JouvANCY, loc. cit
C'est alors que les Jésuites de Rome conçurent le désir d'avoir quelque relique insigne du grand missionnaire. Le pape luimême, disait-on, entrait dans cette idée. Donc, en 1614, le R. P. Claude Aquaviva ordonna de détacher, pour le lui envoyer, ce bras de François Xavier qui s'était fatigué à baptiser les infidèles. A leur grand regret, les Pères de Goa durent obéir. L'ablation se fit, à l'insu du public qui n'eût pas souffert cette mutilation, dans la nuit du 3 novembre 1615. Un témoin oculaire, le Père Jacques de Montero ^ écrivait : « Le saint corps était ferme et entier; l'œil droit ouvert, si frais qu'on l'eût dit vivant. Même fraîcheur aux lèvres et aux doigts, au pouce et à l'index surtout-, ces doigts qui tiennent le Saint-Sacrement. Le reste du corps est sec, mais avec la peau entière et les cheveux très bien conservés. Les habits sont très intacts. On dit que du sang jaillit quand le bras fut coupé. »
Les procès canoniques purent se faire selon toutes les règles en usage à cette époque. Goa avait un archevêque, don François Christophe de Sa, très dévot au Père François. Cochin, Granganor, Méliapor, Malacca, Macao étaient sièges épiscopaux. Les tribunaux furent constitués. Parfois les enquêtes devinrent l'occasion de véritables fêtes. Elles commencèrent à Cochin, le 16 juillet 1616. Les lettres pontificales furent proclamées en chaire; le canon tonna, les cloches sonnèrent; des feux de joie furent allumés. Tous les religieux delà ville assistèrent aux séances^.
Tout d'abord parurent les vieillards qui avaient connu le Santo Padre: un de ses anciens domestiques, Dominique Caldeiro, qui se rappelait avoir vu jusqu'aux infidèles lui baiser les mains à genoux, l'appelant en leur langue, le Dieu de la terre ; une pauvre Malaise qui avait assisté à ses catéchismes ; une veuve portugaise de 120 ans et un vieux barbier indien qui
1. Cuos, Documents, I, p. 517. Montero, non plus que Bartoli [Asia, IV, n. 26) ne parlent pas des miracles qui, au dire de Jouvancy, auraient accompagné cette ablation du bras [Hlsl. Soc. J., t. VI, 1. XV, n. 8). Le Père Seb. Gonçalvez, qui était présent, n'en dit rien non plus (SousA, I, p. 686).
2. Gonçalvez dit au contraire, loc. cit. : « Jà neste tempo estavâo seccos et myrrhados os dedos, et a mfio. »