TURSELLINI, 1, I, ch. IX
4. Ribadeneira, loc. cit. Lea souvenirs de Xavier à Rome sont peu nombreux. Rien à Saint-Louis-des-Français ne rappelle ses longues séances de confessions; mais il a sa statue à Saint-Laurent-in-Damaso. Les maisons qui l'ont abrité ont disparu : à peine si l'on en connaît l'emplacement exact. Quant à l'église du Gesù, où il a un magnifique autel, elle ne fut commencée qu'une quinzaine d'années après sa mort.
au bout de quinze jours, a pour moi tant d'attentions que je ne pourrais vous les détailler. Je ne sais comment je pourrais m'y résigner, sans la pensée que apud Indos j'aurai de quoi payer ma dette, fut-ce en donnant ma vie ^ »
11 n'attendit pas les Indes pour se compenser. Les fourriers de don Pedro avaient beau lui préparer toujours quelque chose de convenable, c'était l'obliger que de prendre sa place. Il était pauvre, et tout est trop bon pour les pauvres. Ce cheval même auquel il fallait bien se résigner, dès qu'un compagnon déroute se plaignait de sa monture, il trouvait le moyen de le lui passer, heureux d'avoir une bête moins commode. Le dernier couché, le premier levé ; il se faisait, à la lettre, le serviteur de tous : il pansait et soignait les chevaux, expédiait l'ouvrage des valets pour leur ménager un peu de repos. Son temps se partageait entre ces travaux, la prière et les conversations. Tous les jours, il consacrait plusieurs heures à la prière. Avec ses compagnons de route, il se montrait, ce qu'il fut toujours, affable et gai. Lui-même entrait joyeusement en causerie, et c'était un plaisir de l'avoir avec soi. Comme on le pense bien, tout son entretien alors était de Dieu : il avait cet art des saints de faire, naturellement et sans apprêts, tourner la conversation, des sujets les plus indifférents vers les grandes vérités du salut. Aussi le voyage se transforma-t-il pour l'ambassadeur et son escorte en une longue mission de trois mois. François se fit aimer, gagna la confiance de tous et eut désormais le droit de tout dire 2.
A cette conquête quelques jours suffirent. Il était parti le 16; le 21, jour des Rameaux, il descendait à Lorette. « Ici, raconte Xavier, j'ai confessé l'ambassadeur et je l'ai communié avec tous ceux de sa maison. J'ai dit la messe dans la chapelle de Notre-Dame et le bon ambassadeur obtint que simula avec lui, tous ceux de sa maison communiassent. Et depuis, le jour de Pâques, je l'ai confessé et communié de nouveau, lui et les siens. » 11 ajoutait: « Le chapelain du seigneur ambas-
1 . Mon. A'ai'., p. 209. Xavier, comme beaucoup de ses contemporains, aime à mêler du latin à la langue vulgaire. Nous croyons devoir ne pas supprimer ce Irait pittoresque. Il disparaît du reste assez I6t de sa correspondance.
2. Tous ces détails sont pris à Tukski.liiM, 1. I, ch. ix (cf. Lucena, ]. 1, cb, viii).
sadeur se recommande fort aux prières de tous et s'offre à venir avec nous aux Indes ^ »
Un des voyageurs racontait plus tard : « Encore garçon, hidalgo^ et jeune, et riche, je m'en allai courir le monde. Je visitai la France, l'Allemagne, l'Italie, et finalement j'arrivai à Rome en 1540. Ayant visité don Pierre Mascarenhas, ambassadeur de Jean III, don Pierre voulut que je lui fusse compagnon de voyage pour retourner en Portugal. J'avais la conscience fort chargée, comme il arrive aux jeunes gens riches et libres, en pays étrangers où leur vie échappe à toute surveillance. En chemin, je fis la connaissance de maître François, et lui, me témoigna grande amitié ; il recherchait ma compagnie et me dilatait le cœur par son honnête gaîté, tandis que côte à côte nous cheminions. Peu à peu il en vint à me parler de confession générale et me détermina à la faire. Je la lui fis à luimême, et avec une grande satisfaction, dans une église qui se re-xcontra sur la route. Depuis je fus, grâce à Dieu, un autre homme. Il est vrai que maître François avait un don admirable d'imprimer dans les âmes la crainte de Dieu; je la sentais se répandre en moi pendant qu'il me confessait. Ce fut alors que, pour la première fois de ma vie, je compris ce que c'est qu'être chrétien 2. »
Tel sera Xavier toute sa vie. Le surnaturel en lui aura toujours quelque chose de si spontané, de si naturel pour ainsi dire, de si gracieux et de si humain, qu'il lui donnera d'entrer dans les cœurs comme chez lui, sans résistance. Sa première action sur les âmes sera toujours de se faire aimer, et il faudra être bien endurci, je ne dis pas dans le vice, mais dans l'orgueil, pour s'en défendre.
Mascarenhas était homme à subir le charme. Bon soldat, ambassadeur habile, d'une intégrité austère qui ne lui vaudra qu'une* popularité d'estime à la cour et aux Indes, il sera bientôt pour les Pères de la Compagnie un ami sincère, mais difficile. Il ne se gênera pas pour leur faire sentir, un peu vivement quelquefois, son désappointement en face de leurs défauts. Il les eût tous voulus absolument parfaits, savants et saints. C'est