Ibid., p
l'assurent *, qu'Ignace songeait à se décharger surlui du gouvernement de la Compagnie? II ne semble pas, puisque, dans sa lettre, il lui promet son retour aux Indes. Mais peut-être d'autres allaient plus loin dans leurs espérances et saluaient en Xavier le successeur d'Ignace. Ils ignoraient qu'Ignace avait prédit que le Général après lui serait le Père Lainez^.
La décision de Père Ignace fut acceptée avec joie à Lisbonne et à Rome ; Jean III en écrivit lui-même au saint, le remerciant de son zèle pour le bien de ses Etats ^. Le cardinal de Sainte- Croix, le futur Marcel II, en pleura, dit-on, de joie. Il eût voulu qu'on préparât à l'apôtre une réception triomphale^. Devenu pape deux ans plus tard, il en parlait encore au Père Ignace^.
Le désir de revoir le Père Maître François devait être d'autant plus grand que, pour la première fois à Rome, des témoins oculaires venaient raconter ce qu'ils avaient observé. Le Frère André Fernandez et Bernard le Japonais, partis de Cochin en février 1553, étaient débarqués à Lisbonne en septembre ^. Après un assez long séjour à Coïmbre, par Salamanque, Ségovie, Naples, ils étaient arrivés enfin à Rome. Partout le Frère Bernard avait charmé ceux qui l'entretenaient''^.
A Rome, il fut pressé de questions. Pendant qu'André Fernandez mettait saint Ignace au courant des besoins de la mission, Bernard racontait tout ce qu'il avait vu et comme touché
1. Bartoli, 1. IV, n. 30. — Acta SS., 31 juillet. Comment, praev., n. 611. Cette croyance a sans doute pour origine cette phrase restée incomplète du Père Nadal, dans ses Ephémérides, sous la rubrique 1552 : « Navigavit M. Franciscus ad Chinarum regionem, quo antequam ingrederctur, in proxima insula moritur, ac perseveravit ejus corpus incorruptun. Alla praelerea sunt hujus viri miracula. Quum illum vocasset P. Ignatius ad officium generalis praepositi, etc. Viennae in Austria, moritur niagister Claudius Jayius. ..» [Epistolae, t. Il, p. 7.) En juin 1553, quand il écrivait ses mémoires, Nadal était en Espagne, et ne pouvait savoir la pensée secrète d'Ignace. Mais peut-être donne-t-il l'opinion courante. Voir Epistolae et Instructlones, l. V, p. 226, note.