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7. JouvANCY, Uist. Soc. Jeau, 1. VI, n. 1. — Delplacf, Synopsis actorum S. Sedis in causa Soc, Jesu, p. 228, 205.
Xavierseconfondraitaveccelle des bienheureux Isidore le laboureur, Ignace de Loyola, Thérèse de Jésus, Philippe de Néri^
Le 12 mars 1622, fut fait à l'humble conquérant des Indesle plus magnifique triomphe posthume qu'il soit donné aux hommes de décerner à d'autres hommes . Ce fut grande fête pour l'Espagne, car sur les cinq nouveaux couronnés, quatre étaient espagnols. Grande fête aussi pour l'apostolat; car Philippe était l'apôtre de Rome, Ignace par ses enfants, Thérèse par ses prières, étaient comme les apôtres du monde entier, et Xavier celui de l'Asie.
Dans la basilique de Saint-Pierre, encore toute neuve, François apparut, un peu en arriére, comme il convenait, de son Père Ignace. La même bannière suspendue aux voûtes les représentait unis dans la gloire, sous le chiffre de la Compagnie, Ignace tenant le livre des constitutions, François entr'ouvrant sa soutane sur sa poitrine brûlant d'amour^.
1. Grégoire XV, surpris par la mort, n'eut pas le temps de promulguer la bulle de canonisation. Ce fut le premier acte de son successeur Urbain VIII, 6 août 1623.
2. Relazione délie [este faite in lioma in occazione délia canonizzazione del S. P. Ignaaio e di S. Sai'erio, cavata da un librctto di memorie del F. Antonio Preaiitto. Mss. S. J.
Trois siècles et demi ont passé depuis la mort de saint François Xavier. Mais l'histoire d'un saint ne se clôt pas avec sa vie terrestre. Quand il a disparu du monde, son influence continue et se propage. Ses restes précieux, son souvenir, les lieux <]u'il a laissés comme imprégnés de son âme, ses exemples, ses écrits sont des instruments entre les mains de Dieu, pour le salut et la sanctification des hommes. Ses œuvres continuent à travers les âges l'apostolat commencé. Dans la pensée et le cœur d'une foule d'hommes, il vit et agit. Il n'a pas péri tout entier, et l'Église est là pour contrôler cette vie nouvelle, cette vie de gloire.
Et c'est un livre nouveau qu'il faudrait écrire sur saint François Xavier. 11 faudrait détailler l'histoire de ses reliques, en cette ville de Goa, si brillante jadis, aujourd'hui véritable forêt viergjB, avec, dans ses clairières, de grandes églises vides. A certains jours, le désert se repeuple. Les foules reviennent; on accourt de tous les coins de l'Inde. Les multitudes se pressent dans l'église du Bom Jésus, dominées par les mitres des évêque? . C'est qu'on expose le corps de l'apôtre des Indes, et, par centaines de mille, les fidèles défilent devant le chasse ouverte, baisant les pieds du saint, demandant et obtenant des miracles ' .
1. Au commencement du xviii* siècle, le corps était complètement desséché. Nous lisons dans une lettre inédite du Père Fr. de Sousa, 26 janv. 1708 : « Qui cum antécédente Proroge sanctum corpus ciderant mirabantur valde imniutationeni peduni et vuîtus fac~ iam tam breci annorum spatio... Si aliquit prorex... manu chri/stalld frangat velitqus palpare, ossa quidein inveniet S. Fr. Xav., consumptis vero carnibus, inueniet superiorem pariem crinii a gutture separatam, inveniet pedes non unitos cruribus... a (Mss. S. J. Goanae epistolae, 1569-1742. Doc. GCXXXIIl). De là vient que lo corps, aujourd'hui renfermé dans une châsse d'argent, ne parait plus avoir que quatre pieds et demi de long.
Il y aurait à écrire encore l'histoire de ses lettres et du bien qu'il a continué à opérer par elles en suscitant des vocations apostoliques ^ ; — l'histoire de ses miracles posthumes si nombreux, et authentiqués à mesure par les autorités compétentes^ ;- — l'histoire de ses clients, surtout de ce Père Mastrilli, guéri par lui, et par lui conduit jusqu'au Japon et jusqu'au martyre^; — l'histoire de cette neuvaine de la grâce qui est, depuis trois siècles, la forme la plus populaire de son culte*; — surtout l'histoire de son œuvre, les missions d'Asie, qui, inaugurées par lui en 1542 avec deux compagnons, comptent aujourd'hui plus de quatre millions de fidèles, plus de six mille prêtres et une centaine d'évêques. Mais l'espace nous manque pour développer comme il le mériterait ce chapitre de sa vie d'outre-tombe. , Il est un point cependant que nous pouvons difficilement laisser de côté. La vie du grand missionnaire s'est imposée à l'attention et des apologistes et des adversaires de l'Eglise romaine. Les uns lui demandaient des arguments en faveur de leur foi; les autres s'efforçaient d'amoindrir l'apôtre pour amoindrir cette Rome qu'il représentait en Orient.
A ceux qui luttaient contre les nouveautés protestantes, la biographie de François Xavier apportait des arguments pris en pleine histoire moderne. Apôtre et thaumaturge, il attestait, en sa personne, l'éternelle vitalité de l'Eglise. Aux novateurs, les catholiques pouvaient montrer cet homme dont le tombeau restait glorieux, dont l'intercession puissante auprès de Dieu s'attestait quotidiennement encore par des grâces extraordinaires, dont l'œuvre étendait ses ramifications à travers l'Asie. Donc la force miraculeuse promise aux premiers apôtres n'était pas épuisée; donc l'Église, amoindrie en Europe, savait réparer ses pertes, et les compenser par des conquêtes nouvelles. Vingt ans
1. M[enchaca] R[ochus], s. Fr. Xav... epistolarum omnium libri quatuor, Bologne [1795], Prolégomènes ; — SOiMMERvogel, Bibliothèque, au mot Xavier ; — Mon. Xavcriana, Prooemium ; — Gros, Vie et lettre», avant-propos des deux volumes.
2. Il n'existe pas de recueil complet des miracles de Xavier. On peut voir cependant Les miracles de S. Fr. Xaf., aposire des Indes, traduit de l'italien du P, Bartoli, Paris, 1G72, in-12 (par le P. I. G. de Pardies). Mais il fut publié, au xvii« siècle, une quantilé, considérable d'opuscules sur le sujet.
3. P. X. PouPLAKD, S. J., La vie merveilleuse du Ven. Marcel Mastrilli, Lille (Désolée), 1003, in-8°.
4. J. F. KiECKENS, s. J., La dévotion à S. Fr. Xav.; La neuvaine de la Grâce, Bruxelles (Vromant), 1806, in-18.
à peine après la mort du saint, un éditeur pouvait donner à un recueil de lettres venues des Indes ce titre significatif : « Les gestes de la Compagnie de Jésus en Orient : volume contenant une histoire dont la lecture plaira à tous les chrétiens, à ceux-là surtout qui ont à cœur la vraie religion. Ils y verront comment Dieu n'abandonne jamais son Eglise, et, pour remplacer ceux qui font défection, leur en substitue d'autres innombrables jusque dans les régions les plus cachées'. »
Ces idées devinrent comme un lieu commun de la controverse catholique au xvii^ siècle. Bellarmin opposait longuement Luther et Xavier, la vie chaste de l'un et l'autre violant ses vœux, les miracles du saint et l'impuissance où eût été le réformateur de ressusciter une mouche, le corps sans corruption du catholique et le cadavre prématurément putréfié de l'apostat-. Les théologiens jésuites n'avaient pas le monopole de ce genre d'arguments. Le Dominicain Gotti prouvait par les miracles de Xavier que l'Eglise romaine restait dépositaire des promesses de Jésus- Christ^.
De leur côté, les orateurs exploitaient dans le même sens la vie du saint. Le panégyrique de Xavier par Bourdaloue n'est qu'une démonstration apologétique : « Parlons, chrétiens, dit-il dès le début, non pour exalter le mérite de l'apôtre des Indes et du Japon, mais pour reconnaître la force de l'Evangile... et tirons des merveilleux succès de sa prédication une preuve sensible et toute récente de l'incontestable vérité de la foi à laquelle il a soumis les fières puissances de l'Orient. » A son habitude, l'orateur va droit au pratique. H n'oublie pas les progrès du libertinage d'esprit. Aux incrédules, précurseurs de Voltaire, il propose en François le miracle toujours actif dans l'Eglise. Ce miracle, le même qu'avaient fait les apôtres en fondant le
1. Rerum in Societate Jesu in Oriente gestarum volumen continens historiam juciindani Uciti omnibus Cliristianis, proeserlirn iis, quibut cera Religio est cordi. In qua videre passant, qiioniodo niinquain Deus Ecclesiam siiam deserat, in locuni de/icieniium a vera fide, innunieros altos in abditissiniis etiain regionibua substituât (P. Kmm. At;osTA), Cologne, 1574. — Le titre do la promièro édition (Dilingen, 1571) était plus simple (Caratox, n. 582).
2. Quatra Controversia. De Conciliis et Ecclesia militante, liv. IV, ch. 14. Bellarmin acceptait un peu vite les bruits courants : il eût pu y regarder à deux fois avant de dire que la putréfaction de Luther se Ht » praeter naturae ordinem ».