Gros, p
2. Tre lettere annue del Giappone de gli anni 1603, 160k, 1605, Rome, 1608, p. 182.
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de bel aspect, apparurent là et mirent en fuite mes ennemis... » Alors seulement le père se ressouvint de Maître François et il lui amena sa fille. Or, dès que celle-ci fut en présence de Maître François et de ses compagnons, elle demeura un instant comme ébahie, et puis elle dit à son père : « Les voilà, les hommes qui m'ont délivrée! » Alors, se mettant à genoux devant Maître François, le père, tout en larmes, le remerciait. Maître François, le relevant, lui dit: « Rendezgrâces à Notre-Seigneur Jésus-Christ, Sauveur des hommes! » Peu après, le riche de Cangoxima s'instruisait de la doctrine chrétienne, et il recevait le baptême avec tous les siens. « Ainsi parle le Père Louis dans son livre, ajoute l'annaliste de Macao; et, moi qui l'ai connu, je ne saurais douter qu'il n'ait bien vérifié toutes choses avant d'écrire^. »
Le souvenir de saint François Xavier ne s'éteignait donc pas dans cette intéressante petite chrétienté. 11 n'y manquait pas de baptisés énergiquement fidèles à ses enseignements. Pour d'autres, l'abandon avait eu ses conséquences inévitables; leur christianisme dégénérait. Un prêtre japonais d'Arima, en 1607, découvrit dans le Satzouma une secte que l'on disait nouvelle et qui abhorrait les religions nationales. Le Père alla aux informations, il interrogea deux des plus anciens parmi les adeptes; évidemment il était en présence de chrétiens oubliés. Probablement baptisés dans les premiers temps par François Xavier lui-même, visités deux ou trois fois par les Pères de la Compagnie, ils avaient vu leurs missionnaires obstinément écartés ou chassés par les bonzes et par le prince. Il fut aisé de les éclairer : cinq reçurent le baptême. Une bonne vieille, à qui le Père demandait si elle avait des objets superstitieux, tira de son sein deux rosaires en bois noir tout usés. Les gens l'accusaient d'être sorcière, et sorcière habile. Au moyen de cérémonies particulières elle guérissait les malades. La vieille se défendit. Aux malades, elle se contentait de faire toucher des reliques qu'elle montrait, priant Dieu de les guérir, et ils guérissaient. Le Père examina le reliquaire. Dans une
1. Gros, II, p. 75, 76. Le prêtre Japonais reproduit-il ici un récit recueilli par lui à Cangoxima? Peut-être, mais il est à noter qu'il se lisait déjà presque tel quel dans Tursellini, édition de 1496 (1. IV, ch. 3), neuf ans avant son voyage dans le Satzouma. Peut-être le P. Louis s'est-il servi de cette biographie pour rédiger ses propres souvenirs.
SAINT Fr.ANCOIS XAVIER. — T. II. 12
bourse de coton, il trouva un petit paquet recouvert de papier avec cette inscription : lignum Crucis. La relique était à l'intérieur. Il y avait encore un morceau de cire rouge qui avait dû être un agniis Dei^ et une médaille d'étain aux efiigies de Notre-Dame de la Conception et de Jésus agonisant. Le Père présuma que ces objets venaient de François Xavier'.
Cette fidélité à la foi, en dépit de Tisolement et de la persécution, au milieu d'une atmosphère saturée de paganisme, ne faisait-elle pas présager la longue persévérance d'autres groupes japonais à travers deux siècles d'abandon absolu et de violences? Xavier avait raison, il y avait là un peuple à part et qui méritait qu'on fit pour lui, en argent, envies d'hommes, en fatigues, tous les sacrifices possibles.
Ajoutons-le, on a reproché parfois à notre saint, nous l'avons vu ailleurs déjà, d'avoir été trop vite dans son apostolat, de n'avoir pas assez pris le temps d'instruire ses néophytes. Qu'il ait été vite en certains cas, et plus vite qu'il ne conviendrait à d'autres, on ne peut le nier. Du moins, ce n'est pas au Japon. Cent à cent cinquante néophytes, gagnés en un an à Cangoxima, ne sont pas un chiffre à scandaliser les partisans de la prudenceuniforme. Mais il n'y a pas que le nombre des convertis. à considérer; il faut voir la solidité des conversions. Les néophytes japonais ont été peu nombreux. Nous n'oserions assurer que tous ont persévéré : l'exemple de Yajiro montre qu'il y eut, sinon des apostasies, au moins des défaillances. Mais beaucoup, et plus que ne le disent expressémentles lettres des missionnaires, gardèrent la foi, quelque gênante, mortifiante et crucifiante qu'elle fut, que leur avait prêchée ce passant étranger.
Qu'était-ce donc que cet homme ?
Il avait grand'peine à parler la langue du pays; il lui fallait recourir à un interprète, et nous savons si le procédé est défectueux ; ou bien il se contentait de lire, dans un petit cahier, un texte dont il eût été embarrassé de faire le mot-à-mot. Il parlait à des gens très entêtés de leur supériorité nationale, répugnant
1. Fernand Guerrero, S. J., Relaçani animal das causas que fizeram os padres da C. de J(::.i(r, nas partex da fndia Oriental... nos annos de 601 et608..., Lisbonne, 1611, 3* partie, Cf. L. Pagks, C/irislianisme au Japon, t. I, p. 151, 153. Ces chrétiens sont appelés dans (luerrero des Tendgicouchou : c'est le mot Tengicu^ ou Cliengico, que nous avons déjà rencontré.
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alors infiniment aux nouveautés. Il leur présentait une religion étrangère, très noble, très belle, mais qui contrariait toutes les idées reçues et ne manquait pas d'attirer, sur ses adhérents, l'animadversion de confréries puissantes. Et cependant, cet homme, que l'on comprenait à peine, se conquérait des disciples chez les gens du peuple, chez les nobles, jusque chez les bonzes. En huit ou dix jours parfois, c'étaitfait.
Conviction raisonnée; car, dans la mentalité japonaise, le bouddhisme n'avait pas tué absolument le sens de la logique. Les auditeurs de Xavier étaient accessibles à l'argumentation suivie, et ouverts à l'évidence des preuves morales. Conversions durables, qui résistaient à tout, même à l'isolement, même à la persécution.
Les historiens japonais disent, pour expliquer le fait, que ces néophytes ne savaient pas ce qu'ils acceptaient, qu'ils prenaient le christianisme pour un bouddhisme plus noble, mais sans différence essentielle avec la religion du pays. Ils savaient bien pourtant que ce prétendu bouddhisme épuré enseignait l'immortalité consciente de l'âme, l'absolue responsabilité des actes individuels, qu'il niait la transmigration avec ses conséquences fatalistes et immorales. Ils savaient par-dessus tout que cette religion des « barbares du sud » imposait un idéal de chasteté absolument contraire aux usages invétérés du pays, absolument au-dessus des pauvres forces humaines. Et, quelles que pussent être leurs défaillances, ils avaient accepté ces lois et cet idéal; ils avaient essayé de les faire passer dans leur vie pratique.
Il est vrai, l'instruction avait été sommaire. Pourtant, lorsqu'on a devant soi un auditoire curieux d'apprendre, avide de vérité, qu'on n'est pas obligé, comme ailleurs, de revenir indéfiniment sur les mêmes détails pour les fixer dans les esprits indolents, que la vérité, au contraire, entre toute seule dans l'âme et y reste, on peut enseigner bien deschoses en peu d'heures. Il y a plus.
Les anciens biographes ont enregistré cinq ou six faits miraculeux sur des témoignages de valeur inégale. Plus d'un indice montre qu'il y en eut d'autres. Ils ne semblent pas avoir fait grande impression, puisque le nombre des baptisés resta petit.
Mais il en est un qui paraît avoir échappé aux historiens, ou que peut-être, faute d'une expression meilleure, ils ont confondu avec le don des langues. Nous avons cité, quelques pages plus haut, ce mot d'un bonze recueilli par Louis d'Almeida : «Quand le Père Maître François parlait, bien qu'il pût à peine s'exprimer, mon intelligence restait convaincue. » Un témoin irrécusable, le Japonais Bernard, compagnon de Xavier durant plus de deux ans, qui le suivra de Gangoxima aux Indes et ira mourir en Europe, disait aux Pères de Lisbonne et de Rome : « Dans mon pays, le Père était tenu pour le plus grand des Européens. Il ne ressemblait pas aux autres missionnaires, ses compagnons, qui ne répondaient qu'à un interlocuteur à la fois et ne résolvaient les difficultés des païens que les unes après les autres. Le Père Maître François demandait aux gentils qui venaient lui parler ce qu'ils voulaient. Ils étaient là dix ou douze, alléguant chacun son objection. D'une seule réponse, le Père satisfaisait atout.» — « Je lui opposai, dit le Père de Quadros que, sans doute, ces objections portaient sur un même point : « Non, me répondait-il, elles étaient très diverses » ; et il ajoutait : « Cela ne se produisit pas une fois, mais c'était comme une habitude chez lui, et, sans aucun doute, il y avait là un grand don de Dieu^ » Le prodige n'était pas sur les lèvres du prédicateur. Il continuait à lutter péniblement contre une langue rebelle : mais une lumière supérieure illuminait les consciences. Dès lors qu'était-il besoin de longs enseignements? A ces âmes intelligentes, et quelquefois généreuses, pieu parlait lui-même : leçon plus pénétrante que tous les discours humains.
1. Sel. Ind. Ep., p. 189. Bernard fit le même récit au P. Ribadeneira (Vida de S. Ign., 1. IV, ch. 7).