III. — La sépulture
Le Chinois Antoine poursuit son récit :
« Voyant donc que Dieu Notre-Seigneur avait jugé à propos de nous enlever ce saint homme de ce misérable monde, qui ne méritait pas de le posséder, je résolus d'aller au vaisseau en donner avis au capitaine, et chercher les ornements et autres choses nécessaires qui se trouvaient là, afin d'ensevelir le corps. Quelques personnes cependant, instruites de la mort du Père, s'étaient réunies : je les laissai près de son corps, assez tristes, eux et moi, de la perte d'une si sainte compagnie, et j'allai au vaisseau.
1. Voir S. François de Sales, Œui'res, t. X [Sermons, vol. IV). Annecy, 1898, p. 297.
2. Citons seulement le célèbre Père Marquette, missionnaire et explorateur deMississipi (mort le 18 mai 1675). 11 avait longtemps demandée Dieu, comme une grâce, de mourir au fond des bois, abandonné comme saint François Xavier. Il fut exaucé et n'eut pour témoin de son dernier soupir que ses deux rameurs indiens. A. Hamy, S. J., Au Minsissipi. La [>reniière exploration. Le Père J. Marquette, p. 172 (Paris, 1902).
« Quand ils surent la mort du béni Père, ils demeurèrent tous bien tristes, désolés de se voir privés d'une si suave et amoureuse conversation, comme était la sienne. Prenant donc les ornements, je retournai vite au corps du Père, et je lui trouvai le visage beau et joyeux, comme je l'avais laissé : certes il ne semblait pas mort ! Et comme je l'ensevelissais avec grande douleur de tous ceux qui étaient là, je me souvins que les Chinois ont coutume d'enterrer leurs défunts dans un coffre fermé ' , et il me parut bon d'enterrer ainsi le corps du Père. Je demandai conseil à [Diogo Vaz]- qui trouva que ce serait bien, et fit faire tout de suite le coffre. Dès qu'il fut fait, j'y mis, aidé de deux mulâtres, le corps du béni Père, et, eux et moi, seuls, nous embarquant, portâmes sur la barque le corps du Père à un autre rivage de l'île, vis-à-vis du vaisseau de Diogo Pereira, où venaient se loger les gens du vaisseau, et où la terre était plus apte à servir de sépulture au corps.
« Là nous fîmes une fosse profonde, et nous y mîmes le coffre avec le corps du Père. Nous allions combler la fosse, nous trois, toujours seuls, lorsque Dieu Notre-Seigneur, qui voulait manifester les merveilles que vous, mon cher Frère, savez et avez, vues, mit dans l'esprit d'un des mulâtres qui étaient avec moi, appelé George Mendez, que nous ferions bien de répandre dans le coffre, au-dessous et au-dessus du corps, quelques sacs de chaux : la chaux en effet consumerait les chairs et il ne resterait que le squelette ; peut-être se trouverait-il par là quelques Portugais qui désireraient, avant de partir, voir les os du Père Maître François, ou même les prendre pour les porter dans l'Inde.
.« Nous fûmes tous trois d'avis que ce serait très bien, et nous allâmes, tout de suite, chercher quatre grands sacs de chaux. Puis nous déclouâmes le coffre, et, après y avoir mis la chaux, nous le replaçâmes dans la fosse. Nous comblâmes le creux et nous foulâmes très bien la terre. Au-dessus, no:!S posâmes quelques pierres, pour indiquer à ceux qui, de là à quelque temps, viendraient, qu'en ce lieu était le corps du béni Père Maître François.