Tome II, p
Metz-en-Couture. — Une chapelle de Saint-Gilles, avec bénéfice y annexé, existait autrefois à Metz-en- Couture, paroisse qui ressortit aujourd'hui au diocèse d'Arras {^). On con-
(^) Ces planches ont été tirées, avec beaucoup de soin, par M. J. Bouwcns, imprimeur en taille- douce, à Bruxelles.
(") Le livre dtc bailli de Véglise de Dunkerque, réimprimé par les soins et avec les notes de A. Bonvarlet (extrait du tome xiv des Annales du Comité flamand de France), Lille 1878, p. 60. Voyez, sur la signification du mot de hailli et sur le rôle de ce fonctionnaire, p. 6 du même opuscule.
(^) Nous avons développé et discuté la thèse de M. Victor Dcrode, pp. 402 et suiv. de notre tome ii.
(^) Le livre du bailli de Véglise de Bunkerque, p. 12.
(•^) Départ, du Pas-dc-Çalais, arrond. d'AiTas, canton de Bertincourt.
serve aux Archives de TÉtat, à Mons, la copie d'une charte émanée de Godefroid, évêque de Cambrai, et de Simon, abbé d'Anchin, confirmant la fondation de ladite chapellenie, faite par Gilles, châtelain de Bapaume. Cet acte est daté de Janvier 1232, style de Cambrai (1233, n. st.); en voici le texte, dont nous devons la communication au savant et aimable conservateur du dépôt de Mons, M. Léopold Devillers :
Godefridus, Dei gratia, episcopus Cameracensis (^), et S. (^), divina permissione, abbas Aquicinctensis, omnibus presentibus et fufcuris, salutera in Domino. Ad universorum notitiam volumns pervenire quod nos laudamus, volumus et approbamus capellaniam quam vir nobilis Egidius, castellanus Bapalmensis et dominas Belli Mansi, pro sainte anime sue, antecessorum et successorum suorum, constituit in honorem Dei et béate Virginis Marie et omnium Sanctorum et beati Egidii apiid Mesendiculturam, ita quod dictus castellanus dictam capellaniam oui voluerit conferret in prima donâtione, cetere vero coUationes dicte capellanie quotiescumque vacare contigerit post primam collationem ad abbatem Aquicinctensem in perpetuum libère pertinebunt, salvo tamen jure nostro et jure parochialis ecclesie, secundum quod in litteris dicti castellani super hoc confectis plenius continetur, quarura ténor talis est :
Ego Egidius, castellanus Bapalmensis et dominus Belli Mansi, notura facio presentibus et futuris quod ego dedi et concessi capellanie quam ego constitui apud Mesendiculturam in honorem Dei et béate Virginis Marie et Omnium Sanctorum et beati Egidii, pro sainte anime mee et pro animabus antecessorum et successorum meorum, de consensu reverendi patris ac domini G. Dei gratia Cameracensis episcopi, et etiam de assensu abbatis Aquicinctensis, qui jus obtinet patronatus jamdicte capellanie post primam donationem, viginti mencaldatas terre et quatuor ad mensuram Cameracensem, sitas in sarto quod vulgariter vocatur le Prehtre as Wartis, que bene valent annuatim sex libras parisienses, et medietatem furni de Mesendicultura que bene valet annua-
(') A cette époque, Metz-en- Couture (Mesendicultura) relevait du diocèse de Cambrai, et appartenait an doyenné de Beaumetz (de Bellomanso), qui ressortissait à son tour à l'archidiaconé de Cambrésis. Voyez A. Le Glay, Cameracum christianum, Lille 1849, p. 496. Un pouillé du XIV^ siècle, reproduit pur l'auteur, donne à cette paroisse le nom do Mdinsendis-Culfura.
('^) Simon, abbé d'Ancliiu.
tim centum solidos parisienses, et decimam de Boiilengiel que bene valet annuatim triginta solidos parisienses, et mille fagotos do rama qui bene valent annuatim viginti solidos parisienses, et terram liberam ad faciendam mansioneni ad opus capellanie. Et hec omnia teneor deffeudere et in perpetuum acquitare, ad hoc heredes raeos in perpetuum obligando, ita quod si superius nominati redditus tresdecim libras parisienses et dimidiam non valerent, ego et heredes mei teneremur bona fide dictos redditus in perpetuum facere sufficientes usque ad valorem tresdecim librarum et dimidie.
Nos vero pontifical i authoritate et presenti confirmatione litterarum predictum abbatem ac monasterium Aquicinctense ab augmeutatione beneficii dicte capellanie, si forte aliquo tempore esset insulRciens, liberos esse volumus et immunes. Et in testimonium premissorum, presens scriptum sigillorum nostrorum appensione cum sigillo dicti castellani fecimus roborari. Datum anno Domini millesimo ducentesimo trigesimo secundo, mense januario.
Concordat cum registro tituloram monasterii Aquicinctensis : quod attestor, J. de Vaucel, not.
Deux copies, sur papier : Escripts de. la cha,pelle de Metz en Gouture. — Archives de l'Etat, à Mons. Fonds des Oratoriens de Mons (^).
Outre la copie de cet acte, le dépôt de Mons possède : Des pièces relatives aux biens de la fondation, de 1598 à 1668. Les biens étaient affermés; ils consistaient en trente-trois mencaudéea de terre labourable à Metz-en-Couture; en mille fagots à prendre annuellement dans les bois de cette localité; en un dîmeron sur quatre muids de terre dits les Champs de la Justice, appartenant au prince d'Epinoy; en un jardin, qui était le jardin de la chapelle de St.-Gilles, tenant au presbytère dudit Metz-en-Couture; en une rente de dix patards sur la brasserie. Par bail du 24 Avril 1660, les biens, dont il s'agit, furent accordés pour le prix de trente patacons par an, durant quatre ans, et de cent florins par an, pour les cinq années suivantes, à payer à père Laurent de Derveau, chapelain de la chapelle de St.-Gilles, demeurant à Maubeuge, avec obligation pour les censiers de faire acquitter les messes et l'imposition du séminaire (-).
(0 Voyez, sur ce fonds, Devillers, Notice sur le dépôt des archives de VÉtat à Mons, Mons 3872, p. 399, n. cxxxvii. *
(2) Lettre de M. Léopold Devillers, 12 Août 1882. - - Les pièces relatives à la chapellenie de Metz-en-Couture forment une liasse portant cet intitulé :
Désireux de savoir s^il restait à Metz-en-Couture quelque vestige de la fondation de Gilles de Bapaume, nous nous sommes adressé au curé de la paroisse, M. Fabbé Lemaire, dont voici la réponse :
Metz-en-Couture, 27 Septembre 1882.
Monsieur l'abbé,.
Après des recherches et des informations prises auprès des personnes les plus âgées de ma paroisse, je n'ai pu avoir aucun renseignement sur saint Gilles, Aucune mention, aucune statue, aucune fête en l'honneur de ce Saint.
Saint Ghislain est ici en grande vénération. Nous avons même un pèlerinage suivi dans la neuvaine du Saint- Sacrement. Presque toutes les mères de la contrée viennent j apporter leurs enfants, pour les mejitre sous sa protection puissante; on l'invoque contre les convulsions et les maladies épileptiques.
Agréez, etc.
Lemaire, Curé.
Cette lettre nous porte à croire que la chapelle de Saint- Gilles avait disparu, depuis un temps plus ou moins long, quand éclata la révolution française; sinon, le souvenir de son existence aurait certainement survécu à ce grand cataclysme religieux. Le sanctuaire était encore debout vers la fin du XVIP siècle; les pièces relatives aux biens de la chapellenie, et conservées au dépôt de Mons, en font foi. Ces pièces vont jusqu'à Tannée 1668; elles mentionnent " un jardin, qui était le jardin de la cbapelle de St. -Gilles, tenant au presbytère dudit Metz-en-Couture et Pacte de bail du 24 Avril 1660 parle du père Laurent de Derveau, chapelain de la chapelle de St.-Gilles '' Q). Ici s'arrêtent nos renseignements.
Farde concernant le bénéfice et chapelle de St. Gilles à Metz en Couture, avec la. déclaration âks biens y affectés et plusieurs baulx desdis biens accordés par les bénéjiciers.
(') Voyez ci-dessus, p. 636 G-
La lettre de M. le curé Lemaire nous apprend qne le culte de Saint Ghislain (^) fleurit aujourd'hui à Metz-en-Couture. Ce culte n'aurait-il pas remplacé celui de saint Gilles, iors de la disparition de la chapelle dédiée au saint abbé ? On trouve plus d'un exemple de ce genre de substitutions. Il en est qui veulent voir des affinités entre les noms des deux Saints, Gilles et Ghislain. Ces Saints étaient contemporains (^); tous deux étaient d'origine grecque, tous deux abbés bénédictins, et on les invoque l'un et l'autre contre les mêmes maladies : les convulsions des enfants, le mal caduc, etc. Voilà' certes des analogies frappantes, qui donnent quelque fondement à notre supposition.