‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 73 sur 253 · V. - WATTEN · texte numérisé non relu

V. - WATTEN

Nous laissons de côté, comme étrangère à notre sujet, la question de savoir quels furent les premiers habitants de

(1) XXXVI-^ abbé d'Anchin, 1555 f 1574. O XXXIV<= abbé, 1507 t 1546.

(^) EscALHER, L'ahhaye d'Anchin, p. 229. Voyez aussi Les sanctuaires de 'Notre-Dame des Ardents ou notices sur les saints cierges provenant de la sainte Chandelle d'Arras, Arras 1869, pp. 21 et sniv.

('') Watten, bâti au pied d'une éminence, sur les deux rives de l'Aa, est situé dans rarrondissement de Dunkerque et le décanat de Bourbourg, à 15 kilomètres de cette dernière ville et à 10 seulement de Saint- Omer. Ancienne ville fortifiée, ce n'est plus aujourd'hui qu'un village de 1300 habitants.

L'origine du nom de Watten est tout entière dans le mot flamand ivoestynen, latinisé en tvastinœ, qui signifie : désert, landes, bruyères; de ivastinoi i on a fait Watinum, Watanum, Watten.

Watten. Nous ne parlerons pas davantage des vicissitudes de la ville sous la domination romaine et sous celle des Francs. En 881, Watten fut saccagé par les Normands, et sa destruc-

Principales sonrces à consulter sur Watten et son monastère :

1. Cronica monasterii Guatinensis, rédigée par Ébrard, chanoine régulier de Watten, qui, né vers 1055, écrivait à la fin du XI^ siècle. Martène et Durand ont inséré cette chronique dans leur Thésaurus novus anecdotorum, tom. m, Lutetiae Parisiorum 1717, coll. 797-830, sous le titre de : Chronicon Watinensis Monasterii, auctore Ehrardo, ejusdem loci Canonico regulari, ex MS. Dunensi. Lo manuscrit de l'abbaye des Dunes, reproduit par les deux bénédictins, appartient aujourd'hui à la Bibliothèque publique de la ville de Bruges. Voyez en la description dans Laude, Catalogue méthodique, descriptif et analytique des manuscrits de la Bibliothèque publique de Bruges, Bruges 1859, p. 367, n" 425.

On lira avec intérêt la notice que Paquot consacre à Ébrard et à ses écrits, dans les Mémoires pour servir à Vhistoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, etc., tom. xv, Louvain 1769, p. 221 et suiv. Cette notice renferme un aperçu historique sur le monastère de Watten. Voyez aussi quelques détails biographiques sur Ébrard, dans la Notice historique sur Watten, de M. Alexandre Hermand, à citer plus bas, pp. 195, 196.

La Cronica monasterii Guatinensis, provenant de l'abbaye des Dunes et conservée à la Bibliothèque publique de Bruges, était regardée jusqu'ici comme le seul manuscrit existant du travail d' Ébrard. En 1852, M. l'avocat Courtois, secrétaire-archiviste de la Société des Antiquaires de la Morinie, a retrouvé, à Saint-Omer, un second exemplaire de la susdite chronique, renfermé dans les Annales Ecclesiœ Watinensis per prœpositos distincti. Ces Annales forment deux volumes in-8, écrits en caractères du XVI*^ siècle, et proviennent de l'abbaye même de Watten. La chronique, attribuée à Ébrard, n'y figure qu'à titre de document sur l'histoire des premières années de l'abbaye; les Annales attribuent cette chronique, non pas au chanoine Ébrard, mais à Bernold, troisième prévôt. Voyez Courtois, Découvertes paléographiques. Annales et privilèges de Véglise de Watten {Manuscrits tout récemment retrouvés), dans le Bulletin historique de la Société des Antiquaires de la Morinie, tom. i, (1852-1856), Saint-Omer, pp. 17 et suiv.

2. Sanderus, Flandria ilhistrata, tom. m, Hagse Comitum 1732, pp. 104- 106. La notice est accompagnée, sous le n° 12, d'une jolie vue de la ville et du monastère de Watten, gravée, pour la première édition de la Flandria illustrata, par Vaast du Plouich, et dédiée par lui à Balthazar V illain de Gand, comte d'Isenghien, seigneur de Watten. Nous aurons à revenir sur cette gravure.

3. Malbrancq, De Morinis et Morinorum rébus, tom. ii, Tornaci Nerviorum 1647, pp. 808-811.

4. Gallia christiana, tom. m, Parisiis 1725, coll. 522-525. M. Le Glay en a donné quelques extraits dans son Cameracum christianum, p. 345.

5. Gazet, L'histoire ecclésiastique du Pays-Bas, Valenciennes 1614, p.29L

6. Hermand, Notice historique sur Watten. Ce travail, le plus étendu et lo plus important qui ait vu le jour sur la matière, a été publié dans les Ménioireit de la Société des Antiquaires de la Morinie, t. IV, Saint-Omer 1839, pp. 53-205.

tion fut si complote, que des débris joncliorent la, terre pendant deux siècles (^). Un prêtre, du nom d^Alpliume y desservait, au milieu du XI^ siècle, une petite chapelle dédiée à saint Riquier, dans laquelle les fidèles des environs venaient assister aux offices divins (^) . Sa modeste habitation (*) recueillait les disciples, que sa bonne réputation lui attirait; Ébrard, notre historien, fut de ce nombre, et il a transmis à la postérité Texpression de sa reconnaissance, pour les soins qu'Alphume lui avait prodigués (^).

Sur ces entrefaites, un prêtre étrangler, nommé Otf ride (^), sorti, à ce que croit le chanoine Ébrard, des limites orientales

Cette savante et consciencieuse étude nous a constamment servi de guide dans nos recherches.

7. Catalogue des Prévosts de V église couventualle de Notre-Dame de Watène, ès-confins de Flandres occidentalle, sus la rivière d'' Ah, diocèse de Saint- Aumer, et Chastellenie de Casel, 1072-1577, publié, d'après un manuscrit inédit de la Bibliothèque de Valenciennes, et annoté par M. Aimé Leroy, dans les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, nouvelle série, tom. vi, Valenciennes 1847, pp. 265-300. Un avertissement de 4 pp. (261-264) précède ce Catalogue.

Il faut ajouter à ces sources les notes recueillies par M. l'abbé Boedt, curé de Watten, que cet estimable ecclésiastique s'est plu à nous transmettre, le 20 Novembre 1871; plusieurs détails intéressants communiqués par M. le chanoine Van de Putte, curé-doyen de Saint-Martin, à Courtrai, et les souvenirs d'une excursion faite à Watten, à notre intention, par notre cher frère, M. le docteur Eembry-Barth, archiviste de la ville de Menin, le 16 Octobre 1873.

(^) Hekmand, Notice historique sur Watten, pp. 66, 67. Nous indiquons la pagination du tome iv des Mémoires de la Société des Antiquaires de la Morinie.

(^) Ebrard le nomme Alphuminus, Malbrancq Alfurnus, Paquet Alphunin ou Alfunnius; le Catalogue des Prévosts de Watten, publié par M. Aimé Leroy, le désigne sous le nom de Alluin.

(^) Sola tantum cum sui cantoris tugurio ecclesia, — ■ dit Ébrard, en décrivant les hauteurs désertes et dévastées de Watten, — quam summo in vertice gestahat perspicuam inter vêpres et serpentium latebras, inter dumeta et querulos avium ramos, vili admodum fahrica prominebat. Hanc missarum audire solemnia valde tennis fidelium frequentabat conventus (Martène et Durand, Thésaurus novus anecdotorum, tom. m, col. 799). Le titre de cantor, donné par Ebrard à Alphume, ne signifie ici autre chose que chapelain ou desservant.

(■*) Nous avons vu qu'Êbrard la qualifie de tugurium, cabane, chaumière.

(^) Martène et Durand, op. et tom. cit., col. 799.

(^) Gazet, Malbrancq, le Catalogue des Prévosts de Watten, Paquot, etc., l'appellent Olfride. Nous avons suivi l'orthographe d'Ébrard, qui écrit : Otfridus, Odfridus.

de la Flandre (^)^ arriva à Watten. Nourrissant le projet de fonder un monastère de chanoines réguliers^ il avait parcouru le pays et visité uu grand nombre d^ établissements religieux; aucun ne lui semblait présenter une position plus favorable à ses desseins, que celui de Watten. Alpbume céda son église à Otfride, et celui-ci conduisit à Watten une colonie de chanoines réguliers de f ordre de Saint- Augustin, tirée, selon toute probabilité, du monastère de Saint-Gilles, près de Liège, ce qui expliquerait comment la dévotion au saint abbé de la vallée Flavienne s'est implantée à Watten {^). Cela se passait vers 1072. Alphume entra lui-même dans la nouvelle communauté et succéda à Otfride, en qualité de prévôt, l'an 1079; Ebrard y prit également l'habit religieux.

A peine Otfride eut-il réuni quelques chanoines, que beaucoup de personnes s'empressèrent de les doter. Au premier rang des bienfaiteurs de la maison brillent le comte de Flandre Eobert-le-Frison, et sa mère Adèle, fille de Eobert, roi de France, et veuve de Baudouin V, dit de Lille. Robert approuva les nombreuses donations faites aux chanoines, et lui-même, à la sollicitation de sa mère, y ajouta quelques terres, ainsi qu'une dîme dans toute la paroisse de Watten p). L'acte en fut passé à Sithiu (Saint-Omer), au monastère de Saint-Bertin, et confirmé par Drogon, évêque de Térouane, le 8 Juin 1072

Si nous en croyons Lambert d'Ardres, auteur presque contemporain, le comte Robert, en souvenir et action de grâces

(')■ Quem divina miseratione sic actum arhitramur ah orientalis Flandrien partibus (Martène et Durand, op. et tom. cit., col. 801).

(^) Aiunt insuper primos Ascetas ex D. ^gidii Leodiensium accersitoSt qui exinde tutelaris sui patrocinium hue pertraxerint (Malbrancq, op. cit., tom. II, p. 811). Voyez aussi Sanderus, op. cit., tom. m, p. 104, col. 2; Paquot, op. cit., tom. XV, pp. 221, 222, et Hermand, op. cit., pp. 68,69.

(^) ... insuper et duas garhas totius parrochicn Guatinensis (MartÈnb et Durand, op. et tom. cit., col. 804). Voyez, pour l'intelligence de ce texte, le Qlossariuni, de Du Gange, tom. m, Pai'isiis 1733, col. 816, v° Oarha.

C) Martènk et Durand, op. et tom. cit., coll. 804, 805. — Hermand, op. cit., pp. 70 et suiv.

de la victoire de Bavinchove (^);, aurait étendu ses largesses, au point de pouvoir entretenir à Watten trente chanoines, nombre qu'il détermina (^) . Aussitôt la donation faite, la douairière Adèle vint visiter Watten, et y posa la première pierre du nouveau monastère (^)j dont Téglise fut consacrée, en 1097, sous le vocable de la Vierge Marie, par Lambert de Gruines, évêque d'Arras

Au commencement du XIP siècle, de grands malheurs pesèrent sur le monastère de Watten. Thierry d'Alsace le releva de ses ruines. Ce prince, aussi pieux que vaillant, avait pris en affection singulière la prévôté wattenaise; non content d'en être le restaurateur, de lui faire des dons considérables et de lui octroyer de précieux privilèges (^), il voulut y passer les dernières années de sa vie, et reposer, après sa mort, dans l'église du monastère.

Le lecteur voudra bien se rappeler ce que nous avons dit ailleurs (^) du séjour de Thierry d'Alsace à Watten, des causes

Q) La célèbre bataille, livrée à Bavincliove, au pied du Mont-Cassel, le Dimanclie de la Septuagésime, 20 Février 1070, rendit Eobert-le-Frison maître de la Flandre.

(-) Oh cujus facti mentoriam et menioriam Cornes Rohertus, adepto totius Flandrien principatu, in honorem heatissimœ semper Virginis Mariœ Watiniensem fahrefecit Ecclesiarn, et triginta regulariter viventium Canonicorum deserviri institvÂt ohsequio. (Lamberti Aedensis Historia comitum Ârdensium et Guisnensium, dans Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France, édit. Léopold Delisle, tom. xi, Paris 1876, p. 298, cité par ïïermand, op. cit., p. 71, note 1, et par Lesbroussart, dans son édition des Annales de Flandre, de P. d'Oudegherst, tom. i, Gand 1789, p. 312, en note.)

(^) Martène et Durand, op. et tom. cit., col. 805. — Hermand, op. cit., p. 72.

(■*) Gazet, op. cit., p. 291, écrit, que, dès Tan 1074, Drogon, évêque de Térouane, dédia l'église de la prévôté de Watten " en l'honneur de Dieu et de sainct Nicolas, sainct Eicquier et sainct Gilles ". C'est une erreur. Saint Gilles ne fut jamais patron de l'église du monastère de Watten, mais bien celui de l'église paroissiale, qui l'a conservé comme tel jusqu'à ce jour. Voyez Hermand, op. cit., p. 79, note 2. D'Oudeglierst verse dans la même erreur que Gazet, en désignant notre prévôté sous le titre de " monastère de sainct Gilles à Watenes ". (Édit. Lesbroussart, tom. i, pp. 422, 424.)

O Hermand, op. cit., pp. 78, 79.

(^) Voyez ci-dessus, pp. 28 et suiv.

probables de sa prédilection pour cet établissement religieux et de l'influence exercée par ce fait, au point de vue de Textension du culte de saint Gilles dans le Nord de la France.

Dès cette époque, Watten commençait déjà à prendre quelque renom, comme lieu de pèlerinage; c'était de saint Gilles que Ton y sollicitait le soulagement à ses maux Au dire de Gazet, le concours des pèlerins remonterait aux premiers temps qui suivirent la fondation de la prévôté. ^' Pour premier Prévost, écrit-il, y fut mis un dévot homme d'Eglise nommé Olfride, lequel auparavant menoit une vie saincte et religieuse sur ledict mont de Watene. Et dés environ ce temps là le peuple d'alenviron commencea à fréquenter ce lieu par pèlerinages et autres dévotions en l'honneur de sainct Gilles, par les mérites duquel plusieurs ont reçeu allégeance de leurs maux'^ P).

M. Raymond de Bertrand est plus explicite encore : Vers la fin du onzième siècle, dit-il, il avait été établi une communauté religieuse sur le sommet de la montagne de Watten, et l'on y avait élevé un autel en l'honneur de saint Gilles. Le peuple ne tarda pas à invoquer le bienheureux abbé dans une foule de circonstances. Au commencement du quinzième siècle (1401), alors que Watten dépendait de la châtellenie de Cassel, on y venait de loin accomplir ses dévotions; et à partir de l'an 141 7, de fréquents pèlerinages y eurent lieu à l'antique monastère. On chargeait d'offrandes l'autel de saint Gilles, " par les mérites duquel plusieurs recevaient allégeance de leurs maux " (^). On venait le servir principalement pour se préserver ou obtenir guérison des maladies et des maux de tête" (*).

(*) Hermand, 'Notice historique sur Waiten, p. 79. (^) Lliistoire ecclésiastique du Pays-Bas, p. 291.

(^) Cette dernière phrase, empruntée en partie à Gazet, est extraite de la Notice historique sur Watten, de M. Fiers, qui fait suite à l'Histoire de la ville de Bergues-Saint-Winoc, du même auteur, Saint-Omer 1833, p. 131.

(■*) Dévotions populaires chez les Flamands de France de Varrondissement de HazehroucTc, dans les Annales du Comité fiatuand de France, tom. ii, Dnnkerque 1855, pp. 123, 124.

Saint Gilles avait donc un autel particulier dans Péglise du monastère^ placée, comme nous l'avons vu, sous Finvoca- ; tion de la Vierge; mais lorsqu'une église fut élevée sous le j patronage de la prévôté, pour servir de paroisse à la ville I formée auprès du monastère, le culte de saint Gilles y fut i porté et resta commun aux deux églises (^) . Nous parlerons I plus loin de l'église paroissiale de Watten.

Le Catalogue des Prévosts de Watten renferme sur cette institution monastique quantité de détails intéressants, qu'on ne trouve point ailleurs. Nous y avons glané quelques menus faits, en rapport avec notre sujet.

Le 5 Septembre 1468, sous l'administration du prévôt Robert de la Magdelaine, l'église du monastère fut consumée par les flammes, avec une grande partie du cloître (^). La nouvelle église, achevée par son successeur, Claude de Messay, fut consacrée, le 25 Juillet 1507, par Jean le Vasseur, évêque de Byblos (Geheldensis) in fartihus infidelium^ et suffragant du cardinal Philippe de Luxembourg, évêque de Térouane; " et fut consacré le bault autel, — dit le Catalogue des Prévosts de Watten, — en l'honneur de la vierge Marie, et Vautel au costé senestre souhs le dossal, en Vhonnew de S. Gilles'^ {^). Le même Catalogue nous apprend encore que Jacques d'Ausque, devenu prévôt de Watten, vers 1519, '^fit hastir la chappelle dite S. Gille avec la partie de la croisée " (*) .

Dans la première moitié du XYP siècle, et pour ainsi dire à la veille des troubles religieux qui désolèrent nos belles provinces, le pèlerinage de Saint-Gilles à Watten n'avait rien ] perdu de son antique célébrité; les fidèles affluaient de toutes parts dans ce lieu béni. C'est un auteur contemporain et un témoin oculaire, l'historien Jacques de Meyere (^), qui l'at-

Q) Hermand, Notice historique sur Watten, p. 79.

(^) Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la j Belgique, nouvelle série, tom. vi, p. 286. ' (3) Id., p. 289.

{') Id., p. 292.

(^) Cet annaliste est mort à Bruges, le 5 Février 1552.

teste : Hac autem tempestaiey ecrit-il, ad memoriam venerationemque divi JEgidii undique illo concurritiir (^).

Avec Fannée 1560, Thistoire de la prévôté de Watten entre dans une phase nouvelle. Cédant aux instances du roi d'Espagne Philippe II, le pape Paul IV avait, par bulle du 12 Mai 1559, érigé quatorze nouveaux évêchés dans les Pays- Bas, et parmi eux celui de Saint-Omer. Pie IV, son successeur, fulmina, le 11 Mars de Tannée suivante, la bulle qui assignait les limites de ce dernier diocèse et fixait la dotation de sa mense épiscopale (2); pour suppléer à Pinsuffisance des revenus de la dite mense, le pontife lui unit à perpétuité la prévôté de Watten, union qui devait sortir son effet sitôt que la dignité de prévôt viendrait à vaquer (^). L^évêque de Saint- Omer fut chargé d'entretenir à Watten sept religieux et un vice-prévôt ou doyen, afin d'acquitter les fondations (*) .

En 1579, le monastère fut brûlé par les troupes du fameux capitaine protestant François de la Noue, et les chanoines se dispersèrent. Malgré la reconstruction partielle de la maison, en 1592, par Jean de Vernois, V^ évêque de Saint- Omer, on ne songea pas à la repeupler. En 1605, les chanoines survivants étaient réduits au nombre de trois, dont un infirme et deux autres qui ne résidaient pas. Le VP évêque de Saint-Omer, Jacques Blase (Blaseus), franciscain de PObservance, voulut mettre à Watten des religieux de son ordre; mais, soit qu'il n'ait pu réussir dans son projet, soit que les

(*) Commentarii sive Annales rerum Flandricarum, Antverpiaa 1561, fol. 28 v°, ad ann. 1072. L'édition citée vit le jour par les soins d'Antoine de Meyere, neveu de l'auteur; la première parut à Nuremberg, en 1538.

A l'endroit désigné, notre historien décrit les origines du monastère de Watten; mais les lignes citées forment évidemment une phrase incidente, où l'auteur rapporte ce qui se passait sous ses yeux.

(") On peut voir le texte de cette bulle parmi les Instrumenta, qui terminent le tome m de la Gallia christiana, Parisiis 1725, col. 99-109.

(^) Insuper monasterium Watinense ord. 8. Augustini Audomarensis di<B'

cesis, cum primum illud vacaret, dictœ mensœ Audomarensi perpétua iinivi*

mus (Gallia christiana, tom. cit., col. 103).

(■') Ueumand, Notice historique sur Watten, pp. 151, 152.

Franciscains n'y restèrent que peu de temps, le même évêque sollicita et obtint du pape Paul V, et des archiducs Albert et Isabelle, l'autorisation de céder le monastère de Watten aux Jésuites anglais de Saint-Omer. Des religieux de cette maison vinrent prendre possession de leur nouvelle propriété, au mois de Février 1608; ils y fondèrent un pensionnat et un noviciat, et y demeurèrent jusqu'en 1762, époque de la dissolution de leur ordre en France (^).

Le collège des Jésuites anglais de Saint-Omer, dont sortait la pieuse colonie, avait été fondé, en 1592, par des religieux de la Compagnie de Jésus, qui fuyaient la sanglante persécution d'Élisabeth, la digne fille d'Henri YIII (-). Leur séjour en France les avait familiarisés avec la langue et les habitudes du pays, et les rendait propres au but que se proposait l'évêque Blase, en les établissant à Watten, savoir l'instruction et la moralisation des populations voisines (^).

Les guerres de religion, la ruine du monastère et la dispersion des religieux, toutes ces causes réunies avaient porté un rude coup au culte de saint Gilles et à l'antique pèlerinage, organisé en l'honneur de notre Saint. Faire refleurir ce culte, donner à ce pèlerinage une impulsion nouvelle, c'était là une mission difficile; mais, — il faut bien le reconnaître, — on ne pouvait la confier à de meilleures mains, qu'à celles des Jésui-

Q) Hermand, Notice historique sur Watten, pp. 158, 161 et suîv. — Item Paquot, op. et tom. cit., p. 225. Cet auteur dit que les Jésuites anglais mirent à Watten le noviciat de leur province, mais il ne parle pas de la maison d'éducation, qu'ils y auraient établie, d'après M. Hermand.

Voici comment s'exprime Sanderus (op. cit., tom. m, p. 105, col. 2) :

Quihus (FF. Minorihus ohservantiœ strictioris) paulo post, nempe aniio 1608, successerunt PP. Societatis Jesu Angli, prohantihus Paulo V Pontifice et serenissimis Belgarum Principihus Alberto et Isahella. lidemque Patres ibidem Tyrocinium sive Novitiatum Anglicœ suœ Provincice posuere.... Illi hoc loco résidentes, ut possunt, etiam in Flandria rem Catholicam juvant, ac pubem inprimis, per varia Waiano vicina loca, catechesi Christiana imbuunt.

(^) Voyez la Notice historique sur le Collège anglais de Saint-Omer, par M. Piers, dans les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et d.u Midi de la Belgique, nouvelle série, tom. ii, Valenciennes 1838, pp. 5 et suiv. Hekmand, op. cit., p. 162.

tes anglais. Après saint Greorges, il est peu de Saints plus populaires et plus vénérés en Angleterre que saint Gilles; sous ce rapport, il marclie à peu près Fégal de saint Guillaume et de saint Thomas de Cantorbéry, voire de saint Edouard et de saint Augustin (^). La Réforme même a respecté sa mémoire, en conservant son nom dans le calendrier de l'Eglise anglicane (^). Les Jésuites anglais de Watten devaient être heureux

(^) Teissonnier, Notice historique sur Saint Gilles, Nimes 1862, p. 101.

(^) Déjà nous avons dit quelques mots du culte de saint Gilles en Angleterre (tom. I, p. 111, en note); il y aurait un curieux article à écrire sur cette matière, rien qu'au moyen des éléments empruntés à des auteurs protestants, tels que William Hone, The every day-hooTc, or the guide to the year, tom. i, London, s. d., p. 579; Mrs. Jameson, Sacred and Legendary Art, 6^ édit., tom. ii, London 1870, p. 769; The Calender of the Anglican Church illustrated, Oxford and London 1851, pp. 105, 106. Tous ces ouvrages consacrent une notice à saint Gilles; ils nous apprennent que, dès les temps les plus reculés, le saint abbé était l'objet d'une vénération spéciale en Angleterre et en Ecosse.

En 1101 (*), Matbilde, épouse d'Henri I^"", bâtit, hors des murs de Londres, un hôpital pour lépreux, qu'elle mit sous l'invocation de saint Gilles, et qui plus tard donna son nom à une vaste paroisse, celle de Saint-Gilles-des-Champs, 8^ Giles in the Fields. L'église paroissiale d'Edimbourg était placée sous le vocable de notre Saint, dès 1359. L'Angleterre compte 146 églises dédiées à saint Gilles; tous les comtés, à l'exception du Westmoreland et du Cumberland, en possèdent. Ces églises sont fréquemment situées aux extrémités de l'enceinte des villes; Saint-Gilles, Co^ipplegate (à la porte des estropiés), Saint- Gilles in the Fields, Saint-Gilles, Camherwell, se trouvaiont toutes aux extrémités de Londres, à l'époque oii elles furent bâties. Avant la conquête de l'Angleterre, le voisinage de Saint-Gilles, Cripplegate, à Londres, était le rendez-vous des estropiés et des mendiants, qui avaient coutume d'implorer la charité de ceux qui entraient en ville. A Oxford, à Cambridge, et en beaucoup d'autres endroits, il existe également à l'entrée de la ville une église dédiée à saint Gilles. Ce Saint était, en Angleterre, le patron du pays boisé, des lépreux, des mendiants, des estropiés, et de tous ceux, comme le dit M™* Jameson, qui, atteints d'une infortune subite, se sentaient poussés vers la solitude, comme le cerf ou la biche blessés : He was the patron saint of the woodland, of lepers, heggars, cripples; and of those struch hy some sudden misery, and driven into solitude like the wounded hart or hind. (Mrs. Jameson, op. et tom. cit., p. 769. — The Calender of the Anglican Church, p. 106.)

Jusque dans ces derniers temps, protestants et catholiques ont élevé en Angleterre des églises sous le vocable de saint Gilles. Parmi les églises catholiques qui l'ont pour patron, nous ne pouvons oublier l'église monumentale,

(*) Parton assigne cette date {Monasticon Ançjlicanum, tom. vii, London 1846, p. 635, col. 1); d'autres écrivains, parmi lesquels M^^^ Jameson, reculent la fondation de cette léproserie jusqu'en 1117, année qui précéda la mort de Mathilde.

et fiers de travailler à la restauration d^un culte auquel les rattachaient de si doux souvenirs, culte qui leur rappelait sans cesse la patrie et rendait ainsi moins amères les séparations de F exil.

Que les Jésuites de Watten niaient point failli à leur tâche, c^est ce qu^attestent les pieuses industries, employées par ces religieux, pour raviver la dévotion du peuple envers leur Saint de prédilection. Nous voulons parler des petites bannières et des médailles, destinées aux pèlerins de Watten,

que M. le comte de Shrewsbury a fait bâtir, il y a une trentaine d'années, à Cheadle, dans le comté de StafEord. C'est un des chefs-d'œuvre de l'habile architecte Pugin, qui a restauré le style ogival des siècles catholiques dans la Grande-Bretagne, et doté sa patrie de tant de beaux monuments religieux. Ce somptueux édifice a coûté près d'un million au noble comte, sans compter les matériaux, pierres, bois, etc., tous tirés de ses terres. (Teissonniee, Notice historique sur Saint Gilles, pp. 101, 103.)

Lors de son voyage en Angleterre, au mois d'Août 1875, M. le chanoine d'Éverlange, curé de Saint- Gilles-du- Gard, reçut l'hospitalité au château d'Hallingbury, résidence d'un noble seigneur protestant, M. John Archer Honblon; l'église paroissiale du château, aujourd'hui affectée au culte réformé, est dédiée à saint Gilles.

" La famille Archer Honblon, écrit M. d'Éverlange, après une réception comme savent en faire les familles opulentes de l'Angleterre, avait bien voulu accompagner ses hôtes dans cette église réparée par ses soins.

" Cette église est un des plus curieux monuments de l'architecture du moyen- âge encore debout au sein de l'Angleterre. Son style est gothique. Une tour romane, dans laquelle est enchâssée la statue de saint Gilles, en surmonte le porche. Un arceau du même style sépare le chœur du reste de l'église. Une fenêtre latérale murée rappelle les ouvertures pratiquées au moyen-âge, et appelées, à cause de leur usage, fenêtre des lépreux. Un autel se dresse dans le choeur; des stalles admirablement sculptées et sur lesquelles se font remarquer les statues de saint Gilles et de sainte Catherine, en ornent l'entrée.

" Devant ces restes bénis du catholicisme, conservés avec tant d'amour et restaurés avec un goût exquis, notre âme fut émue. Elle éprouva un sentiment de muet étonnement à la vue de cette passion mystérieuse pour un culte qui ne cache plus là que des symboles et ne rappelle guère que des souvenirs.

" A ce sentiment muet, je ne pus qu'ajouter une parole d'espérance et d'adieu: " Au revoir, m'écriai-je, en saluant l'honorable famille dont j'avais reçu la plus bienveillante hospitalité, laissez -moi espérer qu'un jour, plus tard, n me sera permis de monter à l'autel dans cette église rendue par les prières de saint Gilles au centre de la vérité catholique, dont elle fut autrefois une des gloires les plus chères. " (d'Everlange, 8aint Gilles et son pèlerinage, 4« édit., Avignon 1879, pp. 145 et suiv.)

et qui datent de Pépoque où Fancienne prévôté était occupée par les fils de saint Ignace.

Lorsque les fidèles allaient en pèlerinage, dit M. Raymond de Bertrand, ils en rapportaient toujours quelque objet, soit une image, soit un gâteau bénit ou un chapelet, et, de rigueur, une petite bannière de forme oblongue ou triangulaire rectangle, que les hommes portaient le plus souvent au chapeau, et les femmes sur leur coiffe. Les drapeaux à la mode étaient généralement faits en papier et collés quelquefois sur un mince carton. Il y en avait de plusieurs grandeurs, qui variaient de 20 à 30 centimètres de longueur. On en vendait qui offraient une gravure reproduisant le sujet du pèlerinage. Chaque gravure avait une inscription latine ou flamande.

Dans quelques localités, le clergé permettait que les pèlerins fissent toucher leurs drapeaux ou leurs images au Saint qu^ils venaient invoquer; ce qui était considéré comme une immense faveur. Arrivés chez eux, les pèlerins exposaient ces objets en parade, comme quelque chose qui devait leur servir de palladium, ainsi que Von fait, de nos jours, du buis bénit (1).

M. Raymond de Bertrand accompagne ces lignes de Pénumération d^un bon nombre de petits drapeaux de pèlerinage, tous originaires du Nord de la France. L^auteur n'a point connu celui de Saint-Grilles de Watten; MM. Piers, Hermand et Leroy n^en ont pas soupçonné davantage Texistence. Plus heureux qu'eux, nous avons eu la bonne chance de mettre la main sur le cuivre original de cette charmante petite bannière, conservé dans le riche cabinet de M. Alphonse Vandenpeereboom, ministre d'État, à Bruxelles, auquel ses grands travaux sur la ville d'Ypres ont valu une place distinguée parmi nos historiens belges; cet érudit, dont l'obHgeance égale le savoir, a fort gracieusement mis ce cuivre à

Dévotions 'populaires chez les Flamands de France de V arrondissement de Dunkerqtœ, dans les Annales du Comité flamand de France^ 1. 1, pp. 202, 203.

notre disposition, nous autorisant à le reproduire, pour en orner notre travail.

La gravure est due au burin de Guillaume du Tielt, artiste yprois de mérite {^); on lit au bas : Guil. du Tielt fe. Ipris. A part le nom du graveur, elle ne porte d^ autre inscription qu'une invocation à saint Gilles : Sancte Mgidi Ora pro nohis; en outre, Técusson, suspendu à une branche d'arbre derrière le Saint, n'a pas été rempli. Toutefois, malgré l'absence d'indications, la provenance de ce petit drapeau ne saurait être douteuse; il suffit, pour s'en convaincre, de le rapprocher de la vue de Watten, insérée dans la Flandria illustrwta, de Sanderus. C'est bien le paysage de Watten qui se déroule devant nous, traversé par l'Aa, dont un bras de décharge côtoie la colline, oii l'on voit se dresser l'église et la grosse tour carrée du monastère (^) . Des pèlerins gravissent cette colline; d'autres la descendent. Sur l'avant-plan, l'église paroissiale du bourg, masquée en partie par des arbres, laisse percer l'élégante flèche de sa tour. Ce ne sont là toutefois que des détails accessoires aux yeux du graveur; celui-ci a donné tous ses soins au sujet principal, le groupe représentant saint Gilles invoqué par divers personnages, agenouillés à ses pieds. L'ensemble de ce groupe est parfaitement réussi.

{}) Guillaume du Tielt, élève de Eubens et graveur en taille-douce, naquit à Ypres, au commencement du XVII"^ siècle. Il fut marié à Anne -Catherine Bourguillion, dont il eut plusieurs enfants. Comme peintre et graveur, du Tielt eut une assez grande réputation. On conserve de lui à Saint-Pierre, à Ypres, quatre tableaux. Il paraît toutefois qu'il s'adonna plus à la gravure qu'à la peinture. Il a gravé un plan d'Ypres et de ses faubourgs en 1383. Il a aussi I laissé plusieurs sujets religieux, des titres de livres, etc. Du Tielt mourut vers î 1669 {Biographie des hommes remarquables de la Flandre occidentale, tom. m, i Bruges 1847, p. 166). M. Alphonse Yandenpeereboom possède un grand nomhra de cuivres gravés, faisant partie de l'œuvre de Guillaume du Tielt, et représentant des bannières de pèlerinage, des images de confréries et autres sujets de ce genre.

(^) Le bourg de Watten est en partie renfermé dans une île, qu'enveloppe, avec l'Aa, un bras de décharge ouvert sur la rive gauche. A la pointe d'aval fie cette île, l'Aa se divise en deux bras. Ce bras de décharge est le lit naturel fie la rivière; le bras principal est creusé de niain d'homme (Hermand, Notice -torique sur Watten, p. 54, note 2).

Un autre élément de diffusion du culte des Saints, ce sont les médailles frappées en leur honneur; Watten eut les siennes, et elles ne sont pas, que nous sachions, venues à la connaissance des auteurs, qui ont traité l'histoire de cette localité. C'est M. Auguste Preux, alors avocat général près la cour d'appel de Douai (^), qui nous a signalé l'existence de ces médailles, par la bienveillante entremise de feu M. Edmond de Coussemaker, le regretté président du Comité flamand de France (^), auquel nous nous étions adressé. Voici un extrait de la lettre, qu'écrivait à ce dernier, sous la date du 10 Mars 1872, le digne magistrat douaisien, qui, à raison de ses recherches sur la numismatique de la Flandre maritime, était plus à même que tout autre de nous fournir les renseignements désirés : '

Je ne connais dans la Flandre maritime, par suite des recherches numismatiques, que j'ai entreprises pour le Comité, qu'une seule dévotion à saint Gilles; c'est celle de Watten. Je n'ai pas appris qu'elle ait donné lieu à des étendards, quoique cela fût assez dans les usages religieux du pays (^); ces petites bannières ne rentraient pas dans mon cadre, et par suite je ne ' m'en suis pas occupé. Mais elle est attestée par un certain nombre de médailles de piété. L'attribution de l'une de ces pièces est certaine; les autres reçoivent leur classement par analogie.

Trois de ces quatre pièces sont bractéates, c'est-à-dire, frappées sur une même feuille de métal et sans revers. C'est

Après avoir rempli les fonctions de procureur général à Limoges et à j Riom, M. Prenx, qui, en 1878, avait refusé d'accepter la même position à ; la cour d'Auch, était venu se fixer à Douai, sa ville natale, où il se livrait exclusivement à ses études favorites d'histoire et d'archéologie. Une affection du cœur l'enleva subitement à Paris, le 28 Novembre 1879. Le Polybiblion a consacré une notice à ce savant magistratj voyez le tome xxviii, Paris 1880, p. 85. f

(2) M. de Coussemaker est décédé à Lille, au mois de Janvier 1876. Voyez sa notice dans le Polyhihlion, tom. xvi, Paris 1876, p. 267.

(•^) M. Preux ignorait l'existence du cuivre de Guillaume du Tielt, que , nous venons de décrire.

la plus moderne qui porte la légende S. G. .d. Waten. Elles représentent toutes le Saint, vêtu en abbé, la tête nimbée, tenant sa crosse et ayant près de lui un animal, qui semble un lièvre (^), et qui parfois se dresse contre lui.

^' La pièce en argent (qui semble dater du XVII^ ou du XVIII^ siècle) est ovale.

^' ^eux autres en cuivre, qui n^ offrent que les lettres 8. G., sont rondes, et ne diffèrent guères Fune de Tautre que par le module.

Enfin une dernière, en plomb, uniface et ronde, porte la légende 0. gUle, en minuscules gothiques.

Les quatre médailles ci-dessus font partie de la collection de M. Albert Legrand, à Saint-Omer.

Pour les autres lieux de pèlerinage de S* Gilles, qui ont pu exister dans le Nord de la France et laisser des traces métalliques^ il faudra consulter notre collègue M. Dancoisne (^); sa collection de médailles de piété peut renfermer des pièces appartenant à d^ autres localités que Watten.

Sous les Jésuites anglais, l'église du monastère de Wat- I ten renfermait quatre autels, dont F un était dédié à saint

1 Gilles (3).

(^) C'est la biclie de notre Saint, que sa petitesse aura fait prendre pour un lièvre.

(^) M. Louis Dancoisne est un numismate distingué, qui habite Hénin- Liétard (Pas-de-Calais). A la prière de M. de Coussemaker, il voulut bien, pour nous faire plaisir, se mettre en quête de médailles et de méreaux, ayant trait au culte de saint Gilles dans le Nord de la France, et eut le regret de ne pas aboutir dans ses recberclies.

A l'exposition d'objets d'art religieux, ouverte à Lille, à l'occasion des fêtes du couronnement de Notre-Dame de la Treille (Juin-Juillet 1874), on voyait réunis dans une section spéciale, la neuvième, les sceaux d'églises,

, d'abbayes et de couvents, les médailles religieuses, les insignes de pèlerinage, les jetons, méreaux, etc. Cette section était fort riche, vu que la description

I n'en remplit pas moins de quatorze pages de l'excellent catalogue de l'exposi-

1 tien lilloise, rédigé par M. le chanoine Van Drivai (Lille 1874, pp. 178-184, 329-332). Nous avons été quelque peu désappointé de ne rencontrer, dans cette mmense collection d'objets de piété, aucun souvenir du culte de saint Gilles,

j surtout en ce qui concerne le Nord de la France.

I(^) Hermand, Notice historique sur Watten, p. 189, note 1.

Sanderus mit au jour, en 1644, chez Jean Blaeu, à Amsterdam (^), le second volume de sa Flandria illustrata. Ce volume contient une notice sur Watten (^), accompagnée d^une vue de la ville et du monastère, intercalée dans le texte (^). Cette vue, gravée par Yaast du Plouicli, géomètre de la châtellenie de Bailleul, a été reproduite, sans la dédicace et avec moins de fini, dans la seconde édition de la Flandria illustrata Dans les deux éditions, la vue de Watten présente en tête deux écussons armoriés : à gauche, celui de Baltliazar Yillain de Gand, seigneur de Pendroit, auquel du Plouich dédia sa gravure; à droite, un blason qui intrigue vivement M. Aimé Leroy : " Serait-il, se demande cet écrivain, un nouveau blason du monastère (^) ? A quelle époque aurait-il été adopté ? Nous Fignorons. Il renferme et porte à dextre un plus petit écusson d'argent, à une lame de scie en fasce, et surmonté d'une clef en pal; et à senestre, un abbé tenant sa crosse appuyée sur l'épaule gauche, et un petit chien montant contre ledit abbé (^). Nous avouons ne pas connaître ce blason, mais du moins savons-nous, que ^' l'abbé tenant sa crosse appuyée sur l'épaule gauche n'est autre que saint Gilles, et que le " petit chien montant contre ledit abbé ", est tout simplement sa biche. Peut-être ces armoiries,

L'indication du lieu d'impression (Coloniœ Agrippinœ, sumptihus ,Corn. ah Egmondt) est fausse. Voyez J. de Saint-Genois, Antoine Sanderus et ses écrits, Gand 1861, p, 75.

O Pp. 474, 475.

0) Tom. III, ïïagae Comitam 1732, entre les pp. 106 et 107, planche VI, n» 12.

(*) Le monastère de Watten adopta un écusson héraldique vers le milieu du XIV^ siècle. Voyez, à ce sujet, ïïermand. Notice historique sur Watten, p. 142, et la remarque de M. Aimé Leroy, en tête du Catalogue des Prévosts de Watten, dans les Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique, nouv. sér., tom. vi, p. 265. Les Jésuites anglais de Watten portaient " d'argent à un Nom de Jésus de gueules ". (Annales du Comité flamand de France, tom. ii, p. 216, et la planche I, en regard de la p. 194; le n° 17 représente le blason de ces religieux.)

C') Catalogue des Prévosts de Watten, remarque citée à la note précédente.

au-dessus desquelles on lit le mot Waetene, sont-elles les anciennes armoiries (}) de la ville^ dont saint Gilles est le patron.

La dissolution de la Compagnie de Jésus en France, prononcée en 1 762, força les Jésuites anglais à quitter leur maison de Watten, où ils avaient toujours leur noviciat. Ces dignes religieux abandonnèrent à regret Fasile, qui les avait abrités durant plus d^un siècle et demi, et vinrent se Jâxer à Bruges. Les prêtres de la mission anglaise, qui avaient succédé aux Jésuites de leur nation dans la direction du collège de Saint- Omer, les remplacèrent également à Watten, mais leur séjour y fut de courte durée. Un procès surgit entre eux et Févêque de Saint-Omer, Marc-Hilaire de Conzié; il eut pour issue le retour pur et simple de F ancienne prévôté de Watten et de tous ses biens à la mense épiscopale. Mgr. de Oonzié, voulant éviter des frais considérables de réparation, fit jeter bas tous les bâtiments du monastère, y compris l'église, n'exceptant que la tour seule (^). Ainsi disparut à jamais, renversé par des mains qui eussent dû être les premières à le relever de ses ruines, le sanctuaire vénéré, que tant de générations avaient foulé, heureuses de venir payer au glorieux saint Gilles le tribut de leurs prières et de leurs offrandes. Au lieu et place du monastère, et avec les matériaux qui en provinrent, Mgr. de Conzié fit bâtir une maison de campagne, qu'il habitait fréquemment, et tout auprès une ferme assez considérable.

Pendant la révolution française, savoir le 22 Décembre 1792, les constructions élevées sur l'emplacement de l'ancienne prévôté furent vendues comme biens nationaux. Les nouveaux acquéreurs voulurent démolir la tour de l'église, conservée par l'évêque; défense leur fut intimée par l'autorité

(') Nous disons les anciennes armoiries; les armes municipales actuelles de Watten se composent d'un écu contre-palé de gueules et d'argent de six pièces, sommé d'une couronne murale. M. le maire de Watten a eu l'obligeance de nous adresser, le 8 Août 1879, un dessin de ce blason, en ajoutant qu'il n'existait à la mairie aucun sceau, portant des armoiries plus anciennes.

C) Il conserva aussi les murs qui fermaient les jardins et sont encore debout aujourd'hui. (Hermand, Notice historique sur Watten, p. 187, note 2.)

administrative. Cette tour sert de point de reconnaissance sur mer aux navigateurs (^). Elle subsiste encore aujourd'hui, mais dégradée; le gouvernement français Fa acquise, en 1822, avec le terrain qui l'environne, à vingt pieds de rayon (^) .

Puissent le temps et la main des hommes continuer à respecter la vieille tour de Watten, dernier vestige d'un passé, riche en glorieux et consolants souvenirs; phare bienfaisantj que saluèrent des milliers de pèlerins, venant chercher à son ombre la santé et la paix !

Avant de clore ce paragraphe, il nous reste à dire quelques mots de l'église paroissiale de Watten, placée sous l'invocation de saint Gilles.

Par qui et à quelle époque fut fondée cette église ? " Le seigneur de Watten, répond M. Hermand, était fondateur de l'église communale, élevée à une époque que nous ne pouvons déterminer au juste, pour remplacer, comme paroisse, celle du monastère... Michel de Harnes remit, en 1218, à l'église de Watten les redevances qu'elle lui devait (^), ce qui prouve son existence à cette époque. La paroisse de Watten existait au XI^ siècle; Ebrard dit : Lisuper et duas garhas totius PAROCHi^ guatinensis " (^).

Nous ignorons sur quoi se base l'auteur, pour attribuer la fondation de l'église paroissiale de Watten aux seigneurs du lieu. Nous aimons mieux y voir l'œuvre du monastère, qui

(^) Cette tour, de style ogival, a six étages; la tourelle d'escalier s'élève à 72 mètres d'altitude (Joanne, Itinéraire général de la France. Le Nord, Paris 1869, p. 125).

(2) Hermand, Notice historique sur Watten, pp. 184 et suiv.

L'emplacement de l'ancien monastère de Watten est occupé aujourd'hui par une exploitation agricole. Pour tous autres détails sur l'état actuel du bourg, on peut consulter Hermand, op. cit., pp. 191 et suiv., ainsi que l'ouvrage cité de M. Joanne.

(^) Voyez l'acte, par lequel Michel de Harnes, Flandrie constahularius, fait cette remise, parmi les pièces justificatives du travail de M. Hermand, p. 198, n" 1.

("*) Hermand, op. cit., p. 79, note 3.

donna naissance à la ville^ et dont Téglise conventuelle^ de Faveu même de M. Hermand^ servit de paroissiale^ jusqn^à I^érection de celle qui nous occupe. Ce qui donne un grand poids à cette opinion, c^est que le prévôt de Watten, et, après lui, Pévêque de Saint- Omer, héritier de ses droits et prérogatives, étaient les collateurs de la cure. Citons encore, comme preuve à Fappui, un détail extrait du Catalogue des Prévosts de Watten : Après avoir parlé, avec éloges, du prévôt Michel de Petra, qui fut le dixième prévost Fan 1233, et gouverna Péglise vertueusement Fespace de XXV ans", le Catalogue ajoute : " et durant son tamps, en Fan 1236 (^), fut l'église paroicliialle transportée au bourg de Watène bas, qui paravant tenoit audit cloistre, sur ce pluseurs prééminences aux prévosts réservées P), Il est évident, nous semble-t-il, pour qui lit ces lignes, que la construction de F église paroissiale au pied de la montagne fut le fait des prévôts du monastère, puisque plusieurs prééminences leur furent réservées de ce chef. Si les seigneurs de Watten avaient bâti la nouvelle église, c^est à eux, et non pas aux supérieurs de la prévôté, que ces privilèges eussent appartenu. Enfin, il n'est pas jusqu'au vocable du nouveau sanctuaire, qui ne nous paraisse militer en faveur de notre thèse. Saint Gilles était le Saint de prédilection des moines de Watten; à eux revenait la gloire d'avoir introduit son culte dans la contrée, et leur suprême bonheur devait être la construction d'une église, qui portât son nom.

O Les Annales Ecclesiœ Watinensis per prœpositos distincti, retrouvées par M. Courtois, assignent à ce fait une date antérieure : " On ignorait jusqu'ici, dit M. Courtois, à quelle époque remontait l'église paroissiale de Watten. Les annales nous apprennent que cette église était primitivement placée sur la hauteurj que, lors de la construction du monastère, elle fut renfermée dans son enceinte, et que ce fut en 1228 seulement qu'elle a été transférée à l'endroit oii elle est aujourd'hui " (Annales et privilèges de V église de Watten, dans le Bulletin historique de la Société des Antiquaires de la Morinie, tom. i (1852- 1856), Saint-Omer, p. 19).

(^) Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belfjique, nouvelle série, tom. vi, p. 276.

La gravure de du Plouich nous offre une vue très-nette de Féglise paroissiale de Watten, telle qu'elle était en 1644; Fartiste semble avoir pris à tâche de faire ressortir l'édifice sacré, dont la haute tour, surmontée d'une jolie flèche, domine tout le paysage (^).

L'autel de la nef droite est dédié à saint Gilles, et orné d'un buste médiocre de ce Saint, dépourvu de tout attribut caractéristique quelconque. C'est là que les fidèles vont vénérer leur saint patron, et implorer son secours contre les maux de tête (^), ainsi que le montrent les nombreux ex-voto, consistant en petites têtes de cire.

La révolution de 1793, dit M. Hermand, a porté quelque changement dans les mœurs domestiques et dans les

(^) Le coup de vent du 18 Brumaire an IX (9 Novembre 1800) a renversé cette flèche, et on n'a jamais songé à la reconstruire (Heemand, op. c, p. 194).

M. le curé Boedt estime que la tour de l'église paroissiale de Watten remonte au milieu du XII*= siècle. Cette opinion ne nous semble pas admissible, en présence de l'extrait du Catalogue des Prévosts de Watten, qui attribue la translation de l'église paroissiale " au bourg de Watène bas ", à Michel de Petra, et la fixe en 1236; cette opinion ne s'accorde pas davantage avec les Annales Ecclesiœ Watinensis, qui placent la dite translation en 1228. D'après M. Boedt, la grand' nef est du XV*^ siècle; M. Jeanne (op. et loc. cit.) indique l'année 1498, comme date de la construction de l'église actuelle.

(^) " On vient, dit M. Eaymond de Bertrand, invoquer saint Gilles, œgidius, abbé, dans les églises de Watten et de Saint-Momelin, pour les maladies et les maux de tête. " (Dévotions populaires chez les Flamands de France de V arrondissement de Dunkerque, dans les Annales du Comité flamand de France, tom. i, p. 220.)

M. Eaymond de Bertrand a fait erreur, en signalant Saint-Momelin, comme un but de pèlerinage en l'honneur de saint Gilles. Voici ce que nous écrivait M. l'abbé Ruyssen, curé de cette paroisse, le 6 Janvier 1872 :

" Depuis quatre ans que Monseigneur l'Archevêque de Cambrai m'a nommé au poste de S' Momelin, je n'ai jamais entendu dire, ni jamais vu un pèlerin, qui y vînt invoquer la protection de S* Gilles contre les maladies et les maux de tête. Nous n'avons pas la statue, ni aucune relique de ce Saint. S' Momelin ofEre des souvenirs historiques assez anciens, pour que ma curiosité fût poussée à faire quelques recherches; je n'ai jamais, ni nulle part trouvé aucune allusion à S' Gilles, et si M. Raymond de Bertrand croit qu'on y vient invoquer ce Saint, il est complètement dans l'erreur. Un pèlerinage très-ancien, et dont M. Cousin parle (]ans son histoire des évêques de Tournai, existe dans ma paroisse, mais il n'a aucun trait à votre demande : ce pèlerinage se fait en l'honneur do S' Momelin, pour les enfants bègues ou qui parlent diflBcilement. "

idées religieuses des Wattenais et des habitans des villages voisins : avant cette époque^ le culte de St.-Gilles, vénéré pour la guérison des maux de tête^ était accompagné d'un grand éclat extérieur; le 1*^^ jour de septembre, commençait annuellement une neuvaine publique, à laquelle se rendaient une foule de pèlerins de' tous pays, sollicitant un soulagement à leurs douleurs; entre-temps, la chapelle du monastère, dédiée à St. -Gilles, et après elle l'église communale recevaient de nombreux visiteurs souffrans. Aujourd'hui la neuvaine, déplacée de quelques jours pour concorder avec la kermesse, qui a lieu le dimanche de septembre, n'a plus la même affluence, et les pèlerins ont sensiblement diminué dans le cours de l'année. Il n'en pouvait être autrement : les progrès que la médecine a faits ont été cause que moins de malades ont été envoyés aux tombeaux des Saints et dans les lieux où ils étaient le plus vénérés " Q).

Cette dernière phrase renferme une assertion, contre laquelle il nous faut protester. Si en 1836, époque où M. Her- I mand traçait ces lignes, le pèlerinage de Watten, et bien I d'autres avec lui, avaient perdu leur ancienne force attractive ce n'était pas dans les progrès de la médecine, qu'il fallait en chercher la cause première, mais bien dans l'affaiblissement du sentiment religieux, triste fruit de la révolution française I et des doctrines subversives, dont elle était la conséquence logique. En voulons-nous la preuve ? La foi et la piété ont subi^ dans ces derniers temps, un consolant réveil, et tout aussitôt nous avons vu les pèlerinages se réorganiser, avec une I ferveur et un entrain, dignes des plus beaux âges du christiaj nisme. Depuis lors, nos sanctuaires ne désemplissent pas; leur i enceinte est trop étroite pour contenir la foule des malades, 1 qui s'y pressent. Et cependant, depuis quarante ans, l'art médical n'est pas demeuré stationnaire; il a réalisé des progrès et fait des découvertes, qu'on ne soupçonnait même pas.

0) Notice historique sur Watten, p. 189.

lors de Tapparition du travail de M. Hermand. C^est la meilleure réponse à faire à ceux qui s'imaginent, qu'il existe une connexion quelconque entre la médecine et les manifestations de la foi des peuples.

Saint Gilles est loin d'être oublié à Watten; il y reçoit à sa fête, durant toute l'octave, et dans le cours de l'année même, de nombreux et toucbants hommages. Son culte, sans doute, n'est plus ce qu'il était jadis, mais il est appelé à se développer, et à regagner son ancienne importance. Il n'est pas d'efforts que ne tente le digne curé de Watten, pour rendre à ce culte son éclat d'autrefois, et surtout pour rétablir l'antique pèlerinage. C'est dire assez l'accueil que nous trouvâmes auprès de M. Boedt, lorsque nous lui fîmes part de nos recherclies. Il nous écrivait, le 20 Novembre 1871, en nous communiquant le résultat de ses propres investigations :

Je forme les vœux les plus ardents pour la réussite la plus complète de votre pieux| travail. Je compte sur ce concours providentiel, pour raviver, dans les âmes de mes paroissiens, l'amour de leur illustre patron, et essayer de rendre à son culte quelque chose de son ancien éclat. "

M. Boedt nous écrivait encore, le 26 Août 1873 :

La fête de S* Grilles approche, et je suis désireux de savoir si je ne pourrai pas encore, cette année, recevoir cette hagiographie tant et si ardemment désirée. Je voudrais rétablir ce pèlerinage, autrefois si en honneur dans nos contrées, et je comptais surtout sur votre concours, pour arriver à ce consolant résultat, rétablir le culte, la dévotion, la confiance au glorieux patron S* Gilles.

Je ne doute pas qu'un ouvrage de ce genre ne demande, pour être intéressant, bien des recherches, bien des démarches, bien du temps. Mais n'aurait-il pas été possible, et même utile au travail entrepris, de publier, en attendant l'œuvre capitale, une petite notice pour satisfaire aux besoins du moment, et hâter ainsi la restauration du culte de celui, qui a été si longtemps l'espérance et le secours de tant d'infirmes ? Une

fois connue, ne cherclierait-on pas ardemment à connaître mieux encore cette vie si intéressante ? (^).

"Je dois travailler à la restauration de mon église, et je compte sur la dévotion à S* Gilles, pour arriver à la réalisation de cette entreprise, qui est à sa gloire.

Puissent Dieu et saint Grilles bénir les généreux projets de M. le curé de Watten ! Puissions-nous concourir, dans la faible mesure de nos forces, à leur accomplissement ! C^est le double vœu que nous émettons, en achevant cet article, dont la composition nous a coûté tant de peines et demandé tant de recberclies.

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