‹ Saint François XavierChapitre 553 sur 820 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

CANGOXIMA 175

Il existe malheureusement une version moins consolante. Le Père Frois, qui était en mesure d'être renseigné, écrit : « Comme l'étoile qui mena les Mages et n'entra pas avec eux, Paul, après avoir instruit les autres, demeura dehors; on ne dit pas cependant qu'il ait jamais abandonné la foi chrétienne \ mais, poussé par la misère, il se mit à faire le métier de bafan^ le long des côtes de la Chine... Le bafan est un pirate qui joint à ses coups de mains sur mer, des coups de mains sur les rivages aux dépens des groupes de pécheurs ou d'autres pauvres gens qui ont là leurs habitations. Parti avec d'autres pour une de ces expéditions, il y fut tué. Espérons qu'avant de mourir, il aura eu la contrition de ses péchés. On n'a pas su autre chose de sa fin 2. »

Il y a une lacune dans ce récit. Frois ne nous dit pas quelle fut la cause de cette misère où tomba le pauvre Yajiro. S'il est vrai, comme le disent les autres historiens, que ce fut par suite des persécutions endurées pour la foi, comment ne pas espérer largement en la miséricorde de Dieu? Soyons sûrs que les prières de Xavier ont suivi le pauvre prodigue jusque dans sa vie de pirate 3.

Les années se passent. Continuellement en guerre avec les provinces voisines, le Satzouma s'est refermé au Christianisme. Les daimyô donnent parfois une liberté qu'ils se hâtent de retirer. Cangoxima a la réputation d'être le coin du Japon le plus réfractaire à l'Evangile. Nulle part autant de bonzes, et nulle part plus acharnés^. Les Pères viennent cependant, de loin en loin, visiter les chrétiens, et ils constatent que le souvenir de Xavier vit toujours. Au milieu des idolâtres, ils trouvent de vaillantes chrétiennes, ses filles spirituelles, restées fermes dans la foi^. En 1605, le Père Louis de Nagasaki, Japonais,

1. D'autres, à Cangoxima, avaient été moins heureux. Valignano, p. 122.

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