‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 59 sur 253 · DIOCÈSE DE LIÈGE · texte numérisé non relu

DIOCÈSE DE LIÈGE

Voici encore une de nos provinces^ où le culte de saint Gilles est demeuré fort vivace. Elle ne renferme cependant aucune église paroissiale dédiée à ce Saint, mais seulement une chapelle publique, celle de Mulken, sous Tongres, but d'un pèlerinage fameux. Saint Gilles est spécialement honoré dans les églises paroissiales de Bolderberg, sous Zolder, de Saint -Quentin, à Hasselt, et de Heers.

Il manquerait quelque chose à cette partie de notre travail, si nous laissions dans l'ombre l'église de Saint-Martin, à Maestricht, bien que cette dernière ville ait été enlevée à la Belgique, et réunie à la Hollande, avec la partie méridionale du Limbourg, par le traité du 19 Avril 1839.

Détachée du sol-mère, par de tristes nécessités politiques, Maestricht n'est pas une étrangère pour nous, et le lecteur voudra bien considérer les lignes que nous consacrons à l'un de ses édifices religieux, comme un témoignage de notre sympathie et de nos regrets.

Ni les archives de la chapelle de Mulken, qui remontent seulement jusqu'à l'année 1547, ni celles de l'église collégiale de Tongres, ne nous indiquent l'époque de la construction de l'église de Saint-Gilles, à Mulken. Les seuls témoins qui nous

(^) Mulken est un hameau., composé d'une trentaine d'habitations, et situé a vingt-cinq minutes de la ville de Tongres.

M. l'abbé Mievis, prévôt de la chapelle de Saint-Gilles, à Mulken, nous fit tenir, le 4 Août 1871, les notes qu'il avait recueillies, à notre demande, sur cette chapelle et sur le culte dont saint Gilles y est l'objet. Il compléta ce ])etit travail, par de nouveaux et curieux renseignements, donnés de vive voix, lors de la visite qu'il voulut bien nous faire à Bruges, le 13 Septembre de la même année. M. l'abbé Mievis, nommé, en 1874, curé de Fécher (Soumagne), est entré dans la congrégation du très-saint Rédempteur, au mois d'Avril 1880.

restent de son antiquité, sont la tour, qui semble être une construction ogivale de la fin du XIII^ siècle, et une pierre sépulcrale, dont un reste d'inscription, en lettres gothiques, porte :... Mulkis cornes qui ohiit anno Domini MCCGLIII, vigilia Nativitatis; fragment d'épitaplie, qui appartient probablement à ce Gilles de Mulken, que de Hemricourt, dans son Miroir des Nobles de la Heshaye^ dit être enterré dans l'église de Mulken. Ce comte aurait-il fait bâtir la cbapelle primitive, ou bien aurait-il cboisi la cbapelle déjà existante, et dédiée à son patron, comme lieu de sépulture pour lui et sa famille? C'est ce que des investigations ultérieures éclairciront peutêtre un jour.

Le reste de l'édifice est d'une date plus récente. Le cbœur a été rebâti, en 1690, sans doute à la suite de quelque désastre, par Pierre de Simonis, chevalier et sire de Betlio (^), chanoine de Saint-Lambert et prévôt de Saint-Denis, à Liège, comme l'indique une inscription, qui orne les vitraux du chœur. Le vaisseau de l'église a été restauré, en 1727, par François de Hinnisdael (^), ainsi que l'atteste une inscription, placée au-dessus de la porte d'entrée.

Le maître-autel est dédié à saint Gilles. Le tableau, qui le décore, représente le Saint à genoux, favorisé d'une apparition de la sainte Vierge et de l'Enfant Jésus. La biche est à ses côtés.

Une statue de saint Gilles, en plâtre polychromé, et qui n'a rien de remarquable, se trouve sur un autel latéral, à

(^) Le châtean seigneurial de Betlio se tronvait à une petite distance de Tongres. Les Délices du Pais de Liège en offrent une vue, avec notice descriptive (tom. III, Liège 1743, pp. 405 et suiv.). La chapelle, avec tourelle, qui se voit derrière le château, au delà de l'étang et un peu à gauche du spectateur, Bvi serait-elle pas celle de Mulken ?

(^) François de Hinnisdael, seigneur de Betho et autres lieux, créé comte de Hinnisdael, par lettres patentes du 10 Février 1723, embrassa l'état ecclésiastique, après la mort de sa femme, fut chanoine de la cathédrale de Liège et prévôt de Tongres, et mourut d'apoplexie à Malines, le 6 Juillet 1728. (dB Vegiano et DE Herckenrode, Nobiliaire des Pays-Bas et du Comté de Bourgogne, tom. I, Gand 1865, p. 1027.)

droite, en entrant; elle est entourée d'^ex-voto, témoignages de la piété et de la reconnaissance des fidèles.

Déjà depuis des siècles, le pèlerinage à Saint-Gilles do Mulken est célèbre^ et attire chaque année des milliers de pèlerins, qui y viennent implorer la protection du Saint, comme patron spécial contre la paralysie, Pépilepsie, les convulsions, les fièvres et les maladies contagieuses.

Une tradition, accréditée parmi le peuple, dit que lorsqu'un malade gagne une attaque du mal caduCj en franchissant le seuil de la chapelle, il est à jamais délivré de sa triste infirmité.

A Mulken, tout comme à Liège, notre Saint est appelé le grand saint Gilles. En outre, à Mulken^ et là seulement, il s'appelle, dans le patois du pays, le pohul, c'est-à-dire, le tranquille^ qualification qu'on croit pouvoir expliquer par l'état de prostration oii jette le mal caduc. A Saint- Gilles de Liège, et dans le pays de Hervé, le saint abbé se nomme Veredji, l'enragé; quand les enfants ne sont pas sages, leurs parents les menacent de les mener à 8aint-Gilles-V eredji.

L'affluence des pèlerins est forte surtout à la fête de saint Gilles et durant son octave. Pour en donner une idée, M. Mievis nous raconta que pendant l'octave, qui venait de finir, — celle de 1871, — cinq mille personnes au moins étaient venues en pèlerinage à Mulken. Il ajouta qu'il avait compté cette année-là, rien qu'en pièces d'un et de deux centimes, une somme de cent francs, partie des offrandes faites dans le courant de l'octave.

Parmi les pèlerins on remarque surtout, chaque année, beaucoup de wallons du côté de Liège et des villages avoisinants. L'un des jours de l'octave de 1871, une bonne femme pria M. le prévôt de lui donner la sainte communion sans retard; il était huit heures du matin, et elle s'était mise en route à deux heures de la nuit.

Un bref de S. S. Grégoire XVI, en date du 7 Juin 1837, accorde à perpétuité une indulgence plénière à tous les fidèles^

qui, pendant T octave de saint Gilles^ visiteront la chapelle de Mulken, et qui, après avoir reçu les sacrements de pénitence et d^eucliaristie, y prieront quelque temps aux intentions du Saint-Père; le même acte accorde une indulgence de cent jours à ceux qui réciteront, dans la dite chapelle, trois Pater, trois Ave et trois Gloria Patri. Ces indulgences sont applicables aux âmes du purgatoire.

Les pèlerins offrent des coeurs vivants: ces dons, faits en vue de la guérison du bétail en temps épidémique, consistent ordinairement en poulets ou autre volaille; on offre aussi du blé.

Sachant qu^un excellent moyen de promouvoir le culte des Saints, est la propagation de leurs images, accompagnées d^une courte notice biographique, M. Mievis nous pria de lui faire tirer un millier d'exemplaires de la jolie gravure, exécutée diaprés Memlinc, et placée en tête de notre travail. Il composa, pour Vj joindre, une notice française et flamande, calquée sur la nôtre, et complétée par quelques détails sur le culte de saint Gilles, à Mulken. Mgr. Théodore de Montpellier, évêque de Liège, en autorisa Timpression, le 17 Août 1872, et attacha quarante jours d^indulgence à la récitation de la prière en Fhonneur de saint Gilles, qui termine la notice (^).

Nous récitons, écrit M. Mievis, Poffice de communi Ahhatum. Au deuxième nocturne nous avons deux leçons propres, qui ne renferment que des détails bien connus : la naissance de saint Gilles; la guérison opérée par son manteau; sa visite à saint Césaire, à Arles; sa retraite dans le désert, où il se nourrit d'herbes et du lait d'une biche; la visite du roi de France.

Nous n'avons pas d'oraison propre; nous lisons celle de communi Ahhatum : Intercessio nos, quœsumus, etc.

Q) Cette notice sort des presses de M. Collée, à Tongres. Un fâcheux anaclironisme la dépare; elle met saint Gilles en relation avec saint Césaire, cvêqnc d'Arles, et, quelques lignes plus loin, elle fixe, comme nous l'avons fait, le. mort du saint abbé entre les années 720 et 726.

^' Voici les dernières paroles de la V° leçon : Cnltus kujus 8ancti, jam oUm in diversas regiones mirifice propagatiis, prœsertim Leodii antiqims est et celeherrimus .

" Au troisième nocturne, nous lisons l^homélie sur F évangile : Bcce nos reliquimus omnia. "

Près de la chapelle de Saint- Grilles se trouve la fameuse Fontaine de Pline , appelée aussi Fontaine de Saint- Gilles {Fons sancti JEgidii) . Les pèlerins,, après avoir prié le Saint et déposé leur offrande, ont coutume d^ emporter une bouteille remplie de cette eau, qui cependant ne reçoit pas de bénédiction particulière (^).

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