Le Père Gaspard Barzée à Ormuz
Ailleurs encore le saint ne trouvait que sujets de joie. A l'autre bout de l'empire, au point de jonction des terres indiennes, arabes et perses, surl'îlot d'Ormuz, pendant deux ans, avait travaillé le Père Gaspard Barzée (mai 1549-novembre 1551), et cette page d'apostolat n'est pas une des moins curieuses de cette histoire. Nous voudrions pouvoir citer les longues lettres où, sans vanité comme sans fausse modestie, le missionnaire raconte ses travaux, ses échecs, ses triomphes. Aucun document ne donne une idée plus vivante de ce qu'était la fermentation religieuse dans certains de ces caravansérails orientaux, dès qu'y paraissait un homme de Dieu 3.
Ormuz était bien, de toutes les stations portugaises, la plus étrange. Gros îlot désolé, massif de roches aiguës et bizarres, sans verdure, sans oiseaux, laissantmonter par toutes les fissures du sol des émanations sulfureuses : pas d'étuve, dans le monde entier, comparable à cet écueil,danscecul-de-sac, entre des rives mortes de chaleur. Un enfer: mais là était la clef du grand commerce musulman avec les Indes. Ville légendaire pour ses richesses, invraisemblable bazar regorgeant de porcelaines, d'ivoires, desoieries, de parfums,d'épices,de pierres précieuses'*. Rendez-vous de toutes les races, musulmans de Perse, Juifs de partout et même de Portugal, Indiens brahmanistes et Jainas,