‹ Saint François XavierChapitre 784 sur 820 · P. 25. Voir l'appendice A · texte numérisé non relu

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4. « Màs que de afiadir hemos cuidado de suprimir varos hechos que correy eu las biografîas del santo. » Le P. Astrain regrette ensuite que les biographes n'aient pas tenu plus de compte des critiques envoyées des Indes par les PP. ïexeira et Valignano. H*'* de la C. de J. en Espana, t. I, p. 492, note.

Par ailleurs ces pieuses hyperboles enlevaient de leur force aux arguments apologétiques que Ton pouvait si légitimement tirer de cette admirable vie. Elles offraient aux ennemis de l'Eglise romaine une excellente occasion de la taxer de mensonge ou au moins de crédulité'. Aux controversistes catholiques, alléguant les vertus, les miracles, les conquêtes du saint Jésuite, les protestants répondaient ordinairement en concédant les vertus, niant les miracles et amoindrissant les conquêtes.

Xavier pouvait avoir été un grand homme : mais ses disciples seuls avaient créé le thaumaturge. « Les anciens moines, écrivait en 1619 le zwinglieu Rodolphe Hospinien, se targuaient de nombreux miracles accomplis par eux ou par les leurs. Mais, comme ils mettaient ces prodiges là même où ils habitaient, il était facile de prouver l'imposture. Les Jésuites, plus habiles, vivant en Europe, chez nous, faisaient faire aussi des miracles à leurs confrères, mais dans les Indes, aux antipodes. Gomment en démontrer la fausseté ? Qui donc ira jusque là-basvoir ce qui en est^ ? »

L'argument parut bon, car il fut repris. Mais ce n'était pas assez de rejeter les faits en bloc, il fallait, à cette négation radicale, donner une base dogmatique. Ce fut l'œuvre de John Douglas, évêque anglican de Salisbury. Son 6>t7erïo/i a longtemps fait autorité en Angleterre sur la matière^. Il n'y a de miracles que ceux des Écritures : tout le reste, invention papiste. Pourquoi les thaumaturges ne parlent-ilsjamais de leurs propres mi-

1. Je laisse de côté Etienne Pasquier, pour lequel Xavier et Ignace étaient desimpies cafards, et leurs miracles de grossiers mensonges [Catéchisme des Jésuites, 1602, p. 39-41, 91-97). — D'autres découvrirent que Xavier n'était qu'un prêtre séculier (cités par Bartoli, Hist. de S. Ignace, trad. Michel, t. I, p. 175). — Les pages consacrées à Xavier par les Encyclopédistes sont de vulgaires pantalonnades (Voltaire, Essai sur les mœurs, ch. 142; Dict. Philos.; articles François Xavier et Xavier.

Pascal semble trouver qu'il y a trop de miracles dans la vie du saint Jésuite. Il écrit [Pensées, édition Brunschwicq, t. III, p. 284) : « Quand saint Xavier fait des miracles. — [Saint Hilaire. — Misérables qui nous obligez à parler des miracles]. Vae qui conditis.

« Juges injustes, ne faites pas des lois sur l'heure : jugez par celles qui sont établies par vous-mêmes : Vae qui conditis leges iniquas.

« Miracles continuels, faux. »

2. Historia Jesuitica, Zurich, 1619, f" (p. 228-229 de l'édition de 1670), Cf. Ludovicus LuGius, Ilist. Jesuitica, Bâle, 1627, in-4*, p. 343.

3. Criterion, or Rules by which the true miracUs of the New Testament are distinguished from the spurious miracles of Pagans and Papists, 1754. Voir dans Migne [Démonstrations évangélirjiies, t. XVII, p. 759) la réponse de Mgr Milner [Fin dt la controverse religieuse).

racles? Pourquoi la première mention de ces prodiges apparaîtelle toujourslongtemps après les faits? Pourquoi se produisent-ils au bout du monde? Pourquoi ne sont-ils jamais posés en confirmation de la doctrine et ne sont-ils pas principe de conversion à la foi^?

Aux arguments des théologiens, les pamphlétaires, bien entendu, ont ajouté leurs inventions grotesques. Au dire du capitaine Hamilton, qui visita Goa au commencement du xviii® siècle, la relique du Bom Jésus était un corps en cire, destiné à duper le public. Il ajoutait ce détail savoureux : au dire des papistes, le bras, détaché par ordre d'Aquaviva, avait été présenté au pape et, devant le sacré collège, s'était mis en mouvement, avait pris une plume, Pavait plongée dans l'encre et avait écrit le nom de Xavier^.

Pareilles attaques mettaient en cause moins le saint lui-même que ses biographes et ses d'sciples. Baldaeus affirmait que, si François revenait au monde, il désavouerait avec indignation tout ce que les Jésuites colportaient sur son compte^. D'autres, respectant l'homme, s'en prenaient aux méthodes, et, à travers le missionnaire, attaquaient l'Eglise romaine et ses procédés d'apostolat^ J'omets celles qui, au fond, ne lui reprochent que de n'avoir pas été protestant. Au cours de cette histoire, il a été répondu à ceux qui ne trouvent pas évangéliques ses appels au pouvoir séculier. D'autres encore trouvent son héroïsme modéré, parce que, disent-ils, jamais il ne s'est hasardé loin du canon portugais, oubliant qu'il n'y avait de canon portugais ni à l'île du More, ni au Japon, ni en Chine, ni même probablement à la Pêcherie.

En général cependant la polémique protestante a été respectueuse de François Xavier. Il serait facile de recueillir sous les plumes calvinistes, luthériennes, anglicanes, d'assez beaux éloges du missionnaire. Le prédicant Baldaeus, qui, au xvii^ siècle, parcourut le sud de l'Inde, ne put que constater le grand

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