au capitan de Malacca (p. 652). — On a perdu le petit mémoire sur l'entrepôt à fonder au port de Sakai (p. 648); de même une lettre du Père Cosme de Torrès (p. 647). On a encore la lettre de Paul de Sainte-Foi aux Pères de Goa [Sel. Ind. Ep., p. 88).
CANGOXIMA 153
juge que le recteur est trop porté aux œuvres ambitieuses, trop attaché à la ville de ses succès. Délicatement il essaie de dégager ce cœur, de lui inspirer des vues plus hautes. Le Japon doit être l'objet suprême de ses désirs. Il lui écrit ^ :
« Je n'ai qu'une chose à vous dire : vous ne quittez pas ma pensée, et peut-être vous désiré-je plus de bien spirituel que vous ne vous en souhaitez à vous-même. Je vous le recommande, à vous, plus qu'à tous nos frères de l'Inde, veillez sur vous; pas de négligences en un point si grave. Si vous oubliez celui-là, je n'ai plus rien à vous dire. Si vous l'avez toujours sous les yeux, j'espère bien pouvoir, sous peu, vous mander de venir ici à Miyako ou à Bandu, réaliser vos saintes ambitions. Le Père Gosme de Torrès, votre ami, vous écrit. Dans sa dévotion, il vous souhaite une foule de choses qui ne sont pas pour vous. Tout se fera en son temps. Je vous réserve des perspectives plus grandes que tout ce que vous pouvez désirer, vous et lui. Ne vous étonnez pas si, avant trois ans, je vous écris de venir résider ici, en quelque grande université. Peut-être y aurez-vous plus de consolation, et y ferez-vous plus de bien qu'aux Indes : oui, plus de consolation que vous ne croyez-. »
Un mot ensuite pour lui rappeler la concorde avec Paul de Gamerino. « Tout ce que je vous écris, — il s'agit d'une foule de recommandations de détail, relatives au voyage des missionnaires vers le Japon — communiquez-le à Micer Paul et ne faites rien qu'avec son avis et son autorité^. » Enfin un dernier conseil sur les rapports avec l'évêque et le vicaire général : obéissance et humilité.
Jusque-là Xavier avait dicté sa lettre. Arrivé à cet endroit et sur le point de signer, lui-même prend la plume et il écrit, non plus en castillan, mais en portugais, la langue même de Gomez : « Pour l'amour de Notre-Seigneur, je vous en prie, faites-vous beaucoup aimer de tous ceux de la Gompagnie, de ceux de la maison, et, par lettres, de ceux du dehors. Enseignez les prières en quelque église — je préférerais pour vous la Se (la cathédrale).