‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 72 sur 253 · IV. - PECQUENCOURT · texte numérisé non relu

IV. - PECQUENCOURT

Cette localité, qu'on trouve désignée sous les noms de Piscatoris curtis, Peshencort, Pesqu encourt, est fort ancienne. Son existence est antérieure à celle de l'illustre abbaye bénédictine d'Ancbin, qui se trouvait sur son territoire (^); lors de la fondation de cette maison, au XI^ siècle, par Sobier, sire de Loz et Courcelles, et Gautier, seigneur de Montigny en Ostrevant, Gautier et sa mère Matbilde lui donnèrent la moitié du village de Pecquencourt, contiguë à l'île d'Anchin (^). Gérard II, éveque de Cambrai, confirma la fondation du monastère, en 1079, et céda à ce dernier l'autre moitié du village de Pecquencourt, qui lui appartenait... Matildis et Walterus filius ejuSj dederunt dimidiam partem de Piscatoris curte,

(') E. DE CoussRMAKER, Troubles religieux du XVP siècle dans la Flandre maritime, 1560-1570. Documents originaux, tom. ii, Bruges 1876, pp. 114, 116.

(^) Pecquencourt ressortit à rarrondissement de Douai et au décanat de Marchiennes; 6 kilomètres le séparent de cette dernière ville et 12 de la première. Voyez A. Le Glay, Cameracum christianum, p. 415.

(•'') Voyez, sur cette abbaye, A. Le Glay, Cameracum christianum, pp. 223 et suiv., et surtout Escallier, L'ahhage d'Anchin, 1079-1792, Lille 1852.

(") L'abbaye d'Anchin était bâtie sur un îlot; do là sou nom latin di? Aqnicinctinm, cœnohiuni, Afpiicinctense.

terram, silvam, aquani et quidqaid ad eam pertlnet...; aller am vero partem ejiisdem villœ ego Gerardus super addidi... {})

Lorsque Tabbé Siiiiou P^' eut résolu de reconstruire Téglise de son monastère, ce fut Baudouin, seigneur de Pecquencourt, qui posa la première pierre de Fédifice, le 2 Mars 1181 : Ihi aderat — dit la chronique du monastère^, — Balduinus cor)ies istius pagi dicti de Pesquencourt, cum frequenti titrba militum et aliorum Christi fidelium. Primum lapidem in fiindamento cornes manihus suis cum cœmento posuit, et in ecclesia magnum gaudium fuit (~). L^église paroissiale de Pecquencourt existaitelle déjà à cette époque ? Nous Fignorons, mais on ne peut douter qu^elle n^ait été fondée par les moines d^Anchin; Pabbé du monastère était collateur de la cure, et le choix même de saint Grilles^ comme patron de l'église et du lieu, trahit une influence bénédictine. Ce sera donc aux Bénédictins d'Ancliin qu'on doit l'introduction du culte de saint Gilles à Pecquencourt.

Malheureusement ce culte^ qui remonte à une époque si respectable, est bien déchu, ou, pour mieux dire, il n'existe plus que de nom, et les vestiges mêmes de l'ancienne dévotion ont totalement disparu. M. l'abbé Jaclin, curé de la paroisse, nous écrivait, le 17 Novembre 1871, que, malgré d'activés recherches, il n'avait rien pu découvrir sur le culte du saint abbé dans sa paroisse. L'église ne possède pas même la moindre parcelle des reliques de son patron; il y a cependant, au bout de la nef gauche, une chapelle qui lui est dédiée, et oii l'on a mis une statuette du Saint.

La ducasse se célèbre le dernier Dimanche d'Août.

Nous ne voulons pas terminer cet article, sans dire quelques mots de la Chapelle des Ardents, à Pecquencourt; l'histoire de ce sanctuaire renferme quelques détails qui nous intéressent.

Q) EscALLiER, L'abbaye d'Anchin, p. 18. L'original des lettres de l'évêque Gérard II repose aux Archives du département du Nord, à Lille.

(^) Gallia christiana, tom. m, Parisiis 1725, col. 413, — A. Le Glay, Cameracuni christianum, p. 228.

Vers l^année 1300, sous ^administration de Jean Baillet, XIX*^ abbé d' Ancliin, Féglise de Pecquencourt s^enrichit d'un cierge formé de la sainte Chandelle d'Arras.

" Ce cierge, dit M. Escallier, fut placé d'abord sous le portail de l'église de Pecquencourt, oii il était en grande vénération, et opérait beaucoup de miracles. Ce que voyant, notre abbé d'Ancbin ordonna qu'une chapelle, en forme de tour, fût érigée au milieu de la place de Pecquencourt^ oii le flambeau sacré serait déposé avec honneur. Donc, bientôt la sainte chandelle de Pecquencourt devint un objet de dévotion dans toute la contrée; et dans les derniers temps de l'abbaye d'Anchin on voyait encore cette tour.

^' L'abbé Jean avait préposé, comme supérieur, un religieux de l'abbaye pour desservir et administrer cette chapelle, et recevoir les donations des fidèles. Ce préposé présidait à la ^procession qui se faisait tous les ans, à la fête de saint Gilles, et il devait veiller à ce que les ménétriers, musiciens, joueurs de luth, de cystre, de viole, de flûte et de trompette, se comportassent avec décence. La première procession de toutes eut lieu en l'an 1308. Le supérieur de la chapelle portait le cierge miraculeux, et plus de quatre cents musiciens, chantant, dansant et jouant toutes sortes d'instruments de musique, y assistaient " (^).

Pierre Toulet, XXXI« abbé d'Anchin (1448-1464) et son successeur, Hugues de Lohes, (f vers 1491), restaurèrent avec magnificence et firent orner de peintures la chapelle de Pecquencourt, nommée Chapelle des Ardents (^). Hugues termina les travaux commencés par son prédécesseur. Après avoir décrit les peintures qui décoraient l'intérieur de ce sanctuaire, M. Escaliier poursuit ainsi :

*^ Ces choses montrent la part que Hugues de Lohes a prise aux travaux d'embellissement de cette chapelle. Il a aussi fait exécuter les pointures qui étaient sur les murailles de

Q) EscALLiKR, L'ahhaye d'Anchin, p. 193. 1^ (^) EscALLiER, op. cit., pp. 226 et suiv.

l'escalier; ces peintures représentaient la pi^ocession et les cérémonies qui avaient lieu à la fête de saint Gilles, où la sainte cliandelle était portée révérencieusement par le religieux administrateur de la cliapelle. Ces fêtes, auxquelles présidait, verge en main, un moine de Fabbaye d^Anchin, préposé à cet office, attiraient une foule considérable de ménétriers et de musiciens, jouant du luth, de la cythare, de la flûte, de la trompette et d^autres instruments de musique en Fbonneur de la sainte Vierge. Elles eurent lieu ainsi jusques au temps de Fabbé Lentailleur (^) . Ce prélat, à cause des abus et des orgies qui s'y commettaient dans les derniers temps, y apporta des réformes et ne permit plus d'affluence si considérable; et cela, sur la demande de D. Baltbasar Seulin, alors pasteur de Pecquencourt, et ensuite doyen de St.-Amé à Douai. Pour compléter ce qui concerne la cliapelle de la sainte chandelle de Pecquencourt, disons tout de suite que l'abbé Charles Coguin (^)... se plut aussi à l'embellir; c'est à lui que Ton doit les beaux vitraux peints qui illuminaient l'intérieur de Pédicule, et où étaient représentés saint Jacques, saint Michel et la B. Vierge Marie, avec deux anges à ses côtés, ainsi que saint Christophe, saint André, saint Jean et saint Gilles (^).

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