‹ Saint François Xavier [microform] conditions et méthodes de son apostolatChapitre 1 sur 17 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

A l'heure où s'organisent des semaines de « Missiologie », où se créent, surtout en Allemagne, des cours de « science des missions », Missionswissenschaft^ où le Saint-Siège parle d'en fonder auprès de la Propagande, il semble qu'une étude sur les procédés apostoliques de saint François Xavier ne soit pas superflue.

Une revue allemande avait regretté que, dans notre histoire du saint, il n'y eût pas un chapitre d'ensemble sur le sujet. Et il est parfaitement vrai que, si les éléments de cet ensemble étaient éparpillés dans le récit, chacun à sa place chronologique, rien ne les liait en faisceau. Peut-être la lecture du présent opuscule, et cela dès les premières pages, expliquera cette lacune. Quoi qu'il en soit, nous essayons ici de la combler.

Par la même occasion, nous revenons sur les critiques que l'on continue à faire du grand missionnaire. Tandis que les uns s'étonnent que nous n'ayons pas su faire la S3'^nthèse de ses méthodes, d'autres lui font un grief de ne pas en avoir eu du tout. Il n'a jamais été qu'au hasard, poussé, on le dirait, par son humeur inquiète, le besoin de changer, sans principes fermes, sans vues claires sur l'état réel des pays qu'il traversait.

Nous pensions avoir, par la conclusion de notre livre, opéré le départ, dans ces griefs, des faits réels et des interprétations. Il faut croire que notre exégèse était insuffisante, car M. Bellessort, dans sa très vivante biographie de l'apôtre des Indes et du Japon, a repris et précisé les reproches. Nous avions sommairement répliqué sur plusieurs points de détail dans les Études dii 5 avril 1917. L'occasion se présentant, on nous pardonnera de revenir sur la question.

Il ne s'agit que d'une mise au point. Il s'agit de savoir, par exemple, quelles phrases seraient à corriger dans ee résumé du livre de M. Bellessort, qu'on pouvait lire naguère dans la Revue des Deux Mondes du iS janvier 1924, p. 338, sous la signature de Fidus. La page est belle de tout ce qu'elle contient de vérité : mais est-elle exacte de tout point ?

« Le mélange de l'Europe et de l'Asie (dans les colonies portugaises) n'avait guère eu d'autre résultat que d'amalgamer leurs vices. Dans ce monde bâtard, la figure de François Xavier se détache avec un relief et une beauté incomparables. Rien n'égale son ignorance et sa témérité. Sur la rive étouffante et basse du Malabar, dans la fournaise malsaine de la côte de la Pêcherie, aux Moluques, à Canton, « dédale de sentines puantes et dorées » (Xavier l' a jamais mis les pieds à Canton, il se proposait seulement d'y aller), enfin jusqu'aux îles du Japon, on voit sa mince soutane qui s'avance intrépide, attirée toujours au delà par le vertige de l'inconnu. Il ne sait rien des religions, des usages, de la langue des peuples qu'il prétend convertir. Il se heurte partout aux temples et aux bonzes, aux baroques pagodes pleines d'une nuée de dieux obscènes et farouches. Il erre dans ce cauchemar dont il n'a pas la clef. Toute son histoire est celle d'un lamentable échec, d'une folle et navrante tragédie. Tout se passe en malentendus, entre des âmes fermées et incapables de se comprendre. Et pourtant il y a dans cette entreprise insensée un courage et une majesté qui finissent par s'imposer. Le pèlerinage de François Xavier demeure un des plus héroïques efforts de la nature humaine. Puissance de l'anïour ! Saurons-nous jamais rien de certain sur ces peuples étranges? Tout ce que nous en devinons, nous lui en devons la connaissance : il est l'initiateur de sciences qu'il ignorait. Son rêve a agrandi le monde. Il y a mis une fièvre immortelle et un principe ^acré, la seule inquiétude qui sanctifie le voyage, justifie la curiosité : le zèle de l'homme, la passion de la charité. »

Retenons ces derniers mots : ils montrent que, dans les incessants voyages de Xavier, il y avait autre chose que le « vertige de l'inconnu », dont il est parlé plus haut. Il y avait le zèle, et il y avait l'amour de Dieu et des âmes, La vie de Xavier n'a point été une « folle et navrante tragédie », pas plus folle et pas plus navrante aux yeux de la foi que les vies qui se terminent au martyre.

Quant au « lamentable échec », l'expression est fausse et elle est exacte selon l'angle sous lequel on regarde. Il est certain que Xavier a eu des déceptions cruelles. Il est certain aussi que, allant de l'avant sur des renseignements incomplets, il n'a pas toujours exécuté ce qu'il aurait voulu. Plusieurs de ses grands projets ont échoué. Dieu le laissait combiner ses plans, et renversait tout. Mais il ne faut pas oublier non plus les faits suivants : les chrétientés du Malabar et de la Pêcherie toujours florissantes, les missions de Chine nées de ses démarches suprêmes, celles des Moluques et celles du Japon avec leur demi-siècle de progrès, interrompu par des persécutions obstinées dont il n'est point responsable. Et puis, il y a le fait capital : l'élan donné aux missions d'Asie. Il n'y a là rien qui ressemble à un lamentable échec.

A rencontre donc de ces assertions, dont le moins qu'on peut dire, est qu'elles sont exagérées, nous voudrions, dans cet opuscule, montrer que, à considérer les circonstances qui s'imposaient à lui, on peut dire ceci et rien d'autre : il a fait ce qu'il pouvait humainement faire. Les critiques qu'on lui oppose tiennent ordinairement à l'idée incomplète qu'on s'est formée des conditions réelles où Dieu le mettait. Qu'il y ait eu des lacunes dans les renseignements sur lesquels il se décidait, d'énormes ignorances, qui le niera ? Mais il y a deux façons d'en parler. Lui en faire une manière de reproche, s'étonner que, si mal au courant des choses, il ait eu le courage, disons la témérité d'aller de l'avant, expliquer par là ses insuccès, et tracer après coup le plan de ce qu'il aurait dû faire. Ou bien constater ces déficits, mais constater aussi que malgré tout rien ne l'arrêtait dès qu'il

V03^ait un devoir à remplir, un sacrifice à faire, et qu'après tout, s'il n'a pas exécuté ce qu'il avait conçu, il s'est trouvé faire autre chose ; un peu comme Christophe Colomb, cet autre ignorant qui cherchait Cathay et le Zipangu, la Chine et le Japon, et qui découvrit l'Amérique. On nous excusera de préférer le second point de vue.

Bibliographie

La correspondance de saint François a été publiée dans les Monumenta Xaveriana, 2 vol., Madrid, 1899 et igi3 {M onmnenf a Hisforica Sociefatis lesu). On en trouvera la traduction, pas tout à fait complète dans le P. Gros, S. I., S. François de Xavier, sa vie et ses lettres, Toulouse, 1900, 2 vol. Autre traduction du P. Thibaut, S. I., dans la collection L^ssï'anum. On n'y trouve que les lettres proprement dites : les opuscules divers ont été laissés de côté. Bruges, 1932, 4 vol.

(Delplace), Seïectae Indiarum Epistolae, Florence, 1887.

Brou, Saint François Xavier, 2® édit., Paris, 1922, 2 vol.

A. Bellessort, L'apôtre des Indes et dti Japon, Saint François Xavier, Paris, 1917.

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