‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 63 sur 253 · DIOCÈSE DE NAMUR · texte numérisé non relu

DIOCÈSE DE NAMUR

Sur la liste des églises paroissiales de la province de Namur, nous n'en voyons figurer aucune, qui soit dédiée à saint Gilles, Deux chapelles seulement le reconnaissent pour patron, celles de l'Hospice Saint-Gilles, à Namur, et de Miannoye, sous Assesse.

Cet liôpital, dit Galliot, appellé le grand hôpital ou l'hôpital de Notre-Dame, doit son commencement au temps des anciens comtes de Namur, par la libéralité des bourgeois de Namur, qui contribuèrent volontiers à ce pieux établissement. Il fut augmenté d'un nouveau dortoir en 1524, et pour subvenir à ces fraix^ les échevins de Namur consentirent à ce que l'administrateur de cet hôpital vendît seize mailles et

(}) Nous avons pn réunir sur cette chapelle un ensemble de détails fort curieux, grâce aux obligeantes communications de M. l'abbé Jules Gérard, aumônier de l'Hospice Saint-Gilles (17 Août 1871), et de feu M. Jides Borgnet, conservateur des archives de l'État, à Namur; ce dernier se donna la peine de compulser les anciennes archives de l'Hospice Saint-Gilles, faisant partie du dépôt confié à ses soins, et nous transmit, le 25 Novembre 1871, le résultat de ses fructueuses recherches. M. Borgnet est décédé le 22 Octobre 1872. Nous nous faisons un devoir de payer un juste tribut de regrets à la mémoire de ce savant distingué, auteur d'une foule de travaux historiques, et dont la rare obligeance relevait encore la vaste érudition.

demi de cens^ de seize pattars cliacune maille, ce qui prouve la rareté et le taux excessif de l'argent en ce temps-là '' (^).

Le véritable nom de Fhôpital en question, écrit de son côté M. Borgnet, est Ostelerie de Na^nur, hôpital Notre-Dame, et enfin grand hôpital. Ce n'est que vers la fin du siècle dernier, qu'on a employé concurremment les désignations de grand hôpital et dihôpital Saint-Gilles; aujourd'hui cette dernière appellation a prévalu. Je crois que ce nom lui vient de la chapelle et de la confrérie qui y fut établie. "

La chapelle actuelle date de 1671. Une pierre porte cette inscription :

Geste chapelle est bastie

PAR LA LIBÉRALITÉ DE NiCOLAS ChAVEAU ESCHEVIN DE GESTE VILLE,

ET Damoiselle Anne Leveau sa compaigne l'an 1671,

POUR lesquels on demande CHARITABLEMENT VOS PRIÈRES.

Outre la chapelle qui se trouvait au rez-de-chaussée de l'hôpital, il y en avait une autre à l'étage, dédiée à saint Gilles. C'est ce qui résulte d'un Registre mémorial du XVP siècle, provenant de cet établissement, et conservé aujourd'hui aux Archives de l'Etat, à Namur. On trouve dans ce registre un tableau des redevances à charge de l'hospice, annuellement perçues par le desservant de la chapelle haute. Cette pièce commence ainsi :

Le curé de la chapelle Mons'' S' Gïlle estant en hault, au grand hospital de Nostre Dame, doit avoir toutes les années de la maison dudit hospital, à charge de dire trois messes par semaine, les parties suivantes : En espeaultre, 10 muids, etc.

Suit la nomenclature de ces redevances (~).

(') Histoire générale, ecclésiastique et civile de la ville et province de Namur, tom. m, Liège 1788, pp. 212, 213.

(2) Il s'en trouve parmi elles do singulières, comme collcs-ci :

" Le ionr du blan ieudy, 12 grans et 24 petis mets, 6 pommes bénit. — pour le convive, 5 sols. Quand l'on tue les pourceaux de Thospital, ung ianibon de pourceau et une plattenée de trippcs ".

Ce tableau nous apprend que l'anniversaire de la dédicace de la chapelle se célébrait le Dimanche après l'Ascension : " Le dimcnche après l'asscusio» 15 sols, quy est le iour de la dcdicasse du dit hospital ".

Nous lisons encore au même registre :

Sire Remy Gaspar, presbre, curé de la chapelle Mons. Saind Gilles scihiée en hault audit hospital, eagé de 45 ans, a fait apparoir par lettres patentes, soubz le grand seel de la ville de ISTamur, en date du dernier d'apvril 1558, cornent ladite chapelle luy a esté donné et conféré, aux droictz, fruictz et emolumens, prérogatives y appartenans, disant oultre par luy estre tenu de, par sepmaine, célébrer 3 messes, sçavoir le dimenclie, en hault, faisant les commands accoustumez; la 2'' messe, le jeudy à l'aultel Marie Magdaleine, et la 3", le samedi à l'aultel de S' Nicolas, enibas. Item, chanter la haulte messe, le premier et seconde vespre le jour de la dedicasse qui est le dimenche devant la Pentecoste et semblablement le jour S' Gilles.

Il est fait mention de la célébration de cette dernière fête au Compte dit grand hôpital, de 1738^ chap. ii des dépenses. On y lit :

Audit (m^ Gille Duvieusart, curé de l'hôpital) pour diverses messes

et anniversaires celle (la messe) de S' Gilles, avec les premières et

secondes vêpres et les revestis.

La chapelle de l^hospice possède une relique de son pa- . tron, dont nous avons déjà parlé (^); cette relique est enchâssée dans une petite monstrance en argent,, liante de 15 centimètres. C^est probablement ce reliquaire, qui est mentionné dans Pacte de levée des scellés apposés sur les meubles du sieur Duvieusart^ curé de Phospice. On y énumère quelques ornements de régiise, parmi lesquels un reliquaire de S. Gilles. Cet acte est daté du 18 Octobre 1759 {^).

On donne la relique de saint Gilles à baiser aux malades, qui se présentent à toutes les époques de Tannée; c^est contre les convulsions surtout et aussi contre les atteintes d^épilepsie, qu'on vient invoquer notre Saint.

Je n'aij écrit M. Tabbé Gérard, aucune pièce qui constate des guérisons prodigieuses; seulement, bien des parents, après s'être présentés avec leurs enfants, assurent avoir vu

0) Tom. I, p. 376.

(") Rer/islre au): résolutions et admissions aucv hôpitaux de la ville de Xumur.

cesser les atteintes de la maladie, immédiatement après avoir prié devant la statue de saint Gilles et baisé sa relique.

" Pendant l'octave de saint Gilles, les personnes se présentent plus nombreuses, pour prier devant la statue du Saint. S'il se trouve des malades parmi elles, je récite sur eux l'évangile de la fête de saint Gilles et Foraison du Saint, puis je leur fais baiser la relique; tout cela d'après un usage immémorial. ''

La résolution suivante du Magistrat de Namur est relative à l'usage dont parle M. Gérard :

Le sieur éclievin Posson nous aiant fait rapport de la demande du S^' Duvieusart, curé du grand hôpital, tendante à lui permettre l'entrée des gens qui se présenteront par la grande porte, a effcct de leur lire Vévangille 8^ Gille, déclarons que l'église et la place avoisinante étant suffisante pour les recevoir à l'effect prédit, ils déclarent pour le surplus que ce que le dit révérend pasteur requiert, ne se peut accorder. Fait au Magistrat à Namur le 31 aoust 1751 " (^).

Une confrérie en l'honneur de saint Gilles existait anciennement dans la chapelle de l'hospice. Les archives de l'État, à Namur, renferment une bulle, qui accorde aux membres de cette association les indulgences ordinaires, et notamment une indulgence plénière à la fête de saint Gilles. M. Borgnet nous écrivait à ce sujet :

Le seul document important est la bulle originale autorisant la confrérie de saint Gilles à l'hôpital. Malheureusement cette pièce, écrite sur parchemin, est à peu près illisible, ce qui provient de ce que, attachée longtemps au mur, elle a considérablement souffert. Je vous envoie toujours, comme preuve de ma bonne volonté, ce que j'ai pu déchiffrer de cette pièce. Les dates et les signatures, qui se trouvaient au bas do l'acte et sur le dos, ont été évidemment grattées; la bulle en

(') Re'jistre aiuc résolutions et admissions aiLo hôpitaux de la ville de NuDiur.

plomb a été enlevée. Autant que j'en juge, elle peut être du XVIP siècle.

La lettre de M. Borgnet était accompagnée de la copie des fragments lisibles de la bulle, qui commence par ces mots : Innocentius, servus servorum Dei, etc. M. Borgnet croit pouvoir faire remonter cette bulle au XVII^ siècle, mais cela ne suffit pas pour nous apprendre de quel pape elle émane, puisqu'il y eut trois souverains pontifes du nom d'Innocent, qui occupèrent la chaire de saint Pierre au XVII^ siècle, savoir Innocent X, Innocent XI et Innocent XII, respectivement élus, le premier en 1644, le deuxième en 1676, et le dernier en 1691. Sans prétendre décider la chose, nous sommes porté à croire que ce document date du règne d'Innocent XII, parce qu'il nous paraît raisonnable de le supposer postérieur à la construction de la chapelle actuelle, bâtie en 1671, et partant après la mort d'Innocent XI. Ce n'est là toutefois qu'une conjecture.

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