ANCIENNE CATHEDEALE DE SAINT-LAMBERT
" Dans l'ancienne cathédrale de Liège, dédiée à saint Lambert, nous écrit M. le professeur Daris {}), il y avait le chapitre des chanoines-tréfonciers, le collège des chanoines de Saint-Materne et celui des chanoines de Saint-Gilles.
(^) Lettre dn 12 Novembre 1871.
Les chanoines de Saint-Gilles étaient au nombre de douze. Ils étaient nommés par le chapitre et le grand-doyen. Les historiens des XV^ et XYI^ siècles racontent que saint Hubert fonda, près de la cathédrale, une église en l'honneur de saint Gilles, et qu'il y attacha six prêtres. Notger (972- 1008), en rebâtissant la cathédrale, aurait démoli l'église de Saint- Gilles, et l'aurait remplacée par une chapelle dédiée au même Saint, dans l'intérieur de la cathédrale; il aurait en outre fondé six nouvelles prébendes en l'honneur de saint Gilles. Les chanoines de Saint- Gilles étaient appelés aussi chanoines de la Petite-Tahle " Q).
M. Daris renvoie à Foullon, Kistoria Leodiensis, etc., tom. I, p. 126. La page indiquée porte en marge la note suivante :
M. S S. vulg. dicunt: S. Huhert fit faire une Eglise de saint Gilles ^première Paraisse de I/iége. Jam est Sacellum Canonicorum parvœ Mensae, in Propylaeo ad Palatium.
L^auteur explique cette note marginale, au bas de la même page, dans les termes que voici :
ISTota marginalis habet ex Manuscriptis de aede divi jï]gidii Curiali. Ea erat sedes hodierna divse Yirginis ad Fontes, et Canonici parvœ Mensae, nunc in ddde divi Lamberti, tune ibi erant, habebantque Abbatem, quse dignitas Prseposito Lambertiano postmodum annexa est. Etiamnum primus Canonicorum parvse Mensae vocatur Abbatulus, forsan ob memoriam Abbatis priscae dignitatis jam extinctae: alii tamen, ut annotavimus, existimant eam divi ^gidii aedem fuisse Sacellum. ubi nunc Canonici parvae Mensae conveniunt, in vestibulo portas Templi Lambertiani Palatium versus.
Saumery écrit, de son côté, en parlant du chapitre de Saint-Lambert :
En établissant trente Chanoines, S* Hubert fonda six Prébendes pour autant de Clercs destinés au service de
C) Voyez aussi, sur les chanoines de Saint-Gilles, De Schodt, Le chapitre de la cathédrale de Saint-Lambert, à Liège, et ses méreaux ou jetons de présence, Bruxelles 1875, pp. 6, 7. Ce travail est extrait de la Beinie belge de numismatique (année 1875).
FEglise, et en même tems à celui de la Table Canoniale, qui étoit pour lors commune. Ce nombre resta ainsi borné jusqu'au commencement du douzième (lisez : du onzième) siècle, que Notger en fonda six autres.
^' Ces douze Places furent dans la suite remplies par des Prêtres, auxquels on donna le nom honorifique de Chanoines; mais ajoutant une épithète démonstrative de leur institution, on les nomma Chanoines de la Table. On les nomme encore Chanoines de 8t. Gilles " (^).
Nous avons quelques remarques à faire sur ce qui précède.
Tout en admettant que saint Hubert ait établi un certain nombre de clercs, destinés au service de F église de Saint- Lambert et de la table canoniale, nous ne pouvons croire que ces clercs aient porté dès Pabord le titre de chanoines de Saint- Gilles, et moins encore que Porigine de cette dénomination se rattache à une église fondée à Liège, par saint Hubert, en Fhonneur du saint abbé; église, que des auteurs voudraient faire passer pour la première paroisse de cette ville.
Saint Grilles et saint Hubert étaient contemporains : le premier, d'après Popinion généralement admise aujourd'hui, mourut entre les années 720 et 726; le second trépassa, le 30 Mai 727 (2).
D'après le savant jésuite Roberti, saint Hubert transféra à Liège, en 709, le corps de son prédécesseur, saint Lambert, et y fixa en même temps sa chaire épiscopale; en 71 1 ou peu après, hoc vel proximo aliquo anno, il j bâtit une église en l'honneur de la Vierge et de saint Lambert, et, vers 713, en fit construire une seconde, au pied du Publémont, qu'il dédia au prince des apôtres (^). Saint Hubert n'érigea que ces
(^) Les Délices du Fais de Liège, tom. i, p. 110.
(^) Baronms, qui suit une autre chronologie, place la mort de saint Hubert en 730.
(^) Historia 8. Huherti, Principis Aquitani, ultimi Timgrensis, et primi Leodiensis Episcopi, ejusdem urhis condiforis, Arduennœ Apostoli, viagni Thaumahirgi, Luxembnrgi 1621. Voyez la Ratio temporum, qui termine l'ouvrage, p. 570, aux années 709, 711 et 713.
deux églises à Liège {^); aucune d'elles ne fut mise sous Pinvocation de saint Gilles, et comment auraient-elles pu l'être, puisque à l'époque de leur construction (711-713), saint Grilles vivaifc encore ? L'opinion, que nous combattons, ne supporte donc pas l'examen. Ne pourrait-on pas, avec quelque apparence de raison, faire remonter l'origine du titre de chanoines de Saint-Gilles, donné aux clerici mensales, institués par saint Hubert, à l'évêque Notger, qui doubla le nombre de ces clercs, et sous le règne duquel le culte de saint Gilles fut introduit à Liège par le bienheureux Goderan ? L'inspection des anciens documents fournira peut-être la réponse à cette question.
Les chanoines-tréfonciers de Saint-Lambert se réunissaient en chapitre général, le jour de la fête de saint Gilles Ç"). Ne pourrait-on pas en inférer que cette fête prenait rang, dans l'ancienne cathédrale de Liège, parmi les principales fêtes de l'année ? Touies les autres réunions générales, sauf celle du premier Vendredi du mois de Mars, avaient lieu aux abords de grandes fêtes (^).
{}) Les auteurs sont explicites à cet é^ard. Voici un extrait d'une Vie manuscrite de saint Hubert, composée, an commencement du XVI'^ siècle, par Adolphe Happart, moine de l'abbaye d'Andage, et mise à profit par Roberti. Ce passage est d'autant plus remarquable, qu'il relate l'institution des clerici mensales, établis par saint Hubert, sans dire mot du titre de chanoines de Saint-Gilles, sous lequel ils furent communément désignés plus tai'd. Roberti professait une grande estime pour le travail de Happart, puisé aux meilleures sources (op. cit., pp. 115, 159, 160) :
" Cœpit — écrit le moine d' Andage, en parlant de saint Hubert, — Legiam
mûris cingere Fundavit in eadem Ecclesiam in honorem intemeratœ Virginis
Mariœ, Sanctique Lamherti. Triginta Canonicds ad divinum cultum ibidem, institua, quos largis reditihus dotavit. jEdificavit et aliam Ecclesiam in pede
puhlici montis, suh honore Apostolorum Principis Pétri Adiecit insuper egre-
gius Prœsul in augmentum divini cultus, et suhlevamen Canonicorum maioria Ecclesiœ, Clericos sex. Et quia horum erat, actis divinis, mensis providere, Clerici Mensales, (qui iam Canonici) vocahantur. (Roberti, Historia S. Uuherti, p. 160).
('^) De Schodt, Le chapitre de la cathédrale de Saint-Lambert, à Liège, p. 56.
("') Le lendemain de la fête de Saint-Lambert, les deux jours suivants,
lo lendemain de la Saint-Martin et de la fête des Rois, et la veille de la Saint- Jcan-Baptistc. (De Sciiodt, op. cit., pp. 56, 57.)