‹ Saint Gilles (volume 2)Chapitre 75 sur 253 · IL - CAMBRAI · texte numérisé non relu

IL - CAMBRAI

Suivant toute probabilité,, le culte de saint Gilles fut implanté à Cambrai par les religieux de l'abbaye bénédictine du Saint- Sépulcre^ fondée^ en 1064^ par saint Liébert^ évêque de cette ville (•^). L'histoire de Cambrai offre des vestiges nombreux de cette dévotion. Pour procéder avec ordre nous

(^) Pruvost, Chronique et cartulaire de Vdbhaye de Bergues-Saint-WinoCy tom. II, p. 704, note 2.

(^) Désireux de connaître les souvenirs, que le culte de saint Gilles pouvait avoir laissés à Cambrai, nous crûmes ne pouvoir mieux nous adresser qu'à M. le chanoine Destombes, ancien professeur d'histoire au petit séminaire de cette ville, aujourd'hui vicaire général de Son Eminence le cardinal-archevêque de Cambrai. M. le chanoine Destombes est l'auteur d'une Histoire de saint Amand, Evêque- Missionnaire, et du christianisme chez les Francs du Nord au septième siècle (Paris 1850); il est connu surtout par son grand travail hagiographique : Les Vies des Saints et des personnes d^une éminente piété, des diocèses de Cambrai et d''Ârras (Cambrai 1851-52, 4 vol.). Ces importantes publications désignaient naturellement à notre attention leur savant auteur, et nous donnaient l'espoir fondé de rencontrer en lui un puissant auxiliaire. Notre attente ne fut pas déçue; peu satisfait de nous communiquer, par ses lettres du 21 Février 1872 et du 10 Février 1873, une foule de notes intéressantes, M. le chanoine Destombes voulut bien nous mettre en rapports avec son ami, M. Victor Delattre, membre correspondant de la Commission historique du Nord et amateur éclairé, qu'un Juge compétent, M. le baron de Boyer de Sainte- Suzanne, a baptisé du nom de curieux de curiosités. M. Delattre possède un riche cabinet d'antiquités cambrésiennes, et le travailleur est sûr de trouver chez lui, à côté du plus bienveillant accueil, tout un trésor de précieux renseignements. Nous parlons d'expérience. La correspondance que nous eûmes l'honneur d'entretenir avec cet aimable archéologue, les éléments qu'il recueillit pour satisfaire à nos nombreuses demandes, lui suggérèrent l'idée — il en fait l'aveu à la première page de son travail, — de publier une intéressante étude, sous le titre de : Recherches historiques sur la villa de Vabbé du Saint- Sépulcre, le faubourg Saint-Gilles et la seigneurie du Plat-Farnières, à Cambrai (Lille 1877). M. Delattre daigna nous faire hommage d'un exemplaire de son travail et l'accompagner de la lettre la plus gracieuse qui se puisse imaginer. MM. Destombes et Delattre nous ont puissamment encouragé et secondé; jamais nous ne perdrons le souvenir reconnaissant de leur active et intelligente coopération.

(^) Voyez, sur cette maison religieuse, A. Le Glay, Gameracum christianum, pp. 170 et suiv.

traiterons successivement du faubourg et de la chapelle de Saint- Gilles; du Serment des Archers de Saint- Gilles; des objets d^art représentant le saint abbé; et enfin des coutumes populaires, auxquelles son culte donna naissance dans la cité cambrésienne.

Dès le XII^ siècle, il est fait mention, dans les vieux chroniqueurs, de 8aint-Gilles-en-Wedières (^). Adam Gélicq rapporte qu'un tournoi y fut tenu en 1190 : Et fut ledict tournoi fait hors de la cité de Cambray, en allant à Saint- Gilles-de-Wedières " (^). D'autre part, le cartulaire de l'abbaye du Saint- Sépulcre nous apprend que, le Dimanche avant la fête de sainte Marie-Madeleine, de l'année 1288, l'abbé et les religieux du monastère reçurent à dîner dans leur maison de Saint-Gilles-en-le-Waisdière, in domo sua quœ dicitur S. Mgidii en le Waisdiere, l'évêque de Cambrai, Guillaume de ïïainaut (^). Cette maison était située dans V Ahheville {Ahhatis Villa)) terrain compris entre la porte Saint-Georges et l'Escaut, d'une part, et les fossés de la ville et celui du Bailli, de l'autre {^); il n'est pas possible de préciser davantage l'emplacement de la villa primitive de l'abbaye. Les religieux abandonnèrent celle-ci, à une époque inconnue; ils firent l'acquisition d'un terrain au Plat-Farnières, et y élevèrent une

(^) M. Delattre écrit Wedrerès, ailleurs, Vedrerès-, nous croyons qu'il faut lire Wedières.

(^) Delattre, Recherches historiques sur la villa de Vahhé du Saint- Sépulcre, etc., p. 20.

(^) A. Le Glay, Cameracum christianum, p. 46. — Delattre, op. cit., pp. 13, 21. " Quant au nom de le Wai^dière, dit M. Delattre, il s'explique par la situation de Vahhatis villa au milieu des prairies. Ce mot vient de l'allemand Weide, prairie, pâturage ". Ce terme pourrait dériver aussi, dit l'auteur, de " Waide ou Wède, guède ou pastel, plante fort en usage autrefois chez les teinturiers pour l'apprêt de certaines couleurs; or, on sait que les tentures écarlates de Cambrai jouissaient d'une réputation bien méritée. La culture du Wède était encore assez importante au Moyen-Age, pour que le Magistrat de Cambrai mît à ferme un office de bariller et mesurer Wesdes " (op. cit., p. 14).

(^) Delattre, op. cit., pp. 10, 11.

jolie maison de campagne, connue depuis sous le nom de Ghâteau du Saint -Sépulcre

Le travail de M. Delattre débute par une promenade au faubourg de Saint-Gilles :

En sortant de Cambrai, dit Fauteur, par la porte du Saint- Sépulcre, ou de Paris, si Von désire visiter, au faubourg de cette ville, ce qui reste actuellement des promenades préférées de Fimmortel Fénelon, on prend à droite, en arrivant I en face du cimetière de la paroisse Notre-Dame, le chemin ' tournant qui conduit au petit village de Pro ville, assis paisi- I blement sur les rives toujours vertes de FEscaut, et l'on I côtoie le lieu où l'on voyait naguère encore la place Saint- I Gilles. Là, les âmes pieuses saluent en passant un petit jardin ; enclos de murailles, à l'entrée de l'avenue d'une blanchisserie de toiles. C'est dans ce jardin, propriété de M. Hanot, droguiste, et qui n^ existait pas il y a une quarantaine d^ années, j que s'élevait jadis, sur la dite place, la chapelle de Saint- ' (?*7/es, abbé'^ (3).

I L'on se trouve bientôt sur la place du Plat-FarniereSy qui donne accès au moulin du même nom, situé à Feutrée de Vile Saint-Gilles i^) . En quittant son pont de bois, on pénètre à droite dans Vallée de Fénelon, aussi nommée chemin du Magistrat, laissant à gauche la grande et belle maison de campagne de l'abbaye du Saint- Sépulcre, vulgairement désignée sous le nom de Ghâteau du Saint- Sépulcre, et qui était considérée

i comme faisant partie du faubourg de Saint- Grilles, bien qu^elle

I appartînt à la paroisse de Saint-Géry (^).

{}) Delattre, Recherches historiques sur la villa de Vabhé du Saint- Sépulcre, etc., pp. 5, 14.

(^) Delattre, op. cit., p. 3.

(^) On appelle ainsi une longue étendue de terrain, qu'entourent l'Escaut, I entrant à Cambrai, par la Tour des Arquets, et l'Escautin. M. Delattre parle I longuement, et dans plusieurs chapitres, de l'île Saint-Gilles intra- et extramuros. Voyez pp. 27 et suiv.

(*) Delattre, op. cit., pp. 4, 5.

" L^ancien faubourg Saint-Gilles^ écrit M. Delattre, était beaucoup plus important qu'on ne pourrait se F imaginer; il pénétrait bien avant dans la ville, avant l'agrandissement de la cité au XP siècle, par les évêques Liébert et Gérard. Il fut même, en tout ou en partie, compris dans ce qu'on désignait primitivement sous le nom à' Abheville, et s'étendait de l'église Saint-Georges à l'Escaut, en touchant aux terres de la banlieue, connues de nos jours sous le nom de faubourg de Noyelles; confinait au terroir de Pro ville et du Plat-Farnières " (^).

Pour faciliter l'intelligence de ses Recherches, M. Delattre y a joint un Flan du Faubourg 8^ Gilles et du Fiat Farniere à Cambrai, en 1789, reproduit d'après les documents inédits de la collection cambrésienne de l'auteur.

Cédons la parole à M. Delattre :

Nous avons dit qu'au milieu du faubourg Saint-Gilles s'élevait une chapelle sous le vocable de ce Saint. Quel en fut le fondateur ? Nos chroniqueurs n'en disent rien.... Nous ferons cependant remarquer, qu'à l'époque du tournoi donné hors des murs de Cambrai en 1190, le chroniqueur Adam Gélicq dit qu'il eut lieu vers Saint-Gilles-en-Wedieres. Ne pourrait-on pas en conclure que le nom du Saint dut, dès le principe, être donné à quelque sanctuaire élevé vers l'endroit indiqué ?

" Ce qui paraît certain, c'est que le culte de saint Gilles à Cambrai y est aussi ancien que l'abbaye du Saint- Sépulcre, et qu'il y aura été apporté par les religieux bénédictins, appelés par saint Liébert " (').

L'auteur donne ensuite une courte biographie de saint Gilles, et, après avoir dit, en la terminant, que le Saint

Q) Delattre, Recherches historiques sur la villa de Vahbé du Saint- Sépulcre, etc., pp. 6, 7.

(-) Op. cit., pp. 56, 57.

fonda un monastère auquel il domina la règle de saint Benoit ^\ il poursuit en ces termes :

Cette particularité nous confirme dans notre opinion, que les religieux du Saint- Sépulcre, de Vordre de saint Benoît, ont fort bien pu introduire à Cambrai le culte de saint Grilles et ériger un sanctuaire, au milieu de prairies arrosées de fontaines, au saint ermite qui, renonçant au luxe effréné des grandes villes et au langage des courtisans, consentit à se faire plus pauvre que les pauvres, et à ne prendre pour nourriture que des herhes et de Veau.

^' On assure que la chapelle Saint-Gilles est citée, en ces termes, dans le Manuel du Prêtre et du Religieux, imprimé à Douai : Saint Gilles fut le patron d'une ancienne compagnie d'archers à Cambrai; il avait une cliapelle dans un faubourg de cette ville en 1448 '' . Il ne nous a pas été possible de nous procurer ce volume.

" Un manuscrit de la bibliothèque de Cambrai (^) dit que cette chapelle fut dédiée en 1488 par le pape Alexandre VI, qui y attacha des indulgences, mais on ne dit pas quel en fut le fondateur.

^'^ Le terrain sur lequel s'élevait le petit monument, appartenait à l'abbaye du Saint- Sépulcre.

" Complètement détruite en 1580, par le trop fameux baron d'Incby, la chapelle Saint-Gilles fut réédifiée plus tard par nos religieux de Saint-Benoît.

Nous possédons un plan manuscrit du siège de Cambrai par Louis Xiy, sur lequel figure la chapelle Saint-Gilles.

" Le chronographe suivant, qu'on lisait au-dessus de la porte d'entrée, indique une restauration faite en 1731, par Dom Placide Pouillaude, abbé, de 1722 à 1745 :

DIVIs egIDIo, antonIo atqYe eoCho eestaYrabat poYILLaYDe (^).

N" 658, art. 49, et Bouly, Dictionnaire de Vhistoire de Camhrai. {") Bruyelle, Les momments religieux de Cambrai avant et depuis 1789, '.241.

Une vue de la chapelle Saint-Gilles^ peinte sur toile par Antoine Saint- Aubert artiste cambrésien, existe dans le grand vestibule de la maison de M. Marc Douay, propriétaire, rue des Chanoines (^).

Le sanctuaire du faubourg Saint-Gilles avait eu sa part dans les pieuses largesses de nos devanciers, et son trésor ne comptait pas moins de trois reliquaires, des vases sacrés, eu métaux précieux, et autres pièces d^orfévrerie, sur le nombre et la valeur desquels nous manquons de détails, ces derniers ayant été envoyés à l'hôtel des monnaies de Lille, lors de la révolution stupide et impie du XYIII^ siècle (^).

Le 24 Août 1792, le nommé Pierre-François Volkerich, homme de loi, commissaire du département du Nord, pour les appositions des scellés sur les objets mobiliers des chapitres et maisons religieuses du district de Cambrai '\ vint dresser l'inventaire officiel du mobilier de la chapelle de Saint- G-illes; il était assisté, dans cette triste besogne, par Pierre- Célestin Cellier, écrivain au secrétariat dudit district (^). Cellier revint le lendemain, l'inventaire en main, fit charger les objets inventoriés sur une charrette, et rédigea le procèsverbal suivant :

Le vingt-cinq août 1792, quatre heures de relevée, le soussigné s'est transporté par ordre du Directoire, accompagné de Geiter, l'homme de service de ce district, en la chapelle Saint-Gilles, où étant, le sieur Danquigni a chargé sur la voiture, en présence dudit soussigné, tous les effets contenus en ladite chapelle, lesquels effets ont été déposés dans la cour de l'hôtel commun de cette ville. Fait les jours, mois et an que susdits.

Geiter. Cellier,

Ecrivain du Secrétariat (*).

(^) Recherches historiques sur la villa de Vahhé du Saint-Sépulcre, etc., pp. 58, 59.

(2) Id., pp. 60, 61.

(^) Cet inventaire repose aux Archives municipales de Cambrai; M. Delattre en donne le texte, op. cit., p. 61. C*) Dklattre, op. cit., p. 62.

Le modeste sanctuaire ne survécut pas longtemps à la spoliation du mobilier. Vendu, en exécution des lois de la Eépublique, il tomba bientôt sous la pioche des Vandales de 1793, ne laissant pour tout souvenir qu^un joli vitrail peint, style renaissance, conservé dans la collection cambrésienne de M. Delattre, et dont nous parlerons tout à Fheure (^).

Nous ne pourrions dire, écrit M. Delattre^ quel nom portait primitivement le serment des Archers de saint Gilles; ce que nous savons, c^est que ce nom changea plusieurs fois, et qu'au XV^ siècle, par exemple, on les appelait tantôt : les enfants confrères de saint Gilles, ou bien les Compagnons du Serment de saint Gilles.

" Au XYI^ siècle, on les désignait, ainsi que les autres compagnons d'arcbers, sous le nom de Gildes de Varc et la main; ils prirent plus tard le simple nom d'Archers de saint Gilles.

On lit au compte de la ville du 6 Février 1437 au 6 Février 1438, après la mention ordinaire relative au vin accordé aux Serments, au dîner et au souper du premier mai: " Donné ce dit jour aux enfants confrères de saint Gilles au " jeu de Varc à la main, 6 sous 8 deniers. Au compte de 1458-59 : (payé) aux enfants confrères de saint Gilles au jeu de Varc à la main, en l'avancement de leur feste... 12 sous. '' Cette mention se trouve renouvelée aux comptes de 1459- 1460 et 1460-1461. Le compte de 1461-1462 contient une variante : " Donné pour le jour de may aux compagnons du sairement de saint Gilles, x st. ''

Ils cessent d'être mentionnés au compte de 1462-1463, mais on les voit reparaître au commencement du XVI^ siècle.

(^) Delattre, Recherches historiques sur la villa de Vahhé du Saint- Sépulcre, p, 62.

" A cette époque, dit M. Wilbert {^), et dès l'année 1529,— on le voit dans la solennelle entrée de l'évêque Robert de i Croy, — les archers avaient six bannières différentes qui 1 ^' portaient le nom de saint Sébastien, saint Jacques, saint 1 ^' Christoplie, sainte Ursule, saint Gilles et saint Amand.

Les comptes de la ville nous signalent encore en 1550 les archers de saint Gilles, auprès de ceux de saint Sébastien, de sainte Christine ou Chrétienne, sans compter plusieurs autres serments qui n^ont eu qu'une existence momentanée, tels sont les arcliers de saint Antoine, de sainte Ursule, du Coquelet, etc. (2).'^

Lorsque Maximilien de Berghes fit son entrée solennelle à Cambrai, le Dimanclie, 22 Octobre 1559, en qualité de successeur de Robert de Croy à l'évêché de cette ville, les Archers de Saint-Gilles faisaient partie des compagnies bourgeoises, fortes de 2,700 hommes, qui allèrent au-devant du prélat jusqu'à Escaudœuvres (•^).

En 1708, nous retrouvons nos Archers de Saint-Gilles, parés de leurs brillants uniformes, ainsi que tous les Serments de la ville, et formant avec eux un cortège d'honneur aux ducs de Bourgogne et de Berry, lors du passage de ces princes à Cambrai

Au XVI siècle, les Archers de Saint-Gilles louaient un jardin rue du Chaudron; cette rue était située dans les environs de l'abbaye de Prémy, vers le rempart, et faisait partie de l'île Saint-Gilles. Les susdits Archers quittèrent ce jardin en 1603; cette propriété, appartenant à la ville, fut alors louée, pour un terme de cinquante ans, aux dames de Prémy, qui, le bail expiré, en firent l'acquisition, moyennant un arrentement

(1) Bu rôle du Tiers-État dans l'histoire de Cambrai (Mémoires de la Société d'Émulation de Cambrai, tom. xxxii, 2™"= partie, p. 576).

(2) Delattre, Recherches historiques sur la villa de Vahbé du Saint- Sépulcre, etc., pp. 67, 68.

Delattre, op. cit., p. 74.

(") Delattre, op. cit., pp. 69, 70.

perpétuel de dix florins par an, et l'incorporèrent dans les dépendances de leur abbaye (^).

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