DIOCÈSE DE BRUGES
Le chef -lieu de la Flandre occidentale possède une église paroissiale dédiée au saint abbé; c^est la seule de la province érigée sous ce vocable. Nous avons compulsé avec le plus grand soin les rrchives de cette église, et découvert bien des détails précieux sur le culte de son illustre patron.
I. Origines. — La construction primitive de l^église remonte à Tannée 1240. Cette église n'était originairement qu'une cLapelle, dépendant de la collégiale de Notre-Dame^ à Bruges; elle fut érigée, du consentement de Walter de Marvis, évêque de Tournai, par le prévôt et le chapitre de cette collégiale, pour faciliter l'accomplissement de leurs devoirs religieux aux habitants de cette partie de la paroisse, qui s'étendait hors de l'enceinte de la ville, depuis la porte flamande jusqu'à Coolkerke (^).
sous les yeux du lecteur, dans un chapitre final, les monuments liturgiques très-nombreux, que nous avons réunis, et dont Tétendue s'accorderait mal avec le cadre restreint de notre questionnaire. Ces monuments d'ailleurs forment un ensemble imposant, qui perdrait à être morcelé.
(^) La porte flamande, située à l'endroit où se voit encore aujourd'hui le pont flamand, formait alors une des portes de la ville; elle fut comprise, avec le Vlamingdam, dans la nouvelle enceinte, en 1270 (De Stoop, Tableau indicatif des noms des rues et places publiques ou plan de la ville de Bruges, Bruges 1850, p. 66. Le travail de M. De Stoop, dont il existe des tirés-à-part, figure, sans nom d'auteur, à la suite de VHistoire de Bruges, de M. Couvez [Bruges 1850J, pp. 253 et suiv. Voir p. 318).
M. Gilliodts-van Severen révoque en doute l'agrandissement de la ville en 1270, fait admis par tous les historiens; il recule la création d'une seconde enceinte jusqu'en 1290-97, époque à laquelle les faubourgs, qui enveloppaient
Se trouvant à Bruges^ en la susdite année 1240^ Walter de Marvis avait établi deux prêtres avec charge d'âmes dans les chapelles de Saint-Jacques et de Sainte-Walburge^ dépendant de la collégiale de Saint- Sauveur. Profitant de la présence de leur évêque, le prévôt et le chapitre de Notre-Dame lui demandèrent Fautorisation d^ élever une chapelle, et virent leur demande favorablement accueillie. Un homme riche et pieux^ Philippe Ram, céda gratuitement au chapitre, pour y construire la chapelle projetée, un terrain situé derrière le Wyc (^) . Le donateur tenait ce terrain en fief du chevalier Baudouin van Praet, qui, au mois d^ Avril 1240, le déclara libre de tout droit féodal et l'affranchit de toute redevance. Le comte de Flandre Thomas de Savoie approuva cette donation, par lettres expédiées de Marquette, le Vendredi après la fête de saint Marc de la même année (^).
depuis longtemps la vieille cité, fnrent réunis par un cercle de fortifications nouvelles. " Tel fut donc, dit-il, le développement de la ville, qui se trouvant trop à l'étroit dans son rempart primitif, le franchit de tous côtés, s'étendant comme la goutte d'huile, et se ceignit d'une seconde enveloppe fortifiée en 1297- " L'éminent archiviste estime que Despars, et tous ceux qui l'ont suivi, voient à tort un fait d'agrandissement de la ville dans la charte, du 3 Juin 1270, de la comtesse Marguerite de Constantinople, "qui autorise la commune de Bruges à faire un fossé depuis le pont Ruinart Blancart (nommé ensuite de la tour et actuellement de la main d'or) par les Vlamincpoorte, Ezelpoorte et Noortzantpoorte, pour aboutir au Béguinage ". D'après M. Gilliodts, cet octroi serait une simple autorisation de faire canaliser, pour la commodité du commerce et de l'industrie, le fossé longeant le rempart primitif de la cité (Inventaire des archives de la ville de Bruges, série, Introduction, Bruges 1878, p. 441, surtout la note 1).
... quandam partem feodi sui rétro wic. " Un autre endroit très-ancîennement habité, dit M. Verschelde, c'est le Wyc, dont le nom même signifie hameau, entre la roia et l'église de St-Grilles; celle-ci fut fondée derrière le Wyc en 1240, d'oii elle reçut le nom de: St-Gillis Bachten Wyc"" (Étude sur les noms des rues et des maisons de la ville de Bruges, dans les Annales de la Société d'Émulation, 3« série, tom. x, Bruges 1875, p. 301).
(^) Ces détails sont extraits d'un manuscrit appelé registrurrb alhum^ appartenant aux Archives de Notre-Dame, et qui contient tout ce qui est relatif à l'érection de la prévôté, des prébendes, cures, chapellenies et autres bénéfices de l'église. Beaucourt de Noortvelde l'appelle: liher aïbus catenatus, àntiquissimis litteris conscriptus. (Description historique de Véglise collégiale et paroissiale de Notre-Dame, à Bruges, Bruges 1773, p. 98.) — Voyez les lettres
Au mois d'Avril 1240 {^), on commença les travaux de construction de la nouvelle chapelle, qui ne fut achevée qu'en 1248 : Gapella heati Egidii, disent les archives de Notre- Dame, sic in anno dni. M. G. G. XL. incepta et in anno dni. M. G. G. XL VIII consummata (^) .
Après achèvement de la chapelle, le prévôt et le chapitre y établirent un prêtre pour la desservir, et administrer en leur nom cette partie de la paroisse. Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1311, date à laquelle la chapelle de Saint- Gilles fut élevée au rang d'église paroissiale (^).
La chapelln, bâtie par le chapitre de Notre-Dame, fut mise dès l'abord sous l'invocation de saint Grilles. Walter de Marvis, qui en autorisa l'érection, ne fut pas étranger, croyons-
de Baudouin van Praet et de Thomas de Savoie dans Mir-^;us, Opéra diplomatica, tom. m, Bruxellis 1734, p. 588.
(^) CusTis, Jaer-Boecken der stadt Brugge, Brugge 1765, tom. i, p. 229.
(^) Registrum album.
(^) Divers auteurs, tels que Mirseus, loc. cit., Descamps, Notice sur Walter de Marvis, évêque de Tournmj, Tournai 1852, pp. 47, 105, disent que Saint- Gilles devint église paroissiale en 1240. " L'adjonction d'un cimetière, — dit Warnkœnig, en parlant de la chapelle de Saint- Gilles, — doit porter à croire que dès lors cette chapelle était destinée à devenir église paroissiale : et en effet dès l'année 1258, nous rencontrons la paroisse de S'.-Gilles (MiR^us, IV, 561). " (Histoire de la Flandre et de ses institutions civiles et politiques jusqu'à Vannée 1305, trad. de Gheldolf, tom. iv, Bruxelles 1851, pp. 48, 49.)
Ces auteurs se trompent; l'érection de Saint- Gilles en paroisse distincte de Notre-Dame ne date que de 1311. Le 11 Mai de cette année, Gui de Boulogne, évêque de Tournai, vint faire la bénédiction solennelle du cimetière, oîi jusqu'alors n'avaient point eu lieu d'inhumations; l'acte, dressé à cette occasion, se trouve dans le cartulaire I de la fabrique, fol. Ixxxvij v°, Ixxxviij r".
Saint- Gilles eut dès lors ses fonts baptismaux, et les recteurs de l'église exercèrent librement toutes les fonctions pastorales, que le droit canonique réserve aux curés. Les détails contenus dans le Registrum album dissiperaient au besoin tout doute à cet égard.
Les ecclésiastiques qui desservaient la chapelle de Saint -Gilles avant l'année 1311, ne figurent, dans les documents du temps, qu'avec les titres de Custos, Presbyter et Custos sancti Egidii, Cajpellanus, Pape. Aucun de ces ecclésiastiques n'est désigné par son nom ou prénom; toutes les indications, qui les concernent, se bornent aux qualifications générales que nous venons d'énoncer. Mais, à partir de 1311, les desservants de l'église apparaissent avec leurs noms et prénoms, et ne portent plus guère d'autres titres que ceux de Curatus^ Rector, Custos curatus et Rector, Prochiepape.
nous, au choix de ce vocable; ce choix nous paraît se rattacher à Tune des époques les plus marquantes de sa vie, dont nous allons dire quelques mots. .
Walter de Marvis fut élu évêque de Tournai en 1219. Le zèle et ^activité de Walter, dit M. Descamps, étaient en quelque sorte restés circonscrits dans son diocèse, pendant les premières années de son épiscopat; mais vint le temps où ils devaient s^exercer sur un plus vaste champ. Le pape Grégoire IX ayant eu connaissance de son aptitude pour les affaires, le chargea d^une mission importante dans le midi de la France, où il l^envoya comme subdélégué du Saint-Siège et plus tard comme légat. Cette mission demandait un homme d^une prudence consommée. Il s'agissait de la pacification du Languedoc et de la Provence, qui se trouvaient dans le trouble et Fagitation, par suite de la croisade exécutée contre les Albigeois " (^). La légation de Walter de Marvis remonte à l'année 1231, et elle ne prit fin qu'en 1233; le prélat passa donc deux ans dans le Midi de la France (^).
A Fépoque de la mission de Walter, Saint- Gilles était une des localités les plus importantes du Languedoc, tant à raison de ses relations commerciales (^), que du culte de son saint fondateur. Ce culte, un instant interrompu par les troubles des Albigeois, avait déjà repris son ancienne splendeur; nous en trouvons la preuve dans une bulle du pape
(^) Notice sur Walter de Marvis, évêque de Tournay, p. 28.
(2) Descamps, op. cit., pp. 33, 34, 37. On peut lire, pp. 135, 136, les lettres qu'adressa le pape Grégoire IX à l'évêqne Walter de Marvis, en l'envoyant, comme légat apostolique, dans le comté de Toulouse. Ce fut dans les derniers temps de sa légation, que Walter assista, avec d'autres évêques, à la translation du corps de saint Dominique, cérémonie qui eut lieu à Bologne, le 24 Mai 1233. Lacordaire, dans sa Vie de saint Doviinique, 7^ édit., Paris 1871, p. 309, énumère l'évêque de Tournai parmi les prélats présents, mais il ne cite pas son nom. Le P. Ambroise Isenbroch, Frère-Prêcheur du couvent de Maestricht, dans son curieux opuscule intitulé : Vyfthien Dynsdagsche Communie ter eeren van den H. Dominicus, instelder van het H. Predickheeren Orden (Maestricht 1709), nomme en termes exprès l'évêque Walter, Walterusde Marvys Bisschop van Dornick in Vlaenderen (p. 2).
O Voyez ce que nous avons dit plus haut, p. 13.
Grégoire IX, datée du 17 Mai 1233. Ce pontife, accordant à Fabbé de Saint-Grilles Tusage de l'anneau et de la mitre, donne pour motif qu^il convient de relever la dignité abbatiale, à cause de la multitude de fidèles, qui, de toutes parts, affluent en ce lieu, pour vénérer le corps du Saint (^).
Durant les deux années de son séjour en Languedoc, Févêque de Tournai dut visiter bien des fois la ville et Fabbaye de Saint-Gilles; il put contempler à son aise les flots de pèlerins se pressant au tombeau du glorieux solitaire, et certes il n^aura point quitté la France sans emporter le souvenir de ce,; imposantes manifestations, et le désir de propager dans son diocèse une dévotion, aussi merveilleuse que consolante dans ses résultats.
Quelques années après son retour, Walter de Marvis avait à autoriser Férection d'une chapelle dans une des principales villes de son diocèse; n'est-il pas permis de croire qu'il se soit trouvé heureux de la dédier à saint Gilles, et de concourir ainsi à la glorification d'un Saint, dont il avait tant de fois vénéré les précieuses reliques, aux lieux mêmes sanctifiés par ses vertus ? Ce vocable, du reste, devait être comme un souvenir permanent d'une des plus glorieuses périodes de sa carrière épiscopale.
Nous laissons le lecteur juge de la valeur de cette hypothèse, qui ne nous paraît pas dénuée de fondement.
II. Chapelle, Autels. — L'église eut de bonne heure une chapelle et un autel dédiés à saint Gilles. Située dans le bas-côté nord (^), inde voorJcerche ande noordzyde vander hoflieden capelle, la chapelle, comme cette désignation l'indique.
C) Tom. I, p. 228.
(^) L'autel se trouvait à l'endroit où l'on voit aujourd'hui encastrée dans le mur l'épitaphe du curé Jean De Cuypere. La chapelle, qui le renfermait, devait être bien simple; elle se composait, sans doute, comme les autres chapelles des bas-côtés et du transept, d'un espace plus ou moins grand réservé aux membres de la corporation, et entouré d'une clôture à claire-voie.
formait pendant avec celle de la corporation des Jardiniers (^); elle servait, dans la seconde moitié du XV^ siècle, à P exonération des ofl&ces religieux de la corporation des Corroyeurs, Tauwers (^), qui honorait saint Gilles comme patron. Un acte émané de Jean Wilhout, stedehouder ou vicaire du curé Jean de Man, et des marguilliers de Saint- Gilles, mentionne :.. den deJcen ende den zoorghers vander ghilde van sint Gillis die de tauwers houdende zyn inde voorseide Jcerhe; le vidimus
(^) La chapelle des Jardiniers (Hofiieden, Warmoeslieden) était située dans le bas-côté sud; l'épitaphe du curé Jean Neyts, fixée dans le mur, indique l'emplacement de l'autel. La corporation des Jardiniers prit possession de cette ctapelle, le 22 Décembre 1471, après en avoir obtenu la cession de la fabrique (J. Gailliard, Éphémérides hrugeoises, Bruges 1847, p. 263).
(^) La corporation des Tauwers était plus connue sous le nom de Dohheerders. On appelait ainsi, dit J. Gailliard, ceux qui travaillaient le cuir d'Espagne, destiné à servir de tenture aux appartements (De amhachten en neringen van Brugge, Brugge 1854, p. 135). Faisant le relevé des corps de métiers qui prenaient part à la procession du Saint- Sang, de Dambouder mentionne : De Dohheerders, oft, Leertouwers van Spaensch leder (Vande Grootdadigheydt der Brugsche Btadts-Begeringhe, Amsterdam 1688, pp. 560, 569). Félix De Vigne, dans ses Recherches sur les costumes civils et militaires des gildes et des corporations de métiers (Gand 1847), p. 72, les nomme Dohheriers, et applique cette qualification aux ouvriers qui préparaient le cuir à l'eau tiède. On trouve encore Douleirres (1361), Doltheres, Dohlerers (1378), et, en français, Adouheurs (1328), Adoheurs (1437) (Gilliodts-van Severen, Inventaire etc., 1"^^ sér., tom. i, p. 396; tom. ii, pp. 119, 383; tom. v, p. 136).
Kiliaen, dans son JEtymologicum Teutonicœ linguœ (Trajecti Batavorum donne le mot touwen comme synonyme de gaeriven, et le traduit par depsere, tergora depsere, coria perficere, densare, spissare, subigere (p. 680). Au verbe gaerwen, il dit : gaenven oft touioen het leder, pelles conficere, perficere, macerare, depsere, subigere (p. 152).
Parlant des Dolbeerders, M. Gailliard écrit : Ten jare 1477 verhregen zy, van het Icerlibestuer van 8t. Gillis, de Icapel toegeioyd aen den H. Naem Jésus. Zy verlieten dezelve in 1580, om rede dat het getal hunner leden door de uitwyJcing van dag tôt dag verminderde (De amhUchten en neringen van Brugge, p. 135). L'auteur se trompe en disant que les Dohbeerders ne furent admis à Saint- Gilles qu'en 1477, puisqu'un vidimus, dont il sera parlé tout à l'heure, nous les y montre déjà établis en 1473. De plus, la chapelle, dont l'usage leur fut accordé, n'était pas, à cette époque, dédiée au Saint Nom de Jésus; ce vocable est postérieur, de bien longtemps, à leur admission. Dans ses Éphémérides hrugeoises, pp. 263, 264, M. Gailliard dit que les Dobbeerders obtinrent, en 1477, l'usage de la " chapelle de St. -Jean-Baptiste, plus tard consacrée au St.-Nom de Jésus ". Nous ignorons où l'auteur a découvert le premier de ces deux vocables.
de cet acte, dressé par le notaire apostolique Eombaut de Doppere, sous la date du 4 Juillet 1473, porte: ... dictorum decani et juratorum guide sive confraternitatis heati Egidii... (^).
Matthieu van der Lende avait légué à l'église de Saint- Gilles la somme de 65 livres 4 escalins de gros, monnaie flamande, à cliarge de faire exonérer divers services religieux (^). Le doyen et le serment de la corporation des Tauwers avaient mission de surveiller la fidèle exécution des clauses du testament de Matthieu van der Lende, et devaient recevoir annuellement, pour leur peine, 2 escalins 6 gros.
L'autel de la chapelle des Tauwers était orné de la statue de saint Grilles; c'était là que les pèlerins venaient faire leurs offrandes au saint abbé, qu'on leur présentait à vénérer ses reliques, etc. L'acte, à citer tantôt, nous en fournit la preuve.
En 1523, cet autel fut cédé à la corporation des fabricants de tapis, Tapytsiers, Tapytwevers (^). Bien que les nouveaux
(^) Ce vidimus fait partie de nos archives. (Fondations, n. 15.)
(") Ces services religieux comprenaient, outre un anniversaire à célébrer le 29 Octobre de chaque année, pour le repos des âmes de Matthieu vander Lende, de ses parents et de tous les fidèles trépassés, trois Messes basses à exonérer chaque semaine, les Lundi, Mercredi et Vendredi, voor dymagen ende heilde vander heilegher triniteit, daer de voorseide testamentarissen ende exécuteurs, hyden consente vanden voorseiden hoirs ende aeldinghers, te huerlieder coste zullen doen maken eenen outaer met eenen wyntiveeghe, ende den zelven outaer stofferen, voorzien ende verchieren van dwalen ende van ornamenten daer toe dienende, staende zomen ter zuudduere vander voorseide Tcerlce incomt.
(3) Voyez Gailliard, De amhachten en neringen van Brugge, pp. 164, 165, et les Éphémérides hrugeoises, p. 264. Primitivement établis chez les Ermites de Saint-Augustin, oii nous les trouvons en 1470, les Tapissiers passèrent à Saint-Gilles, en 1523, et y restèrent jusqu'en 1590, époque oii ils retour, nèrent aux Augustins; ils quittèrent une seconde fois cette église, en 1622, pour revenir se fixer à Saint-Gilles (Keelhoff, Histoire de Vancien couvent des Ermites de Saint- Augustin, à Bruges, Bruges 1869, pp. 151 et suiv.). Puisque les Tapissiers obtinrent le libre usage de la chapelle de Saint-Gilles, en 1523, il est probable que les Dobheerders l'avaient déjà quittée à cette date, car il paraît difficile d'admettre que deux corporations se servissent de cette chapelle pour l'exonération de leurs services religieux. Cependant M. Gailliard ne fixe le départ des Dobheerders qu'en 1580 (De amhachten en neringen van Brugge, p. 135).
venus reconnussent pour patronne sainte Geneviève (^), la statue de saint Gilles demeura sur Fautel jusqu^en 1559, époque à laquelle, en vertu d^un accord concla entre le curé et les marguilliers, d'une part, et le serment de la corporation, de Fautre, cette statue fut transférée dans la chapelle de Sainte- Catherine, attenante à la sacristie, et placée sur l'autel, entre les images de saint Nicolas et de la célèbre martyre d'Alexandrie.
Les détails curieux que renferme cet acte, et qui se relient d'une façon étroite à notre sujet, nous engagent à donner ici le texte intégral de ce document :
Inde name ons heeren. Amen. By dezen jeghenwoordiglien open- ,baere instrumente elcken zy cond ende kennelick dat in tjaer ons selfs heeren duust vyfhondert neghenenvichtich, inde tweedste indictie, den zestiensten dach van hoymaent, spaeusscip ons aider helichste vadere in gode Paulus byder voorsienicheit gods de vierde paeus van diere name in zyn vyfste jaer, inde presentie van my openbaer notaris ende oorconden hier ondere ghescreven vergadert wesende eersame ende discrète heeren ende mannen meester Jan Cornepuud, prochiepape, M' Franchois vander Strate, Jan de Meestere, Pieter Cobry, Cornelis Scuerman, ende Loys Orayloot, kercmeesters vander prochiekercke van S' Gillis in Brugghe, over eene zyde, ende Daneel vander Banck, dekene, Andriens Hanssins, Jacob Deghels, Jan van Eedewalle, sorghers, Anthuenis van Oosthende, Eoeland van Calberghe, Joos Mahuus, Ghiselbrecht de Parchemier, Arnoud van Loo, Joos van Loo, Jan van Merelam, ghildebroeders vander tapytsiers binder stad van Brugghe, vervanghende aile andere absenten vander zelve neeringhe, over andere zyde. Alzo de zelve prochiepape ende kercmeesters versocht hebben an deken, eedt ende ghildebroeders vander tapytsiers binder stad van Brugghe, van te vermueghene de beilde van myn heere van S' Gillis, als nu staende upden ouden outhaer inde voorkercke, ande noordzydé vander hoflieden capelle, transporteren ende verheffen inde capelle diemen naempt S*^ Catheline capelle, binder zelve kercke neffens de sanctuarie, omme de goede lieden tôt meerdere devotie te
(^) M. Gailliard assigne deux patrons aux Tapissiers, saint Guillaume et sainte Geneviève. Nous ignorons sur quelle autorité se base l'auteur; tous les documents, relatifs à cette corporation, que nous avons été à même d'examiner, ne parlent que de sainte Geneviève seule, en qualité de patronne.
verweckene, twelcke niot wel van doene en was, duer dat die vander neeringhe vander tapytserie ende ghildebroeders van dîère huerlieder residentie ten diverschen heleghen daghen vanden jaere daer houdende zyn, zo es onderlinghe by beede de parfcien voorseit gheconsenteert ende veraccordeert tghunt dat hier raer volcht. Eerst dat de voornoemde prochiepape ende kercmeesters zullen mueghen de beilde van myn heere van S' Gillis vanden ouden outhaer, daer hy nu staet inde voorkercke, transporteren binder voorseide capelle van S'^ Catheline upden outhaer inde middele tusschen de imagen van S* Niclaeus ende S*^ Catheline daer staende, ende aldaer houden de residentie voor de peilgrems, messen, seyninghen ende aile anderen devotien doen ende useren, in voorme ende manière ghelycmen tôt nu toe heeft gheuseert voor den voorseide n outhaer, staende jeghens over de hoflieden capelle, ende die thuerliedere waerts applychieren naer huerlieder goetdyncken, metgaders ooc aile de prouffyten baten ende emolumenten comende uuter devotie vander goede lieden. Ende alzoet annegaet de voornoemde dekene, eedt ende ghildebroeders vande voorseide tapytsiers, zullen aldaer huerlieder ghilde ende broederscap mueghen houden, ende upden dach van S^^ Catheline mueghen zitten omme met huerlieder reliquien te zeynen, ende de proulîyten daer of commende themlieden waer behouden, zonder eeneghe daghen meer binnen den jaere, ende upden voorseide S"^ Catheline dach den dienst thuerlieder coste daer moeten doen singhen, zondere breedere ghehouden te wesene in eeneghe andere jaerlichsche dienst te moeten doen celebreren, blivende aile andere poincten tusschen beede de voornoemde partien ter cause vander voornoemde capelle gheconveniert, in huerlieder voorme ende viguere, ende zonderlinghe zo verre alst hemlieden angaet tbeset vander dienst van drie messen binnen den jaere, te weten up S*^ Michiels dach, 8'*= Niclaeus dach ende S'* Blasius dach, zonder eeneghe zittinghe ofte zeyninghe met reliquien. Waer op de voornoemde partien begheerden ghemaect thebbene van my notaris onderscreven een openbaer instrument ofte meer. Dit was aldus ghedaen inde sanctuarie van S' Gillis kercke voorseit, ten jaere, maende, daghe, indictie ende paeusscip alsboven, présent eerbare mannen Bonaventura de Busere, clerc vander diocèse van Dornicke, costere, ende Pieter du Eys, poortere van Brugghe, roedraghere vander zelve kercke van S* Gillis, als ghethuughen daer toe gheroupen ende ghebeden.
Et ego Angélus Bave, publions sacris apostolica et imperiali auctoritatibus venerabilisque curie episcopalis Tornacensis notarius juratus, et per consilium camere Flandrie approbatus atque admissus, quia prcmissis omnibus et singulis, dum sic uti premittitur fièrent et ageren-
tur, unacum prenominatis testibus interfui atque sic fieri scivi efc audivi ac in notam sumpsi, ideo hoc presens pnblicum instriimentuiHy manu alterius fideliter scriptum, me aliis prepedito negotiis, signo et subscriptione meis solitis subscripsi et signavi, in fidem, robnr et evidens testimonium omnium prescriptorum rogatus atque requisitus (^).
La cliapelle de Sainte- Gatherine^ aujourd'hui chapelle de la Vierge^ oii fut transférée la statue de saint Gilles^ est formée par Pabside du collatéral sud; elle touche d'un côté au sanctuaire, et, de l'autre, à la sacristie. Gette partie de l'église date des années 1470, ainsi qu'il résulte de divers documents appartenant à nos archives (^).
A dater de la translation de la statue du saint abbé, la chapelle de Sainte-Gatherine prit le titre de chapelle de Saint-Gilles, dite de Sainte-Gatherine, Gillis cajopelle gheseyt 8^^ Catherine cappelle. Nous trouvons cette dénomination, pour la première fois, dans le compte de la fabrique, de la S^-Jean
(^) Archives de Saint- Gilles. Varia, N^IS. — En regard de la souscription, se trouve la marque du notaire apostolique Ange Bave; M. Emile Vanden Bussche, archiviste provincial de la Flandre occidentale, ne donne pas cette marque parmi celles des notaires du diocèse de Tournai, qui forment une des annexes de son intéressant travail, intitulé : Les notaires d'autrefois. Comment ils signaient leurs actes. (La Flandre, tom. ii, Bruges 1868-69, pp. 121 et sniv.)
L'auteur reproduit la marque d'un Ange Bave, notaire du diocèse de la Morinie (Térouane), qui offre de grandes ressemblances avec celle dont nous parlons, et figure sur un acte de 1519 (op. cit., p. 141, et pl. 5, n° 51).
(^) Nous possédons trois actes de fondation, qui font connaître la date approximative de la construction; tous trois émanent du curé Jean de Man et des marguilliers de Saint- Gilles. Par le premier de ces actes, daté du 31 Mars 1475, ces messieurs reconnaissent avoir reçu de Barthélemi de Soudcopere la somme de vingt livres, laquelle somme, disent-ils, wy prochipape ende hercmeesters voorseit helhen gheapplichiert ende hiiutghegheven, ten oorhore, proffyte ende noodsake vander voorseide kerlce, ende sonderlinghe tôt der niewer
CAPELLE VAN SYNTE KATHERINE METTER SANCTUARIE NEFFENS DAER AN. DanS
les deux autres actes, datés tous deux du 27 Décembre 1479, le curé de Man et ses marguilliers disent avoir reçu de Pierre Reubins et d'Agnès Laris, son épouse, 31 livres, 4 escalins de gros, et pareille somme d'Adrien van der Beele et de son épouse, Marie Breicscilt, ten ooriaore ende nootsaJce vander voorseide herJce, ende specialic tote den edificie vander niewer capelle van sinte Katherine ende der sanctuarie ande zuut zyde daer an. Ces deux derniers actes sont insérés dans des vidimus, émanés du curé Pierre van den ïïoutte et de ses marguilliers, sous la date du 7 Mai 1485. (Fondations, ixP^ 16, 17, 19.)
1559 (année de la translation) à la S*- Jean 1560; nous y lisons : {Betaelt) de zelue [Jan de Tiirck) van te scueren de reese van S* Gillis cappelle gheseyt S*^ Catheeine cappelle hy accorde vanden pasteitr ende kercmeesters^... x çp\ Cette désignation se retrouve dans la plupart des comptes subséquents du XVP et d'une partie du XVII^ siècle. On rencontre aussi: de zydt capelle van Sinct Gillis ende Sincte Gatharine (^), et quelquefois : Gillis cappelle {^), Gillis choor sans autre ajoute. Le tableau des offices de Féglise^ dressé sous le curé François Geleyn, en 1634-1635, parle, à diverses reprises, de Pautel de cette chapelle, qui y est nommé : altare 8. Gatharince sive S. Egidii (^), altare S. j^gidii seu S. Gatharinœ (^), altare 8. JEgidii juxta, sacristiam (^).
Un tref en cuivre, reeze, régnait à Pentrée de la chapelle de Saint-Gilles et de Sainte- Catherine; nous en avons parlé plus haut {^), et nous aurons à y revenir tantôt. La chapelle était garnie d'une clôture, fermant à clef; les comptes de la fabrique nous apprennent ces détails : Betaelt aen Feytens voor... tafluchen vanden 8^ Gillis Outtaer,.. iij Ih. gr. (^). Betaelt voor een slot aen 8. Gillis Cappelle ende een slotel ande sanctuariej.. v se. x gr. (^^).
Chap. IV des dépenses. Reg. ii, fol. 349 v°.
(^) C. 1 Juillet 1648- 30 Juin 1651, chap. iv des recettes, à la date du 4 Octobre 1648. Reg. vu.
(^) C. 1 Juillet 1589- 30 Juin 1590, chap. i des recettes. Reg. v, fol. 23 v" et 24 r"'. — C. 1 Juillet 1600- 30 Juin 1601, chap. i des recettes, même reg., fol. 140 r». — C. 1 Juillet 1618- 30 Juin 1619, chap. unique des dépenses, même reg., fol. 345 v".
(^) C. 1 Juillet 1619- 30 Juin 1620, chap. i des recettes. Reg. v, fol. 348 r". (») P. 28, au 6 Décembre.
(^) P. 52, au 3 Février.
C) P. 124, au 1 Septembre.
P) Tom. I, pp. 445, 446.
(^) Payé à Feytens pour... établir une clôture devant l'autel de Saint- Gilles... iiJ Ib. gr. (C. 1 Juillet 1612- 30 Juin 1613, chap. unique des dépenses. Reg. V, fol. 299 v».)
(^'*) Payé pour une serrure à mettre à la chapelle de Saint-Gilles et pour une clef destinée au sanctuaire.., v escal. x gros. (C. 1 Juillet 1618- 30 Juin 1619, chap. uniq. des dép. Reg. v, fol. 345 v°.)
Le 30 Août 161 4 Charles-Pliilippe de Eodoan, lY*^ évêque de Bruges, consacra le maître-autel de notre église en l' donneur de saint Grilles et de saint Julien,, martyr, avec insertion des reliques du saint abbé; c^est ce qui résulte de 1^ extrait
[30 Augusti 1614.] {Bev"^^^ Dnus) consecravit in Ecclesia
Le 16 Mars 1642, Nicolas de Haudion, YIII® évêque de Bruges, consacra deux autels dans l^église de Saint-Grilles : Vxm en Fhonneur de la sainte Vierge et de saint Jean-Baptiste; Fautre en Flionneur de saint Nicolas, de saint Gilles y de saint E-och, de sainte Catherine et de sainte Marguerite.
(^) Eeg. X, fol. 15. — Cet autel fixe fut respecté jusqu'en 1829; en cette année, le maître-autel, adossé au mur de l'abside, fut démoli et avancé de quelques pieds. Le revêtement en marbre, avec les sculptures de Jean Calloigne, date de cette époque. La base ou stipes ayant été détruite, l'autel perdait, par cela même, sa consécration; l'ancienne pierre, qui occupait toute la surface du sti^es primitif, fut placée sur la nouvelle maçonnerie, et — • chose inconcevable, — au lieu de la faire consacrer de nouveau, on pratiqua, sur le devant, une coupure assez large et assez profonde, pour pouvoir y adapter un autel portatif. Cet état de choses a été maintenu jusqu'ici; il prendra fin le jour peu éloigné, où le sanctuaire s'enrichira d'un nouveau maître-autel, en harmonie avec le style de l'édifice et conforme à toutes les prescriptions liturgiques concernant les autels fixes.
Nous ne connaissons pas le motif qui fit dédier l'autel, dont nous parlons, à saint Gilles et au martyr saint Julien, patron de ceux qui souffrent de la goutte, patronus podagra lahorantium; le culte de ce dernier Saint n'a jamais été, que nous sachions, en honneur dans notre église. Le Martyrologe romain énumère vingt-sept martyrs du nom de Julien; celui dont il est question, a sa fête marquée au 27 Février, et le Martyrologe en parle dans les termes suivants : Alexandriœ passio sancti Juliani Martyris : qui cum ita podagra
CONSTKICTUS ESSET, UT NEQUE INCEDERE, NEQUE STARB POSSET, Una CUm duolus
famulis, qui eum in sella gestabant, Judici offertur: quorum alterfidem negavit, alter nomine Eunus cum Juliano in confessions Ohristi perdurans, amho simul camelis impositi, per totam %irhem circumduci jiibentur, et fiagris laniari, ac tandem incenso rogo, hinc inde spectante populo comhuri. Ces lignes disent assez pourquoi saint Julien fut choisi comme patron contre les douleurs de la goutte. '
Le prélat enferma dans le premier autel des reliques de saint Gangalphe et dans le second des reliques de saint Agapet, martyr. Voici l^extrait des Ada Episcopatus Brugensis, relatif à cette double consécration:
[16 Martiil642.] Gonsecrata in Ecdesia parochiali S^^j^gidii Brugensis duo altaria, unum in honorem B. M. V. et S^^ Joannis Baptistœ, mm impositione reliquiarum 8^^ Gangulfi, alterum in honorem 8. 8. Nicolai, Mgidii, Bochij Gatharinœ et Margaritœ, ciim impositione reliqitiarum 8^^ Agapeti, martyris (^).
Il s^agitj dans cet extrait, des autels placés dans les absides des collatéraux nord et sud; les bases de ces autels sont demeurées intactes jusqu^à ce jour (^). Le premier autel primitivement dédié à la Vierge et à saint Jean-Baptiste, a cliangé plusieurs fois de vocable; c'est aujourd'hui Fautel du sacré Cœur de Jésus. Le second, situé près de la sacristie, porte le nom d'autel de la Vierge. Ce dernier autel se trouve, comme on voit, dans l'ancienne cbapello de Saint-Gilles et de Sainte-Catberine; ce fut le motif qui le fit consacrer en l'bonneur de ces Saints. On leur en adjoignit d'autres, parmi lesquels nous remarquons saint Nicolas, dont l'image ornait l'ancien autel, quand on y fit la translation de la statue de saint Gilles, en 1559.
Eeg. XXIII, fol. 25 v°. — Le compte de la fabrique, du 1 Juillet 1641 au 30 Juin 1642 (chap. v des dép.), renferme quelques détails intéressants sur cette cérémonie. Nous les reproduisons textuellement :
Betaelt den xvj^^ ditto (Maerte) ande priesters ende ojfflcieren deser Tcercke voor eene recreatie als den Eeriveerdichsten heere Niclays Houdion Bisschop de autaeren %vyde iinnen dese Tcercke, viij se. gr.
Betaelt ditto anden Cappellaen van syn Eerweerdicheyt voor een gratuifeijt van tivyden vande tiuee aultaren Onse lieve Vraime ende S^^ Catharine aultaer, j Ih. xiij se. iiij gr.
Item over den schoonen dienst musycke inde misse, doen den Bisschop de aultaeren hadde gheivydt alsdan mede celehrerende, xx se. gr.
("') Les retables de ces deux autels, en style renaissance, ont été enlevés au mois d'Août 1877, et remplacés par des verrières, sorties des ateliers do M. F. Nicolas, à Ruremonde.
III. Objets d'aet. — A) Statues. L^acte^ dont nous venons de donner la copie (^)^ prouve Texistence d'une ancienne statue de saint Gilles; placée d'abord sur l'autel de la corporation des Oorroyeurs^ Taiiwers, dans l'église basse^ cette statue fut mise^ en 1559^ sur l'autel de Sainte- Catherine, avec l'assentiment des fabricants de tapis, qui avaient remplacé les Tauwers, dans Fusage de l'autel de Saint-Gilles. Nous n'avons découvert aucun autre détail toucliant cet objet d'art.
Outre cette statue, l'église en possédait une autre, placée sur le tref, de reese. Les comptes nous apprennent que cette statue fut restaurée en 1601 ou 1602, et polycbromée, la même année, par le peintre Antoine Claeissins (^), Un cbandelier en métal était fixé derrière la statue. Quelques extraits des comptes de la fabrique nous renseigneront sur ces détails :
Betaelt voor tvermaehen van theelt van 8^ Gillis om te stellen up de reese,.. vj se. viij gr. (^).
Betaelt Anthuenis Glaissins voor tscilderen van theelt van Gillis om up de reese,.. viij se. iiij gr. (^).
Betaelt voor tvermaken van den motalen candelaere staende ande motaelen reese achter Gillis,.. xij gr. (^).
O Pp. 61 et suiv.
O Voyez, sur Antoine Claeissins, J. Weale, Catalogue, notices et descriptions, avec nionogravimes, etc., des tableaux de Vancienne école Néerlandaise exposés à Bruges, dans la grande salle des Halles, en Septembre 1867, 2^ édit., Bruges 1867, p. 122. Antoine Claeissins habitait la paroisse de Saint-Gilles, et travailla beaucoup pour l'église; nos comptes en font foi. Il peignit notamment pour elle, en 1593, la dernière Cène, tableau conservé jusqu'à ce jour, et sur lequel on trouvera des détails intéressants dans le Catalogue i[>récité, p. 124.
(^) Payé pour restauration de la statue de saint Gilles, à placer sur lé tref,... vj escalins viij gros. (C. 1 Juillet 1601- 30 Juin 1602, chap. i des dépenses. Eeg. V, fol. 159 r°.)
(^) Payé à maître Antoine Claeissins pour peinture de la statue de saint Gilles, destinée au tref... viij escalins iiij gros. (Id.)
(^) Payé pour restauration du chandelier en cuivre, placé sur le tref de même métal, derrière la statue de saint Gilles... xij gros. (C. Jean 1553id. 1554), chap. vi des dép. Reg. ii, fol. 197 v°.)
Une difficulté se présente ici. L^église possédait jadis plusieurs trefs. Il y en avait un dans le choeur^ confectionné, vers 1530, par le fondeur, gheliigieter , Georges Zeghers {}); un autre se trouvait à l'entrée de la cliapelle de Saint- Grilles et de Sainte-Catlierine. Ces extraits n'indiquent pas de quel tref il s'agit; ils disent, d'une façon générale, de reese. Nous croyons qu'il faut entendre par ces mots le tref du chœur, et voici pourquoi. Le compte de 1553-1554 mentionne, comme nous venons de le voir, la restauration du chandelier en cuivre placé sur le tref, derrière la statue de saint Gilles. Or, ce fut en 1559 seulement que s'opéra la translation de la statue principale du saint abbé, de l'ancien autel des Corroyeurs à celui de Sainte- Catherine; il n'y avait donc, antérieurement à cette date, aucun motif de placer une statue de saint Gilles sur le tref d'une chapelle, qui n'avait rien de commijli avec son culte. Ajoutez à cela que les comptes, en mentionnant ce dernier tref, le nomment toujours: de reese van 8^ Gillis caj)peUe gheseyt S^^ Catherine cappelle; c'est en 1559-1560 qu'il est parlé, pour la première fois, de ce tref et de ses frais d'entretien. Il est possible toutefois que la statue de saint Gilles, primitivement placée sur le tref du chœur, ait été mise, en 1559, sur celui de la chapelle en question. Le manque complet de documents nous oblige de laisser la chose indécise.
Ces détails sont précieux; ils nous rappellent l'ancienne coutume de mettre sur les trefs des images de Saints. M. Viollet-le-Duc cite, à ce propos, un passage des Vitœ abhatum 8. Alhani, qui fait la description d'un tref, orné des figures du Christ, de l'Eglise et de la Synagogue, ayant à leurs côtés les douze patriarches et les douze apôtres : Transpositam veterem trahem, quœ supra majus altare ponehatur, .... in qua etiam trahe séries 12. Patriarcharum et 12. Apostolorum, et in medio Majestas cum Ecclesia et Synagoga figuratur. (Dictionnaire raisonné de V architecture française du XP au XVP siècle, tom. ix, Paris 1868, p. 197, note 2, v° Trahes.)
Q) Ce tref devait avoir de grandes dimensions, à en juger par son poids, qui était de 1955 livres. Le compte de la S*-Jean 1530 à la même date 1531, renferme des détails éminemment curieux sur ce tref, et entre autres la liste des personnes, qui contribuèrent, par leurs dons, à sa confection. M. J. Weale a inséré ces détails dans la Flandre, tom. ii, Bruges 1868-69, pp. 212 et suiv.
Les deux statues, dont nous avons parlé jusqu^ici, ont disparu depuis longtemps.
Les travaux de restauration de Féglise amenèrent, au mois de Mars 1878, la démolition du retable du maître-autel (^). La niche, qui couronnait ce retable, renfermait une statue de saint Grilles, en costume d^abbé, avec la biche à ses côtés. Cette statue, en pierre blanche de Caen, mesure, socle compris, un mètre et demi de hauteur. Elle a du mérite; la tête
(^) Un dessin de ce retable orne la circulaire lancée par la fabrique, en "Novembre 1877, pour annoncer la mise en vente de ce morceau d'architecture.
Ce retable, en marbre blanc et noir, fut exécuté, entre les années 1657 et' 1659, aux frais de messire François van Caloen, ancien bourgmestre du Franc de Bruges (f 27 Septembre 1670), et de dame Anne Rommel, son épouse (t 5 Octobre 1684). On y voyait les armes des nobles époux, qui furent inhumés dans un caveau, construit an pied de l'autel et recouvert d'une épitaphe rappelant leur générosité : Erecto ah ipsis, y lit-on, hoc altari marmoreo, etc.
La pierre sépulcrale des donateurs fut enlevée, lors du redallage de l'église haute, en 1823, et placée à l'entrée du chœur, entre les stalles aujourd'hui supprimées; elle s'y trouve encore maintenant. Son emplacement primitif est marqué par un losange en marbre blanc, portant cette inscription :
OSTIUM monumenti Peeilltjst. Famil.
FnANcisci VAN Caloen
ET AnN^ EoMMEL CONJTJGUM HUJUS EcCLESIiE BENEFACTOEUM.
Voyez, sur François van Caloen, J. Gailliard, Bruges et le Franc, tom. ii, Bruges 1858, pp. 241 et suiv,; l'auteur donne le texte de l'épitaphe, dont nous venons de parler (p. 244).
La date de la confection du retable, qui vient de disparaître, et partant de la statue de saint Gilles, qui en décorait le tympan, nous est fournie par le compte de la fabrique, du 1 Juillet 1657 au 30 Juin 1659. On y lit :
Betaelt anden zelven (Joos de roedraegher) over het tvaeclcen van hoee
nachten inde TcercTce aïs men hesich was viet den marheren AuUaer te stellen,
Ih. 0-5-0 (chap. vi des dép.).
Betaelt voor een recreatie ande werchlieden die den marhelen aultaer hehhen opgerecht,.... II. 0-16-0 (chap. Tiii des dép.).
est belle^ la pose aisée, les draperies ont de 1^ ampleur et de la souplesse. La biche est moins bien réussie (^).
Par les soins de M. le chanoine Frédéric Yan Coillie, curé de Saint-Grilles^ Féglise s'enricliit, en 1869^ d^une nouvelle statue de son patron. Cette statue, en bois peint et à peu près de grandeur naturelle, sort des ateliers de M. le sculpteur Jules Yan Nieuwenhuyse, de Bruges (^). L^artiste a pris pour modèle la figure du tableau de Memlinc, que nous reproduisons en tête de notre ouvrage. Cette statue, fixée sur un socle en bois de chêne, fut adossée, le 28 Août 1869, au pilier qui se trouve à l'entrée du sanctuaire, du côté de l'évangile; elle forme le pendant de la statue de saint François-Xavier, sculptée par le même artiste. M. le curé Yan Coillie en fit la bénédiction solennelle, le Dimanche, 29 Août, après Yêpres, et accompagna cette cérémonie d'un sermon de circonstance. Le 19 Mars 1870, on fixa devant chaque statue une branche en fer ouvragé et peint, confectionnée d'après les dessins de M. Louis Grossé- Coucke, de Bruges; ces branches supportent des cierges, qu'on allume aux grandes fêtes de l'année. Enfin, le 17 Février 1872, un cadre en chêne, à fond de damas vert, fut placé sous la statue de saint Gilles; ce cadre est destiné à recevoir les ex-voto des fidèles.
L'église possède aussi deux statuettes du saint abbé. La première, qui ne présente rien de remarquable au point de vue artistique, est en bois argenté, sauf la crosse du Saint, qui est d'argent; elle surmonte le porte-reliquaire, dont la planche III offre le dessin, et se conserve à la sacristie, dans une petite armoire vitrée.
Le 21 Mars 1878, la statue de saint Gilles fut descendue de la niche, qu'elle occupait depuis plus de deux siècles; elle était fortement endommagée. Késola à ne pas la replacer dans l'église, le conseil de fabrique nous en fit don. Habilement restaurée par le sculpteur Michicls, peinte par C. Leegenhoek, l'antique statue de saint Gilles fait aujourd'hui le plus bel ornement de notre solitude. Nous aimons à la parer de fleurs et de verdure, nous sommes heureux de la saluer et de nous édifier au souvenir des vertus qu'elle rappelle. Puisse la sainte image être le palladium de notre modeste demeure ! (") Nous possédons la maquette do cette statue.
La seconde statuette^ en cuivre doré,, orne la verge du bedeau; le Saint est vêtu de la chape^ porte mitre et crosse, et tient un livre ouvert dans la main droite. Cet objets d^une haute antiquité, peut prendre place parmi les pièces les plus curieuses de notre église. Nous ignorons si cette statuette a primitivement servi à l'usage, auquel elle est affectée maintenant; le petit baldaquin à colonnettes, qui la surmonte, est moderne et des plus disgracieux.
Le Besolutie-Bouch de la fabrique nous apprend, qu'à la date du 1 Juin 1697, une fille dévote, du nom de Catherine Yervaecke, offrit en don à l'église une verge en argent, surmontée d'une statuette de saint Grilles, de même métal. Voici l'extrait qui constate cette libéralité :
Actiim den 1^^ Juny 1697. Te7^ generaele vergaringhe van dheereii pastoor ende lierckmeesters is gecompareert de godtvrughUghe dochter Cathelyne Vervaecke, ende heefl aende voorseyde heeren gepresenteert een sylveren stafj met 8^ Oillis van hoven in sylver, ende vier sylver hnoopen, tôt gehruich vande herche, het welcke de heeren over de hercke hehhen geaccepteert, ende haer ooghelych hedancM, ende gepresenteert hunnen dienst (^).
La statuette de saint Gilles, mentionnée dans cet extrait, quoique destinée au même usage, est différente de celle dont nous parlions tantôt; elle était en argent, comme le bâton qu'elle surmontait, tandis que celle employée aujourd'hui est en cuivre doré.
B) Sculptures. La base du maître-autel est ornée d'un bas-relief en marbre blanc, dû au ciseau du sculpteur brugeois Jean Calloigne (^), et représentant la découverte de
(}) Besolutie-BoucTc vande Icercke van sint Gilles in Brugghe, I, fol. 80 v".
(") Voyez, snr ce sculpteur, la Biographie des hommes remarquables de la Flandre-Occidentale, tom. i, Bruges 1843, pp. 56 et suiv., et la Biographie nationale, publiée par l'Académie royale de Belgique, tom. m, 2^ partie, Bruxelles 1872, pp. 250 et suiv.; l'article de la Biographie nationale est de M. Edmond De Busscher, archiviste de la ville de Gand.
saint Gilles dans la forêt gothique. La scène se compose de cinq personnages. Le Saint, en costume d^ermite, est assis à Centrée d'une grotte taillée dans le roc; il appuie la main droite sur une biclie couchée à ses pieds, et étend la gauche, qu'une flèche vient de percer. Devant le pieux solitaire se tiennent debout Flavius Wamba, roi des Visigoths, faisant un geste de surprise, et tenant de la gauche un arc débandé; Aregius, évêque de Nîmes, et deux personnages de la suite de Wamba, dont l'un tient un cheval par la bride^ et Fautre, en costume de chasseur, caresse un chien (^).
Calloigne entreprit l'exécution de ce bas-relief, avec le revêtement en marbre noir veiné, dit port a' or, et autres accessoires qui décorent l'autel, pour la somme de 4200 francs; l'engagement signé de sa main, et daté du 10 Janvier 1829, repose dans nos archives (^). Ces embellissements sont dus au zèle de M. le curé Joseph De Breuck (^), qui en couvrit les frais, au moyen de dons volontaires (^); un généreux bienfai- - teur de notre église, M. Maes-Van Oye, y contribua à lui seul pour près de deux mille francs.
C) Tableaux. Dans le transept sud se voyait, il y a quelques années, une toile représentant le même sujet que le bas-relief du maître-autel, mais traité d'une autre manière.
(^) L'artiste n'a pas suffisamment respecté, dans cette composition, les données de fancienne légende au sujet de la découverte de saint Gilles. Voyez tom. i, pp. 107 et suiv.
(^) Il est surprenant que les biographes de Calloigne ne mentionnent pas ce bas-relief parmi les productions de l'artiste; M. De Busscher énumère cependant en détail ses diverses œuvres, et cite notamment les fonts baptismaux de notre église, exécutés en 1827. Ij Inventaire des objets d^art et cV antiquité des églises paroissiales de Bruges, Bruges 1848, Église de Saint-Gilles, p. 15, parle de ce morceau do sculpture, mais en fixe par erreur l'exécution en 1827. Les Inventaires des objets d''art, qui ornent les églises et les établissements publics de la Flandre Occidentale (Bruges 1852) sont moins exacts encore, lorsqu'ils disent que le bas-relief en marbre du maître-autel et les fonts baptismaux furent sculptés par Calloigne, en 1824 (p. 317).
(•*) Décédé chanoine titulaire de la cathédrale de Saint-Sauveur, à Bruges, le 12 Novembre 1869.
('') M. De Broucic a laissé par écrit le relevé de ces offrandes, avec les noms des personnes dont elles émanent.
Saint Gilles se trouve debout à Centrée d'une grotte pratiquée dans les rochers; il porte l'habit d'ermite et la barbe longue; la biche, sa fidèle compagne^ se tient à sa droite. Flavius Wamba est à genoux aux pieds du Saint; derrière ce prince on voit un page, tenant sa monture, et deux seigneurs de sa cour^, à cheval. Un peu plus loin, trois cavaliers arrivent au galop, et F arrière-plan offre le reste de la suite de Wamba, avec meute, etc. Un paysage accidenté encadre toute cette mise en scène. Chose curieuse, Wamba et les personnages qui l'accompagnent, portent les costumes du siècle de Louis XIV, Cette toile, qui mesure 1 mètre 51 centimètres de hauteur, sur une largeur de 2 mètres 34 centimètres, fut peinte par Dominique Nollet (i), en 1694, d'après l'étiquette placée au bas du tableau, et vers 1720, d'après V Inventaire des objets â/art et antiquité des églises paroissiales de Bruges (^); elle se trouvait en fort mauvais éta^t, lorsque M. Henri Imbert des Mottelettes (^) la restaura gratuitement en 1805. Durant la nuit du 21 Octobre 1873, ce tableau s'est détaché du mur, et a subi, dans sa chute, de graves détériorations; il est à désirer que cette toile soit restaurée sans plus de retard et reprenne sa place dans l'église (*) .
(^) Dominique NoUet, né à Bruges en 1640, mourut à Paris en 1736.
L'église de Saint -Jacques, à Bruges, possède un grand nombre de tableaux de cet artiste, enchâssés dans les boiseries des nefs latérales, et exécutés, en 1694, du temps que son frère était curé de la paroisse. Voyez, sur Dominique Nollet, la Biographie des hommes remarquables de la Flandre-Occidentale, tom. II, Bruges 1844, pp. 13 et suiv.
(^) Église de Saint-Gilles, p. 9.
(2) Henri-Albert Imbert des Mottelettes naquit à Bruges en 1764, et y mourut en 1837 ; il était fort habile à copier les compositions des bons maîtres, et excellait dans la restauration des tableaux. Voyez, sur cet artiste, la Biographie des hommes remarquables de la Flandre-Occidentale, tom. i, Bruges 1843, pp. 230 et suiv. Item Weale, Catalogue du Musée de V Académie de Bruges, Bruges 1861, p. 108.
(^) M. Weale écrit dans le Beffroi (tom. iv, Bruges 1872-73, p. 211) : " En 1527 les marguilliers de l'église de Saint-Gilles vendirent l'ancien tableau du maître-autel à un certain Pierre Vogbelare pour quatre livres de gros. Le nouveau tableau fut peint par Prévost; il est probable quHl représentait le patron de Véglise, mais les détails manquent quant au sujet et au prix.
D) Vitraux. Nous manquons de détails sur les anciens vitraux de Féglise, brisés par les Grueux du XVP siècle.
Dans ces dernières années, le sanctuaire et les absides des collatéraux se sont enrichis de verrières à figures de Saints, exécutées par M. F. Nicolas, de Ruremonde, d'après les cartons de M. A. Mingaye.
Le vitrail, qui surmonte le maître autel et occupe la place de 1^ ancien retable, représente le patron de Féglise, ayant à sa droite le saint martyr Frédéric, évêque d^Utrecht, et à sa gauche saint Alphonse de Liguori. Saint Gilles porte le manteau de chœur à larges manches, de Tordre de Saint-Benoît; la main droite repose sur la biche légendaire, la gauche tient une crosse ornée de son vélum (^).
Dans le plus ancien volume de comptes de la fabrique, encore conservé aux archives de cette église, nous avons trouvé qu'il fut payé aux héritiers de l'artiste en 1529 la somme de 3 livres, 16 escalins, 9 deniers de gros en solde de compte pour la peinture de ce tableau. "
Ces lignes sont extraites d'un article très-intéressant sur le peintre Jean Prévost. Originaire de Mons, cet artiste vint s'établir à Bruges en 1494. Il habitait la paroisse de Saint-Gilles et occupait une maison de la rue dite Oost Ghistelhof; ce fut dans cette maison qu'il hébergea, au mois d'Avril 1521, le célèbre graveur et sculpteur allemand Albert Durer. Jean Prévost mourut en Janvier 1529, et fut inhumé dans l'église de Saint- Gilles, auprès de sa troisième femme, Catherine Beaureins (Le Beffroi, tom. cit., pp. 206, 207).
Ce vitrail, placé au mois d'Août 1879, est un don offert à l'église par le conseil de fabrique et les paroissiens, en souvenir du jubilé de cinquante ans de prêtrise de M. le chanoine Frédéric Van Coillie, curé de Saint- Gilles, jubilé célébré le 2 Août 1877. Les journaux de Bruges ont fait une description détaillée de cette belle fête. Voyez la Patrie, n°^ des 4 et 5 Août 1877, la Gazette van Brugge, n° du 4 Août, et le Zondaghode, n° du 12 Août.
Saint Frédéric est le patron du jubilaire, et le 2 Août, jour anniversaire de l'ordiuation de M. Van Coillie, l'Église célèbre la fête de saint Alphonse de Liguori; c'est le motif qui a fait placer ces deux Saints aux côtés de saint Gilles. Le vitrail porte cette inscription commémorative :
In. perennem. memoriam dilecti. sui. pastoris E. A. D. Frederici. Van Coillie
SUSCEPTI. SACERDOTII ANNUM. QUINQUAGESIMUM. CELEBRANTIS
IL AuGUSTi. A. D. M. D. CGC. LXXVII
yEDITUI. ET. PAROCIIIANI GilATI. POSUERE.
E) Tapisseeies. Parmi les objets précieux^ que Féglise possédait jadis en si grand nombre, et qui furent détruits ou volés par les Grueux du XVI^ siècle^ nous voyons figurer quatre pièces de tapisserie, représentant la légende de saint Grilles^ et destinées à être tendues au-dessus des stalles du chœur (i).
(^) L'tisage des tapis et tapisseries remonte à l'antiquité. Pendant les premiers siècles dn moyen âge, on en plaçait à profusion dans les églises, soit sur le pavé, soit comme tentures. Dans les cathédrales, les côtés du chœur étaient tendus de tapisseries diverses, que l'on changeait suivant les temps de l'année, et, dès le X"""^ siècle, les évêques affectaient des sommes importantes à l'acquisition de ces tissus, qui venaient presque tous de l'Orient, L'usage de décorer les églises de tapisseries se perpétua jusque vers le commencement du dernier siècle, et les trésors des cathédrales et des églises abbatiales renfermaient une grande quantité de ces tissus, que l'on tendait dans les sanctuaires et même dans les nefs, aux jours fériés ou à l'occasion de certaines cérémonies. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français, tom. I, Paris 1865, p. 269, v'^ Tapis, Tapisserie.)
Les églises ornées de tapisseries, surtout aux jours des grandes solennités, offraient sur leurs murailles, comme dans les intervalles qui séparaient leurs colonnes, de longues suites de tableaux pleins d'animation, et ces tableaux, que l'on changeait à volonté, et qui complétaient si bien le système de décoration des vitraux peints et des peintures murales, donnaient à la maison de Dieu une admirable majesté, comme aussi un caractère de variété approprié aux temps divers de l'année liturgique et aux fêtes spéciales ou générales. Cette remarque est de M. le chanoine Van Drivai.
Les églises de Bruges étaient riches jadis, et quelques-unes le sont encore aujourd'hui, en tapisseries de haute lisse, destinées à l'ornementation du lieu saint. A l'exposition d'objets d'art religieux, organisée à Malines, au mois de Septembre 1864, une section entière, la vii™^, était réservée aux tapisseries, devants d'autel, etc. La ville de Bruges avait fourni un contingent de onze tapisseries religieuses, dont sept appartenaient à l'église de Notre-Dame de la Poterie. Cette église possède entre autres trois longues pièces de tapisserie, offrant, dans une série de dix-huit scènes, toute l'histoire de la Yierge miraculeuse vénérée dans cet antique sanctuaire. Voyez Weale, Catalogue des objets d'art religieux du moyen âge, de la renaissance et des temps modernes, exposés à Vhôtel LiedeTcerTie à Malines. Septembre 1864, 2*"^ édit., Bruxelles 1864, pp. 139 et suiv.
Aujourd'hui encore, aux grandes fêtes de l'année, le chœur de la cathédrale de Saint -Sauveur, à Bruges, est tendu de huit magnifiques tapis de haute lisse, représentant des scènes de la vie et de la passion du Sauveur. Ces tapisseries datent de la première moitié du XVIII^ siècle; elles furent exécutées à Bruxelles par Van der Borght, sous les yeux et la direction du peintre Jean Van Orley, dont elles reproduisent, avec une rare fidélité, les huit grandes toiles, conservées à Saint- Sauveur. Tapisseries et tableaux furent donnés à la cathédrale de Saint -Donatien par le XIV^ évêque de Bruges,
Ces tapis sont mentionnés dans ^inventaire des joyaux et ornements de réglise, dressé le 22 Juin 1521; nous y lisons: Item viere stichen ta/pyts metter légende van GilUs
Nous ne rencontrons plus ces tapisseries dans les inventaires postérieurs aux troubles de la réforme.
Le 17 Mars 1633^ Jean Jacobs et son épouse Barbe Bezoete donnèrent à la table des pauvres de Saint- Gilles un tapis, confectionné à leurs frais, et sur lequel figurait la Vierge, avec saint Jean, d^un côté, et saint Gilles, de Fautre. Voici dans quels termes est formulé l^acte de donation :
Wy Jan Jacobs ende Jo'' Barbara Bezoete, myn huysvrauwe, gheven ende cederen, zoo wy doen by desen, uuyt onsen liberalen ende vryen wille, metter warmerhandt ende onwederoupelick, aen ende ten behouve vanden disch van S* Gillis binnen Brugghe, een stick tapyts lanck twaelf ellen ende breedt twee ellen, inden middel van tzelve stick tapyts staende Onse lieve Yrauwe, ende up het een eynde S' Jan, ende upt andere eynde S* Gillis, by ons nieuwe gedaen maken. Behoudens ende met conditie nochtans, zoo wanneer wy Jan Jacobs ende Jo*^ Barbara Bezoete voorseit het zelve stick tapyts van doene zullen hebben l)y vorme van leenynghe, omme te verheeren eenige kercken, cloosters, processien ende anderssins, de dischmeesters vande voorseide kercke van S' G-illis, dieder nu zyn ende naermaels commen zullen, gehouden zyn ons tzelve stick tapyts te leenen gedeurende ons beede
Mgr. Henri-Josepli van Susteren, prélat d'une générosité inépuisable, qui les paya, dit-on, trente mille florins. Les marguilliers de Saint-Sauveur les rachetèrent, en 1809, des chanoines survivants de Saint -Donatien. On trouve ujie foule de détails curieux sur ces tapisseries dans le travail, malheureusement inachevé, de M. Félix De Pachtere, Bruga E]piscopis illustrata, s. d., pp. 145 et suiv.
En 1472, Louis de Bruges, seigneur de Gruuthuuse, offrit en don à la collégiale de Notre-Dame, à Bruges, pour orner le chœur aux grandes fêtes de l'année, dix -huit superbes tapis, retraçant la vie et le martyre de saint Boniface, archevêque de Mayence, patron secondaire de l'église. Beaucourt de Noortvelde reproduit les inscriptions qui ornaient ces tapis, dont la collégiale de Notre-Dame demeura en possession jusqu'à la révolution française {Description historique de l'église collégiale et paroissiale de Notre-Dame à Bruges, Bruges 1773, pp. 67, 68).
07n te hanghene inde ghestoelten Bossaert van Hardoye.
va,n
îeven en de niet langher. Ende dese onse donatie ende gliifte is gedaen uuyt eene pure lyefde ende affectie die wy tofc ciraet vanden voorseiden disch zyn draghende. Aile twelck Jc Jan Baelde, Pauwels van Speybrouck ende Fransoeys Brouckman, inde qualiteyt ende als jeghenwoordighe dischmeesters, over ende uytter naeme van den voorseiden disch. zyn accepterende, ende den voorseiden S'' Jan Jacobs ende Jo'' Barbara Bezoete zyne huysvrauwe hoogelycx daervan bedanckende. In oirconde der waerheyt zoo hebben wy Jan Jacobs ende Barbara Bezoete myne huysvrauwe, neffens de dischmeesters boven genoompt, dese tegenwoordighe geteeckent met ons gewoonelick hanteecken. Actum desen xvij^" Martii 1633 des toirconde
Jan Jacobs P. Yan Speybrouck
Barbe Bezoelte 1633
By my Fransoeys Brouckman J. Baelde Yasquez
F) Ornements d^église. Nos anciens inventaires signalent les objets suivants :
Een cashen van root armoisin ghehorduert met de figiiere van 8^ Gillis ende goitde sterren (^).
Twee roo zyde cilck doucken feene ghehorduert met het Gruusefix, ende Vander met de naeme van 8^ Gillis (^).
Een Too zyden outaercleedt met de effigie van 8^ Gillis (^) .
Ben witte damaste choorcappe met roode sattyne henden met groote hree goude hoorden met selver ghemyngelt, met de heelde van de H. maghet Maria ende 8. Gillis, ghegeven van myfvrauwe de Groote, met haer wapenen van vooren op het sluutsel (^).
(^) Une petite armoire tapissée d'armoisin rouge, avec l'image de saint Gilles et des étoiles d'or en broderie. (Inventaire dressé le 14 Novembre 1605.)
(^) Deux voiles de calice en soie rouge, portant en broderie, l'un le crucifix, l'autre le nom de saint Gilles. (Id.)
(^) Un devant d'autel en soie rouge, avec l'effigie de saint Gilles. (Inventaire dressé vers 1611.) Ce devant d'autel est probablement le même que celui décrit dans l'inventaire de 1619, en ces termes: Een root armosyn altaercleet met de heelde van 8. Gillis.
(■*) Une chape en damas blanc, garnie de parements en satin rouge, à larges bords d'un tissu d'or mêlé d'argent, et avec les images de la Vierge Marie et de saint Gilles; cette chape est un don de dame de Groote, dont les armes figurent sur le fermail. (Inventaire dressé en Juillet 1619.)
Twee armosyne vêla ofte cilch douchen, het eene met sterren ende de naeme Jésus ghehorduert, het ander met de naeme van 8. Gillis (^) .
Nos inventaires ne font aucune mention d'étendards ou de bannières à l'image de saint Gilles, ornements que l'église doit pourtant avoir possédés d'assez bonne heure. Le compte du l^"" Juillet 1601 au 30 Juin 1602 porte : Betaelt voor twee vanen te draeghen up 8^ Gillis dach,... viij gr. (^). Des détails analogues se rencontrent dans les comptes postérieurs, et il semble permis de supposer que, parmi les bannières portées à la procession du 1"^^' Septembre, il s'en trouvait au moins une, offrant, en peinture ou en broderie, l'image du saint patron ou quelque scène de sa vie.
A la date du 10 Août 1642, le conseil de la confrérie de la Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs, qui venait d'être érigée dans notre église (^), résolut de faire confection- La famille de Groote portait de sable à trois croix pattées, 2 et 1, et à un grelot en cœur, d'argent; elle était alliée aux de Plaet, bienfaiteurs insignes de notre église. Jacqueline de Groote, fille de Jacques, avait épousé Chrétien de Plaet, et mourut le 20 Septembre 1481. La pierre sépulcrale des nobles époux, placée primitivement dans le collatéral nord, se trouve aujourd'hui sous l'escalier de la chaire de vérité; voyez en la description dans la Flandre, tom. i, Bruges 1867-68, p. 122, note 7. — La chape, que nous venons de décrire, faisait partie d'un ornement complet, dont les diverses pièces, y compris le devant d'autel, portaient les armes de la donatrice.
(^) Deux voiles de calice en armoisin, avec broderies; sur le premier se voit le Nom de Jésus accompagné d'étoiles, sur le second, le nom de saint Gilles. (Inventaire dressé en Juillet 1619.)
(^) Payé aux porteurs de deux bannières à la fête de saint Gilles,., viij gr. (Chap. unique des dépenses. Reg. v, fol. 157 v°.)
(^) Nicolas de Handion, évêque de Bruges, érigea la confrérie, par acte daté du 8 Juin 1642, et en fit lui-même l'installation solennelle le 15 du même mois. (Jennyn, Vera Confraternitatis Sanctissimœ Trinitatis de Eedemptione Captivorum Idœa, Brugis 1649, pp. 53 et suiv. Jean Jennyn, auteur de plusieurs ouvrages, tous relatifs à la confrérie de la Sainte -Trinité, fut nommé curé de Saint-Gilles, à Bruges, le 4 Décembre 1636; après dix -huit ans du plus laborieux ministère, exercé dans cette paroisse, il obtint un canonicat à la cathédrale de Saint-Martin, à Ypres [la sixième prébende du membre de Furnes], en prit possession le 9 Juin 1655, et moiu-ut le 12 Janvier 1657- Jean Jennyn était licencié en théologie, pénitencier et protonotaire apostolique. Nous possédons une biographie complète de cet homme distingué et de ses trois frèresprêtres.)
ner un étendard en damas blanc, dont chaque face serait ornée d^m médaillon peint, représentant un sujet relatif à la nouvelle association, et porterait en outre Fimage de saint Grilles : den x^^ Oest 1642 j ainsi s'exprime le Besolutie-Boech de la confrérie, wie7't gheresolveert dat men soude laeien maec- Icen eenen standaert van wit damast, daer inné dat men soude schilderen een ovael van beyde de zyden, 1 1^ met de représentatie vande vero^enhaerynghe des enghels ende 2 slaven, het 2^ met onse Lieve vrouwe van Remédie ghevende het schapulierhen aen gheestelicJce ende weerelicke, met eenighe gheschriften ront-
S0m....f WAAR ONDEE VAN BEYDE DE SYDEN SOUDE GHESCHILDEET WESEN DE FIGURE VANDEN PATEOON VANDE KEECKE S* GiLLIS,
ende is soo gheschiet. Welhe vaene oft standaert ghecost heeft ailes tsamen xiiij Ih. v sch. gr., ende is diensthaer omme in aile hegravynghen vande medehroeders ende susters als ooch inde procès sien ghedraghen te worden (^). L'artiste qui peignit les deux médaillons, Jean Darras, reçut pour son travail 5 livres 15 escalins de gros (^).
Depuis bien longtemps, notre église ne possédait plus de bannière de son glorieux patron, quand la confrérie du saint abbé, réorganisée en 1865, résolut de faire servir ses premières ressources à combler cette lacune. La nouvelle bannière fit sa première apparition à la fête de saint Gilles de Tannée 1871. Elle est en damas de soie rouge, de coupe gotbique, avec franges et galons en or. Un joli médaillon peint décore la face principale. Saint Gilles y est figuré debout, revêtu du costume d'abbé bénédictin, la manche droite de son habit traversée d'une flèche. Sa main droite repose sur la tête de la biche placée à ses côtés, et la gauche tient une crosse à voile blanc. Un paysage, avec monastère dans le lointain, complète le tableau. Ce médaillon est dû au pinceau de M. Dinnewet, de Bruges. La bannière sort des ateliers de M. Schotte-Anthone, en la même ville.
(0 Fol. 17 v.
O C. du 15 Juin 1642 an 22 Mai 1644.
G) Orfèvrerie. Nos inventaires n'offrent rien de remarquable sous ce rapport; le tout se borne à quelques émaux et ciselures. Nous lisons dans l'inventaire du 22 Juin 1521 (^) :
Eenen keeld met 8^ Gillis gheamillieert weghende xxij onchen (^).
Een groot cnice metten knoope hachten met Gilles
weghende xiij mr. vj onchen (^).
Een zelveren hecsele met 8^ Gillis weghende iij mr. ij onch. V ingh (*).
(^) Cet inventaire, une des pièces les plus précieuses de nos archives, énumère tontes les richesses que possédait l'église de Saint-Gilles, avant sa spoliation par les Gueux. Il porte l'en-tête suivant : Inventaris van den Beliquien, zelveren Juiveelen, hahyten ende ornamenten toehehoorende der kerche van Snit Gillis in Brugghe, ghemaect gheregistreirt ende hy den prochyepape ende Tcerchneesters overghegheven Dheer Silvester de Brune, costere van der voorseide Icerclce, den xxij^^ dach in wedemaendt anno xv^ xxj, alzo wel hy gheivichten als hy declaratie van sticken hier onder verclaerst ende ghespecifieert, ter presentie van Jooris de Sadelaer, Jan van HecTce, Roedraghere der zelver kerclce, ende Joos van Belle.
Les anciens inventaires de nos églises, ceux-là surtout qui sont antérieurs aux troubles religieux du XVI*^ siècle, offrent au point de vue de la liturgie, de l'archéologie et de la linguistique, une importance que nul ne songe à leur contester. M. l'abbé Adolphe Duclos a très-bien fait ressortir cette importance, en publiant récemment, avec accompagnement de savantes notes, VInventaire des joyaux, ornements, etc., de V église St.-Nicolas à Fumes, dressé le 19 Mars 1629. (Annales de la Société d'' Émulation, iv"^ série, tom. iir. Bruges 1879, pp. 335 et suiv.)
(^) Un calice du poids de 22 onces, avec la figure de saint Gilles en émail.
(^) Une grande croix avec son nœud, portant au revers l'image de saint Gilles, et pesant 13 marcs 6 onces.
('') Un fermail en argent avec la figure de saint Gilles, pesant 3 marcs 2 onces 5 esterlins.
Kiliaen, dans son Btymologicuni Teutonicœ linguœ, donne au mot Hecksel, haecksel, entre autres significations, celle de fihula, que les auteurs traduisent par fermail. On entend par là, d'après le Dictionnaire de Trévoux, les " fermoirs, agrafes ou boucles garnies de leurs ardillons, qui se mettent aux manteaux, aux chapes, aux baudriers ou ceintures, pour les attacher... Le fermail étoit anciennement une marque de dignité, et on s'en servoit pour faire de riches présents aux personnes considérables " (tom. iv, Paris 1771, p. 99, yo Fermail). Voyez le Glossarium, de Du Cange, au mot Fihulatorium; il y est fait mention de fihulœ aureœ, offertes en don à des églises (tom. m, Parisiis 1733, col. 465). Item Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mohilier français, tom. m, Paris 1872, pp. 6, 7, v° Agrafe, et p. 376, v" Fermail.
Dans l'extrait qui nous occupe, le mot hecsele doit s'entendre d'un fermail de f hape, destiné à réunir sur la poitrine les deux côtés de ce vêtementj il est
iiij zelveren lepels met Oillis weghende v onchen (^).
synonyme de sluutsel, employé dans l'inventaire de 1619. (Voyez pins haut, p. 77.) L'église était jadis riche en fermaux de prix. L'inventaire du 22 Juin 1521 n'en mentionne pas moins de six, tous en argent ciselé, ornés les uns d'armoiries, les autres de saints personnages ou de sujets religieux, tels que l'Annonciation, le couronnement de la Vierge, etc. Quatre fermaux, dont deux en vermeil, furent vendus par la fabrique en 1536-37, pour l'aider à couvrir les frais d'acquisition de nouvelles cloches. (C. S' Jean 1536- id. 1537, chap. Vi des recettes. Reg. i, fol. clxv v°. — Item la Flandre, tom. ii, Bruges 1868-1869, pp. 69, 70). Sous le titre de Comptes de la fabrique de Véglise de Saint-Gilles, à Bruges, M. Weale a publié, avec accompagnement de notes, dans les deux premiers volumes de ce recueil, les principaux extraits du plus ancien registre de nos comptes, commençant à la S* Jean 1527 et s'arrêtant à la S' Jean 1544.
(^) Quatre cuillers en argent à l'effigie de saint Gilles, pesant 5 onces.
A quel usage servaient ces cuillers ? Nous ne pouvons le dire, car il existait des cuillers liturgiques de plus d'un genre. M. l'abbé Texier en signale diverses espèces dans son Dictionnaire d'' orfèvrerie, de gravure et de ciselure chrétiennes (Paris 1856, coll. Migne), art. Cullier d'église :
" Je n'entends pas, dit ce savant archéologue, parler de la grande cullier, le cochlear, dont les Grecs seuls se servent dans la distribution de l'Eucharistie; mais 1° d'une petite cullier dont on s'est servi dans plusieurs églises catholiques, et qui s'est conservée assez tard, avec laquelle on prenait dans le ciboire les hosties consacrées dont on devait se servir à la messe; 2° d'une autre petite cullier destinée à prendre quelques gouttes d'eau pour les mêler au vin du calice; enfin 3° d'une cullier percée ou passoire avec laquelle on évitait de laisser entrer dans le calice aucune impureté. On désigne celle-ci sous le nom de colum et colatorium, et dans quelques textes sous celui de syon et sium " (col. 616).
M, Texier cite plusieurs anciens textes relatifs aux cuillers-passoires, notamment celui-ci extrait d'un inventaire de-Laon, de l'an 1502 :
Coclear magnum, argenteum, perforatum, quo solet colari vinum (utfertur) pro celébratione facienda et hdbet in extremitate capuli magnum annulum quo deferri consuevit infestis annualibus a subdiacono (op. cit., col. 616).
Les cuillers -passoires n'ont pas échappé aux investigations de M. Violletle-Duc :
" Il est fait mention aussi dans les inventaires, dit-il,... de cuillers d'argent à trous pour passer le vin de la messe, dont le manche est muni d'un grand anneau; on façonnait aussi des cuillers à ymaiges, c'est-à-dire dont les manches étaient ciselés et figuraient des animaux ou des personnages " (Dictionnaire raisonné du mobilier français, tom, ii, Paris 1871, p. 87, v° Cuiller).
Du Gange mentionne des vases de bois, faits au tour, dans lesquels on conservait les pains d'autel, qu'on mettait sur la patène au moyen d'une cuiller d'argent : .... vasa quoque lignea, tornatili opère facta, quibus oblatœ servantur, cum Cochleari argenteo quo in patena ponuntur. Rainulphe, évêque de Paris, avait légué à son église un calice en or, avec sa patène et une cuiller du poids de 3 marcs 5 esterlins (Glossarium, tom. ii, Parisiis 1733, col. 714, v" Cochlear).
Tous ces objets ont disparu. Par son testament, daté du 26 Février 1619, Pierre Bylkin, curé de Saint-Gilles (^), avait légué à r église, entre autres pièces d'orfèvrerie, un calice en vermeil, que ^inventaire, dressé au mois de Juillet 1619, décrit de la sorte :
Ee^i magnificen selveren vergulden hilck, met een selver vergidde jpatena, ghegheven ande hercke van h^ ende Pieter de Bijlhin, Pastor van dese herche, hy syn testament, wegende tsamen met het vergult lejpelhen (poids omis) (^).
M. Weale a publié dans le Beffroi^ les Inventaires du trésor de la collégiale de Saint-Donatien à Bruges (1347-1539). Nous y trouvons mentionnées des cuillers employées dans l'administration de l'Extrême-Onction et du Viatique : Item, vnum coclear argenteum cuvi scuto ecclesie in 'pectore, ad vsum Extrême Vnctionis, ^OTMÏms sexdecim sterlignorum cum medio [Inventaire de 1488]: Item, vnum coclear argenteum quod confertur IN delatione Venerabilis Sa- CRAMENTi AD INFIRMOS, hdbens in medio arma ecclesie, ponderis xvj\ sterlingorum. En marge : Ad usum nauicule applicatum est [Invent, de 1539] (t. ii, Bruges 1864-65, p. 17). Ce dernier détail prouve que plus tard on s'est servi de la cuiller en question comme cuiller à encens.
L'acte de fondation de l'anniversaire de Baudouin de Niepa, prévôt de Saint-Donatien à Bruges (op. et tom. cit., p. 10, note 14), contient la description de cuillers en usage à la cérémonie du Mandé, le Jeudi- Saint : Item, vnum cyphum argenteum, Gallice dragoyr, cum vna mappa et duo coclearia argentea partim deaurata cum ymaginihus Béate Virginis et Sancti Xpofori, ad minis- TRANDUM SPECIES IN Cena Domini AD MANDATUM, quod fieri cousuetum est in refectorio.
Il existait enfin des cuillers à encens, dont on trouve encore aujourd'hui de nombreux spécimens dans les musées et les collections particulières. Il s'en trouvait plusieurs à l'exposition d'objets d'art religieux, organisée à Lille, en Juin-Juillet 1874, lors des fêtes du couronnement de Notre-Dame de la Treille. Le catalogue signale entre autres, sous le n° 475, " Une cuiller à encens, à large spatule, portant à l'extrémité du manche une figurine de la Sainte-Vierge avec l'Enfant- Jésus " {Catalogue de V exposition d^ohjets d^art religieux de Lille, Lille 1874, p. 119). Cette cuiller du XV^ siècle, appartenant à M. le chanoine Van Drivai, rentre dans la catégorie des cuillers à ymaige signalées par M. Viollet-le-Duc.
L'absence de tout détail nous empêche de dire à quelle catégorie de cuillers liturgiques appartenaient celles consignées dans l'inventaire de 1521.
(^) Promu à la cure de Saint- Gilles le 28 Décembre 1611, Pierre Bylkin garda l'administration de cette paroisse jusqu'au 27 Mars 1619, date de son décès.
(^) Un magnifique calice en vermeil, avec patène de même matière, donnés par maître Pierre de Bylkin, curé de cette église, en vertu de son testament, et pesant ensemble avec la petite cuiller dorée...
L'église est encore en possession de ce calice. Un des médaillons gravés sur le pied nous montre saint Gilles et ses caractéristiques ordinaires^ mais avec cette particularité^ que la flèclie, au lieu de traverser la main du Saint ou la manche de son habit, est enfoncée dans la poitrine (^).
La figure de saint Gilles est aussi reproduite sur une des plaques ciselées, qui décorent le meilleur missel, et sur le pied du grand ciboire.
H) Sceaux, Méreaux. — 1. Sceaux. L'église et la communauté, H Commun, qui formaient deux administrations distinctes^ possédaient chacune leur sceau; les matrices en ont disparu depuis longtemps.
En 1574, Rémi Drieux, II® évêque de Bruges, après avoir fait la visite de l'église de Saint-Gilles, in cavité et memhrisj prescrivit à la communauté de nouveaux statuts., calqués sur les anciens., mais légèrement modifiés., pour en faire disparaître ce qui pouvait s'y être glissé de défectueux et les mettre en rapport avec les décrets du concile de Trente et ceux du premier concile provincial de Malines (^) .
i}) Tom. I, p. 108, note 1.
(^) Une copie de ces statuts se trouve à la fin du cartulaire II de la communauté; le dernier feuillet en a été arraché, mais il se conserve heureusement aux Archives de l'Évêché de Bruges un exemplaire complet de cet important document. Ces statuts furent traduits en flamand, et nous possédons une copie authentique de cette traduction, terminée par l'attestation suivante : Bese ieghenwoordighe copye ghecollationeert synde met een andere copye authentyck is hevonden daer mede te accorderen door my Notaris Âjpostolicq, desen 21 Maert 1639. De Coninch, Not. Aplicus.
Ces statuts, composés de 38 articles, offrent un intérêt capital pour l'histoire de notre église, car ils jettent un jour précieux sur la célébration des services religieux, le chant des heures canoniales, l'organisation de la communauté, l'administration de ses biens, la conservation de ses archives, etc. Ils sont datés du 6 Juillet 1574. Le 5 Août suivant, Adrien Prieels, secrétaire de Mgr. Remi Drieux, vint en donner lecture à la communauté et aux marguilliers, réunis dans la sacristie de Saint- Gilles; il était assisté de Jacques van Eecke, archidiacre, et de Georges de Clerok, chanoine de Saint -Donatien, témoins à ce désignés par Sa Grandeur.
By laste van myn Eenv^^^ heere Bisschop van Brugglie, — ainsi porte la traduction flamande des statuts, — iclc onderschreven, den 5 van Augusti 1574, hehhe iclc inde Sacristie vande Pi'ochiekerclce van Gillis te Brugghe, daer over ghe-
L^article 35 de ces statuts parle du sceau de la communauté, et ordonne de le conserver, ensemble avec les archives, dans un coffre à trois clefs :
Item quod emantur aliquœ cistulce reponendœ in arca, in quihus recondentur omnes litterce originales reddituum et terrarum cum omnibus aliis et singulis communitatem tangentibusj ac etiam sigillum communitatis pr^dict^, de qua arca erunt très claves quarum unam hahebit curatus, secimdam distributor, tertiam unus sacellanorum per curatum et communitatem eligendus.
L'article traite ensuite des formalités à remplir dans l'usage du sceau de la communauté.
Que représentait ce sceau ? Nous l'ignorons; toutes les reclierclies que nous avons faites pour en découvrir une empreinte, sont demeurées stériles. Cependant, l'inspection d'une foule de sceaux de l'espèce nous porte à croire que la figure de saint Grilles en occupait le champ.
Nous avons été plus heureux en ce qui concerne le sceau de l'église. Une. empreinte de ce sceau est attachée, par double queue de parchemin, à un acte du XV^ siècle. L'orbe, de 26 millimètres, représente saint Gilles en costume d'ermite, le bras droit percé d'une flèche. Le Saint est assis; la biche, qui l'accompagne, levée et à demi couchée sur les genoux du solitaire, pose familièrement les pieds dans la main gauche de son maître. La légende, qui est ébrêchée, porte
en caractères minuscules gothiques : £>. cccles. s. cgibit Ce
sceau remonte, par son exécution, au commencement du XV^ siècle.
roe^en hehhende den Pastoor ende d'andere vande Communiteyt midtsgaders de kercTcmeesters vande selve Jcerclce, ende aldaer présent synde, hehhe ghelesen ende ghepahliceert de voorseide statuyten. Aldaer noch présent synde de Eeriveerdighe heeren Jacoh van Eecke, Archidiaken, ende Georgius de ClercTc, Canoninck vande Cathédrale kercke van Brugghe, daer toe van myn Eerweerdichsten heere ghecovimitteert ende ghedeputeert synde. Ende ten selven heer Pieter Boose, Tafeldragher, heeft syn eedt ghedaen in handen vanden Archidiaken van te onderhouden de selve statuyten. Ende was onderteeckent A. Prieels, secret.
En 1879, la fabrique s'est fait confectionner par M. le graveur Verstraete-Strubbe;, de Bruges, pour l'estampillage des pièces émanées de son administration, un timbre humide en cuivre, de forme orbiculaire et de 44 millimètres de diamètre. Saint Gilles y est figuré debout sur une terrasse de verdure, vêtu du costume monacal et la tête ornée du nimbe; une flèclie perce le bras droit. Le Saint porte un livre fermé dans la main gauche; la droite est posée sur la tête d'une biche, qui se tient à ses côtés. Une bordure dentelée contourne le champ du sceau. La légende porte, en caractères majuscu-
les gothiques : t siG. saaii. PRROΔ^me S. eiGIDIL
BRVGIS» L'artiste, on le voit, s'est inspiré de la figure du tableau de Memlinc.
2. Méreaux(^). La communauté et la table des pauvres avaient toutes deux leurs méreaux; les premiers étaient des
(^) " Nom donné, à partir du XÎII^ siècle, aux médailles ou à la monnaie de convention, de plomb, de cuivre, et quelquefois d'argent, dont cliacun avait droit de faire usage : à l'église, pour constater la présence des moines aux offices; au marché, pour prouver l'acquittement d'un droit; dans les travaux et les ateliers, pour représenter, à la fin de la semaine, le prix des journées, et à d'autres usages. " (Littré, Dictionnaire de la langue française, tom m, Paris 1874, p. 523, v° Méreau).
Le méreau a reçu à Bruges diverses dénominations : on l'a appelé en français enseingne, en latin signaculum, signum, plumhetum ou plonibetum, et en flamand loyhin ou lodeTcine, lootje ou loodje, petit plomb, lood, plomb, et teecken ou teelcen, marque, signe. Les appellations loodje, lood et teeken j sont encore usitées (De Schodt, Méreauoo de bienfaisance, ecclésiastiques et religieux de la ville de Bruges, pp. 1, 2).
Les gildes, les corporations et les serments, les abbayes, les cliapitres des cathédrales, les fabriques des autres églises, les tables des pauvres, les hospices, en un mot, toutes les associations Jouissant de la personnification civile avaient leurs jetons et leurs méreaux.
Dans son Essai de numismatique yproise (Bruxelles 1877), M. Alphonse Vandenpeereboom passe en revue, et reproduit par la gravure, les médailles, jetons et méreaux des gildes, des serments, des établissements religieux et de bienfaisance de la ville d'Ypres (pp. 215-299, pl. EB et suiv.) L'érudit et infatigable écrivain accompagne la description de ces pièces métalliques de milliers de détails, la plupart inédits et du plus haut intérêt. M. Félix De Vigne a réuni aussi des renseignements précieux sur la matière. Voyez ses Recherches historiques sur les costumes civils et militaires des gildes et des corporations de métiers, leurs drapeaux, leurs armes, leurs blasons, etc., Gand 1847, pp. 77 et
jetons de présence, les seconds, des bons de secours. Nous ne possédons aucun détail iconograpliique sur les méreaux de la communauté (^); M. Alphonse De Schodt, secrétaire-bibliotliécaire de la société royale belge de numismatique, a décrit ceux de la table des pauvres dans son remarquable travail : Méreaux de bienfaisance) ecclésiastiques et religieux de la ville de Bruges (^). Le savant auteur consacre dix pages aux méreaux de bienfaisance de notre paroisse (^); nous empruntons à son étude la description des méreaux à Feffigie de saint Gilles, les seuls dont nous ayons à nous occuper :
suiv., et pl. 34, 35. Item, du même auteur, Mœurs et usages des corporations de métiers de la Belgique et du Nord de la France, Gand 1857, pp. 138 et suiv. et pl. 31 et suiv.
(^) Les statuts de la communauté parlent fréquemment de méreaux ou plombs, servant de jetons de présence et donnant droit aux distributions quotidiennes. Citons, au hasard, l'article 13 :
Item quod distributor plumhi durante officio divino nullatenus illud distribuât sed divino officio completo, ac statim cuilihet dictum plumhum qui modo prœmisso perseveraverit suoque in stallo repertus fiierit tradat et manualiter exhiheat, seu eo absente vel légitime impedito fideliter tradi faciat.
Le distributor plumbi, looddeelder, tafeldrager, recevait annuellement pour salaire, de ce chef, 12 escalins de gros : Betaelt den tafeldraghere voor zynen sallaris van tloot te deelen vanden jaere LXXIII hendende wedemaent LXXIIII, .... xij se. gr. (C. de la comm. du 1 Jnill. 1573 au 30 Juin 1574. chap. i des dép.)
Les plombs de la communauté appartenaient à la catégorie des méreaux ecclésiastiques, que Du Cange définit ainsi : Merallus pro symbolo seu tessera occurrit, quœ, in plurihus Ecclesiis, Canonicis, Capellanis aliisque prœbendariis dantur in prœsentiœ signum, ut his quolibet Sabbato exhibitis testentur quoties et quibus officiis interfuerint, et débitas recipiant distributiones... Plumhei, ut plurimum, erant hujusmodi Merelli; hinc Plumbi nude dicuntur. (Glossarium, tom. IV, Parisiis 1733, coll. 679, 680, v° Merallus.)
Au dire de Du Cange, les uns font dériver méreau, merellus, du grec /Ltepoç ou fiepv^, pars, portio, les autres, du latin mereri, mériter, parce que les méreaux se donnaient à ceux qui les méritaient, quod merentibus tribuerentur (op. et tom. cit., col. 680).
Voyez, sur les méreaux ecclésiastiques et religieux. De Schodt, op. cit., pp. 180 et suiv.; item, du même auteur. Le chapitre de la cathédrale de Saint- Lambert à Liège, et ses méreaux ou jetons de présence, Bruxelles 1875, pp. 63 et suiv.
(^) Bruxelles 1873-1878. Ce travail est extrait de la Revue belge de numismatique, années 1873-1878.
(^) Les méreaux de bienfaisance étaient des espèces de bons métalliques, le plus souvent de plomb, que les gouverneurs, intendants, etc., des institutions locales de charité distribuaient aux indigents; ceux-ci échangeaient ces pièces
Saint Gilles nimbé, debout au milieu de broussailles et percé d^me flèche; il tient obliquement dans la main droite une crosse; à gauche de sa tête est une étoile. Une biche pose les pieds de devant sur le flanc gauche du saint. Le tout se trouve, avec la date 1-6-7-7 au milieu, dans un encadrement, orné à ^intérieur et à ^extérieur.
Bev. Dans un encadrement octogone, orné à ^intérieur et à F extérieur, la représentation de la sainte Trinité : Dieu le Père, mitré (^) et nimbé, est assis de face sur un trône; il tient les bras de la croix à laquelle Jésus -Christ est attaché; à sa droite, le Saint-Esprit, sous la figure d'une colombe, volant obliquement.
Plomb. Octogone irréguHer (^).
17. S. EGIDIYS A«. 1663. Sous un portique orné, saint Gilles debout, à gauche, ayant le bras percé d'une flèche; la biche est à ses côtés.
Bev. SANCTVS . 1593 . SPIRITVS 17 f 07. Le Saint- Esprit nimbé, sous la forme d'une colombe aux ailes déployées, et entouré de rayons.
Plomb C).
18. Saint Gilles nimbé, debout; dans la main gauche, il tient obliquement une crosse et place la main droite sur la biche, dont les pieds de devant sont posés sur lui. En haut, à
contre des objets de première nécessité : du pain, du bois, de la viande, et quelquefois, mais plus rarement, contre du numéraire (A. Vandenpebreboom, op. cit., p. 246). Les types de ces méreaux variaient, pour ainsi dire, à l'infini. La seule paroisse de Saint-Gilles en compte vingt types différents, tous décrits par M. Alphonse De Schodt (op. cit., pp. 38-45).
(^) Ce chiffre et les suivants sont les numéros d'ordre des méreaux.
(^) Ce n'est pas une mitre que porte Dieu le Père, mais la tiare à triple couronne.
(*) P. 40. Le 25 Juillet 1872, lors des travaux entrepris pour rétablir à son ancien niveau le pavé des nefs et du transept, un ancien exemplaire de ce méreau fut trouvé, à une profondeur de plusieurs pieds, à l'extrémité du baScôté nord. Nous l'avons cédé à M. Alphonse De Schodt, dont la collection, la plus riche en ce genre de la Belgique, renferme tous les méreaux de bienfaisance de Saint- Gilles.
sa droite^ une étoile. La date 17-38^ divisée, se trouve des deux côtés du saint.
Bev. La sainte Trinité représentée comme au n*' 16 cidessus, mais le trône sur lequel le Père éternel est assis est différent et il n^y a pas d'encadrement octogone. Plomb.
*^ C'est à tort qu'on a cru pouvoir attribuer ce méreau à l'arcMconfrérie de la Sainte-Trinité pour la rédemption des captifs, établie en l'église de Saint-Gilles. C'était, de même que les précédents et le suivant, un méreau ordinaire de secours, émis par la table des pauvres de la paroisse, oii l'on en conserve encore le moule, qui est de cuivre (^).
'^19. Dans un cercle, saint Grilles nimbé, debout, entre des arbustes ou des broussailles, tenant obliquement, de la main droite, une crosse et ayant le bras gauche percé d'une flèclie; à sa gauche, la biche qui pose sur lui les deux pieds de devant.
" Rev. Figure ressemblant à un M orné et renversé, ayant un fleuron en haut, en bas et aux côtés. Au-dessous, la date 17-75 '^(2).
Plomb.
Un grand nombre de planches accompagnent le travail de M. Alphonse De Schodt; les méreaux 16 et 17 sont reproduits, grandeur d'exécution, sur la planche D, et les méreaux 18 et 19, sur la planche E.
Parlant des quêtes dans les églises, l'auteur signale un écusson en métal conservé à Saint- Gilles et orné de l'effigie du patron :
Jadis, écrit-il, on fixait parfois aux boîtes en bois, en forme de sabots à manche [plateaux, en français, schalen, en flamand), au moyen desquelles se faisaient les quêtes pendant les offices, un écusson en métal, représentant d'ordinaire le
saint dont l'église et la paroisse^ où ces quêtes avaient lieu, portaient le nom. L^écusson ovale en métal blanc (étain), qui sera décrit sous le n° 114, semble avoir appartenu à un plateau à quêter de Téglise de Saint-Grilles, peut-être à la boîte des maîtres des pauvres.
N° 114. Saint Grilles debout, habillé en ermite, tenant de la droite une crosse; derrière lui se voit en partie une bicbe.
Bev. Un X couronné, accosté des lettres F (fecit)-V, indiquant probablement l'initiale du nom du fabricant de la pièce 0).
La planche U représente cet écusson.
I) Cloches. En 1536-37, quatre nouvelles cloches, pesant ensemble 3852 livres, furent fondues pour notre église par Herman Loots, et baptisées sous les noms de Jean-Baptiste, Ferdinand, Gilles et Adrien. La cloche, dite Gilles, pesait 812 livres (^). Antérieurement déjà Téglise avait possédé une cloche du nom de Gilles; cette cloche, du poids de 724 livres, était brisée à Tépoque indiquée: Item, dit le compte dont nous extrayons ces détails, noch ontfaen van een ander geh^ohen cloche, gheheeten Gillis, weghende vij^xxiiij Ih. (").
Les cloches fondues par Herman Loots n'existent plus. A la date du 19 Novembre 1578, le magistrat de Bruges, composé de partisans de la réforme, publia une ordonnance enjoignant aux marguilliers des sept églises paroissiales de la ville, de lui livrer toutes les cloches jugées inutiles ou superflues pour l'exercice du culte, et ce pour couvrir les frais des munitions de guerre (*) . Chaque église reçut une copie de cette
Q) Pp. 89, 90.
(2) C. S' Jean 1536- id. 1537, chap. ix des recettes. Eeg. i, fol. clxvij V^, et chap. VI des dép., id., fol. clxxiiij v". — La Flandre, tom. ii, pp. 73, 218.
Item, encore reçu pour une autre cloclie brisée, nommée Gilles, pesant 724 livres. (Id., chap. viii des rec, fol. clxvij r°. — La Flandre, t. c, p. 73.)
('^) Une traduction de cette ordonnance se trouve dans Beaucourt de NooRTVELDE, TalUaii fidèle des troubles et révolutions arrivés en Flandre et dans ses environs, depuis Charles, dit le hon, XIII comte et souverain de la susdite ci-devant florissante province, jusqu^à Van 1584, époque de la réconciliation avec Philippe II, roi d'Espagne, XXXI comte de Flandre, tom. ii, Mons 1845^
ordonnance, avec désignation des cloches à livrer (^); la nôtre eut à se dessaisir de cinq cloclies, parmi lesquelles figuraient bien certainement celles dont nous venons de parler. L'ordonnance du magistrat, s'il en faut croire Beaucourt de Noortvelde, sortit son effet : Vers le même temps (1578), écrit-il, on dépendit toutes les cloclies, et on les mit dans des bateaux, dans lesquels on amassoit tout le métal qu'on pouvoit avoir " (■^).
Des quatre clocbes que notre église possède aujourd'liui, aucune ne porte le nom de Gilles. La plus grande cependant, Jeanne, — une cloche magnifique (diam. 1^50) du poids de 4986 livres, refondue par Ignace De Cock en 1715, — est ornée d'une figurine en relief de notre saint patron. Elle le représente en costume d'abbé, tenant une flèche de la main droite, et la crosse de la gauche, avec la biche à ses côtés. On Ht au-dessous 8^ Gillis (^) .
IV. Reliques. — Les précieuses reliques de saint Gilles, que garde notre église depuis plus de quatre siècles, ont formé la matière d'un chapitre spécial; il ne nous reste donc plus qu'à parler du culte dont elles ont été l'objet dans les temps anciens, et des honneurs qu'on leur rend aujourd'hui.
pp. 40, 41. Le premier volume seul de cet ouvrage fut imprimé du vivant de Beaucourt; il parut à Bruges, en 1792, chez Fr. Van Hese. Le second volume existait en manuscrit et fut publié à Mons, en 1845, avec une introduction et des notes par Octave Delepierre; il forme le n° 14 des publications de la Société des Bibliophiles de Mons. Cet ouvrage est estimé et regardé comme la meilleure des productions de Beaucourt de Noortvelde.
(') Nos archives renferment une copie moderne de l'exemplaire adressé à notre église.
(2) Beaucourt de Noortvelde, op. cit., p. 40.
(•^) Voici l'inscription de cette cloche, telle que la donne M. Weale dans Bruges et ses environs, 3'"^ édit., Bruges 1875, pp. 174, 175 :
ICK HIEDT SALUATOR 'k HAD MYN HELDER KLANCK VERLOREN : DOCH BEN TEN DIENSTE VAN SINT GILLIS KERCK HERBOREN : IOANNA IS MYN NAEM AEN DE HEEREN PASTOR EN KERCKM". EN TGEMEEN ICK T WESEN SCULDICH BEN : PASTOR HEER EN*^^ M'' lOANNES CAROLUS DE CUYPERE : DE HEEREN KERCKM" FERDINANDE LANDTSCHODT : FRANÇOIS REUIERS. lOANNES REUIERS. FRANÇOIS VERBEKE. GUILLE'" TARWE. PAULUS DE GENELLIS : PETER D'' FRANÇOIS REUIERS : METER I°*= lOANNE SPICKET : REPUDIT IGNATIUS DE C^CK ANNO 1715.
Le culte des reliques des Saints se manifeste de deux façons principales : on les expose à la vénération des fidèles^ qui viennent les baiser pieusement^ et on les porte en procession. Nous allons traiter de cette double manifestation^ en ce qui concerne les reliques de saint Gilles; nous verrons successivement à quels jours de l^année^ et avec quelles cérémonies^ on les offrait à baiser^ et quand on les portait en procession. Nous ajouterons quelques mots sur ce qui se pratique de nos jours.
a) Exposition des reliques de saint Gilles. Un détail extrait du compte de la S* Jean 1629 à la S* Jean 1530^ montre qu'à cette époque on vénérait journellement une relique de saint Gilles. Nous y lisons : Item betaelt voor tsuveren ende scoonmahen vander relicque van sinct Gillis, daee mede men DAGHELicx ZENT,... xij groten (^). Il ne s'agit pas dans cet extrait de la grande relique du saint abbé^ communément appelée le bras de saint Gilles mais d^une relique de moindre importance {^), qu'on faisait vénérer sans doute aux pèlerins, dont notre église était le rendez- vous journalier dans la première moitié du XVI® siècle.
Les détails qui vont suivre se rattachent tous à la vénération du bras de saint Gilles. On donnait cette précieuse relique à baiser, aux époques suivantes de l'année :
A la dédicace de l'église, Kermisdag, qui se célébrait le Dimanche avant la fête de saint Gilles, c'est-à-dire, le dernier Dimanche du mois d'Août (^).
Q) Item payé pour le nettoyage et la mise à neuf du reliquaire de saint Gilles, qu'on présente journellement à baiser,... xij gros. (Chap. v des dép. Eeg. i, fol. xc v°). Zennen, zeinen est l'équivalent de zegenen, bénir; dans le cas présent, il signifie : donner à baiser. Voyez De Bo, Westvlaamsch Idioticon, tom. ii, Brugge 1873, p. 1425, v° Zeinen. — Zeinen met, dit l'auteur, den zegen geven met iets dat gewijd of heilig is, et il donne pour exemples : Zeinen met wiewater. lemand zeinen met eene relikioie of met een Tcusspaan, îr. donner à baiser une relique ou une 'paix. De zeinen vient zeinsel, reliquaire, relikiviekastje waarmede men zeint, dit De Bo, loc. cit.
O Tom. I, p. 444, note 2.
(^) Quœ dedicatio semper colitur dominica ante festum S. Mgidii, dit le tableau des offices de l'église, dressé en 1634-35, sous le curé François Geleyn.
Le l^*" Septembre, fête de saint Gilles, et pendant l'octave.
Le Jeudi-Saint et le Vendredi- Saint.
Les comptes de la fabrique fourmillent de détails à ce sujet; prenons-en quelques-uns au hasard :
Ontfaen hermessedaghe, sint Gillis daghe ende hinder octave van ommeganc ende zeynene,... ij Ih. xvij se. gr. (^).
Tous les comptes postérieurs, durant plus d'un siècle, renferment le même détail formulé dans des termes analogues ou plus explicites encore, surtout au XYII^ siècle. Voici, par exemple, comment s'exprime le compte du 1^^" Juillet 1633 au 30 Juin 1634 (cbap. iv des recettes) :
OntfancJc van seyngelt. — Ontfaen den œ-xviij^^ ougst 1633, opden herckwydynghedach, over seyngelt metten aerme van s^ Gillis,... xiij se. gr.
Ontfaen den septemher over zeyngelt metten selven aerme,... xxv se. gr.
Ontfaen den viij^^ 7^"'% onse Vrauwe ghehoorte dach, wesende d'octave van s^ Gillis, over seyngheU,... iiij se. x gr. (^).
Il appert d'un détail inséré au compte du 1^^ Juillet 1604 au 30 Juin 1605 (cbap. v des recettes), qu'on offrait la relique à baiser, dès la veille de la Saint-Grilles, au salut :
Ontfaen.... den laetsten ougst (1604) ojp 8^ Gillis avont dacli in tlof van seynnen twaelf groote (^) . Nous n'avons rencontré ce détail qu'une seule fois.
Q) Eeçu le jour de la dédicace, à la Saint-Gilles et pendant l'octave, comme produit des quêtes et du baisement de la relique, 2 livres 17 escalins de gros. (C. S' Jean 1528- id. 1529, chap. v des recettes. Reg. i, fol. xxij v°). Par ommeganc, il faut entendre ici les quêtes, qui se faisaient dans l'église, jadis comme aujourd'hui, durant les offices divins.
(^) Eecettes provenant de la vénération des reliques. — Reçu le 28 Août 1633, fête de la dédicace, pour vénération du bras de saint Gilles, 14 escalins de gros.
Reçu le 1*=' Septembre, pour vénération du même bras, 25 escal. de gros.
Reçu le 8 Septembre, fête de la Nativité de la sainte Vierge, dernier jour de l'octave de saint Gilles, pour vénération des reliques, 4 escalins 10 gros.
(•^) Reçu... le dernier Août (1604), veille de la Saint-Gilles, au salut, pour vénération des reliques, 12 gros.
Voici quelques extraits concernant le Jeudi- Saint et le Vendredi- Saint :
Ontfaen van tzeghene vanden aerme op wittendonderdach,... ijsc.{^).
Ontfaen upden goeden vrydach van datter innecam met seinen met den aerme ende inde choor, hoven xvj gr. anden pries tere, ende den costere ende roedraegliere elck zes grooten, hlyft hate,... XV se. x gr. (^).
Ontfaen van het seinen met de relycque van 8^ Gillis upden goeden vî^dach ende datter ghegheven wiert voor tcruce ende inden choor, hoven 16 gr. anden priestere ende 12 grooten anden roedraghere voor het toesicht,... 0-9-0 (^).
Goeden vrydach van het segenen van tcruse ende 8^ Gillis aerm,... xviij se. x gr. ('^).
On trouve aussi : Ontfaen up witten donderdach ende goeden vrydach met de relyclce van 8. Gillis y., xvj se. viij gr. {^).
Inutile de multiplier davantage ces extraits.
(^) Eeçu ponr vénération du bras (de saint Gilles), le Jeudi- Saint, 2 escal. (C. 1 Juillet 1626- 30 Juin 1628, chap. v des recettes.)
(^) Eeçu le Vendredi- Saint comme produit des offrandes recueillies dans le chœur, et tandis qu'on présentait à baiser le bras (de saint Gilles), déduction faite de 16 gros donnés au prêtre, plus 6 gros payés au sacristain et autant au bedeau, reste boni 15 escalins 10 gros. (C. 1 Juillet 1587- 30 Juin 1588, chap. IV des recettes. Eeg. v, fol. 6 v°.)
(^) Eeçu pour vénération de la relique de saint Gilles le Vendredi-Saint, et à titre d'offrandes faites devant la croix et au chœur, après déduction de 16 gros donnés au prêtre et de 12 gros payés au bedeau pour surveillance, 0-9-0. (C. 1 Juillet 1590- 30 Juin 1591, chap. iv des recettes. Eeg. v, fol. xxxv v°.)
Afin de comprendre les deux derniers extraits, il est nécessaire de savoir, qu'indépendamment de la relique de saint Gilles, on offrait la croix à baiser le Vendredi- Saint, tant au chœur, que devant le grand crucifix placé dans l'église basse, inde voorTcercke voor H. cruuse. L'extrait suivant mettra mieux encore la chose en lumière : Ontfaen datter inneghecomen es upden goeden vrydach van seinen inden choor ende hy tcruce ende de aerme, hoven xvj gr. etc. ix se. iiij gr. (C. 1 Février 1589- 30 Juinid., chap. iv des rec. Eeg. v, fol. xix v°.)
(^) Eeçu le Vendredi- Saint pour vénération de la croix et du bras de saint Gilles, 18 esc. 10 gr. (C. 1 Juillet 1619- 30 Juin 1620, chap. iv des rec.)
(^) Eeçu le Jeudi- Saint et le Vendredi- Saint, en faisant vénérer la relique de saint Gilles, 16 escalins 8 gros. (C. 1 Juillet 1632- 30 Juin 1633, chap. iv des recettes.)
En dehors des jours précités, on faisait vénérer le bras de saint Gilles dans certains cas exceptionnels. Ainsi nous lisons :
Ben 15 Maerte (1631) aelmoessen ghecolledeert gheduerende het Juhileum met het seghenen vanden aerme van Gillis,... t'x Ih. xiiij se. gr. (^).
Ontfaen.... in tlof van 29 Septemher (1635) van seghen metten haerme van Gillis,... iiij se. gr. (^).
Vers le milieu du XVIP siècle, nos comptes cessent de renfermer une rubrique spéciale, relative au seyngelt; cette rubrique ne figure déjà plus dans le compte du P^' Juillet 1641 au 30 Juin 1642. Cela seul ne sufiit pas pour prouver que la coutume, dont nous venons de traiter, fût tombée en désuétude à cette époque. Le tableau des ofîices et cérémonies de Féglise, dressé en 1634-35, mentionne la vénération des reliques de saint Gilles au jour de sa fête, mais il garde le silence touchant le Jeudi- Saint et le Vendredi- Saint.
Entrons maintenant dans quelques détails au sujet des honneurs rendus aux reliques de saint Gilles, le jour de la dédicace, et le l®*" Septembre, fête du saint abbé.
Les reliques étaient exposées dans Téglise et ornées. Voici comment s'exprime le compte du P^' Juillet 1648 au 30 Juin 1651 (chap. vi des dépenses) :
Betaeldt aen Iva, dévote dochter, over leverynghe van vîerentwyntich houcxhens met zilver en vier roosemaryn hoomhens, mitsgaders haeren aerheydt van het hecleeden ende jpareren van het tahernahelj daerinne de reliquien van sinct Gillis op synen feestdagh uutghestelt ende omghedreghen zyn gheweest, ten jaere xyj^ xlix*^^\ tsamen xvij se. gr. (^).
(^) Produit des aumônes recueillies le 15 Mars 1631, pendant le jubilé, en offrant à baiser le bras de saint Gilles, 9 livres 14 escalins de gros. (C. 1 Juillet 1630- 30 Juin 1631, chap. vi des recettes.)
(^) Reçu pendant le salut du 29 Septembre 1635, oii Ton fit baiser le bras de saint Gilles, 4 escalins de gros. (C. 1 Juillet 1635- 30 Juin ]636, chap. iv des recettes.)
("*) Payé à Ivette, fille dévote, pour livraison de vingt-quatre livrets de fe^.illets d'argent et de quatre arbustes de romarin, et en outre pour sa peine
Nos anciens inventaires relatent aussi quelques objets, qui servaient à Fexposition et à F ornementation des reliques du Saint :
Een cushen van zyde damast van diversche couleuren, omme den aerme van 8^ Oillis up te legghen (}) .
Vier geluwe gordynhens met noch drye andere stycx tôt het cieraet vanden harm van 8^ Gillis (^).
Le 1^^' Septembre, à Fissue de la procession, qui suivait la messe solennelle et le salut, tous les fidèles venaient baiser les reliques de saint Grilles, que le curé tenait entre ses mains, au pied du maître-autel; la même pratique s'observait le Dimanche et les jours de fête pendant l'octave. Ce détail est consigné dans le tableau des offices de 1634-35, à la date du 1^^' Septembre :
1^ (8eptemhris). Festum 8^^ Mgidii, Ahhatis, Patroni hujus Ecclesiœ, quo die fit processio sollemniter cum Beliquiis ejusdem 8ancti, quœ Reliquiœ, aliis et per octavam occurrentihus festis aut dominicis, in supplicatione deferuntur, et post eamdem omnis populus, post summum sacrum et laudes vespertinas, easdem Reliquias osculatur ante summum altare, easque tenet in manihus suis D. Pastor, qui cuicumque advenienti henedicit cum eisdem, aut alius major celehrans (^).
à tapisser et à décorer le tabernacle, dans lequel les reliqnes de saint Gilles ont été exposées et portées en procession le jour de sa fête, en l'année 1649, ensemble 17 escalins de gros. — Un autre extrait du même chapitre de dépenses nous apprend la destination des feuilles d'argent, dont il est ici question; on s'en servait pour décorer les lauriers, orangers et autres arbustes, qui ornaient le maître -autel et le reste de l'église.
Un petit coussin en damas de soie de diverses couleurs, pour y reposer le bras de saint Gilles. (Inventaire du 14 Novembre 1605.)
(^) Quatre petits rideaux jaunes avec trois autres pièces d'étoffe, pour orner le bras de saint Gilles. (Inventaire dressé vers 1611.)
(^) Le tableau des oflBces de 1634-35, d'oîi nous tirons ce passage, mérite, à raison de son importance, une mention spéciale. Il porte, en tête, cette inscription : Ad maiorem Dei gloriam. Anniversaria et Proyivpta Ecclesiœ 8. Egidii. Quihus adiunguntur solemnitates, celehrationes Missarum, atque consuetudines, Processionesque totius anni extraordinariœ : tum a Populo, tum Clero, sive Choro, atque Ministris Ecclesiœ ohservari solitœ. Horum descriptio incipit a mense Novembri anni 1634.
Les reliques de saint Gilles demeuraient exposées toute la journée du 1^^ Septembre, et la garde en était confiée à des prêtres, ou même à des employés laïques de Féglise, que la fabrique payait pour leur peine. Le tableau des ofiices, dressé en 1560, par le curé Adrien van der Haghe, porte la note marginale suivante au P^' Septembre :
Item sacerdos ^ro hrachio 8^^ Egidij sedendo toto die iisque ad eamdem (sic) finem hahet 2 sgg. (^).
Les comptes nous fournissent de curieux renseignements sur cette coutume :
Betaelt an het waswyf over het sorghe draghen van het seinsel uj) Sint GilUs dach,... 1 se. iiij gr. (^).
Betaeldt aen twee priesters die gheseten hehben hyde reliquien van Sinct Gillis opde kerchwydingJie ende Sinct Gillis dagh, de twee jaeren xvi^ xlviii ende xvi^ xLix,.... tsamen viij se. gr.
Betaeldt aen Joos Vermuelen ter cause van ghelycTc zitten opde kerchwydinghe, Sinct Gillis dagh ende de octave XYi^vyftich,... tsamen v se. gr. En marge : Zy voortaen hiertoe eenighen priester versoght tôt meerder eere vande reliquien (^).
Ce tableau suit l'ordre du calendrier et forme un petit volume in-18. Il ne se contente pas de donner une sèche nomenclature des offices, tels qu'anniversaires, messes, etc., mais il entre dans une foule de détails sur nos anciennes cérémonies et solennités. Commencé sous le curé François -Geleyn, en 1634, ce tableau a été continué et complété jusqu'en 1797, par ses successeurs, les curés Jennyn, Neyts, De Cuypere, Peemans et Gailliard. Il forme donc une espèce d'histoire abrégée de notre église, pendant une période de cent soixante-trois ans. Le manuscrit se termine par diverses notes, ayant presque toutes pour objet les droits des curés de Saint-Gilles et fort intéressantes sous ce rapport. Le changement continuel d'écriture, les ratures et les surcharges rendent ce tableau d'un usage difficile.
{}) La même note nous apprend que, le Vendredi- Saint, un prêtre se tenait assis près de la relique jusqu'à midi : ... et die veneris sancto, continue-t-elle, usque ad horam xij habet ah ecclesiœ receptore 12 g.
(^) Payé à la marchande de ciro pour le soin qu'elle a pris du reliquaire, le jour de saint Gilles, 1 escalin 4 gros. (C. 1 Juillet 1629- 30 Juin 1630, chap. m des dépenses.)
Payé à deux prêtres, assis près des reliques de saint Gilles, à la dédicace et à la fête de saint Gilles, en 1648 et 1649, ensemble 8 escalins de gros.
Ces derniers extraits nous apprennent que ce n'était pas seulement à la Saint- Gilles, mais aussi le dernier jour de Foctave et à la dédicace^ que les reliques du saint abbé étaient exposées hors du temps des offices.
Betaelt an Jacques Vermuelene de welche gheseten heeft hyde h. Eeliquien van Sint Gillis op de herckwydynghe ende Sint Gillis dagh 1651^... tsamen iiij se. En marge: Transeat maer diende wel hy de Heeren Kerckmeesters te gheschieden als hier voortyden Q),
Cette remarque est de Pécriture du curé Jennyn.
Ces extraits ne disent pas si le personnage assis près des reliques de saint Gilles^ les offrait à baiser aux fidèles, ou se contentait de veiller sur ce précieux dépôt, et d'empêclier, par sa présence, tout acte contraire au respect qui lui était dû. De nos jours encore, il est certaines reliques insignes, près desquelles se tient assis celui qui les présente à baiser; telles sont, par exemple, la relique du précieux Sang de Notre- Seigneur, à la cbapelle de Saint-Basile, à Bruges, et celle des saints Cheveux, à F église de Notre-Dame, à Courtrai, mais ce sont toujours des prêtres qui les font vénérer. Primitivement aussi, c'étaient des prêtres qui s'asseyaient près des reliques de saint Gilles; le tableau de 1560 et le compte de 1648 à 1651 le prouvent. Les marguilliers doivent également, pendant un temps, s'être acquittés de cette tacbe; la cbose résulte de la protestation du curé Jennyn, insérée au compte de 1651 à 1653 diende wel hy de Heeren Kerclcmeesters te gheschieden als hier voortyden. La présence des
Payé à Josse Yermenlen, pour pareille besogne, à la dédicace, à la Saint- Gilles et le dernier jour de l'octave, en 1650, ensemble 5 escalins de gros.
En marge : Qu'nn prêtre soit désormais invité à cette fin, pour honorer davantage les reliques. (C. 1 Juillet 1648- 30 Juin 1651, cbap. vi des dépenses.)
(^) Payé à Jacques Vermeulen, qui fut assis près des reliques de saint Gilles, à la dédicace et à la fête de saint Gilles, en 1651, ensemble 4 escalins. En marge : Passe pour cette fois, mais il conviendrait qu'à l'avenir cette besogne fût faite, comme au temps jadis, par messieurs les marguilliers. (C. 1 Juillet 1651- 30 Juin 1653, chap. vi des dépenses.)
marguilliers auprès des reliques de saint Gilles n^a rien qui doive étonner. Le Processionale Bomanum préconise une coutume analogue; parlant de l'adoration de la croix, qui se fait, en certaines églises, le Dimanche des Rameaux, il nous montre les marguilliers assis près de la table, sur laquelle la croix se trouve exposée (^).
Vers le milieu du XVII^ siècle, Fusage s'introduisit de faire asseoir près des reliques de saint Gilles un employé laïque de l'église, usage peu convenable, contre lequel les curés crurent de leur devoir de protester. Lors de la reddition du compte de 1648 à 1651, le premier qui nous signale l'apparition de ce personnage subalterne, le curé Jennyn fit observer, que l'honneur dû aux saintes reliques réclamait auprès d'elles la présence d'un prêtre : Zy voortaen, écrivit-il en marge, hiertoe eenighen priester versoght tôt meerder eere vande reliquien. Cette observation ne produisit point d'effet, et, à la reddition du compte suivant, Jennyn réitéra sa protestation, disant qu'en l'absence d'un prêtre, les marguilliers tout au moins eussent dû reprendre leur ancien poste d'honneur auprès des reliques. Rien n'y fit; le nouvel usage prévalut, et, dans les comptes subséquents, nous ne voyons plus figurer un seul prêtre, en qualité de gardien des reliques du patron, à la dédicace et au 1®^' Septembre, mais toujours un laïque, dont le salaire fut fixé à 3 escalins de gros. A dater de l'année 1685, cette rétribution fut prélevée sur le produit des offrandes, et dès lors le détail, qui nous occupe, disparut des comptes. Le compte du 1 Juillet 1685 au 30 Juin 1687 s'énonce comme suit, au chapitre VI des dépenses : Item (betaelt) aen een jpersoon die gheseten heeft by de voornoemde
Q) Ad adorationem Crucis (quœ hodie in quihusdam Ecclesiis fieri solet) in navi Ecclesiœ, uhi ponitur imago Crucis super mensam honorifice ornatam, AssiDENTiBUS MAGiSTRis FABRiCiE, CeUhrans cum Diacono et Suhdiacono, genuflectendo dicit Ave Eex noster, deinde deponit calceamenta, et accedit ad adorandam Crucem, ter genua flectens ante deosculationem Crucis. {Processionale ritihus Romance Ecclesiœ accommodatum, AntverpiaB 1774, p. 71.)
Reliquien {van 8^ Gillis) op de voorseyde feestdaghen, tôt dry schellinghen tsjaers, van de jaeren 1685 ende 1686, is ooch uut de haete van het seynsel hetaelt, dus memorie (^).
Anciennement, et pour autant qu^il est permis d^en juger par divers extraits des comptes, rapprocliés du passage emprunté au tableau de 1634-35 (^), c^était le curé qui offrait à baiser les reliques de saint Grilles, tout au moins à Fissue des principaux offices. Dans le relevé des frais de célébration de la Saint- Gilles en 1595, nous lisons: Den jpasteur van zeinenj... 0-1-8 P), et dans le compte du 1^^ Juillet 1600 au 30 Juin 1601 : Betaelt Adr. vander Haghe, den E. jpastoor.,. voor seynnen opden goeden vrydach,... j s. viij gr. Ailleurs cependant, et le plus souvent, on trouve : Betaelt den priestere van zeinen,... 0-1-8, Item den jpriester die zende,... 0-1-8, ou Betaelt voor seinen (^) tout court. Signalons encore le curieux détail suivant, tiré du compte de la S* Jean 1564 à la S^ Jean 1565, chapitre IV des dépenses : De priestere van zeynen up Gillis dach metten aerme, midts dat hy tnoenmael vander Tcerche niet en hadde,... xviij gr. (^). Le même détail se retrouve dans le compte de la S* Jean 1565 à la S* Jean 1566.
h) Reliques de saint Gilles portées en procession. Aussi liaut que remontent nos comptes, c^est-à-dire, jusqu^en 1527, nous trouvons des traces de ces cérémonies religieuses; citons comme preuve deux extraits de nos premiers comptes :
(^) Item payé à une personne, qui s'est tenue assise près des susdites reliques (de saint Gilles) aux fêtes précitées, à raison de trois escalins par an; en 1685 et 1686 cette somme a été prélevée sur les recettes provenant de la vénération des reliques, donc pour mémoire.
O Voyez ci-dessus, p. 95.
(^) Payé au curé pour avoir fait vénérer les reliques, 1 escalin 8 gros. (C. 1 Juillet 1595- 30 Juin 1596, chap. i des dépenses. Reg. v, fol. Ixxxviij v<>.)
(^) Payé au révérend curé, maître Adrien vander Haghe, pour avoir offert à baiser les reliques, le Tendre di- Saint, 1 escalin 8 gros. (Chap. unique des dép. Eeg. v, fol. 144 r°.)
(^) Payé au prêtre qui présentait les reliques à baiser,... payé pour la présentation à baiser des reliques, 1 escalin 8 gros.
(^) Payé au prêtre pour avoir fait vénérer le bras de saint Gilles, le jour de sa fête, vu que l'église ne lui fournissait pas le dîner, 18 gros.
Item hetaelt om sint GilUs arem omme te draghenSy,. xij se. gr. (^).
Item ontfaen van Pauwels Gockuut ter causen vanden vercoope van eene copere vergulde hasse daer medemen Gillis aerme plochte te draghene^ weghende Ixxv II. te iij gr. tpondtj... xviij se. ix gr. (^) .
Voici encore un détail^ que nous fournit le compte du 1^*^ Juillet 1607 au 30 Juin 1608 (chap. unique des dépenses) :
Voor tschilderen vanden stoel om 8^ Gillis relique te draghen,... iij se. iiij gr. (^).
Quels jours se faisait cette procession ?
Les comptes n'en signalent que deux : le jour de la dédicace (*) et la fête de saint Gilles, opde herckwydinghe ende Sinet Gillis dagh.
Le tableau de 1634-35 parle en ces termes du jour de la dédicace : In dedicatione templi 8^^ Mgidii post summum 8acrum fiunt proeessiones per parvum eireuitum, etpost laudes vespertinaSy eircum templum. Il y avait donc, ce jour-là une double procession : la première sortait de l'église, à l'issue de la grand'messe, et suivait le petit itinéraire, per parvum circuitum; la seconde se faisait autour de l'église, circum templum, après le salut. Le petit itinéraire, dont il est ici question, comprenait la rue du cbœur S*^ Gilles, une partie du quai long, la rue de la main d'or et celle de F église S* Gilles; la procession du quatrième Dimanclie du mois, établie, en 1642, en
Q) Item payé pour porter en procession le bras de saint Gilles, 12 escalins de gros, (G. S' Jean 1527- S' Jean 1528, chap. iv des dépenses. Eeg, i, fol. xij r".)
Q) Item reçu de Paul Gockuut pour vente d'une châsse en cuivre doré, du poids de soixante-quinze livres, servant à porter en procession le bras de saint Gilles, à raison de trois gros la livre, 18 escalins 9 gros. (G. S' Jean 1536- S' Jean 1537, chap. vu des recettes. Eeg. i, fol. clxvj v°.)
(^) Payé pour la peinture du brancard, sur lequel on porte la relique de saint Gilles, 3 escalins 4 gros.
(■*) Nous avons déjà dit que la dédicace se solennisait le Dimanche qui précédait) immédiatement la fête de saint Gilles, c'est-à-dire, le dernier Dimanche d'Août,
^honneur de la très-sainte Trinité et de Notre-Dame de Remède, suivait le même itinéraire, durant les mois d^été (^).
Le tableau de 1634-35, en décrivant les ofl&ces de la Saint-Gilles, dit clairement qu'on portait en procession les reliques du saint abbé, non-seulement le jour de sa fête, mais encore le Dimanche pendant F octave, et aux autres fêtes qui se célébraient du l^'^' au 8 Septembre : qiiœ Reliquiœ {S^^ Mgidii, Abhatis), aliis et per odavam occurrentibus festis aut dominicis in suppUcatione deferuntiir. A la date du 8 Septembre, se trouve la note suivante, écrite de la main du curé Jean Neyts, qui occupa la cure de Saint- Gilles de 1655 à 1692 : 8* die finituT octava 8^'^ ^gidii, et post Laudes vespe^'tinas fit processio cum reliquiis dicti Sancti, quœ processio a muUis annis omittitur. Ce dernier membre de pbrase, évidemment de la même main, paraît avoir été ajouté plus tard. Le curé Jean De Cuypere a écrit au-dessous: et omittitur adhuc anno 1725. La procession de F octave de saint Gilles était donc tombée en désuétude avant la fin du XVIP siècle, et ne fut pas rétablie depuis.
La procession du 1^^' Septembre se faisait avec grande solennité : qtio die, dit le tableau de 1634-35, fit processio SOLLBMNITER cum BeliquUs ejusdem Sancti [Mgidii). Nous en donnerons la description plus loin. L'itinéraire suivi par la procession était beaucoup plus long que celui du jour de la dédicace, mais il nous est impossible de désigner les rues que parcourait le cortège, antérieurement à 1783.
Par lettre pastorale, en date du 30 Mai de cette année, Mgr. Félix- Guillaume Brenart, évêque de Bruges, apporta des modifications aux processions des diverses églises parois-
Q) ... de processie... sal ghedraghen tuorden van achter de Tcerclce door het Choorstratjen, voor hy den Bergh, (le Mons perfectœ charitatis, situé quai long), keerende aen de Ghoude handt, door de TcercTc ende S* Gilles straete, in den somer ofte met schoon tveder, in den lointer rontsom de hercke oft van hinnen de liercke naer ghelegentheyt. (Voyez le Besolutie-Boeclc de la confrérie de la Sainte-Trinité, séance du 15 Décembre 1642, fol. 18 v°, en marge du n° 2.)
siales de sa ville episcopale (^), notamment à celles qui se faisaient partout le Dimanche pendant l'octave de la Fête-Dieu; plusieurs abus s^étaient glissés à la longue dans ces processionsj tant sous le rapport de Fitinéraire, qu'on avait insensiblement allongé^ que sous celui des stations et reposoirs, multipliés outre mesure (^). Sa Grandeur statua qu'aucune procession ne dépasserait le terme d'une heure^ et prescrivit^ pour chaque paroisse^ l'itinéraire à suivre et le nombre des reposoirs à établir. Nous extrayons de la lettre de Mgr. Brenart les mesures prises concernant notre église; ces mesures regardent non-seulement la procession qui sortait le Dimanche durant l'octave de la Fête-Dieu et le Dimanche de la Sainte- Trinité, mais encore celle du 1^^' Septembre, et se rattachent ainsi à notre sujet :
De Processie der Parochiale van S. Gillis zal voortaen haeren omlceer nemen uyt de Kerhe langs het Chooe-straetjen, naer de Lange-Reye ; dan intrekkende langs de Goud-hand- STRAETE, langs de Augustyne-Reye, tôt de Ylamink-brugge; van daer langs de Ylamink-steaete, tôt aen Teebaillie : van daer langs de Claere-straeïe, tôt aen het Maekelaertjen : voorders regt door naer den Autaer van de vyp-houken, en van daer langs de Rente, naer de zelve Kerhe. Zoodaeniglyk dat' er niaer twee Autaeren en zullen blyven, den eersten op de Vlamink-brugge, en den tweeden op Terbaillie. Men zal den zelven Tour doen^ met de voornoemde Autaeren, alleenelyh op den Patroon-dag van den H. vEgidius; en ooh op den Feestdag van H. Dryvuldigheyd (^).
Mgr. Brenart parle ensuite des autres processions en usage à Saint-Gilles, mais il ne dit mot de celle de la dédi-
Q) Savoir de Notre-Dame, de Saint -Sauveur, de Saint-Jacques, de Saint- Gilles, de Sainte-Anne et de Sainte-Catherine; les processions de Sainte-Walburge et de la cathédrale de Saint -Donatien ne subirent aucune modification.
(2) ... zoo door het verlangen van den Processie-Weg ofte Tour, houden van Statien, stellen van menigvuldige Autaeren als andersints (pp. 1, 2).
(^) Cette lettre pastorale forme un imprimé de sept pages, in-18; un exempUire s'en trouve dans les Acta Episc. Brugen., Reg. Lxxiv, ad 30 Maii 1783.
cace, ce qui nous fait supposer que cette dernière avait été supprimée à une époque antérieure.
C'étaient des prêtres qui portaient les reliques de saint Gilles aux diverses processions. Nos plus anciens comptes inscrivent parmi les dépenses une rétribution pécuniaire à payer aux porteurs de ces reliques (^), mais le compte de la S* Jean 1538 à la S* Jean 1539 est le premier qui nous les montre portées par des prêtres; on y lit, au chapitre IV des dépenses : Twee priesters, van sint Gillis arme omme te draghenej.,. xij gr. (^).
Ce détail se retrouve, avec quelques variantes, dans tous les comptes postérieurs, jusques et y compris celui du 1^^ Juillet 1685 au 30 Juin 1687; il est d'ordinaire formulé comme suit :
Betaelt an twee priesters die ghedreghen hehhen inde processie de H. H. Religiiien van sint Gillis opde herchwydynghe ende Sint Gillis dach, tôt twee schell. gr. fsjaers (^).
Ces lignes montrent que chaque prêtre recevait pour sa peine un escalin de gros par an.
Dans le compte du 1^^' Juillet 1685 au 30 Juin 1687, chap. VI des dépenses, nous lisons :
Voorts aen twee priesters die ghedraghen hehhen de Reliquien van Gillis op de feestdaghen de twee jaeren voorseyt ij se. t sjrSj zyn hetaelt unt de haete van het seynsel, dus memorie
Il ressort de ce détail que la fabrique paya les porteurs des reliques jusqu'en 1684, et qu'à dater de cette époque,
(^) Voyez ci-dessus, p. 100.
(^) Payé à deux prêtres qui ont porté le bras de saint Gilles, 12 gros. (Reg. I, fol. ccix r°.)
(^) Payé à deux prêtres qui ont porté les reliques de saint Gilles dans la procession, le jour de la dédicace et à la fête de saint Gilles, à raison de deux escalins de gros par an.
(^) Payé à deux prêtres qui ont porté les reliques de saint Gilles aux fêtes, les deux années susdites, à raison de deux escalins par an... Cette somme a été prélevée sur l'argent provenant de la vénération des reliques, donc pour mémoire.
ceux-ci furent payés du produit des offrandes des fidèles, qui venaient vénérer les susdites reliques. Les comptes suivants ne mentionnent plus cette dépense.
Nous avons déjà vu, par divers extraits de nos comptes, de quelle façon les reliques de saint Gilles étaient jadis portées en procession. On les plaçait dans une châsse en cuivre doré:... eene cogère ver guide casse daer medemen 8^ Gillis aerme plochte te draghene Q); cette châsse fut vendue en 1536 ou 1537, pour le produit en être affecté à la fonte de nouvelles cloclies (^). Nous ignorons si Fon remplaça cette châsse par une autre, soit en bois, soit en métal; nos comptes sont muets à cet égard. Peut-être se contentait-on de fixer sur un brancard le coffret ou T armoire, qui servait à garder les reliques du Saint, et dont on trouve maintes traces dans les comptes de la fabrique (^). Toujours est-il qu^on portait les reliques sur un brancard; le compte du 1^^ Juillet 1607 au 30 Juin 1608, nous apprend que la fabrique paya 3 escalins 4 gros pour faire peindre ce meuble Le compte du 1^^ Juillet 1648 au 30 Juin 1651 parle d^un tabernacle, dans lequel les reliques de saint Gilles furent exposées et portées en procession, le 1^^' Septembre 1649 het taberiiahel daerinne de religuien van sinct Gillis op synen feestdagk uutghestelt ende omghedreghen zyn gheweest, ten jaere xvi^ xlix*^^'^ (^). Le portereliquaire, dont on se sert aujourd'hui, et que reproduit la planche III de notre travail, date, comme nous Pavons dit (^), de la seconde moitié du siècle passé.
Terminons ce paragraphe par quelques mots sur les honneurs que reçoivent, de nos jours, les reliques de saint Gilles.
C) Voyez plus haut, p. 100.
(2) Tome I, p. 444, note 3.
(3) Id., p. 451.
Tom. I, p. 451; tom ii, p. 100.
(^) Tom. II, p. 94.
O Tom. I, p. 467.
Nous le disons à regret; ces honneurs sont bien peu de chose, comparés à ceux que nos ancêtres rendaient à ce pieux trésor.
Durant toute la journée du 1^'^' Septembre^ les reliques de saint Grilles sont exposées sur un gracieux piédestal^ entouré de lumières^ de plantes et de fleurs. On les présente à baiser le matin de bonne heure, après la bénédiction de Peau, et le soir à l^issue des offices; Fadoration perpétuelle du Saint- Sacrement, qui a lieu le 1^^' Septembre, empêche de faire vénérer les reliques à d^ autres temps de la journée. Pendant le reste de F octave, on les expose aux messes célébrées en Fhonneur de saint Grilles et au salut; les fidèles viennent les baiser après ces offices. Le Dimanche durant F octave et le dernier jour, fête de la Nativité de la Vierge, Fexposition des reliques se fait en outre à la grand' messe.
Lorsqu'un mois de l'année compte cinq Dimanches, les reliques du saint abbé se trouvent exposées le dernier de ces Dimanches, tant à la grand'messe qu'au salut, à l'entrée du sanctuaire, du côté de l'évangile; on les offre ensuite à baiser. Nous ignorons l'époque précise de l'introduction de cette coutume, qui date bien certainement de ce siècle.
Au mois d'Août 1873, le conseil de la confrérie de saint Grilles résolut de faire chanter désormais un salut en l'honneur de son patron, le troisième Mercredi de chaque mois. Ce salut se célèbre régulièrement depuis le mois de Septembre de la susdite année.
Les diverses processions de la paroisse de Saint- Grilles (^) ont été remplacées par une seule, qui se fait de deux
(^) Nous entendons parler des processions qui se faisaient à l'extérienr de l'église. A la fin du siècle passé, il y avait, tous les ans, trois grandes processions : le Dimanche de la Sainte-Trinité, le Dimanclie pendant l'octave de la Fête-Dieu, et le 1^"^ Septembre, fête patronale de l'église. (Voyez ci-dessus, p. 102, l'extrait du mandement de Mgr. Brenart.) Outre ces processions solennelles, il s'en faisait plusieurs autres moins longues, savoir le quatrième Dimanclie de chaque mois (pp. 100, 101) et le dernier jour de l'octave de la Fête-Dieu. Mgr. Brenart, par son mandement précité, supprima celle qui clôturait l'octave de la Sainte -Trinité.
en deux ans^ le Dimanclie de la Sainte-Trinité; des jeunes gens, en costume d'acolyte, y portent les reliques de notre glorieux patron. La procession du l*^^' Septembre a été supprimée. Le Dimanche pendant F octave de saint Grilles, ses reliques figurent à la procession, faite en son honneur, à l'intérieur de l'église. Mêmes porteurs.
Nous ne parlons pas de l'anniversaire de la dédicace de l'église, qui se célébrait le dernier Dimanche du mois d'Août; car cet anniversaire, comme celui de la dédicace de toutes les autres églises, érigées sur le territoire de la République française, fut supprimé par induit apostolique du 9 Avril 1802, et transféré au. Dimanche qui suit immédiatement l'octave de la Toussaint (^). L'anniversaire de la dédicace de notre église ayant été supprimé, l'exposition des reliques du patron et la procession n'auraient plus de raison d'être.
Les reliques de saint Gilles figurèrent à la grande procession jubilaire du Saint-Sang, qui eut lieu à Bruges, le 3 Mai 1869. A cette occasion, le porte-reliquaire fut remis à neuf. Les reliques étaient portées sur un riche brancard, entouré de fleurs et de lumières. De jeunes enfants, tenant la mitre, la crosse, une flèche et un livre, emblèmes et insignes du saint abbé, complétaient ce groupe (^).
Le sujet traité nous amène naturellement à parler de la manière dont la Saint-Gilles se fêtait chez nous, dans les
(^) Voici le texte de l'induit relatif à cette suppression : Sanctitas Sua mandat, ut Anniversarium Dedicationis Templorum quœ in ejusdem Gallicanœ BeipuMicœ Territorio erecta sunt, in Dominica quœ Octavam Festivitatis omnium Sanctorum proxirne sequitur, in cunctis Gallicanis Ecclesiis celehretur. (Concordat et recueil des Bulles et Brefs de N. S. P. le Pape Pie VII sur les affcires actuelles de l'Église de France, Paris 1802, p. 144.)
(2) Dispositif des solennités religieuses et programme explicatif et détaillé de la grande procession jubilaire du Précieux Sang du 3 Mai 1869, par un Chapelain du Précieux Sang (M. l'abbé Louis Van Haecke), Bruges 1869, p. 16. Les reliques de saint Gilles et leur entourage formaient le 20'"^ groupe de la procession. Une courte notice sur saint Gilles et ses reliques est insérée dans ]-î programme.
temps anciens. Nos comptes renferment à cet égard des détails sans nombre et d^un intérêt hors ligne; ces détails formeront la matière d^un curieux appendice^ en tête duquel nous inscrivons :
A BBUGES