II. — Lettre de saint Ignace, juin
L'initiative des enquêtes officielles préliminaires à la canonisation vint de Lisbonne. Si elle ne fut pas prise plus tôt, c'est qu'on fut très long en Europe à recevoir sur la mort du Père François des nouvelles sûres.
Revenons un peu en arrière.
Tandis qu'à Malacca, le peuple lui faisait de triomphales obsèques, à Rome, saint Ignace se décidait à le rappeler. 11 avait de graves raisons pour revoir le plus saint de ses fils. Il venait de recevoir le dernier de ses courriers, celui où il lui racontait ses travaux au Japon et annonçait son départ pour la Chine. Le saint Général dut se dire qu'il fallait mettre un terme à ce zèle dévorant. C'était assez de conquêtes, il fallait gouverner, il fallait administrer. Mais précisément, cette administration exigeait un retour momentané en Europe. Ignace se gardait bien de blâmer les courses, les explorations, les fondations du missionnaire. Il disait: «Nous avons été très consolés en la divine Majesté d'apprendre que Dieu Notre Seigneur a ouvert par votre ministère une porte à la prédication de l'Evangile et à la conversion des peuples du Japon et de la Chine. Nous espérons que sa connaissance et la gloire de son nom iront s'étendant chaque jour au milieu de nations si capables de faire. Dieu aidant, croître et prospérer la semence qu'on leur confie.
« J'approuve aussi l'envoi en Chine de Maître Gaspard et autres; si vous-même, rien ne faisant obstacle à vos projets, y êtes allé, je l'approuve aussi, persuadé que vous vous guidez par les conseils de la divine Sagesse. »
Il avait donc confiance dans l'esprit qui dirigeait le Père François. Mais, maintenant que les postes étaient fondés, mieux valait diriger les autres que s'absorber soi-même en de nouvelles conquêtes : « Si cependant vous êtes resté aux Indes, mon avis est que vous y ferez plus de bien à exercer les autres à faire en Chine ce que vous y auriez fait vous-même. De cette manière vous étendrez votre action à un plus grand nombre de pays, aulieu que, de votre personne, vous ne l'auriez exercée que dans un seul. » François devait donc désormais faire à Goa ce que
lui-même faisait à Rome, gouverner de haut et de loin. Après tout, Xavier ne disait-il pas exactement la même chose à Barzée, quand il le contraignait à enfermer son ardeur en de certaines limites précises?
Mais Ignace ne s'arrêtait pas là : « Je vais plus loin, disait-il. Pour le plus grand service de Dieu et le plus grand bien des âmes dans les Indes, considérant que ce bien dépend à un si haut degré du Portugal, j'ai pris le parti de vous ordonner, au nom de la sainte obéissance, que, entre tous les chemins qui s'ouvriront devant vous, à la première occasion d'une bonne traversée, vous preniez le chemin du Portugal. Je vous le commande au nom de Jésus-Christ Notre-Seigneur, Toutefois ce sera pour retourner bientôt dans les Indes. Comme peut-être on voudra là-bas vous retenir en alléguant le bien du pays, je vous dirai les raisons qui me déterminent précisément en vue de ce bien. »
Gesraisonsétaientqu'ilfallaitéclairerle roi surles vrais besoins des colonies, renseigner le Saint-Siège, exciter le zèle pour les missions dans la Compagnie, discerner ceux qui seraient utiles en tel pays ou en tel autre, promouvoir les affaires d'Ethiopie qui étaient en suspens, servir les intérêts du Brésil et du Congo \
A la lettre de saint Ignace, le Père Polanco ajoutait ces réflexions un peu énigmatiques pour nous, et qui peut-être ne l'eussent pas été moins pour François lui-même:
« Outre ce que le Père a écrit, il y a d'autres raisons qui n'ont pas moins de poids. Sachez que cette corde a été touchée auprès des Pères de Portugal et d'Espagne, et à l'oreille de ceux d'Italie, et ils la jugent si bien sonnante, qu'il n'en est pas un qui, l'ayant ouïe, ne dise: « La venue de Maître François aura de grands résultats, et pour le service de Dieu et pour le bien général. » Notre Père, d'ailleurs, est tellement de cet avis que cela seul vaut de nombreuses et très fortes raisons. Je prie N.-S. J.-C. de tout diriger à son meilleur service et à sa gloire^. ))
Que voulait dire le Père Polanco ? Est-il vrai, comme certains