‹ Saint François XavierChapitre 605 sur 820 · Gros, p · texte numérisé non relu

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de la chair humaine ; et autres calomnies, toujoursîes mêmes '. Sur ces entrefaites, 27 ou 28 septembre, une révolution éclata que personne n'attendait. Rien de plus banal dans le Japon d'alors que ce genre d'aventures, et rien de plus banal non plus que les motifs. Ici, vengeance particulière d'un seigneur contre un favori du daimyô ^. Pendant une fête que le prince donnait à des envoyés du Shogun et de son voisin du JJungo, le chef des mécontents, Takafusa, envahit la villeavec des troupes. Dans le désarroi général, les missionnaires demandèrent conseil à leurs amis. L'un d'eux, peut-être ce Naïto que retenait dans l'idolâtrie la crainte d'ameuter les bonzes, ses protégés, leur offrit un asile. Ils mirent en sûreté leur petit mobilier et se hâtèrent vers leur refuge. En route, ils furent menacés par des soldats. Le Japonaischargea un bonze de cacher les deux étrangers dans un couvent fondé et soutenu par lui. Les moines se souciaient peu d'abriter ces hôtes compromettants, « ces démons responsables de tout ce qui arrivait». « Mais, par crainte du maître, on nous donna, raconte le Père de Torrès, un recoin dans la pagode, et là, durant deux jours et deux nviits. les vivres et les choses nécessaires nous manquèrent, mais non la peur. » Pendant ce temps flambaient les bonzeries el les maisons des nobles vaincus. Bientôt le Japonais trouva que le couvent n'était pas sûr pour ses amis. Profitant d'une accalmie, il fit reprendre les deux missionnaires et les cacha

t. Lettre de Fernandez, 20 oct., ibid., p. iG3. — Voici la chronologie approximative de.': événements :

1'"' septembre 1551, — lettre de Xavier au:; marchands portugais; — 6 septembre, après une absence de 5 jours, retour du catéchiste ]\[athiou avec la réponse. Cos dates, fournies par Pinto, sont suspectes.

Le 8 ou le 9, 21 jours avant la révolution du 23, Torrès arrive àYamaguchi (Gro§, p. 157).

Vers la mi-septembre, départ de Xavier (Gros, p. lo'i); il arrive an Bnngo un eamedi (Pinto), donc le 19 septembre.

2S septeiribre, troubles' à Yamaguchi. Torrès reste caché deus jours dans une pagode. (Lettre du P. de T., Gros, p. 158). Une lettre de Torrès aux Pères de Goa porte la date 29 septembre (Cartas, 1570, fol. xliij); mais elle est évidemment antérieure, car elle no contient aucune allusion aux événements de la veille.

1'' octobre; il se réfugie chez un noble, et s'y trouve depuis cinq jours, quand il écrit ti Xavier (Gkos, p. 159).

20 octobre, autre lettre (Carias, fol. xljx), et lettre du Fr. Fernandci [ibid., fol. li, Csn-:, p. 159).

2. Haas, p. 207, 208. Charlevoix pense que les bonzes étaient l'âme dp complot, qu'ils voulaient punir le daimyô de la protection accordée aux prt^tres étrangers. Ils ont certainement cherché à en profiter pour assouvir leur haine, mais l'origine do la vévolulin-, Psl tout autre. Takafusa, qui menait raSTaire, ne refu.sa pas son aide aux missionnaircfs.

dans un réduit long de quatre pieds sur trois de large. G'esl de ià que, cinq jours après, Torrès écrivait à Xavier la lettre d'où nous tirons ces détails ^

Cependant que devenait le daimyô ? Pris à l'improviste, il perdit la tête. L'armée de 3.000 hommes, qui tout d'abord lui était restée fidèle, s'évanouit comme par enchantement, et il fallut fuir. Il gagna la côte, voulant passer dans le Ghicuzen, où, peut-être, il parviendrait à rallier les siens. Mais le vent était contraire : impossible de s'échapper. Alors il prit le parti suprême et sauva son honneur à la mode japonaise, en s'ouvrant le ventre. 11 fit aussi tuer son fils et ordonna de brûler les deux eorps^.

A la capitale, l'anarchie dura une huitaine de jours. Ce ne fut que vois, meurtres, incendies. « On tuait pour se venger, on tuait pour piller », raconte Fernandez^. La fureur populaire s'acharnait sur les bonzes. Pourquoi ? Voulait-on se venger des fourberies impitoyablement mises à nu par les prêtres chrédens?Avait-on de vieilles querelles à liquider ? car, en ce tempsïà, les moines bouddhiques étaient de toutes les révoltes. Quoi au'ilen soit, on leur en voulait; si bien, assure le Pèrede Torrès, [u'il n'est pas resté un monastère à piller ou à brûler'*. Dans •e désastre, il fallait bien s'en prendre à quelqu'un; les boues s'en prirent aux étrangers. « On nous a, tout ce temps, poursuit Fernandez, cherchés pour nous tuer, nous aussi, les ans par haine, les autres pour voler le peu que nous avions. Nous nous sommes vus, bien souvent, proches de la mort. Mais la miséricordieuse main de Celui qui prend soin de ses serviteurs a su nous préserver au milieu de tant de périls^. »

Cosme de Torrès cependant, du fond de sa retraite, se demandait comment cela tournerait. Jusque là, son compagnon et lui en étaient quittes pour la peur. Si les bonzes leur en voulaient, les conjurés les laissaient en paix. Chose extraordinaire où l'on vit la main de Dieu, dans cette sanglante aventure, paft un néophyte n'eut sérieusement à souffrir. Mais qu'al-

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