‹ Saint François XavierChapitre 793 sur 820 · Non pas Paul de Sainte-Foi, mais le Japonais Bernard · texte numérisé non relu

Non pas Paul de Sainte-Foi, mais le Japonais Bernard

6. Gros, II, p. 374. Sel. Ind. Ep . , p. 184. Quadros avait bien le titre de provincial d'Ethiopie que lui donne M. White, comme pour faire entendre qu'il voyait les choses do très loin. Mais il ne quitta jamais les Indes.

7. Sur ce qui en fut dans la réalité, voir le dernier chapitre de cet ouvrage.

8. Cf. Car tas de Japâo^ 1570, fol. cclxxjx, verso. Gros, II, p. 83.

d'une lettre relative aux affaires des Indes : belle occasion de mettre en avant les prodiges de Xavier. 11 n'en dit mot^ H y a plus : en 1571, dans son de Promulgando Evangelio apud Barbaros^ le Père Joseph Acosta se demande (c'est le titre d'un de ses chapitres) « pourquoi les prédicateurs du Christ ne font plus de miracles comme autrefois pour la conversion des gentils ^ ». L'évolution légendaire se poursuit et s'accentue. En 1588, le Père Maffei, dans ses Hlstorios Indicx, met le thaumaturge en lumière mais discrètement encore^. AvecTursellini, le mythe du faiseur de prodiges triomphe (1594)^. Vient enfin le procès de canonisation. En 1622, dans son rapport officiel, le cardinal del Monte apporte dix miracles choisis, parmi lesquels celui du crabe ^. François est maintenant sur les autels : désormais plus rien ne contient la légende : elle se donne carrière avec les historiens Bartoli et Bouhours. Les premiers biographes pariaient d'une résurrection : Bouhours en admet quatorze. Xavier racontait que l'étude des langues lui coûtaitdegrandsetpénibles efforts : Bouhours affirme qu'il les parlait sans les avoir étudiées. Tursellini dit qu'on se moquait au Japon de son japonais : d'après Bouhours, il le parlait avec une rare élégance, et une

1. Comme si ce silence prouvait quelque chose! Voir les réflexions humoristiques du Père Hughes, American Ecclesiastical Review, 1897, p. 190.

2. Jos. Acosta, De Natura Novi Orbis libri 2, et de promulgando Evangelio apud Barharos, siée de procuranda Indorum sainte, libri VI, Lyon, 1570. Le ch. ix du I*' livre est intitulé: Cur miracula in conversione gentiumnon fiant nunc ut olim a Ckristi prœdicatoribus? M. White a dû ne lire que le titre, car, dans le texte, le Père Acosta répond : Convertamus oculos in nostri sœculi hom.inem, B. Magisirum F. X., cujus tôt et tam magna digna referuntur per plurimos cosdemque idoneos testes ^ ut vix de alio, exceptis npostolis, plura aut majora legantur. — Plus probablement l'auteur a pris, sans y regarder de plus près, l'objection dans quelque auteur plus ancien, car elle est classique. On la trouve dans Diderot, qui a dû la prendre ailleurs : « Il (Xavier) partit pour ces contrées lointaines où il opéra une infinité de choses merveilleuses que nous croyons et que le Jésuite Acosta ne croit pas » (Œuvret, édit. Assezat, t. XV, p. 274). On a usé de l'opuscule d' Acosta dans les sens les plus divers. Tandis que les uns y voient la négation des miracles de Xavier, Hospinien {/list. Jesuitica, p. 228, 229) le cite parmi ceux qui font faire des miracles à leurs confrères à l'autre bout du monde.

3. MafFei lui-même nous donne la raison de sa discrétion : son but n'est pas de raconter la vie du saint, mais les exploits des Portugais.

4. Dans les articles du Popular science Monthly, M. V^'^hite avait affirmé qu'il y avait peu d» miracles dans Tursellini. On lui fit remarquer que l'on en comptait une cinquantaine. L'assertion fut modifiée en conséquence, quand l'ouvrage parut en volume. Ce détail et tous ceux que nous avons déjà notés, montrent avec quel sérieux fut menée l'enquête du critique américain.

5. Relaiio facta in consistorio sccreto coram S. D. N. Gregorio Pape XV a F" Maria episc. Portuenai, S. R. E. card. a Monte... super vita, sanctitate, actis canonizationis et miractlis B. F" A'ac..., DiUingen, 1622.

puieté d'accent, à étonner les indigènes. Ainsi, d'année en année, la légende grossit et s'accentue jusqu'à l'absurde. Les orateurs et les ascètes, gens, pour la plupart, de critique médiocre, l'acceptent telle quelle. Les apologistes, trop occupés des thèses à défendre, n'y regardent pas davantage, et, sans plus discuter, acceptent les premières armes qu'on leur fournit. Et voilà sur quoi est bâtie la théologie romaine ; et le même pape qui a condamné Galilée est celui qui veut nous faire croire sous peine de damnation le miracle du crucifix rapporté à Xavier par un crabe ^

Aux assertions du critique évolutionniste, opposons l'histoire rapide des faits.

1° Il n'est pas exact que Xavier se taise absolument sur ses propres miracles. Nous avons cité et commenté au cours de notre récit^ les lettres de lui qui y font discrètement allusion.

2° 11 est un peu plus vrai que les auxiliaires du saint se montrent plus sobres que nous ne voudrions sur la matière. Mais, qu'on veuille bien le noter, parmi ces auxiliaires, témoins de son apostolat, très peu ont été en mesure d'écrire à des correspondants d'Europe. Leurs lettres sont rares. De Fr. Mansilhas nous n'avons pas une ligne; sa déposition à Gochin, en 1556, est d'une insuffisance déconcertante, non seulement sur les miracles, mais sur les œuvres, les vertus, les travaux de son ancien maître. On se serait attendu à trouver quelque chose dans le récit du licencié Vaz qui suivit Xavier au Travancore : mais ce récit nous est venu par un intermédiaire qui s'excuse de ne pas tout dire, et il avait pourtant des choses importantes, cosas muy grandes^ à raconter '^. Par contre, Jean de Eyro, catéchiste du saint à Malacca et à Amboine, nous a détaillé tout au long des prophéties dont lui-même avait été l'objet. Au Japon, Xavier avait avec lui Cosme de Torrès et Jean Fernandez; mais, du temps où ils travaillèrent ensemble, il ne nous est venu qu'une lettre de Torrès (29 septembre 1551). Comme cette lettre devait être vraisemblablement portée aux Indes par Xavier lui-même, il est peu étonnant que le Père

1 . Est-il besoin de faire remarquer l'ignorance que suppose pareille affirmation '

Page 1