IX. Si le mo
es, pay^viili monachi.
s n'y avons point vu niores et en operarii 3 résultant de la maail manuel était une
nonastique était Tabbé r, — pater spiritali,%
- et encore patronus, s souvent senex. Il i Técart du roste du
Tabordaient qu'en se ne lui parlaient qu'aermission. Tous ses pleinement et immétcnue pour la volonté snir était une offense e l'abbé.
l'assister, un officier t mentionné dans les lotamment dans ceux ado et de saint Sam-
— par délégation de ration temporelle du bbé en son absence, '., aussi appelait-on sa im. Dans la commuirélien était le chef, à
Paient ordinairement avant de
des moines bretons ressemblait lent h celui des Scots. Ils pori, la coule et la tunique La e autres, soiislenom de cocala, sainl Cado qui atteste formelle- Dblance avec le vêtement des ie, et sous celui de n/>pa dans de de la Vie de saint Malo. On inique (hniicn dans la Vie iné- .unaire. Mais le texte le plus Dbjet qui nous occupe, est celui int Gwennolé, où on voit, jusles moines de Landevenec vêtus e tunique, d'un surtout de peau )oil en dehors [mclote), munis î dont on ne dit ni le nom ni la j-age d'un manteau {paUiohim) iiipliibnlni< (bs Scots. comme èvre re[)roduit la coule, sauf la me, quand saint Brieuc et ses it à l'embouchure du Gouët, un 5 aperçoit rapporte qu'ils sont 3 peau velus et de couleur rouge :
rte sans doute à la teinte fauve 3 de chèvres, car il est peu prodonnût la peine de les teindre. »
cherche une maison où ; d'autres s'enfoncent 'isolent en mer sur un litude, ils passent des à multiplier les génula ceinture dans l'eau
ïs, môme avec des vaselon les temps et les \ bretons d'Armorique rès laborieuse, et c'est • voie d'éducation et e pastorale, agricole et a reçu quelques-unes jobriété, la discipline, qui la distinguent auur action matérielle et §riellement ils ont dé- 3, repeuplé la région, la Borderie (2). fut le moines bretons applidont leurs règles leur L.a péninsule armori-
obriété, il s'agit, bien ene alimentaire. La terrible L réserver. L'excès même pas étranger.
ints de Bretagyie, ouvrage
Caîne était alors presque entièrement couverte de bois, la plupart des saints venus d'outre-mer s'établirent au milieu des forêts... Tout autour de leurs établissements, les saints et les moines brisaient ce réseau envahisseur de bois et de halliers ; puis ils défrichaient, labouraient, ensemençaient et remplaçaient les chênes par les moissons... La légende de saint Léonore renferme sur ce sujet de curieux détails.
« Léonore, revêtu dans la Cambrie des fonctions épiscopales, passa en Armorique à la tête d'une bande considérable de moines et de laïques. Il s'établit sur la côte septentrionale, entre l'embouchure de la Rance et celle de l'Arguenon, au bord d'un ruisseau où la mer remonte, et qui tombe lui-même dans une petite baie, défendue contre les vents d'ouest par un long sillon de roches abruptes qu'on appelle aujourd'hui la pointe du Déco /7é. Cet te côte était alors inhabitée, inculte, occupée par une vaste forêt : les émigrés y vivaient péniblement de leur chasse et de leur pêche. Un jour enfin, comme- Léonore s'était retiré à l'écart pour prier, un petit oiseau voletant vint se poser tout près de lui, un épi de blé au bec. Cette vue fut pour le saint une joyeuse nouvelle ; il y avait donc sur cette côte sauvage un lieu où le blé pouvait croître, où il en croissait encore quelques épis. Il appelle aussitôt l'un des
moînesqui racconipognaient, lui ordonne d'épier, de suivre la dircclion que va prendre 1 oiseau, et d? chercher, sur cet indice 1p bienheureux champ de blé. L'oiseau complaisant Vy mena tout droit. C'était une clairière dans la forêt, où s'étaient conservés en ressemant d'eux-mêmes quelques pieds de froment, dernier reste d'une riche culture disparue de ces lieux avec les habitants qui l'y avaient apportée. A la nouvelle de cette découverte, la communauté entière chanta h Dieu un solennel cantique d'actions de grâces, comme pour le plus signalé bienfait ; et le lendemain tous les cénobites, leur chef en tête, se mirent en train de jeter bas la forêt.
« Ce fut un rude labeur : les moines se levaient chaque nuit au chant du coq, célébraient matines, et dès Taube se rendaient au travail, d'où ils ne revenaient ensuite qu'à trois heures de raprès-midi, pour passer le rBste du jour en prières et en exercices religieux. La besogne se prolongea, et la fatigue devint telle que les pauvres moines, perdant courage, vinrent supplier Léonore d abandonner cette terre rétive pour chercher ailleurs un lieu où ils pussent gagner leur vie avec moins de peine. Mais le saint fut inflexible: o Ceci est, leur dit-il, une tentation du diable; prenez courage et fortifiez-vous en Dieu. )) Ces paroles furent écoutées, et, pour
nébranlable, il soutient, il ranime seâ ns ; à force d'opiniâtreté et d'indusnpte tous les obstacles, il contraint la
servir de nouveau aux besoins de . En face des difficultés sans nombre isation armoricaine et surtout de cette opération du défrichement, on peut ans crainte que le travail individuel î h lui môme, avec ses caprices, ses ?guliers, isolés, mal combinés, fût den longtemps insuffisant ; il fallait un 3 énergique, il fallait Tassociation, le îommun, et surtout ce travail patient, îgulier, que rien ne rebute, pas même , apparente de ses efforts, parce qu'il ncipe Taccomplissement d'un devoir
non la satisfaction d'un intérêt per-
[ l'œuvre accomplie dans la presqu'île \T les moines de Saint-Gildas, lent, l'action des saints et des moines le fut pas moindre dans la péninsule e. C'est à eux, on a de sérieuses rai- [jroire, que revint l'honneur d'extirper lent. dans la région envahie par les lurs compatriotes, les vestiges subsisaganisme romain et gaulois. En s'occonvertir au christianisme ou d'y
maintenir les paysans gallo-romains tombés sous la domination des peuplades guerrières de Grande-Bretagne, ils leur procurèrent sans aucun doute un traitement plus humain et contribuèrent à la fusion des deux races (1). Us organisèrent la vie religieuse, par la création et le service des paroisses, sur tous les points du pays. Ils travaillèrent enfin avec un succès très notoire, quoique seulement relatif, à radoucissement des mœurs sauvages et des passions emportées des chefs celtiques, devenus, selon leur importance, dans la petite Bretagne, aux temps mérovingiens, des rois ou des comtes, du moins selon la terminologie des écri vai n s latins de cette époque (2). Us conservèrent enfin et
(1) Il y a divergenco d^avis sur le caractère, violent ou pacifique, de roccupation bretonne, entre MM. J. Loth et A. de la Borderie. Cf. J. Loth, ouvrage cité, pp. 176-183, et A. de la Borderie, Histoire de Bretagne, 1. 1, pp. 29l-'292.
(2) (( Hs adoucirent, en les christianisant^ dit M. de la Borderie, ces natures fougueuses et déréglées ; ils firent descendre jusqu'à l'âme Teau du baptême, qui n'avait encore touché que le front. Mais cette œuvre ne fut pas toujours d'un succès facile ; les vices endurcis, les passions sauvages de la barbarie opposèrent souvent une résistance tenace, et parfois insurmontable » Du rôle historiqiee des saints de Bretagne^ p. 169. — Cf. Histoire de Bretagne, t. I, p. 527 et suiv. « Dans l'âme de cette nation, conclut à bon droit l'auteur, l'idéal chrétien sous toutes ses formes, le signe divin de la Croix a été gravé par eux à une telle profondeur que depuis quatorze siècles bien des révolutions ont passé et bien des vissicitudes de toute sorte sans pouvoir affaiblir cette empreinte sacrée. »
I I I ij;^iinip||
nrent dans une mesure et avec un carac- ?sez difficiles à déterminer, au moyen des annexées à leurs monastères, une certaine 3 intellectuelle et littéraire. Saint-Gildas is doit être considéré comme un de ces de civilisation chrétienne et bretonne, jui peut donner, par induction, une haute e l'apostolat des saints bretons dans la iule armoricaine, c'est l'œuvre étonnante, rise à la même époque, dans la Gaule e et burgonde et jusque dans l'Italie du par l'incomparable hardiesse et l'énergie illeuse du fondateur de Luxeuil et de ), le missionnaire irlandais saint Colômban 15). (( Colômban, dit Montalembert (1), uer autour de lui jusqn'au dernier jour de
dans les sanctuaires qu'il avait fondés, îritable armée de disciples. Ils furent plus •eux et plus illustres que ceux de saint . Enflammés par le souffle de ce grand pénétrés de la sève vigoureuse qui déborn lui, comme lui opiniâtres, intrépides, ables, ils donnèrent à l'esprit monastique Ision la plus puissante, la plus rapide et I active qu'il eût encore reçue en Occident.
propagèrent surtout dans les contrées
is Moines d'Occident^ t. Il, pp. 535, 536.
où se constituait laborieusement cette race franco-germaine qui recelait dans ses flancs l'avenir de la civilisation chrétienne. Par eux le génie et la mémoire de Colomban plai^ sur tout le VIP siècle, le plus fécond et le plus illustre de tous par le nombre et la ferveur des établissements religieux qui y prirent naissance. Et cependant, on le verra, avant que ce siècle s'achève, la règle et l'institut du grand Irlandais seront partout remplacés par l'esprit et par les lois de son immortel prédécesseur. »
Toutefois, dans la péninsule armoricaine, la substitution totale de la règle de saint Benoît aux institutions et coutumes monastiques apportées de Is Gande-Eretagne par les émigrants celtiques fut plus tardive. Elle se rattache à l'histoire des rapports de la nation bretonne d'Armorique avec l'empire fondé en Gaule par les Francs. L'autorité des rois mérovingiens s'étendait sians conteste sur la partie de l'Armorique demeurée d'abord libre de l'invasion néoceltique, c'est-à-dire sur les pays de Rennes et de Nantes et sur une partie du pays de Vannes, dont la réunion formait un grand commandement militaire connu sous le nom de marche de Bretagne. Mais elle n'eut que le caractère d'une suzeraineté assez précaire sur la région bretonne, et, dans une partie de cette région, correspondant
- i.e^^:^r9"WMHP]pHppiH|j
e ; il fallait que l'un ou îninsule, par sou admideux pays les plus chers e-Bretagne et la France, )fonds, aux rives coureux ports creusés par ibouchure dans la mer, it les convoitises des larnés à la conquérir, [uart de siècle, ils en ont eussent fondé un Etat Is n'auraient pas été, à laquelle ils ont donné une population nomat de civilisation dont le pouvaient manquer iient eu devant eux un t pas en courage, en [ui avait sur eux Tavan- 3 et son indépendance, ns, la péninsule deve- [lavie. Mais, malgré son Normands, la Bretagne ent atteinte par Tinvace) d'une notable partie lérante avait laissé le allo-romain, représenté )ne bretonisée par les
retrouvés lors de la restauration du célèbre monastère breton dans les premières années du onzième siècle, époque où commence une période nouvelle de son histoire (1).
(1) Cf. Vita S. Gildœabbatcs RuyensiSy auctore monacho Ruyensianonymo, cap. 32,33, (Mabillon, Acta sanctorum ordints S. Benedicti, t. I, p. 138 et saiv. — Monumenta Germaniœ hrstorica. Auctor. antiquissim, t XIII, p. 91 et suiv.) — Gnllia christiana, t. II, p. 15*2 et suiv. — Ms fr. 16S22 à la Bibliothèque nationale, p. 406 et suiv. — Histoire de Saint-Gildas de Rhuy s ^x^a.r l'abbé Luco.Vannes,L. Galles, 1869, petit in-12, p. 124 et suiv.
ine de ît à les 3siue.
sur )sitait ion ine ))
urasvo- 3Înt ime 3pinné elinal iry, ons tre, Dalînt, La [ilte
la solennité; il put e tous ses frères et de
a au mois de novembre t déjà très répandu en 3 anciens l'ont mis au iment Raoul Glaber. »
de la maison ducale, îrt le Fort, Tabbaye de emier rang des puisïs, dontsuthabilement dateurs de la dynastie rdèrent pas, en retour ciée dont ils les coulubordonner, à s'àssi- 3seur de saint Abbon.
)roposé, mais imposé it par son frère, le roi el de Hugues-Capet.
i Tabbaye méme.L'irfut, à rhonneur des Dales causes de la réte promotion, comme ne Gauzlin à l'archeil joignit la charge, à se montra d'ailleurs, :alents, égal à cette
double tâch tînua de bri mée de ses < puis encore l'un des pi d'instructioi quenté par [ le séjour, fis Tenceinte, m nastère,dev8 gulière,un n aux processi Tabbaye con^ pagnes envir crutait le pei tiques sur de de l'Ancien des légendes par les moin jouissances ( et récréatifs et la déclamî latine, en ver utile exercici voix, à la m
(1) Gallia ch\ ouvrage cité, p
de leurs maîtres. Un manuscrit du treizième siècle, venant de Fleury et conservé à la bibliothèque d'Orléans, nous a heureusement transmis plusieurs de ces drames, de ces opéras religieux et scolaires, de forme liturgique ou quasi-liturgîque, auxquels, en dépit du latin, les spectateurs populaires ne manquaient pas (1). Au mouvement intellectuel, Ihéologique, philosophique, scientifique et littéraire, entretenu par les grandes écoles, se joignait dans Tabbaye de Fleury-Siir-Loîre, à son époque de splendeur, non seulement un enseignement musical, que les coutumes de la liturgie rendaient l'objet d'un soin particuHer, mais la culture des arts plastiques. C/est ce qu'attestent encore aujourd'hui pour nous les curieux chapiteaux historiés de la basilique abbatiale, naïfs et précieux monuments de la sculpture monastique et de l'art roman 2).
Après que la Bretagne eut été soumise à l'empire franc de Gharlemagne et les monastères celtiques à la règle de saintBenoit par
(1) Cf. Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publiques de France. D ''parlement s, T. XTI. Orléans par M. Ch. Cuissard, pp. lOS, 109. iParis, Pion, 1889, in-8.) — Marius Sepet,Xe Drame chrétien au moyen âge. Paris, Didier, 1^78, in-12, p. 80 et suiv. — Les plus anciens drames eh langue française. Paris, Victor Relaux, 1894, in-8, p. 5 et suîv. — . Petit de Julie /ille, Les Mystères. Paris, Hachette, 1880, in-8, T. 1, p. 48 et suiv.
(2) Cf. l'abbé Rocher, ouvrage cité, p. 469 et suiv.
,■«.. IPIL^IPPU
3 fut abrégée plus tard par un moine de li en avait sous les yeux le texte (1).
douloureuse odyssée vers le Berry, Saint-Gildas et ses religieux firent bien qu'aucun texte ne nous le dise, éjour à Fleury-sur-Loire.- Quoi qu'il est de Fleury que, dans les premières 1 onzième siècle, devait partir la coloralrice de leur monastère abandonné, tagne respirait alors, définitivement e l'invasion Scandinave et faisant quelà ses discordes intestines. Elle était ï par un prince de haut mérite, Geofde Conandit le Tort, comte de Rennes, Qgarde, fille elle-même de Geoffroi Grile puissant et vaillant comte d'Anjou, nommée déjà légendaire allait faire , par un anachronisme épique, dans la de Roland, Geofïroi de Rennes avait 1 le titre, du moins l'autorité de duc, à tous les seigneurs bretons sa suzele son mariage avec la fille d'un autre 'in ce de cette époque, Richard -lec de Normandie, également introduit
, ouvrage cité, p. 252. — La Borderie, Histagne, t. I. p. 341, note 2. — Analecta Bol-
I. (1882), p. 208 et suiv. (Note et pubUcai F. Plaine). — Le même texte a été aussi
la Revue celtique, t. V, p. 417 et suiv.
, C'était un moine aCornouaille armo- 6 la vie érémitique enu à Fleury prenfin d'y couler ses e, près des reliques î I^aul Aurélien de n, sous le gouverlisciple et biographe 3 Aimoin-, l'un des ;é dans l'abbaye sur t, et qui, dans cet ;ervé l'écho de ses ieux entretiens du écit, dont la naïveté Toyons pas mauvais rchaïque, mais dont i prix et sa douce in de la Congrégation 68, à Ruis même, t Tédification de ses iposilion, demeurée il donna pour titre :
no miné le Sage et 5oa sainct corps et orlant le nom de la Bretagne Armovrage, conservée à
ays pour aller en l'isle d'Oiies- Paul, jadis evesque de Léon, par ses vie et miracles, après y cJant quelques années une vie te avec ses compagnons (qui 3ulîers ou lays et non religeux) te vrayment anachoretique, et e quelques années auparavant de Léon, avoit tranferé le corps m monastère de Fleury, il luy
l'aller visiter en pèlerinage, et m celuy de nostre père sainct pose dans le mesme monastère, ir ne rien faire de sa teste ny à lut consulter auparavant Teves- ^aulilian ou Paulinian (1), sucbo, pour luy demander conseil, pos qu'il fist ce voyage, et si les
avoit estoient réglez pour la
le bien de son ame.
ject de mer qui est entre l'isle
la terre ferme, quoyque fort >s dangereux à passer à cause \ se trouvent entre deux, contre s de la mer se brisent avec )sité. Félix s'estant embarqué le pour le passer, elle fut par un
^êque n'est pas donné par Aimoin.
ses religieux, à qui Dieu avoît daigné manifester par une vision spirituelle le naufrage qu'il avoit faict. Dieu avoit faict voir à ce bon religieux en esprit Félix dans un basteau, qui passoit avec plusieurs personnes le traject ; il luy avoit aussy monstre le démon soubs la figure d'un vautour d une si énorme grandeur, qu'elle esgalloit la hauteur des montagnes, qui faisoit tous ses eflorts pour renverser la nacelle et submerger tous ceux de l'ecquipage, et qu'à mesme temps estoit apparu un homme marchant sur Teaûe, portant la représentation d'un vénérable abbé, lequel avec la crosse qu'il avoit en main releva lebatteau, retira du naufrage ceux qui y estoient tombés, poursuivit le vautour qui s'enfuyoit, et l'ayant attrapé, le frappa avec sa crosse et le submergea dans le fond de la mer. Il luy sembla aussi voir que le personnage estoit retourné vers Félix et sa compagnie, et que d'un visage joyeux l'exhortoit de continuer son chemin en toute assurance, parce que par la grâce de Dieu, il avoit vaincu le démon qui avoit excité ce coup de mor, et l'avoit relancé dans les abysmes.
Félix entendant de l'evesque la révélation qu'avoit eue son reUgieux, connut que c'estoit une figure très expresse et naïfve du naufrage qu'il avoit faict réellement, et que ce qu'il avoit veu en esprit, il l'avoit souffert et expérimenté en
je sois frustré avant que mourir du bonheur de visiter et révérer vos très sacrées cendres ; je n ay entrepris ce voyage à autre dessein que pour vous rendre mes vœux ; haslés vous, je :... j. .-^^ car les ondes
t engloutir ; ce 3 en remercier leine eut il finy ' s'appaisa, depour continuer sèment au moconle lout le acles de saînct /il conclud par lufragio sœpe hoc sibi diu lobisque hune oduin », ayant qu'il avoît ap-
onté deux miloist a faict en eux naufrages 5 de Léon, duroulut aussyle 5 qui le conissance de ce pour honorer
-,»w T^JTT^'
iraculeuse qu'une soûefve e la nuict dans la chambre.
Q instant guery »et plein de tremier h matines. Tous les : estonnés de voir debout ïndoient que la mort, et lu y ent il avoit esté guery si : leur raconta tout au long t rendue son sainct evesque comme il luy avoit tiré une leur monstra, la levant de : crièrent aussytost: a Mirendirent grâces à Dieu et imoignerent par le son des en recevoient. »
de sept ou huit moines fut n 1008, de Fleury en Breta- 1 de Félix. Celui-ci reçut le lue Geoffroi, de la duchesse ël, évéque de Vannes, frère vesti de la possession des tères vannetais ^t de toutes territoriales. Mais il n'avait re son œuvre de restauraentreprit un pèlerinage à ; longtemps. Geoffroi mourut d'un singulier accident, du it, peut-être légendaire, du
vaillamment la main h l'accomplissement de sa mission. Il édifia rapidement à Lochmenech et à Saint- Gildas des groupes de cellules provisoires et s'occupa de relever de leurs ruines les monastères dévastés. L'état en était déplorable et l'aspect hideux. Rien n'était resté debout des habitations anciennes. Quant aux églises, demeurées à découvert par l'incendie des toitures, elles présentaient aux regards des murs à demi-ef • fondrés, où avaient crû dans les interstices des arbres grands et noueux : nefs et sanctuaires servaient de repaires aux bêtes fauves. Mais Félix sut en peu de temps grouper autour de lui et de ses compagnons d'excellentes recrues, venues des meilleures familles du pays, qui lui confièrent, en outre, des enfants pour les élever au service de Dieu. La population rurale de la région lui fournit sans doute aussi des bras vigoureux pour l'aider à faire revivre dans la campagne vannetaise l'agriculture d autrefois. Bientôt, dans les deux vieux centres monastiques du pays de Bro-Waroch et dans leurs dépendances, les églises furent restaurées, des bâtiments et des maisons s'élevèrent, on commença de recueillir les doux fruits des vignes nouvellement plantées et des jeunes vergers déjà florissants. Mais en cette rude époque, chez celte race belliqueuse et rçdeyenue quelque peu sauvage.
les pacifiques labeurs avaient peine à suivre leur cours. Durant la minorité du jeune duc Alain, la Bretagne fut encore agitée de dissensions furieuses. Il y eut une terrible jacquerie de paysans soulevés contre leurs seigneurs, insurrection féconde en ruines et en incendies, mais qui fut noyée dans le sang des révoltés. Il y eut ensuite une rébellion de seigneurs contre le duc, qui en vint à bout grâce à son heureux naturel, sagement mis en action par l'habile énergie de sa mère. Les guerres civiles, toujours accompagnées d affreux ravages, détournaient les cœurs et les bras des œuvres civilisatrices. Le découragement gagna Félix, qui voyait chanceler la prospérité naissante de ses monastères et à qui ce§ continuels tumultes étaient en horreur. Après seize années de séjour en Bretagne, il résolut, cette fois d'une volonté fixe, d'aller retrouver la paix de Fleury-sur-Loire, et toutes les prières d'Hadvsris ne réussirent pas à Tébran-. 1er. Mais l'habile duchesse confia secrètement au compagnon de Félix dans ce voyage, un breton nommé Filim, une lettre adressée à Tarchevéque-abbé Gauzlin, par laquelle elle suppliait ce prélat d'user de son autorité pour lui renvoyer, canoniquemcnt revêtu du titre et de la charge d'abbé des monastères vannetais, le pieux et diligent auteur de la renaissance religieuse et
. sociale de celte partie de ses Etats. Elle Ipi faisait remarquer que ses fils Alain et Eudes grandissaient et s'avançaient vers lâge d'homme, et elle lui donnait l'assurance qu'ils étaient déterminés du fond du cœur à continuer et à soutenir l'œuvre chrétienne, pour laquelle Geoffroi leur père avait naguère demandé et obtenu l'envoi de Félix (1).
(( Quand Gauzlin, raconte le moine du onzième siècle, auteur de la Vie de sa in l Gildns (2), eut lu la lettre de la duchesse, il appellele moine FéHx et lui demande pourquoi il est revenu, pourquoi il a abandonné le pays, la communauté religieuse qui lui avaient été confiés. « Parce que, répond Félix, il m'est impossible d'y vivre et d'y servir Dieu en paix ». Alors l'abbé :*<( Penses-tu donc obtenir dans ta patrie ce qui a été refusé à Jésus-Christ dans la sienne? Si tu veux arriver jusqu'au Christ, il faut que tu marches et peines comme il a peiné. Car, selon la parole de l'Apôtre, c'est à travers beaucoup de tribulations que nous devons entrer dans le royaume de Dieu. Ainsi, très cher ami, où que tu sois, souffre tes chagrins avec patience ; sois-nous
(l) Cf. Vita S. Glldœ, cap. 36, ,37. MabiUon, Annales Ordinis S. Benedicti, t. IV, pp. -^03, 2^ï.
(•2) \Ua S. Glldfej cap. 38. — Cf. Mabillon, Annales, t. IV, pp. 304, 3u5. — L'abbé Luco, Histoire de Saint- Gildas de Rhuys^ p. 148 et suiv.
\ sans retour à î. Il mourut en laye de Ruis, le ns Téglise qu'il avait été solene Judicaël, vers . Son tombeau pour les popula- 5 les siècles, les et modifications ians le transept nt-Gildas, « por- 3rre, outre une i grandes capi- \e : // id. Feb.
^agement auquel
nble bien avoir
I dateurs et civi-
irétienne fut si
3squ'ile de Ruis
dut un renou-
3 laborieuse et
is lequel il avait
L vivement dans
9,152.— Cf. Ms.fr., Dn, Annales y t. IV
une étoffe de laine ou de lin, il s'acharnait là môme à en arracher tous les fils ; si c'était une peau fourrée, il la réduisait également à rien: Et ainsi, pendant de longues années, comme nous l'avons dit, il souffrit nu, chez lui et dehors, les chaleurs intenses de Tété et les intolérables froids de l'hiver.
(( O clémence ineffable du Christ! ô immensité de sa miséricorde et de sa bonté 1 ô mérites glorieux du bienheureux Gildas ! qui tout à la fois dans un seul et même homme, châtient les crimes et détournent les impies par un effroi salutaire de se rendre coupables de tels attentats. Mais nous croyons que ce malheureux a obtenu de la miséricorde de Dieu, qui ne fait pas sentir deux fois sa colère pour un môme crime, la grâce du salut éternel. »
Les (( latrunculi » dont fut victime Ehoarn, et^ dont Félix, à ce qu'il semble, ne purgea pas lé pays sans peine, servirent, il est permis de le croire, d'utiles instruments pour les tracasseries dont les auxiliaires du saint abbé dans la restauration de Saint-Gildas furent l'objet de la part de l'éternel ennemi du genre humain et de la civilisation chrétienne. « Nous ne saurions passer sous silence, raconte notre bon moine de Ruis (1), quelles persécutions eurent à souffrir (1) Yita S. Gildœ, cap. 42.
en ce temps là nos devanciers de la part du démon dans ce saint monastère. L'antique en-
consumée, puis, précipita sur un à et excita une s pierres qui se pendant toute la écuelles qui se troubler ainsi le lastère. De plus, de vin, et quand rouva vide, sans ,race de vin réabsent. A son ieux lui rapportent produits la mêlée de sel et lehors, les bâtilés, et depuis ce e monastère put
• son œuvre ressoin de remetn du monastère int fondateur de opularité refleunaguère par les émigrés de la nt moine nous a ntéressantes, se
épî( trè?
mai une de non mal thaï tère le r( na ( bou « Pen deni Taul pria huil lui [ jour étaî( ann( qu'il afin
(l) ment gers cas.
avancé, c'est à peine si on été, demeurer au lit pej avait été dans sa jeuness d'écumeurs de mer par moine en ce temps-là, meni la vie érémitique. Cette m avait alors enseignée, Gui jusqu'à la fin de son ex sobre en nourriture et veilles et à la prière. Dien les mérites de ce saint hoi vant, car ses louanges e tissaient au loin et au lai tous les marins de la régi « Le Seigneur daignait son entremise tant de m peine possible de les racoi rer. Or, il mourut le cinqu de décembre (27 novembre voir (en Bas-Poitou), dar nés de Saint-Pierre de T venu pour les affaires de on apprit par la voix du c reux Gulstan avait quitté milieu de la nuit qu'il aval pir, voici que tous les ht du lit ainsi que les dame arrive cette nouvelle, et (
îtions lit M.
;-des- Âs et rosse aent ;
pouuis le
abbé tonomtes, ;). La 1646,
dont u roi, )ntrat r. Le n as-
pos-
Féli- Bdon.
té, ni [•e de )onne
16822, )ropos
lectuel établi dans Tabbaye i colonie de Fleury-surblement aussi un certain . auquel la reconstruction astère et celle surtout de
de se déployer. L'édifice ilix fut peut-^tre lui-même, te époque; assez prompteautre, ou du moins modie Tart de bâtir. Maïs, quoi
au moins des traits jadis ancienne église abbatiale înre roman, dont seuls le ord du transept subsistent 1 est tenté de reconnaître naturelle à quelque date orte, de là basilique de igieux de Saint-Maur nous l'état de l'édifice au dix- : la reconstruction de la e époque : « L' église fut
Uurmonoc, et dont Tauleur la tradition et à la poésie , très populaire en Bretagne, is très diverses, comme cela 3nus dans les manuscrits 22, que à la Bibliothèque natioime et le roi Arthur, mystère par F. -M. Luzel et Tabbé n-8o.
bastîe en forme de croix, dit-il (1), ayant tour de chapelles comme il se void à présent ; la nef aussi avôit ses deux aisles, et au bas un porche construit à pilliers, les uns sur les autres, faisant double estage,dont le bas servoit d'entrée à Teglise, et le haut de défense pour conserver le monastère en temps de guerre. Il reste encore pour le jourd'hui quelques pilliers sur pied. La nef est entièrement ruinée faute de réparation et entretien. Les pilliers qui la soustenoient estant tous tombés depuis quelques années. )) — Il se fait dans l'esprit un rapprochement spontané entre cet ancien porche de Saint-Gildas avec son double caractère religieux et militaire, et la célèbre « tour du porche » ou « tour de Saint- Michel »,de Saint-Benoît-sur-Loire, commencée, en 1022 par Tabbé Gauzlin, et que décrit en ces termes le plus récent historien de la grande abbaye :
« Il est en France, à part nos grandes cathédrales, dit M. l'abbé Rocher (2;, un certain nombre d'églises fort remarquables par leurs belles et riches façades ; mais il n'en est assurément aucune qui ofifre en avant de la porte principale un porche ou péristyle comparable à celui qui
(1) Ms. fr. 16822, p. 452.
(2) Histoire de Vabhaye royale de S alnt- Benoît-sur- ZrOtVe, pp. 477-479.
3. Elle donne un spéat de l'art dans la nent dans les monas- 3yable incendie, qui basilique de Saintelèvement de la tour, nts avaient été jetés j tard, en 1030, à la lie n'était pas encore
de Félix à Saint-Gilamment son œuvre et réputation de zèle et ats de son adminise graves difficultés, ^élix dans le pays de I sa crosse pastorale .oire, avaient, ce semla vie monastique, Burs, quelque chose « latrunculi » dont à l'heure et dont fut rs 1042, ils se soulebbé et le contraigni- . Vital se réfugia en llaume, seigneur de IX, qui le tenait en iigna, comme lieu de
••V jyi!!*.'«|Mj5.««*t''i'" !àf'
d'un élan généreux nom Aé]h célèbre e chrétienté, les relîg à pourvoir à la vac élurent pour leur ch
— iOù —
persista toujours en lui. En outre, chose moins ^,,^^..f;^^r,^ii^ '^'^iit-être à cette époque que nous s à le croire, son père avait un lur linstruction et les lettres.
L reçu lui-même quelque teinndre Tépée et de recevoir le bauue, et bienqu'ij destinât ses fils iale et féodale, il tint à leur faire une culture intellectuelle très ) temps que l'éducation militaire les de ce temps (1). Pierre, qui espondit et au delà aux désirs rant ses études grammaticales, re aux écoles épiscopales de se distingua par la facilité et la ogres, il s'enflamma d'une telle ie de l'intelligence, qu'il résolut tout entier. Il déclara donc qu'il ir aux honneurs seigneuriaux et s les prérogatives de son droit e vaquer en pleine liberté à sa science et pour les exercices insa propre expression, il dit un
une tendance analo;?ue dans la fa-
îifrneuriale et militaire, de saint Ber-
Vacandard. Vie de siint Bernard^
Paris, Victor Lecofïre, 1895, in 8^, 1. 1,
de « faux philosophe » aussi bien que de « faux
nème et la première époque fort curieuse ement secondaire et p, longtemps réunis, îcoles épiscopales ou ?e sans limites bien t commençaient à se
ce qu'il semble, le 3aractéristique de la rojection de plus en re, la ramification au dans les cathédrales es vinrent, en outre, ^en de l'autorisation ques, des abbés ou ficiels des établîsseîs sous leur dépens libres de tel ou tel
la philosophie scolastiauriel, 1872, in-8^ 1. 1, istraction évidente que ^) place à Lochmenech r Âbélard. — Sur Ros- 5 voir, entre autres au- Hre de la philosophie, Lethielleux, 1890, in-8o.
maître de renom, groupant autour de lui des disciples de bonne volonté (1). Un curieux exemple du haut enseignement, à la fin du onzième siècle, nous est offert dans la personne d'Odon de Cambray :
(( Odon, venu d'Orléans, dit M. Hauréau (5), avait d'abord enseigné les arts (c est-à-dire les lettres, les sciences et la philosophie) dans la ville de Toul. La renommée de son savoir s'étant partout répandue, les chanoines de Notre- Dame de Tournai l'avaient appelé dans leur ville. Bientôt des plus lointaines provinces et même des pays étrangers, de la Saxe, de ritalie, arrivent à Tournai des légions d'étudiants, et la ville change de moeurs et d'aspect. « On croirait, dit Herimann (3), que tous les citadins ont laissé de côté leurs autres affaires, pour se consacrer uniquement à la philosophie. » Le même chroniqueur nous fait un tableau très intéressant de l'école dirigée par Odon, dans le cloître des chanoines. Ce cloître était devenu depuis longtemps
(1) Cf. Georges Bourbon, La Licence d'ea'^eignec et le rôle de Vécolàtre au moyen âge dans la Revu des questions hisforiques, t. XIX, 1870, p. 513 et suiv.
(2) Ouvrage cité, t. I, p. 297 et suiv. — Il est curieux de noter qu'OJon, conime Abélard et saint BernanJ, appartenait à une famille chevaleresque et militaire.
(3) H^rimanni Narratio re^tmiratloais sanctl Martini Tornacencls, dans le Spicilège de Luc d'Achery, t. II, p. 889.
lie, où, le matin, se réunissaient les )ourgeois, qui avaient ensemble des ^gler devant des arbitres, devant de s t le forum de Tournai. Mais à Theure 1 devenait une école, tous les plains ou bourgeois, devaient s'éloigner, dans le cloître avec les clercs qui ntendre, les laïques en sortaient et talent closes. Dans sa chaire, ajoute 2ur, Odon était assis, suivant Thabitoïciens, et sa manière d'enseigner e d'abord quelques passages d'un 1, de se consulter lui-même sur le nots employés par l'auteur et de isuite les questions qu'il s'était prosait ainsi, par exemple, la Consolace. Quand il descendait de sa chaire, înait dans la ville avec ses écoliers, ode des péripatéticiens, discourant brement sur toute chose, au gré de igeait. Le soir, il se rendait devant le la cathédrale pour y tenir une der- ^0, souvent prolongée dans la nuit, 5ur les distances et les cours divers Quand, le dimanche, il conduisait à u'chant apri's eux, ses deux cents Lite la ville admirait leur bon ordre, e discipline. Un troupeau de moines.
« On lit dans Orderie Vital et dans un ancien supplément aux épîtres de Pierre de Blois, qu'Ingulfe, secrétaire de Guillaume le Conquérant et abbé du monastère de Croiland, étant mort, Geofifroi lui succéda dans sa charge. Il était Français et natif d'Orléans. Il avait suivi les leçons des beaux-arts dès sa plus tendre jeunesse, et il fut assez versé dans la littérature. Dégoûté du monde, et rempli du désir des biens célestes, il embrassa la via religieuse dans le monastère de Saint-Evroul, fondé au temps de Childebert, roi des Français.
« Nommé abbé de Croiland, il prit avec lui les moines Gislebert, Odon, Terric et Guillaume, très habiles, nous dit Vital, dans les théoiémes philosophiques et dans les autres sdtertees fondamentales. Tous les jours ils allaient à Cambridge, où ils avaient loué un grenier, et ils enseignaient publiquement. En peu de temps ils réunirent un grand nombre de disciples. La seconde année de leur arrivée, leurs auditeurs se multiplièrent au point que nul grenier, nulle maison et même nulle église ne pouvait les contenir. C'est pourquoi ils formèrent différentes écoles sur le modèle de celle d'Orléans.
« De grand matin, Odon, grammairien et satirique distingué, enseignait aux enfants qui lui étaient confiés la grammaire selon la doctrine de
celin(l). C'est Drissanle dans , déjà renomnzième siècle, cien se rendit ï proposait de ière trempe à 2s écoles parialors à deux raie de Notre- ) Sainte-Gene-
Tautre sur la gnement épis- ^minence, non rite, mais de
sous la direcme de Chamle TEglise de 1 la principale, upait, dans le )ire accouru à 5S de France et t la réputation e et professait.
lin insana senîmusat, Abôlard,
sur la question des universfiux, un réalisme très accentué.
La vive intelligence d'Abélard, son ardeur studieuse et son aptitude naturelle à la philosophie le rendirent d'abord cher à Guillaume de Champeaux. Mais les inclinations critiques et polémiques du jeune étudiant ne tardèrent pas à se faire jour aux dépens de l'illustre maître. La discipline sévère des écoles du haut moyen âge avait dû se relâcher par leur développement même. En tout cas, une assez grande liberté de discussion semble bien y avoir été admise, et rhabitude de la controverse, non seulement entre condisciples, mais entre les élèves et leurs professeurs, était même devenue, à ce qu'il semble, comme une partie intégrante de l'étude et del'enseignementde la dialectique. Abélard se fit une telle arme de cette habitude et usa si largement de cette liberté, qu'il se rendit extrêmement désagréable à Guillaume de Champeaux, dont il se faisait un malin plaisir de contredire les opinions et qu'il réussissait parfois, par son agilité d'argumentation, à placer vis-à-vis des autres étudiants dans une situation fausse et pénible. Au mécontentement du maître se joignit celui des principaux disciples, choqués de la présomption du jeune disputeur et aussi quelque peu jaloux de sa renommée croissante. Par
.*sr4*fR*^'
t le monde. Guillaume, ms, et un furieux come disputes quotidiennes re les deux philosophes tifs, car les élèves d'AlUÎUaume jusque dans andez qu'elle fut l'issue rd, citant un passage avec une orgueilleuse y\ qui fut le vaincu des
•itis hujus
Aim suppratus ab illoi
ieux, c'est que l'un et mèrent successivement bélard fut rappelé en :jue sa mère Lucie, qu'il lit le voir avant de se istère, où elle voulait nées sous l'habit relil'exemple de Bérenger, nême de se consacrer à ipeaux, qui avait à plu- 'épiscopat, accepta en e de ChSlons, où il se ées, un très digne et
, cap. II, pp. 118-122. —
3. Il se nommait 'honneur de se novateur... Son ele dissuader de il lui re[)résenta able encore par on, plus railleur ait jamais, n'ac- 11e n'était de sa Hercule et ne la ieu de s'exposer it se contenter de iter ses erreurs.
s que ses cama- ; leurs logements,
tentes, faisaient ^ec lui quelquese-Geneviève. Il se
la rencontre de sept ans qu'Abér de trente ans (1),
agréable, avec le
'école et trouva le iiditeurs attentifs.
: vraisemblable, on 113, Abélard, né en
. TJf" •* •7,'S^^ -*- JTÏ, , . .
plus éminent représentant de cette se vine. On l'appelait Anselme de Laon.
Il était né dans cette ville ou dans ses avant le milieu du onzième siècle, avait e baye du Bec le disciple de saint Ansel ensuite professée Paris, où il avait comi ses élèves Guillaume de Champeaux, retourné dans son pays natal , et chargé, d avec son frère Raoulde la direction des éc copales dans ce diocèse, il continuait à c personneà la cathédrale de Laon un ense théologique dont la réputation s'était dans la chrétienté tout entière. On Tapi docteur des docteurs, la lumière de la même de toute l'Eglise latine ». Sa vei pas moins admirée que sa science. 11 av plusieurs fois l'épiscopat pour ne pas ner sa chaire, qu'il occupa quarante anj dente orthodoxie le maintenait dans positive et sûre et dans une méthode ' nelle, mais devenue peut-être avec Tâg routinière. « Son principal soin, diseï teurs de VHistoii^e littéraire (1), était d': ses disciples le goût pour le vrai et ur
(il Histoire littéraire de la France, \. X, p. S. M. Dealsch, ouvrage cité, p. 31. — L'abb( La Fa ulté de tlwolonle de Paris et ses docteu c(Hcbres. l^aris, Alphonse Picard, 1894, in-8, 1 25 et suiv.
respect pour les vérités révélées. Sa théologie n'était proprement qu'une exposition simple et solide de la Sainte Ecriture, appuyée de l'autorité des Sainte Pères, qu'il étudia toute sa vie. Rempli de leurs principes et instruit à leur école, il sentait le danger qu'il y a de vouloir pénétrer trop avant, et il n'approfondissait dans les Saintes Ecritures que ce qu'il est permis d'y rechercher et d'y découvrir. Anselme fit ainsi, dit Guibert de Nogent, plus de bons catholiques qu'aucun hérétique de son temps n'en avait pervertis. » La docilité d'Abélard n'était jamais de longue durée. Le caractère « conservateur » (l) et plus didactique que dialectique d'Anselme et" de son enseignement l'impatientèrent. Son impression à cet •égard s'est reflétée dans un portrait, qui tourne visiblement à la caricature. (( C'était, dit-il (2), un vieillard disert, mais dont l'esprit manquait de netteté et de décision. Qui l'abordait incertain sur un point douteux, le quittait plus incertain encore. Admirable pour
(1) Sui le « parti conservateur » en théologie au douzième siècle, voir le bel ouvrage du P. Th. de Régnon, Etudes de théologie positive sur la Sainte Trinité. Deuxiome série, Paris, Victor Retaux, 1892, in-8, pp. 11-14.
(2) Historia calamitatum^ cap. III, p. 123. — Nous empruntons ici la traduction de M. l'abbé Vacandard : Abélard, sa lutte avec saint Bernard, sa doctrine, sa méthode. Paris, Roger et Ghernoviz, 1881, in-12, p. 23.
e it it u ît n e a ie [le
Is ie ai
IS
ir
Cité. Sur cette île fameuse, qui partage la Seine au milieu de notre capitale, se concentraient toutes les grandes choses, la royauté, l'Eglise, la justice, renseignement. Là, ces divers pouvoirs avaient leur principal siège. Deux ponts unissaient rile aux deux bords du fleuve. Le Grand- Pont conduisait sur la rive droite, à ce quartier qu'entre les deux antiques églises de Saint- Germain-l'Auxerrois et de Saint-Gervais, commençait à former le commerce, et qu'habitaient les marchands étrangers, attirés par l'importance et la renommée déjà considérable de la Lutèce gauloise. C'étaient eux qui devaient, confondus sous le nom d'une seule nation, le transmettre à une partie de cette ville nouvelle qui. allait s'appeler le quartier des Lombards. Vers la rive gauche, le Petit-Pont (1) menait au pied
(1) Il semble d'abord qu'il y ait ici un petit anachronisme. M. Hauréau (ouvrage cité, t. I, p. 421) nous apprend en effet, à propos d'Adam dit du Petit Pont^ qui professa à Paris seulement vers 1130, que ce Petit-Pont avait été construit par ses écoliers, et il appuie ce fait curieux sur quelques strophes rythmiques de Godefroy de Saint-Victor, empruntées à son poome intitulé : Fons philosophie^ où il est dit : « Plusieurs construisirent de leurs mains ce pont, et firent ainsi un passage aisé à travers le fleuve ; ils y bâtirent pour eux-mêmes des maisons, et de là vint qu'on leur donna le nom d'habitants du pont. — La matière de cet ouvrage est belle et la figure élégante. L'appareil en est fait de pierres cubiques. La construction repose solidement sur des colonnes d'airain. Aucune secousse ne pourra jamais l'é-
de cette colline dont Tabl:
viève couronnait le faîte, laquelle renseignement 1 d'une fois dressé ses ten sines se couvraient peu à pieux ou savants, destinés mée ; à Test, la commun venait d'être fondée ; à Toi de Saint-Germain-des-Pn grandeur, le souvenir de Paris' dont la mémoire le
•branler. — L*ouvrage est recou\ ment de pierres polies ; il est d'argent et muni de tous côté que la foule maladroite n*ait à
Quidam pontem manibu Et per aquas facilem tra In quo sibi singuli domc Unde poiîtis incolœ nom
Decens est materia, dece Gubicorum lapidum sub Stat columnis œneis soli Nullis motionibus unquî
Pavimentis desuper opu Aureis, arganteis signis Editis lateribus undi(jue No ruinara timeat vulgui
Mais avant ce beau pont d probable qu'il y en avait au n qui portait le même nom, et Rémusat,
plus s au le, et tous ^enus îes et buste rési- Petitpoubord it par i'une le dû
de de ' nos de ce
leur délé- >rcTo- Duve- )uvait entre
slaomeîé, et ient à
3 sa personne, Télégance simple is, tour à tour affables et hauude imposante, gracieuse, et qui 3 cette négligence indolente qui i dans le succès et Thabitude de s respects de ceux qui lui sere, orgueilleux pour tous, excepté pressement curieux de la multigeait pour lui faire place, tout, dait à ses leçons ou ' revenait à ivi de ses disciples encore émus )ut annonçait un maître, le plus
Técole, le plus illustre dans is aimé dans la Cité, parlait de lui : des lieux les plus
Bretagne, de l'Angleterre, du )s et des Teutons, on accourait ; Rome môme lui envoyait des mie des rues, jalouse de le contait sur son passage ; pour le its des maisons descendaient sur
portes, et les femmes écartaient rière les petits vitraux de leur Paris l'avait adopté comme son 3on ornement et son flambeau...
ja situation à ce moment le plus \ brillant de sa vie. Il ne devait l'à lui-môme, à son travail, à son
opiniâtreté, à sa belliqueuse éloquence... Sa richesse égalait sa renommée ; car renseignement n'était pas gratuitement donné à ces cinq mille étudiants qui, dit-on, venaient de tous les pays pour Tentendre. Parvenu à ce faîte do grandeur intellectuelle et de prospérité mondaine, il n'avait plus qu'à vivre en repos. »
11 pouvait aspirer et il aspirait en effet à plus qu au repos, c'est-à-dire qu'au labeur paisible, glorieux et fructueux d'un enseignement si goûté. Déjà chanoine de Paris, quoique il ne fût pas encore engagé d'une façon irrévocable dans les ordres sacrés, la perspective des plus hauts sommets de la carrière ecclésiastique lui était ouverte, et répiseopat tout au moins semblait naturellement devoir lui échoir un jour, comme ii était échu naguère à d'autres professeurs nioins célèbres que Pierre Abélard. Mais déjà la tête lui tournait. Il se considérait comme le philosophe par excellence ou, pouruser de ses propres termes, comme le seul homme digne de ce nom qui fût au monde (1), et il en vint alors, sinon à se croire en théorie, du moins à se placer dans la pratique au-dessus même de la loi morale. L'orgueil ouvrit en lui la
(t) (( Cura jam me solum in mundo superesse philosophum œstimarem... frena libinini cœpi laxare ». Historia calamitatum, cap. V, p. 126.
ons moins nobles. Fermant les îéquences probables d'une telle dans In situation qu'il occupait, iropos délibéré en des relations la jeune et docte nièce du chaun des traits singuliers et caractte histoire trop connue, c'est ce de leur fils Astralabe (1), la dgoureusement engagée contre la savante Héloïse, armée d'un 1 citations sacrées et profanes, r de 1 épouser, en raison du on, légitime sans doute, mais à ilgaire.ne pourrait manquer de i'un tel époux. On a rarement us de force, mais aussi, vu les vec plus de bizarrerie dans le irme, les inconvénients du malage pour une carrière à la fois ifique (2).
laissa point convaincre. Toute- Dn était de tenir son mariage
omique fut de Tinvention d'Héloïse.
le le çf/adrlvium, qu'elle avait, ce nié qu'Abélard lui-même. Celui-ci, opre aveu, n'avait mordu que faibleatiques. Cf. Rémusat, ouvrage cité,
ilamiiatum, cap. VIT, p. 130 et suiv.
secret (1). Mais la furieuse vengeance de Fulbert fit éclater publiquement le scandale d'une aventure qui, du reste, sauf l'aveuglement de ce chanoine farouche et niais, n'était pas restée ignorée du monde scolaire, et faisait depuis longtemps le sujet des propos et des chansons des étudiants parisiens. Dans la situation qui lui était faite. Abélard jugea qu'il ne lui restait qu'un parti à prendre, et il le prit sur le champ, non seulement pour lui, mais pour Héloïse. Sur son ordre, elle fît profession au monastère d' Argenteuil, où avait été élevée son enfance et où elle s'était réfugiée depuis quelque temps. Quant à lui , l'abbaye de Saint-Denis lui ouvrit ses portes et il y prononça les vœux monastiques.
Sa conversion déterminée, comme il le reconnaît, plutôt par la contrainte des circonstances que par une vocation intérieure, n'était pourtant nullement hypocrite. Il songea sincèrement à vivre désormais dans la retraite. Mais, tout au contraire, sa profession religieuse lui ayant rendu, pour ainsi dire, l'estime et Tauto-
(1) Par lui-même ce mariage lui fermait natu^eUement le sacerdoce et,par conséquent, Tépiscopat, mais non pas la cléricature et, surtout tenu secret, le professorat. La question des clercs mariés fut Tun des problèmes du droit canonique au moyen âge. Mais il ne s'agissait, bien entendu, que des simples clercs et non des ordres majeurs, voués au célibat.
îandale de son avensollicitations de ses t de reprendre son Qt leurs instances à Saint-Denis. Adam, Lite charge, inclina ii que ses religieux,
d'Abélard était dé- 3 et ils étaient bien • de nouveaux sucis de rendre un alié inquiète. Celle-ci peu de circonspecs'étaient introduits re Pierre, sans se le qualifiaient pour mis à stigmatiser 3r et en public, au présence insupporléterminèrent donc pelaient ses anciens ï môme à s'établir de Tabbaye et à y :oule d'auditeurs se chaire qu ils avaient ir dans le voisinage, jt qu'il portait main-
tenant et conforme aux devoirs qui en résultaient pour sa conscience, d accentuer le carac
tère théologique de son enr ' '
renoncer pourtant ù la philos lectique, dont il avait le génie i en les employant avec plus d'ampleur qu'on n'osait le faii de son temps, à pré{)arer et à ( de la science sacrée. L'exem[) tant, d'Origène se présenta son esprit et il résolut de modèle (1).
(( Sans doute, remarque à c( bé Vacandard 2), on ne peu grandeur d'une entreprise qui montrer l'accord de la philoso logie, de la science profane d( science sacrée des chrétiens, d synthèse capable de satisfaire sévère, les théories de Platon sublime doctrine des Apôtre L'immense succès de l'enseigr prouve qu'il correspondait à i époque, et l'admiration que nor
(I) Htstoria cala mi ta tt( ni, cap. ' Cf. Rémusat, ouvrage cité, \). 1' Deutsch, ouvrage cité, pp. 3^^ 36.
(2)gAbélard, pp. 33, 34.
dialectique se réveillani pieux colloque dégénéi vive. Nous en devons 1 graphe de Gosvin, selo que ce n'était pas le nu à son tempérament pol devant la fermeté quelq prieur claustral. Gos) d'Anchin, devint, sur saint Bernard, Tun d aimés du pape Eugène l'appeler « son abbé » ( mourut, le 13 septemh sainteté (1).
Cependant la sévérité contre Abélard personni excessive, non-seulem€ par Topinion générale qu Le légat n'eut pas de rant, conforme à ses ( donna Tordre d'ouvrir à de Saint-Médard et lui ( dre tout bonnement sa p les religieux de Saint-E rigible disputeur ne d(
(1) Cf. Historia calamliat Histoi'iens de France, t. XI
vlâ^^'ÙLf}
larquoîs du )UTS couruci était déjà voyait bien ner dédain, es, relatives it-Denis (1).
^ressèment, hapitre une
averti par néme allait dirigée par 3 rhonneur i son saint 1 avoir pour lire. En atller sur sa
qui avait Bt demandé a discipline le question [ue l'affaire ire. Il avait de fermeté ddani, il se
ment attesté nard. Cf. Va-
à aucune autre.
1 de retourner à sous peine d'exait fort perplexe bé Adam, surve- 'ierll22). Suger, ntra pas d'abord
du fugitif, quoiî de Meaux. Mais à Toccasion d'ha-
peu à peu, par ncilier la faveur aissant à la cour de Garlande, qui muler, au grand
double qualité, IX abbé de Clair- >arne et de sénélais et de l'armée
I propos saint Berer, dont le cœur ne' mre, au moins en pris de l'Evangile, 3Coupe dans l'Eglise ; inférieure à celle [nplit dans l'armée 3 premiers officiers?
>nstruosité de voulat, pour n'être, en
Le roi et son conseil se souciaient, paraît-îl, beaucoup moins qu'on ne Tavail* pensé, de l'identité de saint Denis TAréopagite avec le céleste patron de Saint-Denis-en-France. Leur préoccupation était d'un autre ordre. Ils voulaient avant tout maintenir dans la grande abbaye l'influence du pouvoir royal. Or, selon maître Pierre, qui ne perd pas cette occasion d'un bon petit coup de langue dans le récit de ses malheurs, celte influence s'accommodait parfaitement du relâchement des moines, qui lui donnait pleine occasion de s'exercer, et les conseillers de Louisle-Gros ne tenaient nullement à la réintégration dans le monastère d'un personnage qui s'y était
somme, ni l'un ni l'autre ? N'est-ce pas un égal abus qu'un diacre préside au service de la table royale, ou que l'intendant de la bouche du roi serve aux mystères de l'autel ? Qui pourrait voir sans étonnement, que dis-je, sans horreur, un même homme, tantôt, couvert d'une armure, conduire les troupes en armes, tantôt, revêtu d'une aube et d'une étole, chanter l'évangile au milieu de l'église ? A moins toutefois — ce qui serait plus odieux — qu'il ne rougisse de l'Evangile, qu'ayant honte d'être clerc, il ne trouve beaucoup plus honorable • d'être soldat, et qu'il ne préfère la cour à l'église, la table du roi à l'autel du Christ... Est ce donc une plus haute dignité d'être officier d'un roi de la terre que d'être ministre du Roi du ciel?... Est il donc plus beau d'être appelé sénéchal que d'être appelé doyen et archidiacre ? Oui, je l'accorde, cela est plus beau, mais pour un laïque et non pour un clerc, pour un soldat et non pour un diacre. » Vacandard, ouvrage cité, t. I, pp. 259,
a réforme. Telle [uelle Etienne de itendre raison à crvint, solennelï en présence du ut la pernnission 'il aurait choisi, leurer, au moins Denis, et de ne ou congrégation
lé de solitude et non plus seule- [ue. Il se retira om| agnon, dans ivait plu. C'était rès de Nogenti,sur la paroisse sol lui en firent 3, lui permit (J'y e chaume et de m de la Saintee aliment à son >n et suffire aux lil de ses mains [ solitude ne fut
II, pp. 155159.
nous, à quelqu'une de ces fêtes joyeuses où la pétulance exubérante et la verve railleuse des jeunes clercs se donnaient librement carrière à certaines époques de Tannée. Entre autres folies, ' on y procédait à Télection d'un évêque ou même d'un pape éphémère, qui devenait le chef des réjouissances de la fête, mais auquel naturellement ses sujets d'un jour ou d'une semaine n'épargnaient pas les brocards. Le chant d'Hilaire est intitulé : Sur le pape scolaire, De papa scolastico. Il comprend six couplets de quatre vers latins rythmiques, avec un même refrain après chaque quatrain, et ce refrain est en langue française. Voici les deux premiers couplets qui suffiront à donner une idée du reste :
Papa summus, paparum gloria, Papa jugi dignus memoria ; Papœ plaudit scolaris curia, Papae dari non est injuria.
Tort a qui ne li dune.
Papam omnis cognoscit regio, Papae servit scolaris legio, Papam amat affectu nimio.
Papa quovis est dignus prœmio, Tort a qui ne li dune (1).
(i; 4 Voici le pape suprême, Thonneur des papes, un pape digne d'éternelle mémoire ; l'assemblée des étu-
— no- Nos in uDum passim et publiée Traxit aura torrrntis lefficne.
Desolatos, maeister. rrspice Spem'ïue nostram, quae languet, refice.
Tort a vers nos li meslre.
Per impostuna, per deceplorium.
Si negare vis adjutorium, Hujus loci non oralorium Somen erit, seJ ploralorium.
Tort a vers nos li meslro • l».
Il) « Une langue de serf, langue de p-^rfidie, principe de querelle, semence de discorde, quellç chose détestable c'est, nous le sentons aujourd'hui, soumis que nous sommes à un grave châtiment. I,e maître a tort envers nous.
- Une langue de serf, cause de tout ce trouble, a excité Contre nous la colère de maître Pierre. Elle mériterait d'être châtiée pai le glaive, puisqu'elle a produit la ruine de nos études. Le maître a tort envers nous.
(( Maudit soit ce rustre par la faute de qui voici Técole fermée aux clercs ! Cruelle douleur qu'un pareil vilain ait pu ainsi interrompre le labeur des dialecticiens. Le maitre a tort envers nous.
« C'est une chose lamentable de penser que la langue d'un serf de malheur, cause pour nous de grande angoisse, a été glisser dans l'oreille trop crédule du maître une calomnie qui lui fait abandonner ses élèves. Le maître a tort envers nous.
« O combien, à mon sens, le maître est dur, si, à cause de la dénonciation de son bouvier, homme vil, dont on ne doit faire aucun cas, il continue à nous refuser ses leçons ! Le maître a tort envers nous.
« Combien cruel nous a paru ce messager, qui est venu nous dire : « Frères, allez-vous en au plus vite, désormais vous habiterez Quincey, ou, sinon, le moine n'enseignera plus I » Le maître a tort envers nous. « Voyons, Hilaire, pourquoi hésites-tu? Pourquoi ne
)le, enda- 3lierans iien de par Te, :re, peu ien on-
ard, illeaite ans très prêfoi, 'ps- 3m-
5 vu
1ère ses 1, il ilo-
sîence et tout son esprit, maître Pierre n'était pas toujours pleinement maître de ses pensées, de ses paroles et de ses actions.'
Le choix fait de lui pour leur abbé par les moines de Saint-Gildas de Ruis vint fort opportunément, du moins on le croirait, le tirer de cette situation pénible. Les démarches de sa famille, naturellement instruite et aSligée de ses peines, et qui, selon de bons Indices, était fort influente à la cour de Bretagne, ne furent peutêtre pas étrangères à cette élection. En tout cas le comte ou duc Conan IV s'empressa de la ratifier. L'abbé Suger ne fit aucune difficulté de délier Abélard de son engagement envers labbaye de Saint-Denis, et consentit de bon cœur à le voir sortir de son obédience pour devenir à son tour le chef d'un antique et illustre monastère. En prenant place parmi les hauts dignitaires de l'Eglise gallicane, on pourrait penser que maître Pierre considéra d'abord avec quelque joie le nouvel horizon qui semblait s'ouvrir devant lui. Il nous assure pourtant qu'il était plein de noirs pressentiments, et qu'il n'accepta cette sitnation que comme le seul moyen qui s'ofïrait à lui d'échapper aux persécutions auxquelles il était en butte. 11 nous peint son nouveau séjour comme s'étant présenté à ses yeux, dès le début, sous les plus sombres cou-
B le sache à j'essayais de ger sous la œux de reliautre part, si 1 qui m'était ns à la damseigneurs les , profitant du e monastère,
avait usurpé 3ns adjacents 3 d'exactions 1 faisait peser îs moines me ?soins quotiles contenter,
dire, plus de nir matière à
ient considérés au seigneur sur . à ce titre, lui s bien réglées, nne source de
•essions d'Abôt quod eis mi- 1)1r des revenus ux menses disjbé, et la mense a aux religieux.
ait souffrir toutes ns, mes religieux îs embûches, de pôtre s'appliquait lalheurenx sort :
anses au dedans.»
ma vie inutile et lour moi que pour 'utiles leçons aux maintenant que je s moines rebelles, , ni pour les uns, mes entreprises îmeuraient vains, lent tout-è-fait en I contenu dans ce nme a commencé œuvre à terme. »
désespoir, quand fui et que je conhercher. Mes anent plus rien en sentes et maintes lissement : « J'ai moi qui ai aban- B le divin Conso- 3i dans une déso me dérober à de
tiques se trouvèrent face à face et qu'il fallut vivre ensemble, Tincompatibilité d'humeur éclata entre eux d'irrémédiable façon. Maître Pierre n'avait ni cette énergie apostolique qui brise les résistances et impose les réformes, ni cette patiente et prudente sagesse qui, usant pour le même objet d'un procédé différent, s'insinue dans les esprits et gagne peu à peu les cœurs. Il exhalait son indignation, nous Tavons vu à Saint- Denis, en censures maladroitement amères, en satires mordantes et inefficaces. L'élégance, devenue toute parisienne, de son esprit et de ses mœurs se sentit tout d'aburd affreusement dépaysée sur ces rochers battus des flots et parmi ces hommes qui n'étaient guère moins abrupts. La plupart des moines dégénérés de Saint- Gildas avaient, sans aucun doute, un penchant beaucoup plus décidé pour la chasse et la pèche que pour la dialectique, et en voyant le profond dégoût, en écoutant les méprisantes et menaçantes, mais vaines objurgations de leur savant abbé, ils perdirent tout-à-fait, à supposer qu'ils en eussent un moment eu quelque velléité, l'envie de se remettre à l'école et de reprendre en
les temps et selon les moines, car nous verrons qu'il restait à Saint-Oildas. même pendant le conflit, de fidèles partisans de Tabbé, contradiction absolue entre cette supposition et la nôtre. — Cf. Pe(er Abœlard, p, 42,
pe-
du lamîer tut de tre 3rce 'ec lei mde la »nia- , à ips rs, )se ite itue ie, ?le
ion et de dîsis était l'usage conférait cette 1 personnelle, gravement la s II, il adopta, [out entière, le c tant de vimcilia personontife pendant ntde Chartres er à Morigny, Dit, fondé près Juine, vers la
e de lait quo de
)tant, la pauvre ïï vnii) de les ré-
les, elle déchire Bs transports de
?ubi 1<' martyre, ie soit sans mégrand prix.
) elle-même, àla- ,r leur parole, il
e, volume cité, s pièces ont été ment. Carmina ne, 1867, in- 12,
finirent, ce semble, par se mettre d'accord, mais au moyen d'une séparation définitive. Il fut entendu par une sorte de pacte tacite qu'Abélard conserverait le titre d'abbé avec les revenus ou une partie des revenus de la mense abbatiale, mais que du reste il ne s'occu[)«rait en rien de la direction des moines, et de fait maître Pierre s'éloigna pour jamais de Saint-Gildas.
Il jouit désormais, sans aucune charge, de Tindépendance que lui assurait sa dignité et put se livrer de nouveau à sa vocation véritable, Tétude et l'enseignement de la philosophie Nous le retrouvons, vers l'année 1136, sur l'ancien théâtre de ses succès, c'est-à-dire dans la capitale et sur la montagne Sainte-Geneviève. Là, avec l'attache du chapitre de ce nom, il avait rouvert une école où se pressaient en foule des auditeurs pleins de zèle. « J'étais tout jeune, dît Jean de Salisbury (I), lorsque je vins dans les Gaules pour y faire mes études. G était l'année qui suivit celle où le roi des Anglais, Henri, vrai lion de justice, quitta les choses humaines (H35). Je me rendis auprès du péripatéticien Palatin (2), qui alors présidait sur la montagne
(ij Nous empruntons la traduction de ce texte à Kémusat, ouvrage cité, t. I, p. 171. Cf. Historiens de France, t. XIV, p. 304.
(2) On désignait parfois ainsi Abélard, pat une sorte de jeu de mots, à cause du Pallet, lieu de sa naissance.
Vacandard (1), il fit paraître la Théologie chrétienne, qui reproduit et développe la matière du premier ouvrage avec quelques remaniements et quelques amendements. Sa morale était plus spécialement expliquée dans un grand Commentaire de répître aux Romains, et dans le Scito te ipsum (Connais-toi toi-même). Si nous citons encore le recueil singulier de textes des Ecritures et des Pères réunis méthodiquement et exprimant le pour et le contre sur presque tous les points de la science sacrée, recueil qu'il avait appelé le Oui et le Non (Sic et Non), nous aurons le catalogue complet des livres théologiques qui contenaient sa doctrine et qui devaient donner à sa réputation de professeur le plus grand éclat, o Mais, outre son explication fausse et positivement hétérodoxe du mystère de la Sainte-Trinité, ces ouvrages d*Abélard, parmi nombre d'expressions inexactes et d'assertions suspectes, renfermaient notamment une théorie du péché originel et de la Rédemption où semblaient reparaître au jour les thèses foudroyées de Pelage (2).
(il Abélardy p. 51. — Dans sa Vie de saint Bernard, t. II, p. 112, M. Vacandard admet au contraire, d'après Goldhorn, que c'est V Introduction à la théologie qui est un remaniement de la Théologie chrétienne,
(2) Cf. Vacandard, Yie de saint Bernard, t. II, p. 128 et suiv. — Abélard, p. 459.
verbeuse des théologiens sans titre et des docteurs sans mission. Les places i)ubliques retentissaient des disputes de 1 école. Les simples comme les lettrés, les enfants comme les hommes mûrs et, pour parler avec Abélard, les sots de toute espèce se mêlaient, dans les villes, dans les bourgs et j usque dans les campagnes, de critiquer les dogmes les plus élevés de la religion. Ainsi allait tous les jours diminuant le respect des choses saintes, la foi des simples tombait dans le mépris, on jetait au vent les trésors de Dieu et on insultait aux Pères de TEgHse, qui avaient assoupi, disait-on, toutes les questions irritantes au lieu d'essayer de les résoudre. 11 semblait qu'on voulût préluder à une ère nouvelle. »
Dans une telle situation il était naturel que le zèle non seulement des partisans excessifs de la tradition dans renseignement théologique, mais aussi des gardiens vigilants de l'orthodoxie menacée, s'émût de plus en plus des témérités d'Abélard. Au mois de mars de l'année 1140, l'attention de l'illustre abbé de Clairvaux fut expressément attirée sur ce péril par un message de l'un de ses plus chers et fidèles amis, Guillaume, Liégeois de naissance, devenu abbé de Saint-Thierry au diocèse de Reims, et retiré alors au monastère de Signy, de l'ordre de Ci teaux, pour y vivre ^ dans la pénitence et la
=^fr
f 1PIJ^»^IJ ^ll IIP
ipe que « le X )). Les léît l'eau firent }ue. Cîteaux loît pour les uelque ana- ^. En temps rsind'um et zième heure six heures) ; du 15 septies, un soûl la neuvième 5 heures, ou er du soleil, ivaient sup- !
[tendait Bermmun : une ?\ié pendant tite distance cloison, con- )C étalée sur înt en paille, \. C'était sur stercien, noe. Il secous, afin d'être
toujours prêt à se rendi mier signal de Tabbé, Une pièce de laine lui se verturé.,. Le psalmiste surgcbam : « Au miliei levé pour vous glorifier vembre à Pâques, les Gis sortent du dortoir dès ut ortarn, pour chanter 1' froide et obscure chape Tannée, leur lever a li( suffît que, leurnocturnea mencer laudes à la prer incipiente lucc. Ces lauc le premier office de leur sept exercices du même Sexte, None, Vêpres et i (( La prière prenait ai heures ; le reste de sa joi travail... C'est la gloire d d'Occident d'avoir mis ei nuel. « Un vrai moine, travail de ses mains. » E déterminait certaines h( gieux sans exception vaq purement matérielles q administration d'une feri de Pâques au 1®' octobre
■■•fBff^WIJpw
riûqae < î -. II sut recoDDaitre dans Bernard le rai saint ei le grand homme. Aussi, dès 1115, ■ois années seulement après que le fils d Aleth it venu à frapper comme novice à la porte de on monastère, il l'en fit sortir, mais avec le tre d'abbé, à la tête d'une colonie de douze sligieux, char^'és de fonder une communauté ouvelle. C'était le troisième essaim sorti de la laison-mère, et son chef le fixa dans la sauage, mais belle vallée de Clairvaus. Si la dinité conférée au jeune moine était un moyen ont la Providence usait pour lui préparer une 'ansition Ifgiiime entre sa vocation conlemplave et sa mission d'activité apostolique, elle ne it d'abord pour lui qu'une occasion de redouler son héroïsme de cénobite. A la rigueur de i règle, accrue par le zèle encore inexpérimenté B Bernard, se joignirent en effet, avec les traaux et les soucis d'une fondation matérielle et pirituelle, les épreuves d'une indigence qui en nt quelquefois jusqu'à la misère noire.
« Avant que son nom et ses vertus se rêvé-
il) Il entreprit une recension de la Vulgate latine de Bible en usage dans sa région et u'hésita pas à con- Llter pour ce travail les raibins juifs deison voisinage. ie de saint Bcinard, t. 1. p. 54. — Il est vrai que le ns de la critique des textes ne suppose pas nécessaiment le discernenaent des hommes, mais il y a heu de oire, à l'honneur de Tabbé Etienne, qu'il réunissait s deux qualités.
ih IPUIl^f^
L Benoît, l'autre travail d'orneture. Rien, pas lyait l'aspect du i par quelques )cent II le visita 3S quatre murs
lous l'avons dit, rez-de-chausisine. Ce réfeclière n'y pénéautes et larges oir • auquel on raide occupait ïvey avait son î planches, long moitié. On eût aoines devaient jommeil de la
3 palier même, p avec le réfeconstruire deux 5e, la seconde siteraient l'abisions et surle qu'il choisît
humaines. « Bien qu'il ne fas:
des sciences purement spéculât Vacandard (1), il professe, en cère estime pour les savants ils mettent leur génie au serv favorise hautement les jeui les goûts studieux offrent q d'avenir. Sa correspondance ce précieuses de cette délicate à sa requête , par exemple vôque de Canterbury accorde Jean de Salisbury, le plus brill douzième siècle. 11 pousse F fondateur de l'Université d'Ox assidûment les écoles de Paris f ner sa science et sa méthode, encore la lettre par laquelle Pierre Lombard à Gilduin, abl tor... L'aversion qu'il témoigna les disputes stériles de 1 école 1 che de décrier la science. M vivement contre une accusation Ses religieux reçurent à cet ég du fond de sa pensée. « Il y en lent savoir, uniquement pour i honteuse curiosité. D'autres vei
(1) Ouvrage cité, 1. 1, pp. 112, 114.
oneux
idre
les
L est
i, et voir . De • nent t en
ence lents înt à
diade
anaui lui iens, :îharragés
rien k it «jne Ldition nquait
éminent dans la logique, mais que j'ai failli grandement dans la science de Paul C'est, il me semble, la prévention plutôt que la sagesse qui me juge ainsi. Je ne veux pas à ce prix être philosophe, s'il faut me révolter contre Paul. Je ne veux pas être Aristote, si je suis séparé du Christ ; car il n'est pas sous le ciel d'autre nom que le sien, en qui je doive trouver mon salut. J'adore le Christ qui règne à la droite du Père... Je crois au Père, au Fils et au Saint-Esprit, par nature un et vrai Dieu, qui reçoit la Trinité dans les personne^, mais conserve l'unité dans la substance... Je n'écoute point Arius qui, poussé par son génie pervers ou plutôt séduit par le démon, introduit des degrés dans la Trinité divine... Je déclare que le Saint-Esprit est égal et consubstantiel au Père et au Fils .. Je condamne Sabellius qui soutient que le Père et le Fils sont la même personne... Je déclare que - dans le baptême tous les péchés sont remis, et que nous avons besoin de la grûce pour commencerlebienetpourle parfaire;. et queceuxqui sont tombés sont régénérés par la pénitence... Telle est la foi dans laquelle je me repose. C'est d'elle que je tire la fermeté de mon espérance. Fort de cet appui salutaire, je ne crains pas les aboiements de Scylla, je ris du gouffre de Charybde, je n'ai pas peur des chants mortels des
Maître d'un pouvoir désormais incontesté, le chef légitime de Cluny releva et soutint, sa vie durant, par un mélange de vigueur et de prudence, la régularité cénobitique et la santé spirituelle dans le grand corps religieux confiée ses soins. Saint Bernard rendit hautement témoignage à ses hautes vertu?, (|ui lui méritèrent de la part de ses contemporains le surnom de Vénérable, indissolublement attaché depuis à son nom. La commune ardeur de leur zèle apostolique, qui se manifesta notamment contre le schisme d'Anaclet, quoique cet anti-pape fût clunisien d'origine, unit ces deux grands hommes par les liens d'une sainte amitié, qui laissa place toutefois , outre les divergences inévitables entre les deux congrégations dont ils étaient les représentants, à une certaine difïérence de vues et surtout de caractères. Plein d'admiration pour l'idéalisme transcendant de l'illustre ascète cistercien, le pieux abbé de Gluny n'en adoptait pas néanmoins, pour lui et les siens, le puritamsme un peu farouche.
<^ Pierre-le- Vénérable, dit ù ce propos M.
l'abbé Demimuid (I), aurait-il souscrit sans réserve à la violente sortie de saint Bernard contre la richesse des temples et le luxe des bâ-
(1) Ouvrage cité, pp. 87-89.
« Dix ans aprez, comme les ecclésiastiques furent obligez pour la seconde foys d'aliéner le bien de l'Eglise, le sieur de Sourdeval prit l'occasion au poil, et achepta de l'abbé Jean de Quifistre, sieur de Tremouhart, et des religieux la dicte rente de 80 livres, estant encore contraincts de ce faire, crainte que le sieur de Sourdeval ne s'emparast de leurs isles de force, et qu'ils n'en eussent rien du tout. Cette vente et aliénation se passa l'an 1578, et a duré jusques à 1628.» — En celte année, Tabbé Henri de Bruch, qui s'occupait avec beaucoup de zèle de recouvrer les anciennes possessions du monastère, résolut de revenir sur ce contrat, jugé par lui léonin. « Sçachant, dit notre religieux (1), que les isles de Hoûat et de Hedic avoient esté aliénées à très vil prix, il entreprit le retraict contre Messieurs le comte de Pouaillé, vicomte de Mortagne, et de LaunayRazilly, héritiers de M' de Sourdeval... Le procès fut fort chaudement poursuivy par Monsieur de Bruch (2), etbien défendu par les détenteurs. La raison principale que le demandeur allégua, fut que l'allienatîon desdictes isles fut
(1) Manuscrit cité, p. 678.
(2) Syndic des Etats de Bretagne, père de l'abbé, et qui lui fut d*un grand secours dans ses revendications, ou, pour mieux dire, qui géra en son nom les intérêts de l'abbaye et eut l'initiative et le mérite de ces actes réparatoires.
JT de la , qu elle l-^ rabbé
r, faillit ird. M.
les (2) :
nances, amassé Houat, étaient pillées s pour ligieux e 1660, la pa- )uaille.
ire que evenus aient à X pour périeur surin-
autorisa iens des âge cité,
ar, qui.
le, misQ
— co:; —
a force et la vigueur des hommes siècles, étant bien . constitués et de très grande taille. » De son côté z\e Hoaat de son Dictionnaire de cprime en ces termes : « L'abnéga- 3s vices, une vie laborieuse, la fruibrité de Tair et la bonté des eaux d'une santé constante, d'un corps la longévité qui en esl la suite (1). »
curieux et digne d'attention, c'est tout particulier des deux iles a période révolutionnaire et s'est jue jusqu'à nos jours sous ladmîsrnelle des recteurs des deux pas chacune de ces deux îles, dit M.
;, le curé ou recteur est à la fois î paix, percepteur, notaire, syndic mer, etc. Il gouverne son petit des vieillards les plus considérés, 3pèce de conseil des anciens. »
5 ci-dessus mentionnés au sujet de œdic furent passés, nous Tavons
mtons cette dernière citation à Tintéresûe de M François Escard : Paroisses et w-yies. Hœdic et Houat (Extrait de la nternationale^ janvier 1897), p. 9. On y [ption détaillée de Tétat actuel de Hœdic.
é, p. 244, note 1.
vu, au nom du monastère de Ruh dits commendataires. En effet, c ralité des abbayes bénédictines < celle de Saint-Gildas était tombée c est-à-dire que lamense abbatiale et radicalement séparée de la i tuelle, était attribuée, avec ses ] charges, mais à titre de bénéfice viduel, à un personnage ecclésia que, privé désormais de toute ji tuelle sur les religieux dont il d Tabbé, mais dont le véritable ch nant leur prieur claustral. Le c( entre François P' et Léon X acco royal la collation des bénéfices d plus importants. Si la commende cadence des anciennes institution elle avait souvent commencé pai avant d'en devenir la cause. Elle i en fait avant d'être érigée en règ canonique. Nous en avons vu ce mière esquisse dans la personne ( de sa séparation d'avec ses moii transition fut parfois presque ins le cas, ce semble, à Saint-Gilda quant à la vie monastique, il n'y lieu de distinguer entre le dernier Robert Guibé (1506-1513), et le
Tabbaye. « Les processions des Rogations, dit M.Tabbé Luco (1), attirèrent beaucoup de monde à Saint-Gildas en 1523, parce qu'André Hçimon, évoque de Vannes et abbé du monastère, les présida pontificalement avec la crosse et la mître des anciens abbés, conservées au trésor de l'église. Pendant son séjour à l'abbaye, il bénit une cloche qu'il avait fait fondre ; c'était la moindre des deux grosses de la tour. Ce fut lui qui, vers cette époque, établit à Saint-Gildas la fête solennelle du Craizo (2). Voici quejle en fut l'occasion. A un certain jour de l'année, les Vannetais avaient l'habitude de se rendre en pèlerinage à l'église de Saint-Gildas et à la chapelle de Notre-Dame-du-Confort, dans l'île de Hœdic. Or, une tempête s'étant une fois subitement élevée pendant que les pèlerins étaient sur mer, cinq navires chargés de monde firent naufrage sans que personne pût être sauvé. Pour empêcher le retour de pareils malheurs, le prélat supprima le pèlerinage et lui substitua la grande fête du Craizo, au dimanche qui précède le 24 juin ou la Nativité de saint Jean Baptiste. Les habitant de Ruis continuèrent, jusqu'à la grande
(1) Ouvrage cité, pp. 251, 252.
(2) « On prétend, ajoute en note M. Tabbé Luco, que, à cette époque, ce mot breton signifiait le milieu de Vannée. »
ftévolution française, à accourir à cette solennité. »
La procession des Rogations que présida, en 1523, André Hamon, était de temps immémorial Tune des principales cérémonies religieuses de l'abbaye de Saint-Gildas et de la presqu'île de Ruis.On l'y rattachait à la découverte légendaire du corps du grand saint celtique, ramené miraculeusement de Houat, où la tradition plaçait sa mort, et trouvé sur une barque dans la petite baie du Crostic (aujourd'hui Croisty) (1). Cette procession donna lieu en 1612, le 28 mai, à des incidents sur lesquels il faut entendre le récit de notre bon religieux de Saint-Maur :
(( L'année 1612, dit-il (2), fut fort remarquable à toute risle de Ruys et es environs, par la juste punition que Dieu prit de l'insolence de certains esprits brouillons. Nous avons dict assez amplement en la première partie de ceste histoire (3) avec quel ordre marche la procession solennelle du lundy des Rogations à la chapelle du Crostic et en l'église d'Arzon, où se trouve le clergé de toute Tisle avec grand concours de peuple, qui suit la
(1) Yita s. Gildœ, cap. 31. — Luco, ouvrage cité, pp. 97-100.
(2) Ms fr. 16822, pp. 676, 677.
(3) Cf. ms. cité, pp. 372, 373.
chapse de saînct Gildas, et que les religieux de Tabbaye et les prebstres de la parroisse de Sainct Goustan font un chœur, et les prebstres de l'église de Sarzeau, avec tous les autres qui se joignent sur le chemin avec eux, un autre chœur, chantant alternativement les grandes litanies. Les croix, bannières et eslendars vont aussy selon leur rang, celles de l'abbaye et de la parroisse de Sainct Goustan tenant le premier lieu, comme ne faisant qu'un corps, et celles de Sarzeau et autres parroisses après. Le lundy des Rogations, 28^ may 1612, quelques habitans dudict Sarzeau, portant impatiemment que la croix et estendart de la paroisse de Sainct Goustan marchoient devant les leurs, voulurent avoir la préférence et les faire entrer devant dans la chapelle de Kerner, qui est une des stations de la procession, prétendant ce pas à cause que Sarzeau est un gros bourg, plus peuplé et plus grand que celuy de Sainct Gildas, où est size la parroisse de Sainct Goustan ; de plus, qu'à Sarzeau il y a justice royalleavec nombre d'officiers, et qu'à Sainct Gildas il n'y a que celle de l'abbaye ; enfin que le clergé de la parroisse de Sarzeau estoit beaucoup plus nombreux que celuy de Sainct Goustan. Ceux de Sarzeau donq, ayant envie de brouiller, en vindrent premièrement aux grosses parolles, puis après aux
des Boys (1). Depuis ce chastimenl si manifeste, quand Monsieur le recteur de Sarzeau annonçoît à son prosne les festes de sainct Gildas ou les processions, il avait coustume d'exhorter ses parroissiens de les chaumer avec grande dévotion, et leur representoit la severe punition qu'ils avoient expérimentée, et qu'il prenoit de ceux qui manquoient à porter l'honneur et révérence deùe à leur sainct et protecteur. »
A l'époque de cette mémorable procession de 1612, Fabbaye de Saint-Gildas était loin de se trouver dans une situation florissante. Les abbés commendataîres, fort zélés pour faire confirmer par le pouvoir royal les droits et privilèges du monastère, dont leur mense avait sa large part. Tétaient beaucoup moins pour veiller à le maintenir en bon état. Dans les dernières années du seizième siècle, il s'était trouvé tellement dégradé, que « les religieux, bien que peu nom-
(1) Saint Gildas y était particulièrement invoqué pour la guérison de la folie, appelée mal de saint Gildas. Cf. Luco, ouvrage cité. p. 157.— Le surnom de Sage, attribué de toute antiquité (Gildas-le-Sage) au grand saint celtique, fondateur et patron des monastères de Ruis et des Bois, ne fut probablement pas étranger à cette dévotion, à laquelle contribua peut-être aussi Taventure, racontée plus liaut, du meurtrier d'Elioarn au onzième siècle. — Les personnes bien instruites n'ignorent pas que la question de l'origine exacte des dévotions de ce genre est distincte de celle de Tautlienticité des guérisons obtenues par la piété des ûdèles.
I ■ > I IIIHNIJIWii|i
croisées sur chaque longère ; au bout du chapitre la prison, de 9 pieds de haut et à refaire à neuf ; au midi, le réfectoire, de 94 pieds sur 30, et auprès une vaste cuisine, suivie du parloir ; les greniers dominaient le tout, excepté le côté du cloître adossé à la nef de 1 église, où il n'y avait eu que des cellules qui n'existaient plus. Tout cela était dans un déplorable état. Il n'y avait ni couverture, ni charpenta ; les murs euxmêmes avaient beaucoup souffert et s'étaient écroulés en partie. Le cellier avait besoin de grandes réparations. Le portail d'entrée dans la grande cour était tombé. Les murs de clôture de celte cour s'écroulaient partout. Il n'y avait pas une chambre qui n'eût besoin de très urgentes et considérables réparations. La chapelle de Notre- Dame, au bas du bourg, n'avait plus que la moitié de sa toiture. Dans ce procès-verbal, on blâme beaucoup l'abbé Charles de Glermont, qui aurait dû réparer ces ruines, et on avoue que, sans les soins du prieur claustral, l'église eût été entièrement ruinée depuis plus de dix ans. L'évoque de Vannes avait, peu auparavant, visité l'abbaye et menacé de censures le prieur, pour le forcer à plaider contre l'abbé afin d'en obtenir les réparations nécessaires. Deux religieux, Ferey, prieur de Gavre, et de Pontroger, cellerier, accusent ce prieur d'être de connivence
L'ouvrier avait pour fonction ouvriers employés par lemom les vases nécessaires pour re pluie aux endroits découverts et les ouragans, qui étaient f côtes. Uaumônier était chai qui se distribuaient à la poi Régulièrement un des moines Toussaint à la Saint-Jean, ces fondation. Pour ces aumônes, surtout en pain, Tabbé devai Taumônier 26 perrées de seigle Touvrier qui faisait le pain et h au chauffage du four. L'm/îrn les malades, leur porter ce < pour eux, avoir soin des in 1 eau pour les bains que venaie baye les malades atteints du n dus. Les revenus fixes de cesoj avec le temps. »
Tous les offices claustraux a furent réunis à la communaut conventuelle, à la suite du gra rétablit, en 1650, à Saint-Gildas rite monastique, et fut le sign renaissance de la vieille abbay fut prise par Tabbé comraenda rand, qui à la vérité y devait trc
puisque sa mense abbatiale fut en conséquence déchargée de toutes dettes, mais qui néanmoins fut en cela réellement mû, 5 ce qu'il semble, par le zèle religieux, et qui se plut d'ailleurs à contribuer de sa bourse aux restaurations dont ce changement fut Theureux point de départ (T). Il s'agit de la prise de possession de Saînt-Gildas par la Congrégation de Saiut-Maur. Les origines de cette nouvelle et illustre branche du grand ordre bénédiclin sont retracées en ces termes dans la préface du bel ouvrage de Dom Tassin (2) :
(( C etoit le vœu du clergé de France assemblé aux Etats de 1614, que la réforme de l'Ordre de Saint-Benoit, commencée en 1600 dans l'abbaye de Saint- Vanne de Verdun, fût introduite dans les monastères du royaume. La bonne odeur qu'elle répandoit partout, excita plusieurs Bénédictins françois à l'embrasser, et quelques abbayes demandèrent à s'y soumettre.
(( Le vénérable Dom Didier de la Cour et les autres supérieurs de Saint-Vanne envoyèrent en France d'excellents ouvriers pour travailler au grand ouvrage de cette réforme. Mais la difBculté de réunir dans un môme corps un
(1) Cf. Luco, ouvrage cité, p. 266.
(2) Histoire littéraire do la Congri'gtioan de Sainte Maur, 177 Oj m-4o.
zième siècle, celle de Cîteaux et de Clairvaux, la reforme de Saint-Maur, au dix-septième siècle, donna le pas, dans la vie monastique, au labeur intellectuel sur le labeur matériel. Au défrichement du sol succéda, pour ainsi parler, le défrichement des grands espaces encore incultes dans le domaine des sciences sacrées et de ce qui s'y rapportait dans celui des sciences profanes, et en particulier dans l'érudition historique. L'accesi^ion de Saint-Gildas de Ruis à la nouvelle congrégation fut réglée par un concordat en date du 24 novembre 1649, enregistré au parlement de Bretagne le 14 janvier 1650. C'est l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon, où la réforme était déjà introduite, qui dut. fournir ses introducteurs à Saint-Gildas. Ce dernier monastère ne comptait plus alors que sept religieux. Voici quels furent les termes de l'accord conciu entre eux et les moines de Redon qui devaient les remplacer. Nous empruntons l'analyse de ce pacte très instructif à M. l'abbé Luco (1) :
(( 1° Les anciens religieux sont libres d'embrasser la réforme ou de rester sous le gouvernement de leur firand prieur, soit au dedans, soit ou dehors du monostère. A la mort du prieur susdit, ceux qui ne seront point entrés dans la
(Ij Ouvrage cité, pp. 270-274.
présidés par les nouveaux, qui donneront les bénédictions et le signal.
(( G'* Le grand prieur ayant résigné les offices de chambrier, de sacriste et de trésorier (1), les fonctions en seront remplies par les nouveaux et les revenus, conformément aux statuts de la Congrégation, réunis à perpétuité à la mense conventuelle. Les autres offices demeureront aux anciens titulaires, qui ne pourraient les résigner qu'en faveur des nouveaux ; à leurs vacances par décès ou par résignation, ils seront pareillement réunis à la môme mense.
« 7® Les nouveaux jouiront de tous les lieux réguliers, des maisons, des caves, du cellier, des greniers, des granges, des jardins, etc., sauf les réserves suivantes : chacun des anciens conservera toute sa vie, s'il demeure au monastère, les chambres, les caves, les écuries, etc., dont il jouissait auparavant. Si les anciens restent à l'abbaye au nombre de trois ou plus, ils pourront jouir de la grande salle, de la cuisine, des dépenses, etc., dont ils se servent. Au cas
(l) Dans le dornier état des choses avant rintroduciion de la réforme ie Saint-Maur, le grand prieur cumulait s ms doute ces offices avec le sien propre. Dans ce même état le nombre et le titre des offices claustraux paraît avoir été un peu différent' de ce que nous avons vu cidossus, d'après le vieux martyrologe consulté par M. l'abbé Luco.
cependant où les nouveaux auraient besoin d'en disposer autrement pour de nouvelles construc-
fînns îl.Q nmirmîpnf 1o fnîro rriAÎa nInrQ îla fmir.
rnonte à Tautel, qu'il baise, entonne le Veni Creator, continué par tous les assistants, et chante ensuite les oraisons du Saint-Esprit, de la Sainte Vierge, de saint Benoît et de saint Gildas. Conduit alors aux stalles du chœur, il s'y assied et sonne la cloche, se rend à la sa cristie^ à la place des anciens cloîtres, au réfectoire, aux dortoirs et auUoo iicux réguliers, aux jardins, aux maisons et aux dépendances des offices de chambrerie, desacristeetde cellerier. L'inventaire des reliques, de l'argenterie, des ornements et des autres ustensiles de la sacristie fut remis à l'époque où les nouveaux religieux se fixeraient détinitivementà Saint-Gildas. Enfin, en exécution des deux concordats précités, Dom Huillard compta, en bonne monnaie ayant cours, au prieur et aux religieux du monastère, la somme de 725 livres, pour les deux termes de janvier et de juillet de cette année. Séance tenante, un acte notarié de cette ratification et de cette prise de possession fut dressé par les notaires et signé par les intéressés. A cette pièce même ont été puisés les détails qu'on vient de lire.
« Conformément à leurs obligations, les moines de Redon envoyèrent à Saint-Gildas trois religieux, dont deux prêtres, pour aider à faire l'office divin et pour surveiller les réparations et
les exercices de la régularité, il mourut h Marmoutier le 25 de novembre 1702, âgé de quatrevingt-dix ans, dont il en avoit passé soixante et quatorze dans l'état religieux. Il a bien mérité un rang parmi les écrivains de la Congrégation. » Les fonctions de procureur, qui occupèrent la plus grande partie de !a carrière de Dom Noël Mars, indiquent son aptitude à Tadministralidn. Il la, déploya très utilement dès son arrivée à Saint-Gildas pour la restauration de ce monastère en ruines. « Les nouveaux habitants, dit M. Tabbé Luco (1), mirent énergiquement la main à l'œuvre. Ils bouchèrent les croisées du nouveau dortoir qui ouvraient sur le cloître et en percèrent d'autres sur la longère du levant. La sacristie fut rebâtie et enrichie de meubles et d'ornements convenables. Plusieurs bâtiments nécessaires s'élevèrent dans la basse-cour... Parce que les fidèles de Saint-Gildas et des environs avaient une grande dévotion pour la chapelle de Notre-Dame de Kerusen, au bas du bourg, une des premières soll^'citudes des nouveaux religieux fut de rebâtir ce sanctuaire, élevé en l'honneur de saint Yves qui fut son premier patron... Commencée en 1653, cette construction ne fut achevée qu'en l')56. Les
(1) Ouvrage cité, pp. 276, 278, 282.
vocation générale de la Congrégation de Saint- Maure et à son propre goût pour les études historiques. D'après ces tilres, complétés par d'autres recherches, il composa donc une histoire de Tabbaye de Saint-Gildas de Ruis depuis son origine jusqu'à Tannée 1656, qui ne fut point d'ailleurs livrée à l'impression. Ce manuscrit, dont nous ignorons la destinée, servit h son tour de point do départ et de fondement à Touvrage, également demeuré inédit, qui fut rédigé, une douzaine d'années plus tard, par un autre religieux du même monastère, et duquel nous avons détaché ci-dessus, à plusieurs reprises, quelques pages, croyons-nous, non dépourvues d'intérêt (1).
Mois, en dehors du prix qu'ont encore pour ijous les informations contenues dans le manuscrit du bon religieux de Ruis, la façon dont il a conçu et composé son ouvrage est intéressante par elle-même. Elle marque en efîet une époque curieuse dans l'histoire de l'érudition historique en France et particulièrement dans la Congrégation de Saint-Mour : celle qui a immédiatement précédé l'avènement de la grande école critique des Mabillon et des Ruinart. L'année même où il a terminé l'écrit dont nous nous occupons,
(1) Cf. Ms fr. 16822, p. 636. — Histoire Uiiéraire delà Congrégation de Saint-Maur, p. 190.
couvrir et confirmer la ver fondre le mensonge et les pour véritables, et qui ont t le long espace de temps qi generallement de tous les adjoustant foy trop legeren theurs qui les ont inventez, se sont trompez le^i premi( cher les autres après eux.
lent les curieux, qui rechen et espluchent de plus près ont laissé par escrit, qui i soit peu de la vérité de ce q n eslre pas conforme ny temps, ny à ce qu'en ont es riens ou plus anciens, ou postérieurs. Et tous les jour faussetez qui ont passé ju veritez, que l'on a d'autant cher de l'imagination con invétérées, et ont pris nai des hommes, qui les croyei pourquoi il n'y a gueres d' escrivent pour le jourd'hu qu'ils n'ont entrepris leur
fiTfinrl nnmhrp H'aiithpn.rs q
ar c esc<
heures, au maître-autel, en faveur des p venus de loin et pressas de retourner ch Immédiatement après, ayant déposé la cl et le manipule, il imposait et faisait bail fidèles le chef de saint Gildas. Parce que roisses de Sarzeau, d'Arzon et deSaint-G se rendaient parfois, ce jour-là, en proce Saint-Gilda?, la messe conventuelle sec plutôt, de manière à être terminée pour le vée vers dix heures. Dès que chaque pro atteignait le bourg, on sonnait les granc ches et le sacristain |)rcsentâit des chapes les prêtres. Plusieurs de ces derniers celé la messe à la chapelle (de Kerusen?), et effet, le sacritain devait préparer des orn verts, excepté pour les prêtres de Sarze bien souvent, disaient la messe de saint Les vêpres, auxquelles il restait beauc monde, se chantaient à trois heures. — cette fête coïncidait avec le dimanche dai lave du Sacre ^Fête-Dieu), on ne devait € le Saint-Sacrement qu'à la grand'messe, i du tumulte qui se faisait autour du chœi visiter le tombeau de saint Gildas. (1) »
Paimi les usages et particularités loce ce céiémonial de Tabbaye nous fait coi
(1) Luco, ouvrage cité, pp. 370-372.
Au total, à la fin du dix-septième siècle. le monastère, se trouvait dans un état de restaurations remarquable. Voici comment il se présente à nos regards, dans son aspect de 1687, saisi alors par le dessin et ensuite fixé par la gravure : « L abbaye, dit xM. Tabbé Luco (1), se composait des parties suivantes : A l'extérieur, Téglise avait la disposition actuelle (2). En face de son portail, on voyait lancienne entrée principale du couvent, monument grandiose nommé propy te um et alors tombant en ruine ; à sa place on a fait le grand portail actuel. Entre le propylœum et l'église se trouvait l'entrée ordinaire. Le cloître carré, avec un puits au centre, était à la place encore maintenant occupée par ses restes. La maison abbatiale faisait suite, vers le couchant, au côté du cloître adossé à la nef de l'église. Derrière le cloître, du côté de la mer, se trouvait le jardin de l'infirmerie entouré de murs assez hauts. Au chevet de.Féglise, il y avait un autre jardin clos, avec un puits au milieu, et communiquant par une porte en grille avec le grand jardin ; on le nommait jardin à fleurs, hortus florum. Le grand
(1) Ouvrage cité, pp. 287, 288.— Cf. Bibliothèque nationale. Département des estampes. V« 22. Monasticon gallicanum. Plans topographiquev. Abbayes ^ t I, pi. 33. — Louis Courajod, Le Monasticon gallicanum, raris, 1869, in-fol. PI. 152.
(2j MaiQ Ifi^ net était complètement ruinée.
divisé en seize carrés, bien planté d'arbres 3 et servant de potager, s'étendait depuis î jusqu'au petit bois du côté de la mer. A de ce bois, où les religieuses actuelles ont metière particulier, il y avait une tourelle mt d'une vue délicieuse sur la mer. Une ) vigne s'étendait depuis le jardin de Tinle le long du grand jardin et du bois ; à sa il y a un champ. Tout ce qui précède était r de hautes murailles. Dans la grande cour, maintenant la maison abbatiale, il y avait, du propylœum, Técurie des chevaux et essoirs, auxquels faisait suite Je grand ' ; venaient ensuite l'aire à battre, qui Dmmune entre les religieux et l'abbé, le [renier et l'étable ordinaire. Le fameux >ier, dont il a été question plus haut, se ;t aussi au fond de cette cour. »
redevances perçues par l'abbaye dans la de Ruis et dont, au reste,àce qu'il semble, large part profitait non aux moines, mais i commendataire, étaient loin d'être sans isation, puisque le monastère contribuait façon notable, par exemple au moyen iorations apportées à l'exploitation du sol, Dspérité du pays. C'est ainsi que dans le t de l'année 1698, « les religieux firent jncer la conversion des marais de la Viile-
ikj-^
neuve dans la prairie de Saint- Armel, en nouvelles salines. Cette entreprise leur coûta plus de 20000 livres. Pendant la dernière anné? des travaux (1714-1715), ils y employaient de sept à huit cents ouvriers par jour (1). »
Ce fui également, pour les ouvriers du pays, une occupation sans doute fort appréciée que la reconstruction de la nef de la vieille église abbatiale, entreprise presque en même temps que le précédent travail par le zèle vigilant des Bénédictins de Saint-Maur. (( Le 17 septembre de la même année, dit M. l'abbé Luco (2), les religieux firent marché, à Saint-Gildas, avec un entrepreneur de Vannes pour la reconstruction de la nef de leur église, des collatéraux de la nef, de la tour, des croisées, et pour la restauration de la partie du cloître adossée à l'église, moyennant la somme de 20089 livres, 10 sols. Il fut convenu, en outre, qu'il paverait en briques cuites la nef, ses collatéraux et l'espace sous la tour pour 202 livres, 10 sols, qu'il cintrerait les huit vitraux et les huit œils-de-bœufs de la nef et les trois de la tour pour 344 livres, et qu'il mettrait toutes les serrures nécessaires pour 100 livres. Les religieux se chargèrent des charrois, de
(1) Luco, ouvrage cité, p. 291.
(2) Ouvrage cité, pp. 291, 292.
donner la soupe aux ouvriers deux fois par jour, de nourrir, à la portion de leur table, Tenlrepreneur et son appareilleur. Le cheval de Tentrepreneur devait lui-même être logé et nourri aux frais du couvent. Toutes ces sommes réunies étaient acquittées avant le 9 septembre 1727 ; ce qui permet de supposer que les travaux étaient achevés à cette époque. »
Une construction moins agréable pour eux fut imposée aux religieux, une vingtaine d'années après Tachèvement de leur nef. « La maison abbatiale, que la vue de Tabbaye, telle qu'elle était en 1687, nous a montrée comme faisant suite au côté du cloître adossé à la nef de l'église, fut détruite vers 1740. L'abbé Jean-Joseph de Villeneuve-Trans, qui voulait résider à Saint- Gildas, demandait qu'un nouveau logis abbatial lui fût construit. Au procès engagé, à ce sujet, entre lui et les religieux, ces derniers furent, condamnés à faire bâtir le logement exigé. Gapitulairement réunis, le 8 août 1744, ils en firent marché avec un entrepreneur de Saint-Malo, qui s'engagea à livrer la maison le dernier jour de septembre 1745, pour la somme de 12600 livres. Les maçons commencèrent les travaux avant la fin de l'année 1744 ; l'ouvrage traîna en longueur par la faute de l'entrepreneur, qui se désista ds son entreprise avant la fin, et coûta
légan, chapelain et copie en fut sfflchée ae autre adressée à lur du grand sémiissal de ce fief. » — il la chose. Jugeant ligieux, il | orta Taf- 3ord avec le demanpès le parlement de tance et revendiqua onleslée. Après un lequel les reh'gieux 3 de la Mission ou nfiée la direction du ingèrent un grand arrêt, en date du du Hézo de moue et en attribua la
ît-Gildas, aux archives est encombré par les ►rocès ; elles forment, s. )) — L*une de ces îix, prieur et couvent uis^ défendeurs^ contre le la Mission du sémi- ?t encore contre M. le (in-fol. de 15 p. ), ense trouve encore au- 12674, fol. 338 (Monas- K) à la Bibliothèque
Digit]
juridiction au présidif Gildas furent condami pilier et oux frais du lions s'ajoutaient à cel Marthe, supérieur gén Saint-Maur, et le P. ' des*Lazariste?, réussi entre leurs belliqueux Un état du temporel prieur claustral en 1 valeur de ses biens livres et ses revenus niers ne s'élevaient q charges de 4955 livre 3 juin 1774. Le rappo:
tiale et conventuelle, apprécié à Taide d'un nière, dressé le 25 ji apprend qu'alors ses livres 1 sol 8 deniers, et qu'il n'y avait que h ayant chacun un rev 10 sols 2 deniers. Les celte pièce sont, dit 1' pilalilé et de l'église nenl qu'en faible parti(
(1) Luco, ouvrage cité, ;
Le 1*' avril 1791, Tes ôommîssaîres de la muni-
à l'église elle-môme, lorsque la commune en devint propriétaire, celle de Saint-Goustan, qu'on avait tenté de réparer en 1801, ne pouvant plus servir convenablement au culte. »
L'affectation au service paroissial de la vieille -église abbatiale, aujourd'hui classée comme monument historique, fut son salut. Le monastère à son tour dut, en notre siècle, non seulement la conservation de ses restes menacés, m'ais sa restauration matérielle et sa renaissance religieuse à une congrégation nouvelle, dont la fondation se rattache, elle aussi, à des événements et à des personnages illustres de notre histoire.