‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 42 sur 253 · IL - GRAND-BIGARD C · texte numérisé non relu

IL - GRAND-BIGARD C

Nous serons sobre de détails sur le culte de saint Gilles dans cette paroisse, parce que notre Saint, quoique patron de l'église et du lieu, y est fort peu vénéré (^).

" L'église actuelle de Saint-Gilles, à Bigard, — écrivait M. Alphonse Wauters, en 1855, — date de 150 ans environ; elle a remplacé un autre édifice, qui était situé un peu plus vers le sud, et dont on trouve encore les fondements dans le cime-

(*) Grand-Bigard est une petite commtine, située sur la gauche de la chaussée de Bruxelles à Gand, à 7 kilomètres N. 0. de la première ville. Voyez Wauters, Histoire des environs de Bruxelles ou description historique des localités qui formaient autrefois Vammanie de cette ville, tom. i, Bruxelles 1855, pp. 353 et suiv. *' Le nom de Bigard, dit l'auteur,.... paraît formé des mots : hirjrje, petit porc, et aerde, terre; nos ancêtres, déjà du temps des Romains, nourrissaient, comme on le sait, un grand nombre de pourceaux, qu'ils vendaient jusqu'en Italie. L'épithète de Orand que l'on ajouta au mot Bigard s'appliquait autrefois, plus particulièrement, à l'abbaye dont nous allons parler, et elle servait à la distinguer du prieuré de Petit-Bigard, sous Loeuw-Saint-Pierre " (p. 366).

(^) C'est ce qui résulte clairement dos réponses faites à notre questionnaire, par M"" Ilcrckens, curé de la pax'oisse, le 9 Juillet 1871, et do la lettre que celui-ci nous écrivit, le 29 du même mois. (M. Herckens est décédé subitement, lo 20 Août 1875.)

tière L^église de Bigard a évidemment été fondée par les

seigneurs du lieu, pour Fusage de leurs vassaux. Ils conservèrent toujours le droit de nommer le curé et le sacristain Q).

Arrêtons-nous un instant à ce dernier détail, et tâchons de l'utiliser pour découvrir le motif qui fit choisir saint Gilles, de préférence à un autre Saint, comme patron de Féglise de Grand-Bigard.

Le premier seigneur connu de Bigard est Amalric ou Amaury, que nous trouvons mentionné en 1110, 1113 et 1133 ('^). Ce seigneur était donc contemporain de la première croisade (1096), qui mit toute la chevalerie belge en mouvement. L'histoire nous a conservé les noms d'une foule de ces preux, qui, enflammés par les paroles brûlantes de Pierre l'Ermite et du vicaire de Jésus-Christ, prirent la croix, au cri mille fois répété de : Dieu le veut ", et^ s'arrachant à leurs foyers, s'en allèrent guerroyer en Palestine contre les infidèles. Parmi les plus braves d'entre les seigneurs brabançons, on cite Henri et Godefroid d'Assche, Guillaume de Forest, Réginald de Molenbeek, etc. (^); c'étaient les voisins d' Amaury de Bigard. Peut-on faire à ce seigneur l'injure de croire qu'il ait résisté à l'entraînement général, et se soit confiné dans son manoir, au moment oii ses frères d'armes volaient à la délivrance du tombeau du Christ, et versaient leur sang pour la plus noble des causes ? Un chevalier du moyen âge ne connaissait point semblable lâcheté, qui l'eût déshonoré à jamais. Amaury aura donc pris avec ses braves compagnons le chemin de Terre- Sainte; il y aura admiré, avec eux, les prodiges de valeur accomplis par le comte Kaymond de Saint- Gilles, et, plus encore peut-être, sa guérison inespérée et subite, guérison opérée par l'intervention de saint Gilles, dans des conditions tellement merveilleuses, que toute l'armée des croisés cria au miracle C^).

O Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, tom. i, pp. 364, 365. (2) Wauters, op. et tom. cit., p. 355.

(^) Van Hasselt, Les Belges auro croisades, tom. i, Bruxelles 1846, p. 31. (■*) Voyez ci-dessus, pp. 18 et suiv.

Rentré dans ses foyers, Amaury, non moins pieux que brave, aura choisi pour patron de l'église qu'il voulait bâtir, le grand Saint dont il avait appris à connaître, en Orient, le puissant crédit auprès de Dieu; le temple élevé en l'honneur de saint Gilles devait servir à populariser le culte de l'illustre solitaire, et rester, en même temps, un perpétuel souvenir de l'expédition en Terre-Sainte et des exploits glorieux d'Amaury de Bigard.

Il en est peut-être qui voudront rattacher les origines du culte de saint Gilles, à Grand-Bigard, à l'abbaye de ce nom, fondée au XIP siècle, du vivant même d'Amaury. L'abbaye des dames nobles de Grand-Bigard, de l'ordre de Saint- Benoît, doit son origine à une fille noble de la Flandre, appelée Wivine, et issue, dit-on, de la famille d'Oisy. Vers l'année 1120, elle vint se fixer, avec son amie Bmteware ou Emware, dans la forêt de Bigard; les deux solitaires y bâtirent, avec des branches d'arbres, un petit ermitage, oii elles vécurent complètement ignorées, pendant trois ans. Le bruit de la vie austère, qu'elles menaient, s' étant répandu, d'autres jeunes filles accoururent auprès d'elles, et formèrent insensiblement une communauté, que les fidèles s'empressèrent de doter (^), et qui embrassa la règle de Saint-Benoît. Wivine, fondatrice et première supérieure de la maison, mourut de la mort des Saints, le 17 Décembre 1170, à l'âge de 70 ans P). D'abord simple prieuré, le monastère de Grand-Bigard fut

(') Goclefroid-le-Barbn, premier dnc de Lothier et de Brabant, donna l'exemple de la générosité; il céda gratuitement, en 1133, à Wivine et à sa compagne le désert de Bigard, ovi elles s'étaient établies Locum igitur quendam desertum, — porte l'acte de donation, — in meo alodio situm, qui Bijardis dicitur, ancillis Dei Wivinœ et Emivarœ libéra devotione contradidi, ut quidquid in Deo servientium merito accresceret, meœ et successorum meorum saluti projiceret. (MiR/KUS, Opéra diplomatico, tom. i, Lovanii 1723, pp. 88, 89.)

(") Voyez La vie et les miracles de S''^ Wivine, première abhesse et fondatrice de la noble et illustre abbaye dit Grand Bygard, 3*= édit., Bruxelles 1757, pp. 9 et sniv. La traduction française de la charte de Godefroid-le-Barbu 88 trouve aux pp. 16-18, mais la date en est fautive; on a mis 1143, au lieu de 1133.

élevé, par Paul III, au rang d'abbaye, en 1548, et resta debout jusqu'à la fin du siècle passé (^).

Nous admettons que cette institution bénédictine ait pu influer sur le développement du culte de saint Gilles à Grand- Bigard, mais nous ne croyons pas qu'elle Ty ait implanté. L'existence de la seigneurie de Bigard est antérieure à l'arrivée de Wivine et de sa compagne, et le droit qu'avaient ses possesseurs de nommer le curé et le sacristain de l'église, est un indice certain que la fondation de cette dernière doit leur être attribuée. Rien^ au reste, dans l'ancienne église abbatiale n'indiquait une dévotion spéciale des dames de Grand -Bigard envers saint Gilles. L'église avait pour patrons la sainte Vierge et saint Pierre; on y trouvait plusieurs autels, mais aucun d'eux n'était dédié au saint abbé (^). Le seul souvenir de ce Saint, que nous ait légué l'abbaye, est une statuette qui le représent e^ et orne, avec diverses autres, la cbâsse renfermant les reliques de sainte Wivine; cette cliâsse, conservée dans l'église abbatiale jusqu^à la suppression du monastère, se trouve, depuis 1804, à l'église de Notre-Dame au Sablon, à Bruxelles p).

Le maître-autel de l'église paroissiale de Grand-Bigard est érigé sous le vocable de saint Gilles; l'église possède une belle statue du Saint, sculptée par J. F. Van Geel, artiste de mérite, né à Malines, en 1756, et décédé à Anvers en 1830.

La procession patronale de Grand-Bigard, qui sortait le jour de saint Gilles, était jadis fort suivie; la gilde de Capelle- Saint-Ulric y assistait d'ordinaire, et celle de Bercbem l'accompagna également en 1596

(^) Voyez l'histoire complète et détaillée de cette abbaye dans Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, tom. i, pp. 366 et sniv. On peut consulter aussi Saxderus, Choo-ographia sacra Brabantiœ, tom. i, ïïagse Comitum 1726, pp. 83 et suiv.

(*) Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, tom. i, p. 372. (^) Wauters, op. et tom. cit., pp. 366, 367.

(■*) Wauters, op. et tom. cit., p. 365. Ce dernier détail a été relevé par le baron de Eeinsberg-Dùringsfeld, dans son Calendrier Belge, tom. ii, Bruxelles 1862, pp. 130, 131.

Le \nllage de Saint-Gilles a pris ce nom de son église paroissiale. Appelé jadis Ohhrussel ou le Haut-Bruxelles, il formait dans le principe une dépendance de Forest, et ce n'est qu'en 1216, qu'il fut constitué en paroisse distincte. Dans un diplôme donné à Bruxelles, au mois d'Août de cette année, Henri I^^", duc de Brabant, déclare qu'à sa demande, les religieuses de Forest ont permis à ses hommes d^Obhruxelle d'avoir une église oii l'on pourrait administrer le baptême et les autres sacrements et donner la sépulture aux morts. La collation de la cure fut laissée à l'abbaye; le curé lui payait tous les ans un cens de 20 sous de Bruxelles, outre 2 sous au gardien ou sacristain du monastère (^). L'abbaye de Forest appartenait à l'ordre de Saint-Benoît (^), et puisque l'église paroissiale di Ohhrussel fut fondée par cette maison religieuse,

Q) Sources à consulter : Henné et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, tom. m, Bruxelles 1845, pp. 616 et suiv. — Alphonse Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, tom. m, Bruxelles 1855, pp. 547 et suiv.

Nous devons quelques renseignements à M. De Saeger, curé de la paroisse (9 Juillet 1871), et à feu M. le chanoine De Ridder, secrétaire de rarchevêché de Malines, qui fut vicaire de Saint-Gilles-lez-Bruxelles, de 1849 à 1852 (l*^'" Octobre 1871). La reconnaissance nous oblige à faire une mention spéciale de notre digne et savant ami, le R. P. Stanislas de l'Enfant Jésus, Carme déchaussé du couvent de Bruxelles, aujourd'hui en résidence à la maison de Passy-lez-Paris, qui, en vue de notre travail, se livra aux recherches les plus minutieuses sur le culte de saint Gilles dans la paroisse qui nous occupe (l*^' Septembre 1871).

(*) Henné et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, tom. m, p. 616. — Le diplôme, auquel les auteurs font allusion, se trouve dans Van Gestel, Historia sacra et profana Archiepiscopatus Mechliniensis, tom. ii, p. 99 : Notum ergo fado tam prœsentihus quam futuris, — ainsi s'énonce le duc, — quod Conventus de Foresto ad petitionem nostram liheraliter, et lihenter concessit hominihus de Obhruxella, ut haheant Ecclesiam cum Baptisterio, sepultura et officia plenarie divino : ita quod... Preshyter loci illius in recognitionem dahit annuaiim Conventui de Foresto viginti solidos Bruxellenses... Dahit etiavi Sacerdos annuatim duos solidos Custodi de Foresto... Prœterea Forestense Capitulum jus habehit prœsentandi Preshyterum ad Ecclesiam sœpe fatam...

(•■') Voyez, sur cette abbaye, Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, tom. III, pp. 568 et suiv.

il est évident qu^elle aussi en assigna le titre; le culte de saint Grilles, dans la paroisse de ce nom, a donc sa raison d'être dans une influence bénédictine, et c'est à Tabbaye de Forest qu'il faut en attribuer l'introduction.

Bientôt Ohhrussel eut son échevinage particulier, et, dans quelques actes, reçut la qualification de ville, oppidum. En 1229^ le maire et les échevins, n'ayant pas de sceau commun, se servirent, pour sceller un acte, de celui du cbapitre d'Anderlecht; dans la suite, ils s'en firent graver un, qui représente le patron du lieu, saint Gilles, avec l'inscription eQtbtoô ûbbû» dans le champ, et pour légende les mots : ». ôcabmorom î>e flbbrt)«lla {}). M. Alphonse Wauters, à qui nous empruntons ces détails, reproduit ce sceau, d'après une empreinte légèrement ébréchée (^).

Le 4 Juin 1402, dit M. Alphonse Wauters, la duchesse Jeanne fit donner 3 peters (soit 19 sous 6 deniers) pour réparer la tour de l'église de Saint-Gilles, qui menaçait ruine (^). Le temiple fut démoli en 1578, parce qu'il aurait pu servir de poste aux Espagnols, et le service divin fut transféré au couvent de Saint-Pierre aux Lépreux, à Bruxelles. Après les troubles, on commença, le 1^^ Octobre 1595, à enlever les décombres de l'édifice, en vue de le reconstruire. On célébra, pour la

{}) Wauters, Histoire des environs de Bruxelles, tom. m, p. 548.

(^) Ce sceau, de même que le sceau moderne de la commune, représente saint Gilles, en costume d'abbé, avec crosse et mitre, tenant dans la main gauche un objet, que les proportions restreintes du dessin nous empêchent de distinguer, mais qui nous paraît être une pomme ou une boule; la signification de cet attribut nous échappe. Le faubourg de Saint-Gilles, dit M. Alphonse Wauters, " trouve une source féconde de richesses dans la culture des légumes et surtout des petits choux, dits de Bruxelles, qui y sont d'un goût excellent. De cette dernière circonstance ylent le sobriquet de hacheurs de choux (Koollcappers) , que l'on donne auX habitants de Saint-Gilles (Op. et tom. cit., pp. 551, 552). Le graveur axa-ait-il mis par hasard un chou dans la main du saint abbé, pour rappeler la principale ressource des habitants de cette localité ?

(^) Den Tcercmeesters van Ohhruessele om te helpen den Icerctorre die vallen woude te sterhen, om Gode. Comptes des fiefs. (Wauters, op. et tom. cit., p. 552, note 1.)

première fois, la messe dans le chœur, le 8 Septembre 1600, en présence de Farclievêque de Malines Mathias Hovius et de sire Henri van Etten (^); le reste de l'édifice demeura inachevé, et, du temps de Van Gestel, les murs de la nef n^ existaient qu'en partie. A la suite d'une demande adressée, le 2 Mai 1755, par les habitants du village au chapitre de Sainte-Gudule (^), afin d'obtenir l'agrandissement de leur temple, la nef fut couverte en 1756, comme le rappelle l'inscription : D . 0 . M . — ET — S. ^GIDIO ABBATI — ERECTUM - MDCCLVI. Le chronogramme placé à l'entrée du chœur : TANDeM NOVA ECCLESIA, indique cette date avec précision. i En 1823 l'église fut agrandie, restaurée et ornée d'une jolie tour, circonstance perpétuée dans l'inscription suivante : CURA - PETRI FRANCISCI BOVENII - PASTORIS - ET - iEGIDII VAN- DENSCHRIECK - PAROCHIiE PR^TORIS - AUCTA STETI C). |

M. Alphonse Wauters écrivait ces lignes en 1855; depuis lors, l'ancien édifice a été démoli, et remplacé par une église en style roman, qui fut livrée au culte, le 15 Novembre 1867. ' La Belgique disait à ce sujet, dans son numéro du 24 Novem- i bre de cette année : '

Vendredi, 15 courant, jour de la fête du Roi, a eu lieu à St.-Gilles une intéressante cérémonie. La nouvelle église a été livrée au culte. Commencée le 27 Mars 1866, il a sufîi de 18 mois seulement, grâce à l'intelligente activité de l'entre- j preneur, M. Braive, pour terminer cet édifice, dont il ne reste | plus à construire que les dernières travées et la façade à éle- \ ver sur l'emplacement de l'ancienne église, qu'il a fallu conserver jusqu'à ce jour pour le service du culte.

(') Suivant le Manuale seu regisfrum proventuum, écrit par le euro Dupont, en 1736, l'église n'aurait été consacrée que le 2 Juillet 1603. (Wauteks, Histoire des environs de Brrixelles, tom. m, p. 552, note 2.)

(-) Le chapitre de Sainte-Gndule, à Bruxelles, prélevait les petites dîmes h Saint-Gilles. (Wauters, op. et tom. cit., p. 552.)

(3) Wauters, op. et tom. cit., p. 552. — On trouve des détails analogues, mais moins comjilets, dans Uenne et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, tom. III, pp. 617, 618.

Cet édifice est construit en style roman, d'après les plans et sous la direction de M. Farcliitecte Besme; ses lignes extérieures sont très-correctes et d'un grand aspect monumental; les savantes dispositions de Fintérieur sont d'une ampleur et d'une élégance artistique, qui font de ce monument le meilleur type d'église, que nous ayons vu s'élever dans les nouveaux quartiers de Bruxelles.

" C'est à la parfaite entente de l'administration communale, du conseil de fabrique et du clergé, et à l'infatigable activité de l'architecte et de l'entrepreneur, que l'on doit un résultat aussi complet.

Une foule immense de fidèles a assisté à l'inauguration de la nouvelle église. Il n'y a maintenant qu'une préoccupation dans la commune, c'est de voir achever sans délai la construction de cet édifice religieux, si remarquable à tant de titres. Il est d'autant plus urgent d'achever les travaux, que la commune de Saint-Grilles est très-populeuse et que le sentiment religieux y est très-vivace. "

Le maître-autel est dédié à saint Gilles.

Le maître-autel de l'ancienne église était décoré d'un tableau représentant notre Saint. Cette toile, qui mesure deux mètres et demi en hauteur, sur une largeur de deux mètres, n'est pas sans quelque mérite; elle est réléguée aujourd'hui dans une espèce de cave, servant de débarrassoir. Le Saint, debout à l^entrée d'une grotte, est revêtu de la coule bénédictine, et tient la crosse de la main gauche; il a la tête chauve, et porte une longue barbe. Ses yeux sont levés au ciel, comme pour intercéder en faveur des malheureux, qui viennent implorer son secours : ce sont, à droite, un infirme qu'on dépose à ses pieds, et sur lequel il étend la main, puis une mère serrant dans les bras son enfant malade; à gauche, une femme dans une attitude suppliante. L'arrière-plan nous montre deux hommes transportant un malade sur un brancard.

L^église conserve encore une bannière antique, en soie blanche, galonnée d'or, avec médaillon peint à l'effigie du

saint patron, accompagné de sa biche; à la droite du Saint, se voient les ruines d'un monastère ou d'un château.

Durant l'octave de saint Gilles, on expose au milieu de l'église sa statuette en bois sculpté et doré. Le Saint est figuré avec les insignes de la dignité abbatiale : crosse, croix et mitre placée à ses pieds. La main droite, posée sur la tête de la biche, tient un os, pour la raison qu'on vient invoquer saint Gilles contre une maladie du bétail, appelée la carie des os, en flamand heenderhederf. Une relique du Saint est enchâssée dans le socle de la statuette {}).

On invoque saint Gilles contre les fièvres, les convulsions, lo mal caduc, et les maladies du bétail, surtout celle connue sous le nom de heenderhederf. Ce culte se limite à la première huitaine du mois de Septembre; hors de l'octave, le patron de l'église n'est guère vénéré.

Les pèlerins offraient jadis des poulets et autres pièces de volaille; cet usage n'est pas entièrement tombé en désuétude, et chaque année, pendant l'octave, il se fait au Saint l'une ou l'autre offrande de cette nature.

En retour de ces dons, les pèlerins recevaient des exemplaires de la gravure ci-jointe, dont le cuivre a été gracieusement mis à notre disposition par M. le curé De Saeger. Cette image, comme l'indique le millésime placé au bas, fut gravée en 1 760, sous le curé Dupont; malgré son exécution grossière, elle est précieuse à titre de souvenir du culte de saint Gilles, et parce qu'elle nous offre une vue de l'ancienne église paroissiale. Ce double motif nous engage à la reproduire.

En 1870, par les soins de M. le curé De Saeger, une confrérie fut érigée sous les vocables réunis de saint Roch et de saint Gilles. L'affiche, publiée au mois d'Août 1871, contient quelques détails sur cette confrérie, et nous apprend comment l'église de Saint- Gilles-lez-Bruxelles célèbre l'octave de son saint patron; en voici un extrait :

(') Voyez, sur cette reliqno, tom. i, p. 388,

s. GILLIS ABT

Bûjotidercnpatroo}! tcc/e kortscn, qa^m en vaiiciule ^^iccktm '\\'ietv\ H H. (feapproheccdc JtcUcjuicn bcnistcn in (Le Paivchiale Kcrckc van S GlLJLlS d^worstcdc )^an Bntssd aeii de Halù

^ ^ S, GILLE AIŒE

PaàewiSinqidicr cmitve La fuvrc^, Cm^ulncm^ et mal -caduc dmil SS. Ac/ii^iics appiruvà '^repœcnt daiu l'Eqlirc Taroi/rialc de S GILLE aufcuoc /jûitrcjdc BntxcUcj a La pm-tc do TîaJk

E . Hembry - Essai ha^ioéraphique snv sair.i Gilles et son culte en Belgique.

Lith J. Petyt, Bruges -Transport de cuivre sur

" Le but de cette confrérie est d^augmenter et de propager le culte, tant en l'honneur de S. Gilles que de S. Rocli, et de travailler à la sanctification et à la perfection clirétienne des membres qui voudront s'y faire inscrire.

" S. Roch est invoqué comme patron spécial contre les maladies épidémiques; S. Grilles, comme le protecteur particulier des personnes atteintes de fièvres, de convulsions et d'épilepsie.

Pour être membre de la confrérie, il faut se faire inscrire, et, si l'on n'est pas indigent, payer annuellement un franc. Tout membre payant aura droit à une Messe basse et à une Messe cliantée. La Messe basse se dira quand le confrère est administré. La Messe cliantée aura lieu à 8 heures, après le décès du membre.

Les membres inscrits sont priés de réciter journellement les actes de Foi, d'Espérance, de Charité et de Contrition, l'Oraison dominicale, la Salutation angélique, en y ajoutant cette invocation : 8. Roch et 8. Gilles, priez pour nous.

" Les fêtes de S. Roch, 16 Août, et de S. Gilles, premier dimanche de Septembre, seront solennellement célébrées par la confrérie. Peu de temps après ces fêtes, on fera chanter une Messe pour le repos des âmes des membres décédés dans le courant de l'année.

" Conformément aux articles précités des statuts de la Confrérie, les offices suivants auront lieu cette année (1871) : Vendredi, 1^^' Septembre, Fête de S* Gilles, patron de la paroisse, premier jour de l'octave célébrée en son honneur. Les Messes à 6, 7 et 8 heures; la Grand' Messe à 9 h. Va* et le Salut à 3 heures.

" Dimanche, 3 Septembre, solennité de la Fête du patron paroissial. Les Messes à 6, 8 et 11 heures; la Grand'Messe solennelle à 9 h. après laquelle sortira la Procession, dans laquelle seront portées les statues de S* Gilles et de S* Roch. La procession parcourra son itinéraire habituel. Tous les membres de la Confrérie sont priés d'y assister. Des flam-

beaux seront mis à leur disposition. L'après-midi, à 4 heures, Salut.

Les autres jours de l'octave, Samedi, 2, Lundi, 4, Mardi, 5, Mercredi, 6, et Jeudi, 7 Septembre, les Messes comme à l'ordinaire, à 6, 7 et 8 heures, et le Salut à 7 h. du soir.

Vendredi, 8 Septembre, dernier jour de l'octave et Fête de la Nativité de la Sainte- Vierge, les offices comme le premier jour, à 6, 7, 8 et 9 h. \, et le Salut à 3 heures.

Après chaque Grrand' Messe et Salut, on laissera honorer les reliques de S* Gilles.

La Messe solennelle pour le repos des âmes des membres décédés pendant le courant de l'année, aura lieu Jeudi, 7 Septembre, à 8 heures du matin.

" Nous engageons tous nos paroissiens de tenir à honneur de se faire inscrire dans la Confrérie de S. Eoch et du Saint Patron de leur paroisse, à cause des avantages corporels et spirituels qu'ils en tireront, en se plaçant sous la religieuse protection des grands Saints invoqués spécialement comme les protecteurs puissants contre des maladies cruelles, qui ne déciment que trop souvent nos populations affligées. " (^)

Au siècle passé, la commune possédait une gilde de saint Grilles, dont les membres s'exerçaient au tir à la perche. En 1721, le capitaine, le doyen, les anciens et les autres suppôts de la gilde furent autorisés à planter dans " la plaine de sable, droit en face du fort de Monterey, vers Uccle ", une perche pour le tir à l'oiseau, à condition de payer au domaine un cens consistant en une poule (^).

^' Il existait encore dans la première moitié de ce siècle, nous écrivait M. le chanoine De Kidder, une pierre bleue en forme do colonne, dans laquelle on avait taillé une petite

(') Saint-Gilles, Imprimerie de A. Beugnies, rue de la Forge, 13. (-) Hknne et Wauters, Histoire de la ville de Bruxelles, tom. m, p. 619. — YVauteks, Histoire des environs de Bruxelles, tom. m, p. 551.

niclie, renfermant la statue d'un Saint. Lors des rogations, on y cliantait l'antienne, le verset et l'oraison propres au Saint; je crois, mais je ne puis l'assurer, que c'était en l'honneur de saint Gilles. Cette pierre se trouvait devant la porte de Hal, au coin de la cliaussée de Forest et de la rue qui conduit au Nieuwmolen... " (^)

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