Fernandez, cité par le Père Frois, Gros, II, p
chez les laïques, surnageait encore à fleur de conscience. « Ceux qui ne sont pas bonzes, écrit-il, sont heureux de nous entendre attaquer cet abominable péché. Ils avouent que nous avons grandement raison de traiter de misérables ceux qui le commettent. » Souvent, les prêtres bouddhistes ne s'irritaient pas encore ; ils s'étonnaient et, aux attaques du saint, répondaient par des rires et des haussements d'épaules <.
Et pourtant Xavier s'était fait des amis jusque parmi ces étranges ascètes. « J'ai causé souvent avec certains bonzes plus instruits, dit-il, surtout l'un d'eux, très respecté de ses confrères pour sa doctrine, sa vie, sa dignité et aussi son âge, quatrevingts ans. 11 s'appelle Ninjit, c'est-à-dire, enjaponais « cœur de vérité ». 11 est comme leur évêque ; heureux si son nom lui convenait!... Il se montre tellement mon ami, que c'est merveille^. » Ninjit était un vieillard naturellement affable et doux, faisant le bien. H aimait la conversation du Père, goûtait ses enseignements qu'il déclarait conformes à la raison. Il s'ouvrait à lui en toute sincérité. Il avouait, et cet aveu devait coûter à sa fierté de Japonais, que le bonze étranger en savait plus long que lui ^.
Xavier amenait volontiers la discussion sur la vie future. Le bonze admettait une certaine survivance de l'être humain. Mais, lorsque le saint lui demandait en quoi cela consistait, il ne recevait que des explications flottantes. Sa précision de théologien occidental donnait aux horizons philosophiques une netteté de contours déconcertante pour l'esprit bouddhique. Que répondre à cette question : croyez- vous l'âme immortelle? quand on admet à peine la personnalité, quand le repos définitif du nirwana ne comporte ni la persistance d'un moi conscient, ni l'anéantissement, mais son absorption dans l'absolu ? Xavier ne se doutait guère de ce qui se cachait d'illogisme, aimé pour son