LA CHARITÉ DE SAINT-LOUIS
La décadence religieuse et morale d au dix-huitième siècle fut la cause pri abominables excès de la période révol 11 ne faut pas croire pourtant que ( dence fût absolue et universelle. Souî triomphe du libertinage d'esprit et ( alors décoré du nom de philosophie mérite que celui de philosophisme, ment un vif courant de christianisme s dans notre pays, mais on y vit se dé\ puissants germes d'une renaissance jansénisme proprement dit ne doii compté parmi ces éléments de compi d'espérance providentielles. 11 fuL au de diverses façons, conscientes et inc un déplorable auxiliaire de Tincréd actii agent de la révolution en persj
Mais il serait injuste de confondre absolument avec cette pernicieuse autant qu'absurde hérésie, bien que celle-ci Tait presque toujours imbue à quelque degré de ses maximes et de ses usages^ la piété sincère et profonde, quoique étroite et souvent rigoriste, qui se transmettait à côté d'elle, mais quelquefois en dehors d'elle, dans les vieilles familles de la haute bourgeoisie française, en particulier dans la magistrature parlementaire. 11 y a en effet bien des degrés, dans la théorie et la pratique, entre Thétérodoxie formelle et la parfaite orthodoxie. Parallèlement à ce courant mêlé, pour ainsi dire, de bonnes et de mauvaises eaux, la Compagnie de Jésus, qui ne laissait pas, à l'aide de communications latérales, d'en atténuer les éléments fâcheux, lutta jusqu'à sa suppression, avec une admirable énergie et avec un réel succès, pour maintenir en France le courant large et fécond de la grande et pure tradition catholique et d'une piété non seulement forte et solide, mais généreuse, vivante et fervente. Après sa suppression, son heureuse influence subsista encore à cet égard comme double remède au jansénisme et au philosophisme de cette époque. La dévotion au Cœur de Jésus, en conséquence des révélations faites sur la fin du siècle précédent à la bienheureuse Marguerite-Marie (1647-1690), se développa de
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ent, maître des feitou, lieutenant de linistre de la marine 1 1761.
loignon fut un assez îccrut point la gloire |uî avait brillé sous par Talliance des verndes qualités civiles, 3ar le goût et le pro- Oigne de son père, le ivocat général, son imitié deBourdaloue leau, Madeleine de lors l'amie et l'auxi- Paul. Le garde des [•illarite carrière à ses Pompadour. Mais sa ne chrétienne d'élite, nents et ses vertus à et qui les transmit ie-Louisc- Elisabeth, nation lui fut confiée, uce que grave, dit Louise fit de rapides
atrlce de l'Institut des ouis, 1763-1825, Paris,
dans la pratique de la retraite et des vertus chrétiennes, que s'écoula, sous les yeux de son aïeule, l'heureuse et féconde jeunesse de Louise de Lamoignon. »
Parmi les fâcheux usages introduits par l'esprit janséniste dans TEglise de France, aux dix-septième et dix-huitième siècles, il faut noter celui des premières communions tardives, qui contrastait avec celui des mariages plutôt prématurés. « L'intervalle qui sépara ces deux grands actes de la vie de Louise de Lamoignon ne fut donc que de courte durée. » 11 semble résulter de son propre témoignage que la pieuse jeune fille, si elle eût été pleinement maîtresse d'elle-même, aurait dès lors préféré la vie religieuse, quoique cette vocation ne fût pas assez prononcée en elle pour y devenir un cas de conscience. « Prévenue, dès ma plus tendre jeunesse, des grâces du Ciel, dit à ses enfants Madame Mole dans son testament, la solitude et la retraite eurent toujours pour moi des charmes et furent l'attrait de mon cœur ; cependant mes parents, dès l'âge de quinze ans, m'unirent à Thomme le plus vertueux, comme aussi le meilleur: que vous êtes malheureux de n'avoir
à ses saintes prodigalités, et il se contentait de lui dire en {)iaisantant : « Vous faites mieux que le proverbe. Le proverbe dit que, par le moyen de Taumône, on entre dans le ciel dans une voiture a six chevBux ; du train que vous y allez, vous y entrerez dans une voiture à douze chevaux. Si vous y arrivez la première, faites en sorte de me préparer une place auprès de vous. »
M. Mole, grûce à son nom et à l'influence du garde-des-sceaux, son beau-père, étail devenu président à mortier au parlement de Paris, dont son père, encore vivant, avait été premier président sous Louis XV. Il ne joua qu'un rôle assez effacé dans les événements auxquels fut mêlée cette cour souveraine dans les dernières années de l'ancien régime, et ne semble avoir pris aucune part, du moins bien ostensible, à ceux qui marquèrent les débuts de la Révolution.
Mais son nom seul, sa situation de haut magistrat et de grand propriétaire féodal, notamment h Champlâtreux et à Méry, en firent de bonne heure un suspect. Dès la fin de l'année 1789 il dut se résoudre à chercher à l'étranger un asile pour lui et pour sa famille. « Il est probable, dit M. de Ségur (1), que, comme la plupart des émigrés qui n'allèrent pas à Goblentz se mettre à la
I) Ouvrage cité, pp. 43, 46, 47.
obtenuvotre acquittement. Venez tout de suite.» (( M. Mole le croît, Tembrasse, le suit, descend avec lui dans la cour de la prison. Duval le présente è la foule qui Tacclame, qui le place de force sur un brancard, et rapporte en triomphe celui qu'elle s'apprêtait une demi-heure auparavant à déchirer en mille pièces (i).
« Depuis le matin Madame Mole était sur la croix. Le bruit du massacre des prisonniers s'était répandu dans tout Paris, et elle se demandait, à chaque minute qui s'écoulait, si ce n'était pas la dernière de la vie de son époux. Au bruit de la foule envahissant la cour de son hôtel, à l'aspect de ces figures, de ces hommes ensanglantés,ellefrémitd'horreur et croit d'abord que c'est le cadavre de M. Mole qu'on lui apporte pour insulter à sa douleur. Mais un second coup d'œil la rassure. Elle le reconnaît, voit qu'il est en vie et devine à l'air rayonnant de Duval que le bon serviteur a réussi à sauver son maître.
(( Elle se précipite au devant de l'étrange cortège, veut se jeter dans les bras de son mari. Mais les septembriseurs qui le portaient l'arrê-
(1) A propos de ces soudaines volte-face de la foule et même des massacreurs dans les journées de septembre, cf Taine. Les Origines de la France contemporaine. La Révolution, t. IV. Za Conqitête Jacobine^ chap. IX, § V,
e, au milieu de laquelle 3 amis, Tacclame à son des cris sympathiques, lie humeurlui disent en ^e citoyenne, voilà ton , mais à la condition que Is lui auraient demandé 3uil, de boire un verre le l'eût fait sans hésiter, îu r caprice de tigres apîs pures toucha la joue rentra chez elle en po?- Dnquis, tous deux brisés Duval qui jouissait plus bonheur, tandis que le li, de sa fenêtre, avait îtour triomphal de son il Tavaît quitté la veille, ' le triste privilège de nité, des angoisses de non moins dangereux
îdote relative au verre de il est contestée.
i massacres de septembre, ie compter son plus récent fant, ancien jésuite, et Pun ô-Cœur. Cf. Ségur, ouvrage , ouvrage cité, pp. 276-278.
Mais cette délivrance ne de 1793 ou au commencer fut arrêté de nouveau. Cet pressantes, héroïquement serviteur, demeurèrent v 1794, après avoir reçu se de la religion, M. Mole pi qu'il portait et le rangqu i lement de Paris. Ce fut p terrible. « Soit qu'elle eu dans la démarche de Du Tinville,soit que de si terr si longues douleurs euss forces physiques, la nou\ Mole la frappa comme ui saisissement fut tel' qu'elle qu'elle tomba dès ce moi paralysie de tous les memh mois et qui mit sa vie en d premier moment de déchi trouva toute son énergie i
(1) « Le matin du jour fate constantes conservées dans la le brave valet de chambre er Fouquier-Tinville, et lui offrit une somme considérable, un mi de sa victime. Fouquier-Tinv frappa le front et s'écria : « A une demi-heure plus tôt ; main charrette est partie ! » Ouvrage
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fondée par Madame Mole et à 'aquelle elle donna le nom d'Institut de la Charité de Saint-Louis. Le choix de ce patron, outre les raisons tirées des vertus propres du saint roi, reporte naturellement l'esprit sur les sentiments traditionnels de la fondatrice, sur ses relations religieuses et charitables avec la famille royale avant la Révo lution, et sur l'horreur que lui avait fait éprouver l'odieux supplice des augustes prisonniers du Temple. Il n'est pas douteux que le motif principal de sa détermination et de sa fondation religieuse ait été une pensée d'expiation pour la Terreur, et que son intention primitive se soit avant tout dirigée vers une vie de pénitence et de prière. Son propre témoignage eu fait foi : « Dès le début de son œuvre, dit M. de Ségur (1). alors qu'elle préparait les constitutions de sa communauté naissante, elle écrivait à Mgr de Pancemont :
({ Je crois devoir vous manifester l'esprit que Dieu m'inspire. Si je ne me trompe, c'est un esprit de pénitence, je dirai môme de victime, pour tous les crimes • qui ont été commis en France. » -
« Et un peu plus tard, après avoir reçu la réponse approbative du prélat :
(1) Ouvrage cité, p. 123.
œuvï je n'e rieur depu:
je joii orgai nîère Vous œuvi pénit reux Qu'il ranc( C'est m'iiïi rheu trioiï nerai cœur pour de se To pénit de cl dait ( de ce rhun
viendront qui en pn quable li notre par de Talloci h ses fille de religie
« Apte qu'elles s leurs élèv leur çorp mier poin
esprit poi pour leur vir Dieu ] Mais à < celle qui société d( où la divii
« Rien développe
(1) Ouvn passant, à queUe judi Dautés reli intellectue] déploiemei propres.
la lumière, et former leur raison. Celte faculté de l'esprit et de la raison n'est-elle pas la plus belle de toutes celles que Dieu nous a données ? Or, si c'est un 'devoir pour chacun de nous de ne pas enfouir un talent aussi précieux, il n'est pas moins commandé h ceux qui sont chargés du soin de lia jeunesse de ne rien négliger pour lui en faire connaître le prix et la metlre à portée d'en faire un bon usage pendant toute sa vie. Oui, l'instruction, la culture de l'esprit et de la raison sont les plus grands services de charité que l'on puisse rendre à ces pauvres enfants, ceux auxquels nous devrions nous porter avec le plus de zèle.;. Si vous n'avez pas assez d'instruction vous-mêmes, il faut que vous travailliez à en acquérir : c'est pour vous un devoir essentiel et rigoureux dans l'état que vous avez embrassé. Notre sainte règle ne faitelle pas, dans un de ses premiers articles, un précepte à chacune de nous de se mettre en état d'instruire les enfants ? Si nous avions été exactes, depuis que nous sommes dans cette maison, à nous acquitter de ce devoir, serionsnous aujourd'hui aussi incapables que nous prétendons l'être?... Que ne puis-je vous en faire sentir la nécessité pour vous-mêmes autant que pour le prochain ? Oui, toutes sans exception^ vous êtes obligées^ comme chrétiennes
chouans, devenus bandits à la longue, et accrus de réfraclaires à la conscription impériale, tous ayant les bleus en horreur et comprenant sous ce nom détesté leur évoque lui-même, parce qu'il devait sa nomination au gouvernement actuel. Mgr de Pancemont fut leur victime. Le 23 août 1806, il avait quitté Vannes en voiture, accompagné de son secrétaire et de l'un de ses vicaires généraux, suivi de son domestique à cheval, pour aller donner la confirmation dans la paroisse de Monterblanc, située à une distance d'environ quatre lieues. Voici ce qui lui advint d'après le récit dicté par lui-môme :
« Arrivé, raconte-t-il (1), à environ trois quarts de lieue de notre destination vers neuf heures du matin, tout à coup ma voiture est arrêtée sur une lande unie et découverte, et cernée par cinq individus armés de fusils simples, fusils à deux coups, espingoles, pistolets d'arçon et poignards sous la chemise.
a Leur chef se présente à ma portière et me remet un billet non signé, portant en substance que si les deux individus arrêtés récemment en Fulniac (deux réfractaires sans doute) n'étaient pas rendus sous huit heures au village de Lange, paroisse Saint-Jean, on fusillera les personnes
(I) SégT^r, ouvrage cité, pp. 152-155t
arrêtée gendai
(( J' s'adrei me dit en vaîi des bli ma vo dépoui sont r par la peau I ma rer la land quitter mon d
« A grand (( Si \ le préfi le faut, sous Y J'étais rudem on noi demi-1 arrêté, înquié'
prix de 24000 franc? en or. On me fît prorîiettré de les faire tenir dans un lieu que je désignai, le lendemain avant midi. En les attendant mon secrétaire demeurerait en otage. Il fallut bien souscrire à ces dures conditions : j'embrassai M. Jarry et je partis (1).
a Je fus conduit, du champ de genêts jusqu'à la grande route, par un des prisonniers élargis le matin. Arrivé là, il me quitta et je fus accueilli
(1) « ^î. Tabbé Jarry, raconte M. de Ségur, resta dans le champ de genêts, après le départ de son évétjue, iusf[u'à la chute du jour. A ce moment, deux hommes le mirent entre eux, le tenant chacun par un bras. D'autres ouvraient la marche en éclaireurs, le reste formait larrière-garde. Après une demi heure de route, on frappa à fa porte d'une maison dont les habitants faisaient leur prière du soir, qu'on leur donna le terrips d'achever. Ils ouvrirent ensuite et servirent au prisonnier deux œufs qu'il avait demandés. Après ce souper, on le fit monter par une échelle dans un greni<'r, où il trouva de la paille toute préparée pour lui servir de lit, ainsi que pour ses gardiens. Ces étranges brigands, ayant fait leur prière, se débarrassèrent de leuis arnif s, et s'étendirent auprès du captif qui, épuisé de fatigue, s'endormit profondément jusqu'au lendeipain matin.
i M. Jarry essaya alors de les aniuner à des sentiments de repentir et de soumission; il se fit fort de leur obtenir leur grâce, même après qu'ils auraient recules 24C00 fr. exigés par eux, avec l'anneau d'or et la croix de la Légion d'honneur de Âlgr de Poncemont, qu'ils avaient également ré3lamés, s'ils voulaient abandonner leurs armes, leur vie coupable et se soumettre à la loi, mais ils s'y refusèrent absolument.
(( Vers midi la rançon del'évêque et de son secrétaire arriva et M. Jarry fut mis immédiatement en liberté. » Ouvrage cité^ pp. 155, 156,
Saînt-Louîs, dont le pieux prélat avait été le fondateur avec elle.
Après un moment d'accablement, que surmonta l'énergie de sa foi, Madame Mole continua et développa leur œuvre commune avec l'aide et les conseils de deux directeurs successifs> également zélés, quoique d'un caractère très différent; les abbés Grigon et Le Gai, Tun et l'autre vicaires généraux du diocèse Une maison nouvelle fut fondée à Auray, le 12 août 1807, dans un site admirable. « C'était un vaste bâtiment, ancien couvent de. Cordelières, placé dans une situation admirable, sur les hauteurs du Loch qui dominent la ville et la campagne. L'air y est parfaitement pur, et. la vue embrasse d'un côté le bras de mer qui va s'élargissant jusqu'à Locmariaquer ; de l'autre le plateau couvert de landes où s'élève le clocher de Sainte-Anne, et en face le quartier de Saint-Goustan, la paroisse des marins, séparée d'Auray par un vieux pont, et dont le quai est bordé de vieilles maisons d'une architecture et d'un aspect tout à fait particuliers... Du premier jour, cet établissement, connu sous le nom de maison du Père éternel, comme la maison de Vannes, répondit à l'attente de la population. Il l'édifia par sa piété et sa charité, éleva sagement et gratuitement les petites filles de la ville, soit dans l'intérieur de la con^^
la belle cave tiqué dans li
(( Le reste les terres en là un chamf gation la plu
« Ici la na les premiers de la pauv sœursJurer d'elles pouri s'en alla cï dont chacu] pain : ce fut
« La pren gicuse qui ^ vertu : M^^^ Dosithée, fi Vannes.
« On ouvi forma peu à voir des inte liuit; puis di en re^^oit on
([) Ces chiffi terit natiiroller oes détails, c" arrièe. La pr tous éganls b(
m lieu des travaux à l'aiguille qui occu- 'dinairement les orphelines, sont formées ture des terres, ce qui est plus conforme Dositiofl. Du reste, elles apprennent aussi re et à avoir soin du ménage. Elles ont eures de classe et d'étude.
!ur première maîtresse fut Sœur Saint- !... Elle a donné là des exemples de dcentque 1 on n'oublie pas* Ainsi, les enfants t pas suffisamment de vêlements de re- 1, la bonne mère s'en allait de grand matin lir, nettoyait, lavait les effets de ses chères , chargeait des habits tout mouillés sur ules, revenaitàlacommunauté,et, comme t le son de la messe la prenait en ce péœrcice, elle s'en allait ainsi à l'église, ne L pas manquer, pour se changer, le saint ;e qui allait s'offrir.
étabUssement des bains de mer date de Sœur Saint-Etienne était alors su;^é-
'S sœurs souffraient jusque-là tellement ère Sainte-Julie fut sur le point de râpes religieuses. Le pensionnat était tombé, terres, malgré toutes les fatigues et les ^ des pauvres sœurs qui s'exténuaient, luisaient pas de quoi soutenir la maison ; sses se con'inuaîent et portaient leurs