‹ Saint-Gervais de Rouen: Église et paroisseChapitre 5 sur 25 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE f»89 A 1888.

DEPUIS le commencement da xvii® siècle jusqu'à nos jours, Féglise de Saint-Gervais a subi bien des désastres ; le souffle des vents a détruit plus d*une fois le beufray, notamment aux fêtes de Pâques 1606 et au commencement de Tannée 4613 ; en 1673, on était encore obligé de bâtir un beufray neuf. Puis dans la terrible tempête du mois de juin 1683. Nous avons trouvé une relation des dégâts occasionnés dans cette malheureuse année, et nous nous empressons de transcrire ce qui nous intéresse :

25® jour de juin 1683. — « A Saint-Gervais hors la ville, outre le dommage arrivé au clocher, à la couverture de réglise et aux vitres, il y avoit grand nombre de noyers dans le cimetière qui est très-grand : et bien qu'il y en eut d'une extrême grosseur, ils ont été déracinez et renversez par terre, les braches brisées et rompues en morceaux, n'y en ayant pas un exempt, en estant néanmoins resté debout quelques petits nouveaux plantez. ^,

» Les maisons de la Santé, aii mesme fauxbourg, en ont été aussi grandement endommagées aux couvertures et autres réparations.

■» La vallée de Déville audit fauxbourg de Cauchoise, et une autre vallée hors- le fauxbourg Martainville, entre les

rivières de Robec et d'Aubette, d*ou Ton apporte à la ville la plaspart des légames, salades, herbes potagères, et autres nécessités jardinières, sont entièrement mynées. Ce qui est d'un notable préjudice aux bourgeois et habitants de la ville ^ »

Nous retrouvons toujours des procès, des altercations. Il serait fastidieux de les reproduire, et nous prions le lecteur de parcourir les pièces justificatives.

Nous devons mentionner ici l'ordonnance du 16 novembre 1614, des commissaires députés par le roi, pour l'exécution de redit de Nantes, de délivrer à ceux de la religion prétendue réformée: Quatre perches de terre d'une seule pièce, appartenant à la fabrique de Saint-Gervais et attenant au cimetière, pour être employées à faire un cimetière de ceux de ladite religion réformée.

Notons, en passant, un arrêt du parlement de Normandie cassant tous les actes de TofiScial de Rouen, qui avait entrepris sur la juridiction de Fécamp, dans la baronnie de Saint- Gervais 2 (4622).

Après Tintroduction dans le monastère de Fécamp des Bénédictins réformés de la congrégation de Saint-Maur, il se fit un partage de biens entre l'abbé et les religieux, et par acte passé en 1649, Henri de Bourbon, duc de Verneuil et abbé de Fécamp, céda à ses religieux, entre autres terres, la baronnie de Saint-Gervais.

L'union de la léproserie de Saint-Gervais avec l'Hospice- Généraleut lieu vers la même époque (1651), au moyen d'un accord entre les religieux, abbé du couvent de Fécamp et les religieuses de FHôtel-Dieu de Rouen, par lequel il est dit que

* a Relation ov récit véritable des désordres arrivez en la ville et fauxbourgs de Rouen, et lieux adjacents ; par le tonnerre, les vents et la gresle, le 25me jour de juin 1683. » — A Rouen, chez Jean Tieucelin, près Saint- L6. Avec permission.

^ Léon Fallue, « Histoire de Tabbaye de Fécamp, » p. 388.

lesdites religieuses ne pourront faire bâtir un clocher ni avoir de cloches dans la chapelle; que lesdits religieux de Fécamp de ladite abbaye de Fécamp leur ont permis de faire bâtir dans le jardin qui leur a été donné par les administrateurs de THÔtel-Dieu ; que leurs fermiers et domestiques seront obligés d'aller à Saint-Gervais à la messe de paroisse, y faire le pain bénit à leur tour; que le curé de Saint-Gervais administrera les sacrements, en cas de maladie, aux fermiers et domestiques et môme aux religieuses , s'il s'y rencontrait qu'il y eût quelqu'une de malade, et s'il arrivait qu'il en mourût, que ce serait au curé à faire la levée du corps.

Le Parlement avait ordonné, en 4537, que les malades de la peste seraient portés dans la ferme de Launay (Lieu-de- Santé) en attendant qu'on eût pu trouver quelque lieu plus commode pour eux. Avec quelques acquisitions, en 4567- 4569 et 4646, on agrandit considérablement les dépendances de l'hôpital. Trente-huit années après (4654), on élevait deux grands corps de bâtiment, et c'est pour bâtir une chapelle que l'accord ci-dessus mentionné fut fait. Sur les entrefaites, l'abbaye de Fécamp eut pour 36® abbé, Jean-Casimir, roi de Pologne, et Louis XIV confirma alors tous les privilèges de l'abbaye (septembre 4653).

Nous avons vu avec quelle jalouse inquiétude les moines de Fécamp savaient garder les privilèges de leur juridiction. Nous allons raconter un fait qui prouve leur continuelle surveillance de leurs droits : Le 26 août 4696, Farchevéque de Rouen fut obligé, àl'occasion d'une simple procession d'actions de grâces à Dieu, pour l'heureux succès du roi, et sa santé et prospérité, l'archevêque fut obligé, disons-nous, de faire une déclaration par laquelle il ne prétendait en aucune manière préjudicier aux droits de l'abbaye, et qu'il n'avait seulement l'intention que de faire une simple visite dans l'église.

Quatre ans plus tard, mêmes précautions d'un côté, même déclaration de l'autre : « Nous, soubzsigné, archevêque de

Rouent avons déclaré et déclarons par ces présentes» qu*en officiant cy-après pontificalement dans Féglise des religieux» prieur et couvent de Fabbaye de Fécamp, y donnant la bénédiction des indulgences et y faisant porter la croix lorsque nous les irons voir en faisant la visite de nostre diocèse ou en passant chemin, toutes ces fonctions ne pourront nuire ni préjudicier à Texemption, juridiction spirituelle» droits et privilèges appartenant à ladite abbaye de Fescamp. En foi de quoy nous avons signé ces présentes icelles» faiet sceller du sceau ordinaire de nos armes et feict contresigner par nostre secrétaire» ce trentiesme jour d'aoust mil six cents soixante. »

Le XVII® siècle devait se terminer par une foule de faits curieux, si différents les uns des autres» que nous nous contenterons de les classer chronologiquement.

D'abord une déclaration 'royale» du 42 août 4675, par laquelle la baronnie de Saint-Gervais appartient à l'abbaye de Fécamp ; elle confère de plein droit la cure de Saint-Gervais; elle a droit de présenter à celles de Barentin» Saint-Jean-du- Gardonnay» Pissi et Sidetot ; elle avait aliéné le patronage de celles de Maromme et de Saint-Martin-aux-Ârbres i.

Ensuite» nous voyons que les abbés de Fécamp conser*vaient avec fermeté leur haute justice à Saint-Gervais et qu'ils avaient des prisons pour punir ceux qu'ils condamnaient; car, le SI juin 4682, le procureur fiscal de Saint-Gervais fit une réquisition pour la réédification du prétoire et de la prison qui tombaient en ruine.

- Nous omettons à placer ici nombre de documents que le lecteur trouvera dans nos pièces justificatives, à la fin du volume.

Enfin nous voici arrivé au dernier fait du xvii® siècle ; il repose de ces interminables procès et discussions ; il devait aussi marquer une ère paisible, car le commencement du

* Arcbives de la chambre des comptes de Roaeti. — Pommeraye, « Description géographique et historique de la Haute-Noftnandie, » t. ii, p. 742.

xviii® siècle n*eut pas d'événement remarquable ; il n'y eut point tant de procès, mais si peu qu'il y en eut, ils furent terribles ; c'est ce que nous verrons, quand nous parlerons de la corporation des Toiliers.

Mais revenons î^ notre fait. Le sieur Lecanu, curé de Saint- Gervais, versa la somme de 1 ,000 livres dans les mains du trésorier administrateur de l'hôpital général de Rouen, à charge pour l'hôpital de fair.e une rente dé 50 livres pour aider à fonder une école gratuite pour les filles pauvres de Saînt-Gervaîs.

C'était le pîtancier de Fécamp qui était chargé des revenus de la baronnie de Saint-Gervais, dont toutes les charges étaient louées pour une somme fixe par an.

Voici un tableau de la fin du xvii« siècle qui peut indiquer, pour les statisticiens, les revenus de la seigneurie :

« Deniers seigneuriaux, reliefs et terres affermées à Jean Regnauld, pour S20 livres par an.

» Dismes vertes et seiches de la paroisse de Saint-Gervais, y compris un petit traict de disme sur le champ à l'oisel, affermées à Nicolas Tillais, pour 4,S47 livres.

» Prairies et terres, dépendant de ladicte paroisse, affermées audiet Tillais, pour 300 livres par an.

» Dismes et terres, des costes du Boisguillaume, affermées à Charles Viret, pour 220 livres par an, 1/2 cent de cousins, 4/2 cent de bottes de vesches, 3 gerbes de paille, une mine de blé froment aux Roys, mesure des costes bon loyal et marchant, I chapons, un pot de cresme et 3 fromages par chacun an y seulement.

» La jauge affermée à Jean Dieuretin pour 23 livres par an. » Tabellionnage affermé à M« "Thomas Lebourgeois, pour 80 livres par an.

» Les bois taillis affermés à Jean du Rosey, moiennant 55 livres pour chacun an. »

Nous avons aussi trouvé, aux archives du département,

une pancarte pour les années 1731 , 1732 et 1733 des droits de la foire de Saint-Gervais :

Total. Aydes. Domaine. Seigneur.

Pour ane vache et bœuf . 9 sols. » d. 6 s. » d. 1 s. » d. 2 s. » d.

— un veau 3 » 16 »6 1»

— un porc 3 » 16 i>6 1»

— un mouton 3 » 16 »6 1»

— un cheval 3 1 »» 16 16

— un poulain 3 » »» 16 16

— un âne et mulet. . . 12 6 * » » 6 3 6 3

Pendant que nous nous occupons de chiffres, nous dirons quelques mots sur la population de la paroisse Saint-Gervais dans la première moitié du xyiii* siècle. Ainsi nous trouvons, de 1691 à 1761, la statistique suivante i :

3,117 naissances.

453 mariages.

1,108 décès.

Un acte curieux, qui fut fait presqu'à la fin du dernier siècle, nous donne l'étendue de la paroisse de Saint-Gervais ; c'est d'abord une « sentence rendue au bailliage de Rouen, le 16 avril 1779, sur la poursuite des sieurs curé et trésoriers de la paroisse de Saint-André hors Cauchoise, touchant les maisons construites et généralement tout ce qui se trouvait sur la même ligne, le long du boulevart, depuis la corderie cauchoise (rue Stanislas Girardin) jusques et y compris Tauberge où est pour enseigne la ville de Poitiers ; par laquelle sentence sur le provisoire, le curé de Saint-André fut autorisé de faire ses fonctions curiales sur cette étendue de terrein. » Mais cette sentence ne faisait pas l'affaire de ceux de Saint- Gervais; c'est pourquoi il se fit, le 5 août 1779, une transaction, sous signatures privées et quadruple, pour terminer le procès entre le curé et les trésoriers de Saint-André et le curé et les trésoriers de la paroisse de Saint-Gervais, touchant la paroissialité ; par laquelle transaction ils convin-

' <c Tableau de Rouen, » p. 121. 1779.

rent : 4^ que les maisons construites sur le bord du boulevart, depuis la corderie de Cauchoise jusqu'à la rue de Crosne , tendant au Lieu-de-Santé , seraient et dépendraient en totalité de la paroisse de Saint-André; 2^ que les maisons que Ton construisait alors sur la même ligne, de Tautre côté de la rue de Crosne, Tauberge ayant pour enseigne la ville de Poitiers et tout ce qui est au-dessous du même côté serait et dépendrait de la paroisse de Saint- Gervais.

Un peu plus tard, nous trouvons à mentionner un autre acte de paroissialité. C'est un arrêt du Parlement, en date du 40 août 4787, rendu entre les habitants de Saint-Gervais et ceux de Saint-Godard, par lequel il est jugé que le territoire nommé le Champ-des-Oiseaux, contenant onze acres de terre, est de la paroisse de Saint-Gervais et non dé celle de l^int-Godard.

Arrivons de suite en 1789, 'k cette époque où les événements changèrent complètement le caractère physique et moral de la nation.

Aussi, dans l'intervalle de cinq années, voyons-nous, même dans l'histoire d'une modeste église de faubourg, le passage de cette époque, mélangée de faits héroïques et de crimes odieux ; ces cinq années se résument en trois faits relatifs à

20 et 23 mai 4789. Suppression des privilèges, suppression des dîmes, abolition des justices seigneuriales ; donc plus de baronnie de Saint-Gervais, plus de moines-seigneurs, plus de hautes justices.

4794. Atteinte à l'autorité ecclésiastique ea poursuivant les distributions d'un bref du pape, en réduisant, par un arrêté du département, en date du 28 avril, confirmé par un décret de Y assemblée nationale, en réduisant, disons-nous, à dix-huit le nombre incroyable des trente-sept églises paroissiales que possédait Rouen ; savoir : k treize églises pa-

roissiales et à cinq succursales ; parmi ces dernières était Saint-Gervais.

Le 4«' mai suivant, les curés assermaités, et nourriement nommés par les électeurs du district, conformém^it aux décrets de rassemblée constituante, furent installés dans leurs fonctions.

Décembre 4793. On vit fermer les églises et défendre l'exercice du culte. On était en pleine terreur.

Reposons-nous un peu de cette chronologie de faits en empruntant au Journal de Rouen de Tannée 47M deux passages qui caractérisent par&itement cette année de troubles et d*exaltation quelquefois ridicule. Nous laissons le lecteur apprécier, comme il le voudra, ces deux emprunts faits à un journal de l'époque, et qui le distrairont de la monotonie des statistiques que nous avons cru devoir feire passer sous ses yeux. ^

Extrait du registre des délibérations, du jeudi i^juin 4794 .

« Est entrée une députation des dames citoyennes habitant la paroisse de Saint-Gervais. On a vu, avec le plus vif intérêt, une jeune personne, âgée de huit ans, nommée Rose Renaut, monter à la tribune. Elle y a prononcé un discours auquel M. le président a fait une réponse digne de son patriotisme connu, etc. »

Discours prononcé par Rose Rbwaut, âgée de huit ans, lors de la députation des dames citoyennes de Saint-Gervais.

Messieurs, « Le bienfait de la Constitution se fait sentir à tous les âges ; quoique jeune encore, et que je n'en connaisse pas tout le mérite, je sais néanmoins, et tous les bons citoyens de Saint-* Gervais et de Sainte-Madeleine le savent encore mieux que moi, combien son achèvement est désirable : c'est pourquoi nous venons vous prier de vouloir bien assister à une messe

solennelle que nous ferons célébrer mardi prochain à Saint- Gervais, en Ttionneiir du Saint-Esprit, pour le remercier des lumières qu'il a inspirées H nos sages législateurs pour le recouvrement des droits de l'homme et de sa liberté, et le conjurer de noureau de leur accorder celles dont ils ont encore besoin pour perfectionner cette bienfaisante Constitution» afin de Toir renaître la fraternité, la paix et la sérénité dans ce vaste empire.

» Car, puis-je y penser sans frémir ? Quelle sei»ait ma cruelle douleur si je voyais mon cher petit papa, ma tendre petite maman, mes parents, mes amis, mes voisins tomber sous les coups des méchants, ou sous leur tyrannie ! Ah I si Taristocratie me réservait un si terrible malheur, que j'en sois la première victime, que sa rage se porte contre moi seule ! Mais, non ; loin de moi de semblables craintes ; vous combattrez, s'il le faut, vrais amis de la liberté, généreux défenseurs de la patrie ; votre zèle infatigable nous en est un sûr garant, et nous, nous élèverons nos faibles mains vers la divinité et l'encens de nos innocentes prières ira chercher dails les cieux le succès et la victoire ^ »

Extrait d'une lettre de M. Cousm, ci-devant vicaire de Saint- Gerçais, à l'auteur du journal (M. Milcent.)

Monsieur,

« Permettez avant tout que j'unisse mes éloges à ceux dont vous comblez M. l'abbé Ferment. Je saisis avec avidité l'occasion de lui rendre publiquement la justice que je lui ai rendue en particulier. Il s'est conduit, dans cette circonstance, de la manière la plus noble et la plus généreuse, et je me suis fait un devoir de lui témoigner au plus tôt toute ma reconnaissance.

» Je n'insisterai point sur le titre de réfractaire que vous me

' « Journal de Rouen, etc., » mardi 21 juin 1791.

donnez : je sais qu'on nous le prodigue de toutes parts» à nous prêtres non-assermentés. Je m'étonne cependant qu'il échappe à votre plume. Vous n'ignorez pas qu'un réfractaire est celui qui désobéit à la loi. Où est donc la loi qui exige de nous le serment? Les décrets ont laissé l'option entre le serment ou la perte de nos places. En préférant ce dernier parti nous ne désobéissons pas ; nous ne sommes donc pas des réfractaires. Vous pourriez, vous devriez nous épargner cette épithète odieuse : ne sommes-nous pas assez infortunés?

» Vous parlez du peuple, qui, rendu furieux, se disposait à me pendre. Vous employez, Monsieur, une expression trop générale. Vos lecteurs abusés pourraient croire que tous les habitants de Saint-Gervais auraient juré ma mort. Vous les induiriez dans une erreur des plus flétrissantes pour ce peuple ; erreur contre laquelle il réclamerait de toutes ses forces. Vous ne le connaissez pas. Monsieur, et j'ai appris en douze années à le connaître : Je dois le dire, et je le dis avec délices, il est infiniment loin de se porter contre moi à aucun excès. Combien je souffre que d'un seul mot vous transformiez un peuple que j'aime en autant de, lâches assassins et de sacrilèges meurtriers. Ce prétendu peuple, devenu furieux, se réduit à une trentaine, tant hommes que femmes, jeunes gens et enfants. J^ n'en ai point remarqué un plus grand nombre, et sur ce nombre encore, de l'aveu de mon libérateur, il y en avait autant de disposés à me défendre, que de prêts à m'attaquer.

» Vous dites que M. Ferment, parlant au nom de la loi et de la religion, est parvenu à faire tomber le fatal cordeau à mes pieds. Cette phrase fait image; mais elle manque d'une condition essentielle, la vérité. Non, Monsieur, le fatal cordeau n'est point tombé à mes pieds, il n'a point été placé à mon col ; il n'a pas même été offert à mes regards. Ne rendez pas mes agresseurs plus coupables qu'ils ne le sonJt.

» Vous ajoutez que le peuple m'a conduit lui-même à la

municipalité ; vous saurez que nous, sommes descendus seuls, H. Ferment et moi ; que seuls nous avons traversé les bataillons nationaux, rassemblés à leur place d*armes. M. Ferment a eu Thonnéteté de m'accompagner jusque bien avant dans la ville. Nous nous sommes séparés. Il est retourné dans sa maison, et moi j'ai chercbé tranquillement un abri dans une maison étrangère.

» Je touche maintenant à Tendroit de votre narration qui m'intéresse le plus. Vous imprimez que Tordre n'aurait point été troublé un seul instant sans la coupable imprudence d'un ecclésiastique, qui, s'étant permis des propos indiscrets et offensants pour la douleur publique, a manqué d'en être la victime. Non, Monsieur, et je l'afSrme sur ma tète, et je le soutiendrai envers et contre tous ; non, je n'ai point tenu de propos indiscrets et offensants pour la douleur publique : cette accusation est une véritable calomnie. Absent depuis le dimanche précédent, je revenais mercredi de campagne, sans savoir un mot, un seul mot du départ du roi, sans m'en douter même : Sur ma route je ne me suis arrêté à personne, absolument à personne. Je n'ai prononcé que ces deux mots, bon jour, et encore une seule fois; c'était en rendant le salut à une personne connue. Ce n'est qu'en entrant chez moi que j'ai appris la nouvelle dont la ville était affligée ; encore ai-je eu de la peine à la croire. De ma maison à l'église je. n'ai pas articulé une parole. Le bedeau qui a servi ma messe peut attester si je lui ai parlé d'affaires du temps ; j'ai répondu en quatre mots à une femme qui m'a fait deux demandes très-éloignées de la nouvelle du jour. Après mon action de grâces je suis sorti de . l'église, et j'en suis sorti seul ; et c'est en ce moment qu'a commencé l'attaque.

» Voilà, Monsieur, et dans la plus exacte vérité, toute mon histoire : voilà tous mes griefs ^ »

' « Journal de Ronen, etc., » 29 jain 1791.

Les conquêtes des armées de la République occupent tous les esprits et par conséquent le calme renaît. Plusieurs sages décrets € étaient certes plus qu'une espérance ; c'était aussi une révolution» mais qui procédait avec calme i, » Le 3 ventôse an III (22 février 4795)^ fut promulgué le décret sur la liberté des cultes et la réouverture des églises.

Le cardinal Cambacérès organisa les paroisses de la ville conformément au concordat signé à Paris le 26 messidor an IX (15 juillet 4801) et au décret exécutorial sanctionné par le cardinal Caprara, légat a laUre en France. Il rendit donc, le 6 messidor de Tan X (25 juillet 1802)9 un décret exécutorial, sanctionné le 14 messidor suivant, par lequel il partageait les églises de Rouen en six paroisses et en six succursales. Saint-Gervais restait fermé.

Le 22 frimaire an Y, les habitants de Saint-Gervais s'étaient opposés à la vente de leur église, qui leur appartenait depuis le premier jour de Tan IL

Rien n'échappa au vandalisme révolutionnaire que le peu d'objets que nous décrirons dans la description de l'état actuel de l'église.

L'an lY, on avait formé dans l'église un dépôt d'artillerie.

Les pavages et autres objets enlevés ont servi à la restauration des autres édifices consacrés au culte catholique.

Le 22 germinal an XI, l'architecte de la municipalité donna au curé et aux. principaux habitants de Carville, quatre tableaux ; le premier, sur toile, non encadré et cintré par le haut, représentant saint Joseph tenant l'enfant Jésus par la main ; le deuxième, la Présentation ; le troisième, sainte Hélène avec sa croix ; lé quatrième, Jésus en contemplation.

Enfin, le 10 brumaire an XII, un nommé Renault, qui habitait sur la place de Saint-Gervais, fut chargé de garder, jusqu'en 1807, les clefs de l'église; on lui délivra alors un certificat constatant qu'il n'avait rien enlevé.

' Hoael, « Annales des GaneboiS) » t. m, p. 403.

La paroisse de Saint-Gervais, suiTaot la délimitation de 1 806, qui existe encore, comprend : Les deux c6tés da payé de Déville on rue du Renard, depuis les limites de Canteleu et du Hont-aux-Halades jusques et compris le cul-de-sac de la Madeleine ; les habitations des deux côtés du bouleyart, depuis le carrefour Cauchoise jusqu*à la rue Saint-Haur ; le c6té gauche en montant la rue Saint-Haur jusqu'aux limites du Mont-aux-Malades. Toutes les rues et places qui se trouvent dans cet arrondissement sont de la succursale de Saint- Gervais K

Depuis que Thonorable M. Motte est curé de Saint-Gervais, que de changements faits à notre modeste église! Quelle activité persévérante a-t-il dépensée pour la mettre dans un état convenable! En 1836 on bâtit Taile septentrionale, et dans les fondations on découvrait les restes de vieilles constructions qui venaient se lier à Téglise. Quelques fragments sculptés se trouvent au Musée des antiquités.

Lorsqu'en 1846 on agrandit Téglise du côté méridional, on avait mis à découvert, du côté du portaU, dans la direction du mur extérieur du bas côté méridional, une muraille qu'on n'a pu exammer qu'à une profondeur de trois mètres du sol actuel, sous lequel elle s'enfonce davantage et sur une longueur de sept mètres. Elle était en pierres de petit appareil, dont plusieurs en tuf avec une chaîne horizontale en briques sur un seul rang. Ces briques ont généralement 25 centimètres de longueur sur 3 ou 4 centimètres d'épaisseur 2.

L'église de Saint-Gervais, on le sait, n'était que succursale. En 1838 on demanda pour qu'elle fût érigée en cure. Nouvelle demande en 1843, cette fois il fut répondu, par le ministre des cultes, que le budget des cures était limité, mais que, de nouveaux fonds lui étant remis, il s'empresserait de se rappeler l'église de Saint-Gervais.

* p. Périam, « Dictionnaire des rues de Rouen, » lviu.

' A. Deville, « Mémoires de rAcadémie de Roaen, 1846, » p. 244.

Enfin, une ordonnance royale, en date du 21 octobre -4 846, érigea la succursale de St-Gervais en cure de deuxième classe. En mai 1 853 on terminait les travaux nécessaireê à la crypte. Deux cents francs avaient été alloués !

Sur les entrefaites, il se passa un fait qui n'eut point malheureusement l'importance qu'on voulait lui donner. C'est la pose de l'inscription commémorative de la mort de Guillaume. A l'aile septentrionale de l'église, sur un plaque de marbre blanc et tracée en lettres d'or, on lit l'inscription suivante :

Ici était le prieuré de Saint Gervais,

où monmt

GuilIamne-le^ODqiiérant

le IX septembre

MLXXXVII.

Acadétnia Rothomagensis posait anno hdcccxlvi. DESCRIPTION.

Extérieurement l'église de Saint-Gervais n'offre rien de remarquable, si ce n'est l'abside que nous avons décrite au premier chapitre. Intérieurement l'édifice est trop large pour sa longueur ; la courbe que présente le plafond de la nef est on ne peut plus défectueuse, et la hauteur de l'église, du sol à la voûte, est trop petite, eu égard à la largeur de la nef; elle n'est point aussi en proportion de hauteur avec le plafond cintré des bas côtés.

Nous avons à visite!* dans la nef le magnifique lambris corinthien, à la dépense duquel a contribué un curé de la paroisse, ainsi que l'atteste l'inscription suivante placée derrière le mattre-autel.

Messire Pierre Benard,

ptre curé de cette paroisse,

a contribué à la

décoration de cet autel.

Il mourut en 1779.

GooQle

De chaque côté du maître-autel sont deux reliquaires, achetés en octobre 1838, pour déposer des reliques de saint Gervais et de saint Protais que M. le curé s'était procurées.

Le jeudi-saint, 21 avril 1859, on plaça sur le maître-autel un Tabernacle et une Exposition en bronze ciselé et doré, dont le style rappelle celui du xii® siècle. Les dessins ont été donnés par M. Courtonne, architecte et membre de la Fabrique, Le travail, qui nous a paru remarquable, eut lieu à Paris, et la dépense s* éleva à 3,500 fr.

Notre église ressemble beaucoup à une église de campagne, car nous ne trouvons dans notre visite rien qui soit capable d'attirer les regards des visiteurs, si ce n'est deux croisées, dont nous avons essayé un dessin à l'eau-forte. La première croisée se trouve dans la chapelle de la très-sainte Vierge, au bas côté méridional ; elle représente un portique sous lequel nous voyons saint Jean-Baptiste présentant à sainte Barbe les statuts de la confrérie des maîtres toiliers de Saint-Gervais. Les figures portent les costumes du xvi« siècle. Celle de sainte Barbe surtout est d'un dessin pur et graôieux ; les vêtements sont fort bien drapés. Dans le tympan du portique nous distinguons sainte Barbe qui tient un livre à la main et sa tour traditionnelle. Ce vitrail est charmant de composition et de coloris.

Dans un petit médaillon, placé au-dessous du portique,

nous lisons :

Cette Yitre a été donnée

par les maîtres' et les tisserands de Canchoisse

dépendants de la paroisse Saint-Gervais,

en 1584,

prie Diea ponr enx.

Restauré

par Bernard et Schwoob

peintres verriers.

Rouen, an 1846.

Le yitrail de la croisée de la chapelle de Sainl-Joseph est moins beau, mais cependant il mérite d*étre décrit.

Au milieu d*un très-beau portique corinthien, on Toit saint Nicolas avec un vêtement d'archevêque du xvi* siècle. A ses pieds trois petits enfants dans le baquet traditionnel.

Au-dessous du portique, et dans un médaillon, sont les

donateurs.

Cette Titre a été donnée

par Nicolas et Denise sa femme.

Priés Dieu ponr eux.

Restanré

par Bernard et Schwoob,

peintres verriers.

Rouen , an 1846.

n existait, avant la première révolution, trois cloches dans le clocher de l'église; elles furent descendues en <793 et placées sous un hangar dans Tavenue de la Madeleine. Deux furent brisées pour la fonte des canons, et la troisième, qui porte la date de 1618, montée en 1802 dans le petit clocher de réglise de la Madeleine, est la seule qui appelle aujourd'hui les fidèles de cette paroisse aux ofSces divins.

Maintenant parlons des cloches actuelles de Téglise. Leurs inscriptions, que nous devons à l'obligeance de M. Lemanissier, maître de cérémonies attaché à la paroisse, seront pour nous toute leur histoire.

Inscriptions placées sur chacune des trois cloches de l'église de Saint-Gervais de Rouen, bénies te 19 juim, 1813, jour de la fête des saints Gerçais et Protais, martyrs, patrons de la paroisse.

Inscription de la petite cloche.

(c L*an 1813, le 19 juin, M. Charles Anber, étant cnré de la paroisse Saint-Geryais de Rouen, Moi, Marie-Louise, ai été Jsénie par M. François- Lonis Malleai, prêtre docteur en théologie, chanoine de Téglise cathédrale

Diaitized bv

GooQle

et vicaire de Ms^ le cardinal Gambacérès, archevêque de Rouen; j'ai eu pour parrain Mattre Glande-Janvier Français, directeur des droits réunis, et pour marraine dame Marie-Louise Griois, épouse de M. le directeur général des contributions et du cadastre. »

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