CHAPITRE in
DB 1861 A lB9t.
LIS abbés de Fécamp, barons hauts-justiciers de Saint- Geryais, y avaient leur grand-vicaire, leur o£Scial, leur promoteur, leur greflSer, leur appariteur, leurs prisons et autres marques de juridiction et de pouvoir féodal. Que de discussions, que de procès paraissaient chaque jour devant cette juridiction sans cesse en lutte avec celle de Rouen 1 Les courts résumés de procès que nous produisons aux pièces justificatives ne peuvent donner qu*une bien faible idée des luttes que cette redoutable justice eut à soutenir contre tous. C'était un signe de décadence ; car, c depuis longtemps, les vilains, unis en commune, maîtres des portes et des remparts de leur ville, nommant leurs magistrats, savaient apprécier k sa juste valeur toutes les pompes de la féodalité. Les abus de ce système, les malheurs qu'il avait attirés sur la France pendant la guerre contre les Anglais et récemment encore à la bataille d'Azincourt, la haine contre les hommes de guerre qui exerçaient d'horribles ravages dans le pays de Caux, avaient exaspéré le peuple contre les nobles. Les divisions de ces derniers contribuaient encore à ruiner leur autorité ^. »
* Chéniel, « Histoire de Rouen sotts la domination angloiie, » p. 10.
Notons, avant d'arriver au mémorable siège de Rouen par Henri V, quelques faits relatifs à Saint-Gervais, tel qu'un arrêt (décembre 1368) de FÉchiquier « par lequel il est dict que les bois de Saint-Gervais ne sont point sujets aux droits de tiers et danger. »
Nous voyons, vers la même époque, des procédures indécises touchant la démolition des halles de Saint-Gervais, démolition ordonnée par le vicomte de Rouen (1376). La ville, par suite des dilapidations de finances et du luxe effréné du duc de Bourgogne durant la démence de Charles VI, était grevée de charges énormes ; elle demanda au duc quelque diminution sur la seconde taille qu'on lui avait imposée ^. Le duc donna une réponse arrogante et négative; maïs les Rouennais profitèrent d'ui^ instant de lucidité du roi pour obtenir une ordonnance royale qui les exemptait de toute redevance à la foire de Saint-Gervais (1395), et deux ans plus tard, ils forcèrent les habitants de Saint-Gervais à contribuer aux aides et autres impôts que payait la ville (1397) 2.
Vexés de ne pouvoir lutter avec avantage contre la commune de Rouen , les abbés de Fécamp harcelaient , par tous les moyens en leur pouvoir, le clergé, avec lequel ils pouvaient être supérieurs. Ils firent défense à Guillaume de Vienne, qui était archevêque de Rouen, de porter sa croix et de donner sa bénédiction dans l'église Saint-Gervais et sur les terres qui en relevaient. De là un différend sur lequel un arrêt fut donné, le 28 d'août 1400, au Parlement de Paris contre Fécamp, et mit fin ainsi à de nombreux abus 3.
Cette défense avait été faite parce que « l'archevêque de Rouen, avec quelques-uns de ses suffragants, avait proposé, dans un concile provincial, de traiter de l'exemption du monastère de Fécamp, moyennant une somme d'argent, dont
* Ghérnel, « Communale de Rouen, » t. u, p. 514.
^ Chéruel, ibid.
' Farin, t. ii, p. 223. — L. Froland, t. i.
une partie serait affectée au traitement de certains ofiSciers de l'église, et l'autre à la propagation de l'unité catholique. » Mais l'abbé de Fécamp « refuse de se prêter à cet arrangement contraire au privilège de sa communauté, et fait dresser acte de ses motifs par le ministère de Pierre Barillet, notaire public et juré de la cour épiscopale. Cette pièce est souscrite à Paris, dans le manoir de Fécamp, rue Serpente ^. »
Les Anglais, profitant des troubles qui désolaient la France, résolurent de débarquer en Normandie. Alors une lettre de Charles, roi de France, donnée à Paris, le 6® jour de février 1 41 1 , enjoignit au clergé de Rouen de contribuer aux frais de la défense de la ville ^, et le 22 de juillet de la même année, on décide qu'on mettra en réquisition les charrettes de Saint- Ouen , de la Madeleine , de Saint-LÔ, de Saint-Amand , de Saint-Gervais , du Mont-aux-Malades , de Grammont , du prieuré de Bonne-Nouvelle et des autres abbayes et prieurés, qui « araient charettes en la dicte ville et banlieue, pour charier la pierre qui fault sur les murs et autres choses, pour deffence de la ville. i>
Sur les entrefaites, mandement (1 8 août 1 41 6) de Charles VI pour procéder, devant le bailly de Rouen, sur les oppositions faites aux droits de la foire de Saint-Gervais ^.
Plaçons ici la note suivante, qui n'a aucune importance pour notre récit, mais que nous ne devons pas omettre, notre devoir d'historien consciencieux nous forçant à la mentionner comme simple fait local.
Après le meurtre de Raoul de Gaucourt, bailli de Rouen,
* Léon Fallne, « Histoire de la ville et de Tabbaye de Fécamp, » p. 244. — Comme tontes les grandes abbayes de France, Fécamp aVait un hôtel à Paris. Sa position est encore bien connue des antiquaires parisiens. Nous en avons vu remplacement très-bien marqué chez M. Albert Lenoir, dans ce merveilleux plan du vieux Paris que ce savant prépare pour compléter sa belle Statistique monumenlale de la capitale.
' Cbéruel, « Histoire de Rouen au xve siècle. » Notes, p. 7.
' Pièces justificatives.
Charles YII, alors dauphin de France S vint rétablir Tordre dans Rouen. Il passa toute la journée du mercredi 24 juillet 4417 à Saint-Maur, avant d'entrer dans sa bonne ville de Rouen 2.
Les Anglais, vainqueurs à Azincourt (1415), remportèrent bientôt de nouveaux et grands avantages; ils avançaient dans notre beau pays portant, comme de coutume, le ravage et la désolation partout où ils passaient, et s*emparant, par des moyens peu loyaux, des places qu'ils ne pouvaient prendre par la seule force des armes. Enfin ils approchèrent de Rouen, dont les habitants avaient changé en désert les faubourgs et les environs de leur cité '.
Il y avait longtemps que Ton avait pris les précautions nécessaires pour l'approche de l'ennemi. Nous savons qu'en 1361 , l'église de Saint-Gervais avait été en partie détruite par la bourgeoisie ; plus tard, une lettre d'Isabeau de Bavière, qui fut exécutée de point en point, contribua à la dévastation complète du quartier Saint-Gervais.
« Lettre d'Ysabel, rayne de France, aiant pour l'occupation du roy le gouvernement et administration du royaulme, donnée à Troyes, le xxx<* jour de janvier l'an mil quatre cens dix sept, adressant aux capitaines et bailly de Rouen :
» Comme il leur estoit mandé appeller le procureur du roy et des plus notables gens d'église, conseillisrs et habitants de ladicte ville, eulx transporter et veoir les faulxbourgs, églises, maisons fortes estans à l'environ d'icelle, et s'ils trouvoient à l'environ d'icelles aucuns lieux, églises, chasteaulx, maisons fortes et autres estre préjudiciables à icelles, faire démolir, abatre et arraser, en telle manière qu'ils ne
* La présence d'un prince, du sang royal, même enfant (il n'ayait que 14 ans alors), suffisait pour apaiser ces émeutes si fréquentes à cette époque.
' « Chroniques normandes, » de P. Cochon. Paris, A. Delahays, 1859, p. 432.
' Chéruel, p. 39.
peussent nuire à ladicte ville au siège que Ton disoit que les ennemis se préparoient y mettre, semblablement se deux galees qui estoient devant ladicte ville se trouvoient nuire à icelle ville, que les ennemis s*en peussent aider à faire pons où autrement, qu'ils eussent icelles à mettre à lieu sauf se faire se povoit, synon qu'ils les feissent enfondrer ou autre* ment, en ordonner comme ils trouveroient bon estre ^. »
€ Tout autour de la ville ils avaient même coupé les arbres et les haies de leurs jardins ; ils avaient même brûlé les herbes et les bruyères, de telle sorte que la terre était entièrement nue 2. »
Le duc de Clarence, frère de Henri V, campa 3 sur les ruines de Saint-Gervais, brûlé par les Français ^ ; non loin de lui se trouvait de Cornouailles, un peu plus rapproché de la porte Cauchoise.
Ând at tbe Port Causes downe Uiey drewe A cfayrche that was of Synt Aodrewe ; And also abbey tbat was of Synt Genrais, Ffor tbere tbe dewke of Clerence longyde was ^
Qui ne connaît pas les excès tïhéroïsme^ ^ que firent les Rouennais durant ce siège mémorable. Les poètes, les chroniqueurs et les historiens, se sont plu à raconter cette lutte terrible qui dura cinq mois et demi. La guerre terminée, le vainqueur fut obligé de soulager la misère du vaincu ; le clergé se soumit et obtint des privilèges.
Comme on a pu remarquer, la seigneurie de St-Gervais avait été bien dévastée. Quand les choses commencèrent à moins mal aller, les religieux de Fécamp firent des réclamations à Henri Y, qui nomma alors le vicomte de TEau, Roger Hutel et
* Cbérnel, ibid. Notes, p. 3. Arcbives municipales, registre U, fo 75, verso. ' a Arcbsologia, » t. xxi, cité par Cbéruel.
* Le 29 juillet 1418.
* « Cbroniques de Normandie, » c. 249.
^ (c Siège of Rouen, » poème anglais. « Archsologia, » p. 50, t. xxi.
* VolUire.
Jacques d'Orléans, pour la vérification du tableau des dépenses et recettes. Etaient présents : Jean Bouesque, aumônier de Tabbaye ; Guillaume Etienne, chantre, et Adam Onfroy, prieur de Saint-Gervais, tous religieux délégués par la communauté 1. Mais rien ne fut décidé, et nous trouvons le mot de rénigme dans Thonorable fierté de l'abbé d'Estouteville, qui ne fut jamais du parti anglais. Ce misérable Gilles de Duremont, qui fut plus tard un des juges de Tinfame et inique tribunal devant lequel comparut Jeanne-d'Arc, pour le prix de ses vifs services, alors que le cruel Henry VI d'Angleterre était maître de Paris , se fit renouveler la possession du prieuré de Saint-Gervais, par arrêt du parlement de Paris (4427). C'est alors que nous trouvons un acte de l'officialité de Saint-Gervais, par lequel il est dit que si les religieux de Fécamp font réparer et rebâtir la nef de l'église Saint- Gervais , par principe et piété , cela ne doit aucunement les confirmer dans les prétentions qu'ils ont d'obliger les paroissiens à ladite réédification, et que d'autre côté ladite réparation ne pourra préjudicier les paroissiens dans leurs prétentions, par lesquelles ils soutiennent que les religieux sont seuls sujets à la réparation (19 juillet 142R). L'année précédente, il y avait eu un acte de ce même parlement qui adjugeait la récréance du prieuré au profit de l'abbaye («juin 1427).
Nous avons trouvé mentionné dans le catalogue des titres de la baronnie de Saint-Gervais, fonds de Fécamp, un marché pour la réédification de l'église de Saint-Gervais ; nous avons cherché vainement cette pièce importante. Ce précieux document nous aurait fait connaître quelles proportions avait l'église au xv® siècle.
La copie d'une permission accordée aux abbé et religieux de Fécamp, par le bailli de la ville de Rouen, de faire tenir la foire de Saint-Gervais dans la ville, à cause de la guerre
* Léon Fallue, p. 270.
(U38), nous montre de quels droits exorbitants les moines étaient privilégiés. Telle était alors la liberté du commerce K
Pendant la foire, depuis quatre heures après none, vigile de saint Gervais. et saint Protais, jusqu'au lendemain à pareille heure, les religieux-seigneurs percevaient les acquits et coutumes payés à la vicomte de l'Eau ; en revanche, ils devaient un dîner aux oflSciers de la vicomte 2.
Nous allons rapporter tout au long un document qui pourra nous faire voir la population de la paroisse quinze ans après le siège de Henri V, où 50,000 personnes périrent par la famine ^.
€ Cy-ensuivent les noms et surnoms des personnes de la paroisse Sainct-Gervais près Rouen, puissants et subjets, de paier le fouage ou monneage escheu au terme Sainct- Jehan-Baptiste mil cccc xxxiui. Juré et nommé par Oudin Piques, Jehan Loquette, Carlet Bote, Guillaume Lehoy et Jehan Baudart de la dicte paroisse.
(Suivent cent cinquante noms,]
» Somme : sept livres dix solz tournois, surquoy est à rabatre pour les collecteurs, xii deniers tournois, reste pour le Roy, sept livres nef soubz [sic) tournois.
» L*an de grâce mil iiii<^ xxxiiii, le huictiesme jour d'aoust, devant Raoullet Maufillastre, clerc commis soubz Robert Le Vigneron, tabellion k Rouen pour le Roy nostre sire, furent présents lesdiz Oudin Piques, Jehan Loquette, Carlet Bote, Guillaume Lehoy et Jehan Baudart, qui jurèrent par leurs serments que, en ladite paroisse, ne savoient aucune personne que les dessus nommés qui fussent puissans et subgez à paier ledit fouage ou monneage escheu audit terme Sainct- Jehan-Baptiste dernier passe, et oultre dierent que les personnes dessus nommées au doz de ce présent rouUe en de-
* Voyez pièces justificatives V.
' Cb. de Beanrepaire, Vicomte de TEau, p. 131 et 342.
« Monstrelet, Uv. i, ebap. 208.
voient estre eiemps pour les causes desclairés de Fautre
part.
» Signé Hàufillatrb.
[Au revers du rôle.)
» Cy suivent les noms et surnoms des personnes de la dicte parroisse de Sainct-Gervais» quittes et exemps de poier le dict fouage ou monneage escheu au dict terme Saint- Jehan-Baptiste mil GGCG xxxiiii, pour les causes cy-aprës desclairés, selon ce quil a esté tesmoigné et raporté par les jurés desnommés de Tautre part.
» Tous ceux qui sont cy acoUés sont restans et remouvans en fieu de Brethieul et sont quictes ainsy quils ont acoutume comme dient les jurés dénommés de Tautre part, parce que ils ont baillié chacun une faucille.
(Suivent vingt noms,)
» Tous povres mendians. »
[Suivent vingt-quatre noms.)
Les dernières années du xv® siècle furent marquées par une querelle de préséance entre les monastères de Fécamp et de Saint-Ouen ; celui-ci mettait en avant sa fondation par un roi des Francs , Tautre sa dépendance directe de Rome. Il fallut que TEchiquier de Normandie, pour faire cesser un motif à contestations souvent fort bien écrites, donnât, en 1497, appui à Tabbé de Saint-Ouen, c à cause de la localité et de Tancienneté du lieu ^ »
« Cet arrêt avait indisposé la communauté de Fécamp, et elle ne laissait passer aucune occasion de le faire apercevoir à sa rivale. En voici une qui trouve naturellement sa place ici : C'était Tépoque où Ton élevait, avec beaucoup de travaux, la nef de Véglise actuelle de Saint-Ouen ; le pape avait ordonné des indulgences générales pour ceux qui contribueraient de leur fortune à cet effort gigantesque de la foi du moyen-âge ; TEchiquier de Normandie lui-même, pour mé-
' « Nenstria pia. » Léon Fallne, p. 305.
nager les ressources, avait prohibé toute autre publication d'indulgences dans la ville de Rouen.
» Malgré cette défense, Jehan Bourgeans, ofiBcial de Saint- Gervais, permit à des émissaires de Tabbaye de Loches, de s'établir dans sa paroisse et de distribuer des indulgences pour le compte de leur monastère, où se faisaient aussi de grands travaux.
» Les moines de Saint-Ouen, instruits de ce fait et irrités contre le prieur de Fécamp, déléguèrent, envers les religieux étrangers, Robert Le Ber, sergent à masse, qui les trouva logés à Thôtellerie du Signol, près la porte Grand-Pont. Ce sergent les cita à comparoir devant le bailly de Rouen, fit arrêt sur un cheval, de poil gris, appartenant à Tun d*eux, nommé Bernard Jouhault, et sur les autres biens qu'ils pouvaient avoir dans ladite hôtellerie ^ »
L'histoire de Saint-Gervais, pendant le xvi* siècle, offre peu de faits bien remarquables. Pour arriver au principal événement, celui de 1563, notons en passant l'intervention du cardinal de Lorraine (4535), en faisant reconnaître les droits et privilèges du monastère de Fécamp, méconnus par Toffîcial de Rouen qui avait accusé le curé et le vicaire de Saint-Gervais d'avoir fait des mariages contrairement aux canons de l'église, et qui de plus avait fait mettre en prison le vicaire et fulminé des censures contre l'oiBcial de ce prieuré 2.
— Lettres adcordées parle cardinal de Lorraine, archevêque de Narbonne, abbé de Fécamp, datées à Paris, le 4 mars 1 543, et dûment scellées du sceau de ses armes, par lesquelles il a donné aux paroissiens de Saint-Gervais le revenu de la vente des herbes et arbres du cimetière, de plus trois petites pièces de terre contenant ensemble deux acres une demie vergée dix perches au ermron, à la charge par lesdits paroissiens de
' Léon Fallne, p. 305, 306.
' Léon FaUae, p. 315.
faire agrandir l'église et Tentretenir à leurs dépens, et fournir le luminaire qu'étaient tenus de fournir les abbés de Fécamp. — Ces lettres furent ratifiées, le 5 mai 1544, par le prieur claustral et couvent de Fécamp.
C'est, pensons-nous, à partir de la signature de ces lettres que disparaissent les noms de prieur et de prieuré de St-Gervais, car nous ne les voyons plus mentionnés dans les. actes administratifs de date postérieure.
L'archevêque de Thessalonîque, en 1556, conféra les saints ordres dans l'église de Saint-Gervais par la permission du grand-vicaire du cardinal de Lorraine, abbé de Fécamp. Il y eut trente-cinq personnes ordonnées : dix prêtres, quatre diacres, trois sous-diacres, cinq acolytes et onze tonsurés ^.
Nous extrayons des registres de fabrique les quelques chiffres suivants, qui ont quelque intérêt.
1546. — « Pour six fiches de fer pour mettre au pupitre des orgues, payé la s® de iiij sols.
» Pour avoir faict plastrer le pupitre, payé au plastrier la s* de XI sols.
» Pour avoir faict faire un pupitre pour mettre les orgues, payé à Guill® Taurin, hucher, la s® de xxxv livres.
» Pour la ferrure, la serrure et la clef des orgues, payé la somme de xvii sols vi deniers.
» Au dict Taurin pour le revers de hucherie de dessus les orgues, la s® de xxx livres.
» Aux organistes, payé d'avance la s® de xxvi livres v sols. »
Charles IX n'avait que dix ans quand François II mourut. La reine-mère se fit déclarer régente , « et les huguenots crurent que cette minorité et le gouvernement d'une femme étaient des conjonctures dont ils devaient profiter. Ils prirent les armes 2 » et s'emparèrent de beaucoup de villes. Le 15 avril 1 562, à minuit, ils s'emparèrent de Rouen et y commi-
* L. Froland.
* Masseville, y. p. 130.
rent mille horreurs; le 1*' jour de mai ils abattirent toutes les images de Saint-Gervais» et le dimanche 3® jour de mai, ils abattirent, rompirent, brûlèrent et brisèrent tout dans les églises et monastères ; mais, la nuit du 23 octobre de la même année, la ville de Rouen étant au pouvoir de Charles IX, on rechercha les coupables, et les archives départementales possèdent des pièces du procès extraordinaire à rencontre des nommés Claude FauUain, Georges Hauger et autres prévenus de larcins, pilleries, saccagement et brûlement dans Féglise et paroisse de Saint-Gervais, etc. Les coupables furent condamnés, par jugement présidial de Rouen, le 2 juillet 1563 : Manger, aux galères pour cinq ans ; Faullain et jauger, au payement de la somme de 42,000 livres, à laquelle les pertes ont été évaluées, et à 250 livres d'intérêts envers les trésoriers, etc.
n fallut refaire la tour et le beffroi, qui furent terminés en 1566 par Raullin Thorel, carpentier. Mais le comble restait à faire, et ce ne fut que plus tard, en 1583, que l'on rebâtit le comble de Féglise au moyen d'une souscription qui s'était montée à 341 livres 5 sous 7 deniers. Mais d'autres malheurs suivirent ce désastre : après les guerres de religion, les guerres de parti !
Henri IV vint mettre le siège devant Rouen le 11* jour du ' mois de novembre 1 591 .
Monsieur de Villars, qui commandait dans Rouen, avait fait de grands préparatifs de défense ; entr'autres mesures, il avait fait abattre dans les faubourgs tout ce qui aurait pu servir aux assiégeants. Nous ne faisons pas l'histoire de la ville de Rouen, et tous les détails de ce siège ne nous appartiennent pas ; seulement, on nous permettra de répéter ce que le consciencieux Millot dit de ce siège : Qu'il n'y a pas d'exemple dans l'histoire d'une pareille défense *.
• Millot, t. m, p. 127.
Nous nous borneroDs à copier Valdory en ce qui concerne notre église pendant la guerre.
4c Les ennemys, le lundi 41 novembre 1591, occupèrent le foubourg Saint-Gervais; (corps-de-garde à Yonville).
» 23 mars 1592. — Sur les huict heures du soir, les sentinelles, posées sur les murs de Cauchoise, entendirent comme les ennemis travailloient avec houês et piquois vers les ruynes de Sainct-Gervais : et nonobstant que le canon eust esté tiré pour les empescher, si est-il que le lendemain mardy, vingtquatriesme à la diane, fut apperceue une petite levée de terre en forme de bastion carré, flancqué de toutes parts, et un fossé audevant, pour empescher qu*il ne fust forcé par les nostres, faisans quelques sorties.
» Ce mesme jour, depuis le matin jus.ques au soir, il y eut de ce coté continuelle escarmouche, ayans les ennemis posé jusques à quarante ou cinquante mousquetaires derrière un mur de pierre percé, regardant droit la ruyne ou brèche advenue ceste part en la muraille de la ville, dont a esté cydessus parlé, pour empescher les nôtres d*y travailler, ce qui ne fut en leur puissance : et de tous les coups par eux tirés, ne fut atainct qu'un valet qui receut un coup de mousquet au travers du mollet de la jambe. Il est vrai que depuis mîdy ils firent porter un grand nombre de fascines au fort par eux encommencé à Sainct-Gervais, jusques à la nuict qu'ils furent entendus jouer du piquois.
T> Ce mesme jour, trois soldats des ennemis jetoyent des pierres contre une croix ou estoit la remembrance de Notre- Seigneur Jésus-Christ, et laquelle jusques à ce jour estoit demeurée entière au cimetière de Saint-Gervais ^ ce que apercevant Tun des capitaines des bourgeois de la ville, il chargea un mousquet de fonte> duquel il tua Tun de ceux qui jetoient ces pierres ; chose diflScile à faire, veu la distance du lieu qui est de plus de cinq cens pas.
» Sur le soir ils posèrent en garde, au mesme lieu, quatre
enseignes de leurs nouveaux venus sur lesquels on tira, du boulevert de Cauchoise et vieux palais, quelques coups de canon qui ne les offensèrent beaucoup. La nuict ils continuèrent leur ouvrage en commencé.
» 25® jour de mars, mercredi. — La nuict, ceux de St-Gervais continuèrent leur fortification et mirent jusques au nombre de neuf gabions au front de leur bastion et autres endroits, le relevant de fascines et de terre ; tellement qu'il estoit presqu'impossible de leur faire aucun mal avec nostre canon.
» La nuict (du jeudi 26 mars) Tennemy continua à se fortifier à Sainct-Gervais, à Tendroit du cHancel et chœur de Téglise et vers le Mont-aux-Malades, y ayant fait quelques embrazures pour y planter du canon.
» Le samedi, uingt-huictième de mars, ils continuèrent à se fortifier comme auparavent, tirant journellement force coups de mousquet et harquebouze sans offenser aucun.
> Le dimenche, jour de Pasques, vingt-neufiesme, ils abattirent de nuict la croix, de laquelle a esté cy-devant parlé, et nonobstant que ce fut un jour très-solennel, ils ne laissèrent à travailer à leurs fortifications, et de nuict amenèrent deux longues couleuvrines dedans leur fort.
» Ils ne cessèrent depuis de fortifier et de faire de profonds fossés sans cesser de tirer le canon.
» La nuict (du 48 au 49 d'avril) fut assez douce et fut le canon enlevé du fort de Sainct-Gervais et remis dedant les navires ennemis.
* La nuict (du 49 d'avril) se passa en tout silence.. Et le dimanche, dix-neufiesme, il y eut apparence^ vers Sainct- Gervais, que les ennemis vouloient lever le siège pour l'enlèvement des aiz, ayant servi à leurs plateformes, poudres, ponsons et autres bagages.
» Ceux de Sainct-Gervais, sur les huict heures du matin (20* d*avnl), firent le semblable et sortirent six enseignes estant pour lors en garde au fort tous rangés en bataille, qui
estoient soubsteaus par deux autres gros hocs de cavalerie ou estoit le roi de Navarre en personne avec sa cornette blanche, pour faire la retraicte, et preindrent le chemin de Damestal. »
Après la guerre, dont le peuple avait supporté les corvées, le peuple paya les dégâts. Le quartier Sain t-Ger vais se peuplait lentement, et ce ne fut qu'en 1595 qu'une collection et plusieurs dons faits à l'église contribuèrent à sa réparation. Les registres des comptes du trésor de la paroisse nous fournissent, sur les réparations, quelques détails trop curieux pour que nous ne les consignions pas ici :
« Payé à François Lachausse, masson, pour avoir vidé la cave et faict la couverture du degrez.
» Payé pour une croix, à mettre au cymetière, xv sols.
» Payé à Romain Sellye, plombier, pour avoir couvert les fonds de l'église, la somme de lxxvii sols.
» Payé à un brouettier, pour avoir porté et rapporté plusieurs bardes le jour que ladicte église fut dedyée, la somme de III sols.
» Payé pour deux gonds, à pendre l'huys de l'église, x sols.
» Payé à ung charetier, pour avoir aporté une pierre à faire le maistre-autel, prinse près l'église Sainct-Godard et porter de l'hostel de Fescamp, et pour en avoir prins une autre de Fescamp, xxx sols.
» Payé à un porteur, pour le portage d'une trille de fer, VII sous 6 deniers.
» Payé à un charetier, qui a aporté une pièce de boys de six sommiers, viii sols.
» Plus il est deu au dict de Sahurs, pour le marché faict avec lui par le curé et trésorier de Saine t-Ger vais, pour faire le comble de ladicte église, jouxte le marché en dabte du 4® jour de mai 4595, la somme de mil viii® l livres.
» Plus il est deu audict de Sahurs, pour autre marché faict avec lui par ledict curé et trésorier de la dicte église, pour
parachever ledict comble, en date du 6« jour de juin mil cinq cent quatre vingt dix sept, la somme de quatre vingt six livres.
» Comme de la mise faicte par Loys de Sahurs, comprenant la somme de deux mil six vingt livres, pour le bastiment par luy faict pour finir le comble de la dicte église Sainct-Gervais, la charpenterie se trouve montée à deux mil trois cents quarante ung livres ung sol dix deniers.
» Payé aux mâchons quy estoient présents quand la machonnerie fut tenue en rabais et pour le denyer-adieu, la somme de xxxii sols.
» Payé aux clercs du secrétaire de monsieur T Admirai, pour avoir escrit sur le doz de la requête pour avoir permyssioU de rebastir Téglise, d'avoir faict signer la requeste audict sieur Admirai, pour ce la somme de x sols.
» Payé à M® Martin Cousture, pour le devys de la charpenterie de Téglise et en avoir baillé le pourtraict, pour ce xx sols.
» Payé pour une brouette xxvi sols.
» Payé pour deux clez à passer le sablon xx sols.
» Payé pour une serrure neufre, pour mettre à Thuys de la cave de deux clefs neufves, pour ce xx sols.
» Payé pour une joumez de manœuvre x sols.
» Payé pour le vin du marché de la charpenterie, en présence de tous les trésoriers, vi livres x sols.
» Payé pour deux journez d*uu manœuvre, pour vuyder le porche de l'église le jour de la Pentecouste, xx sols.
» Payé le mercredy des festes de Pentecouste à deux pauvres hommes, pour leur peyne d'avoir aidé à remplir les fossés de Taitre, xx sols.
» Payé pour les chemineaulx quand on leva l'église, xii sols.
» Payé à Jacques Tourmente, W masson, pour avoir faict la machonnerie de l'église, le tout jouxte ses quittances sinez de lui, la somme de vi*^ xix escus.
» Payé à deux massons, pour avoir dressé la machonnerie
de réglise du costé des champs et avoir faict les vues et yttres dudict coté, pour ce xix escus lu sols vi deniers.
» Payé à Loys de Sahurs sur ce qui lui est deu et resté pour la charpenterie, ix escus.
» Payé à Loys de Sahurs sur ce qui lui est du pour la charpenterie, ui escus.
> Payé à Jehanne Jouen, pour la chaux qu'il a fallu à la machonnerie jouxte ses quittances, la somme de lyii escus.
» 4599. — Item payé à Renay Rogerie, M® charpentier, pour avoir faict la cbarpenterie des clochers jouxte sa quittance, la somme de xxiiii livres.
» Payé aux menuissiers, pour avoir faict Thuys des clochers, la somme de xx sols.
» Payé à Jacob Sauvage, pour avoir ferré Thuys des clochers, la somme de xxx sols.
» Payé à Denis Fuchot, M® plastrier, pour avoir faict la clouison des clochers jouxte sa quittance, la somme de xxiiii livres. »
Les chiffres parlent et nous disent que les dégâts furent énormes. D'après les réparations, nous pourrions, je pense, nous faire une idée de Téglise servant de fort pour les assiégeants.
On voit que le mur méridional fut peu endommagé; il en fut de même de Fabside que les huguenots furent obligés de fortifier; mais le mur septentrional fut arrasé.
Les terres amassées dans Téglise, et soutenues par le mur méridional, formaient terrasse et contrescarpe.
On avait creusé, au pied de ce mur, des fossés que nous vqjfons remplir par les gens de T^glise et deux pauvres hommes qui furent payés xx sols