‹ Saint François XavierChapitre 524 sur 820 · Mon. Xav., p · texte numérisé non relu

Mon. Xav., p

CANGOXIMA 151

tait? La foi sans doute, et, avec la foi, un levain de vie qui fera fermenter les âmes. Toutes ces forces intellectuelles et morales auxquelles le bouddhisme avait imprimé des mouvements morbides, incomplets ou exagérés, prendront ampleur et force, vie et santé. Dans cette atmosphère nouvelle et vraiment divine, l'âme japonaise quittera ses attitudes contournées, où elle ressemblait aux cèdres nains de ses jardins symboliques, pour s'étendre au large, en liberté, comme les grands érables de ses collines.

A son instinct de sacrifice, la foi donnera un but précis et sublime. Son insouciance devant la mort, transfigurée par l'amour de Jésus-Christ, deviendra l'enthousiasme des martyrs. Le sentiment, plus artistique que moral, de l'inconsistance des choses se transformera en mépris ascétique pour le monde.

Puis, voici de véritables créations. Hier, le Japonais ne soupçonnait pas l'amour de la vérité, la lutte pour les idées, la passion de l'absolu; le Japonais chrétien mourra pour son Credo. Hier, pas même la notion de la chasteté. On trouvait de tout dans l'idéal du bushi, le chevalier japonais, mais pas cela : on y trouvait même exactement le contraire ' . Et voici que la pureté germe partout. Hier encore, tout le système philosophique japonais aboutissait à la négation du moi, à l'absorption de la personnalité et, par suite, à l'oubli des responsabilités individuelles. Avec cette conception orientale où le moi n'est plus qu'un agrégat d'inconcevables complexités, accumulées par des vies antérieures, plus de morale possible et aussi plus de dignité personnelle, plus d'hommes. Le christianisme va renverser toutes ces conceptions avilissantes et rendre à l'âme, au moi, sa dignité perdue, ses droits, sa fierté. Pour la première fois, depuis des siècles, on saura au Japon ce que c'est qu'une conscience. Le sentiment profond des droits du for intérieur se réveillerade son long sommeil. C'est lui qui remplira d'aise les catéchumènes de Xavier, et d'autres encore, quand il écrasera de ses ironies l'hypocrisie des bonzes, et nous comprenons le cri de l'apôtre : « Ces Japonais chrétiens, ils sont mes délices. »

1. Cap. Brinklet, Japan, ils history, arts and Uleraturc, 1901, t. II, p. 217.

Page 1