PÈLERINAGES IMPOSÉS COMME CONDITIONS DE TRAITÉS DE PAIX
Après le décès de Louis-le-Hutin (^), son frère Philippe (^) fut nommé régent du royaume de France, pendant la grossesse de la reine Clémence de Hongrie, sa belle-sœur. Robert de Béthune et Robert de Cassel, son fils, espérèrent tirer avantage, pour la cause flamande, des embarras que suscitait au régent le parti du duc de Bourgogne et de sa mère. Ils se mirent en relation avec les princes mécontents; mais les communes de Flandre décidèrent d^ envoyer des députés à Philippe, pour traiter de la paix, et, sous cette pression, Robert de Béthune, de Favis de son conseil, se résolut à négocier. Le régent, interprétant le traité de 1305 (^), accorda aux Flamands quelques faibles concessions, tout en
(1) Dendermonde 1863.
(^) Pp. 4 et sniv. Cette liste, extraite d'un cartulaire du commencement du XV^ siècle, porte en tête : Bit siin de pelgrinagien vander stede van Denremonde.
(^) Louis-le-ïïutin, fils de PHlippe-le-Bel, mourut le 5 Juin 1316.
(^) Philippe, comte de Poitiers, fut reconnu roi de France, sous le nom de Philippe -le -Long, après la mort de son neveu, le prince Jean, qui ne vécut que cinq jours.
(') Le traité d'Athies-sur-Orge, surnommé, en Flandre, le traité d'iniquité.
leur imposant de nombreuses conditions, parmi lesquelles nous remarquons celle- ci, dont le texte est emprunté à d^Oudegherst (^) : " que messire Eobert de Flandre, dict de Cassel, fils maisné (^) dudict conte Eobert, fera endedans un an inclusi\^ement un pélegrinaige à sainct Jacques en Glalice, un à nostre Dame de Rochemadour, un à nostre Dame de Yaultvert, un à nostre Dame du Puys, et un à sainct Gilles en Provence. Et s'il ne les peut touts achever en un, il les fera en deux ans... P).
Ce traité fut conclu à Paris, au mois de Juin, suivant Jacques de Meyerej en " Aougst diaprés d^Oudeglierst; le 1^^' jour de Septembre de l^an de grâce 1316, suivant Gralland et la copie qui s^en trouve aux Archives de Gand et d^Ypres (4).
Parlant des conditions imposées par le traité de 1316, M. Edw. Le Glay s^exprime ainsi : Quelques-unes de ces propositions parurent iniques aux Flamands et d^autres parfaitement ridicules, comme les nombreux pèlerinages imposés à Robert de Flandre. Ils n'y voulurent point souscrire; et le comtC;, pas plus que ses sujets, ne se montra disposé à les accepter. Il refusa même de se rendre à Paris pour en recevoir notification, et les hostilités recommencèrent bientôt (^) .
Toutefois, Robert de Cassel exécuta ce traité pour la part qui lui incombait, afin de ne pas laisser croire qu^il était un obstacle au repos de son pays. Dans un codicille à son testament, Robert fait un legs de IV libvres de gros à li hoir Jehan Hellin... pour cause dit-il, " d'un cheval que je och de li ou temps que je alai a Saint- Jaques " (^).
(^) Tom. II, édit. Lesbroussart, p. 353. (^) Maisné, ptiîné.
(^) Carlier, Robert de Cassel, etc., dans les Annales du Comité flamand de France, tom. x, pp. 61, 62.
(■*) Carlier, op. et loc. cit., p. 62.
(•'') Histoire des comtes de Flandre, tom. ii, p. 343.
(^') Annales du Comité flamand de France, tom. x, p. 236.
Les Arcliives de l'ancienne Chambre des Comptes^ à Lille, renferment des documents qui ne laissent subsister aucun doute sur les pèlerinages effectués par Eobert de Cassel. Ce dépôt contient les " Certificats des pèlerinages faits par Robert de Flandre (en 1321) à N.-D. d'Anneci^ à St.-Gilles de Nîmes j à N.-D. de Vauvert^ à S t.- Jacques en Galice et à N. D. de Rocliemador^ en exécution du traité fait, en 1316, entre Philippe^ comte de Poitiers, régent de France, et Robert, comte de Flandre Q). Le savant et aimable arcMviste du département du Nord, M. le chanoine Dehaisnes, a bien voulu nous transmettre la copie du certificat relatif au pèlerinage de Saint- Gilles; voici ce curieux document, qui n'a jamais, croyons-nous, été publié :
In nomine Domîni, amen. Anno incarnationis ejusdem millesimo trecentesimo vicesimo primo, indictione quarta, die vicesima secunda menais maii, pontificatus sanctissimi in Ohristo patris ac domini nostri Domini Johannis divina providentia pape XXII anno quinto, nobilis vir et potens dominus Eobertus natus magnifici ac potentis viri domini Roberfci Oomitis Flandrie, in mei tabellionis publici et testium subscriptorum presentia propter hoc personaliter constitutus in monasterio sancti Egidii de Provincia, Nemausensis dyocesis, ordinis sancti Benedicti, asseruit quod cum in conventionibus seu tractatu pacis, factis et habitis inter serenissimum principem dominum Philippnm, Dei gratia Francie et JSTavarre regem, dnm erat dicta régna regens, ex una parte, et prefatum dominum Flandrie Comitem ac gentes suas, ex altéra, actum fuisset et tractatum quod idem dominus Robertus dicti monasterii sancti Egidii, una cum quibusdam aliis peregrinationibus seu visitationibus aliarum ecclesiarum per ipsum dominum Robertum faciendis, limina visitaret idemque dominus Robertus postmodum dictis conventionibus pacis seu tractatui pro bono pacis suum ut asseruit prebuerit assensum, ipse dominus Robertus propter jhoc, ut dicebat, in propria sua persona visitabat et in mei tabellionis publici et testium subscriptorum presentia, dicti monasterii sancti Egidii limina visitavit, missam ibidem audiendo, reliquias sanctorum et sanctuaria ipsius
(^) Le Glay et Desplanque, Inventaire-sommaire, etc., tom. i, p. 94, B. 570. — Item Carlier, op. cit., dans les Annales du Comité flamand de France, toin. x, p. 63, et Cannaert, op. cit., pp. 104, 105.
monasterii osculando, de qua visitatione et aliis supradictis petiit sibi fieri publicum instrumentum per me tabellionem publicum infrascriptum. Acta fuerunt bec in monasterio sancti Egidii supradicto sub anno, indictione, mense, die et pontificatu predictis, presentibus religiosis et discretis viris dominis Gaucelino de Panardi, thesaurario, Petro de Marofio, Jobanne de Monteferrando, et Raymundo de Graulaco, monachis monasterii supradicti, domino Jacobo Régis, rectore parrochialis ecclesie de Aldenarda, ac Guillelmô as Clenques, clerico Tornacensis dyocesis, necnon nobili viro domino Jobanne Barrilis de Neapoli, milite, Bernardo de Noseto, domicello, dicte Nemaucensis dyocesis, Guillelmô de sancto Géorgie, latbonio dicti monasterii, Philippo Divitis et Rogerc de Galis, familiaribus dicti militis, et pluribus aliis testibus ad premissa vocatis specialiter et rogatis. Et ego Symon Clarembaldi de sancto Nicolao in Bosco, clericus Laudunensis dyocesis, publicus apostolica et imperiali ac illustrissimi domini Francie régis auctoritate tabellio, predictis assertioni, visitationi liminnm dicti monasterii sancti Egidii ac ceteris omnibus et singulis supradictis unacum dictis testibus vocatus presens fui, ea scripsi et in banc publicam formam redegi signoque meo consueto signavi rogatus.
Ce certificat et les quatre autres^ délivrés à Robert de Cassel, sont insérés dans un vidimits original da garde de la Prévôté de Paris, en date du 22 Août 1321 (^).
Le traité de Paris accordait deux ans à Robert de Cassel, pour accomplir les pèlerinages, qui lui étaient imposés (^); Robert ne les fit qu^en 1321, soit trois ans après Pexpiration du terme prescrit, mais enfin il s^ exécuta, et c'est ce qu'il importait de constater.
Parmi les conditions de la paix d'Arqués, conclue, en 1326, entre le roi de France Charles-le-Bel et les communes flamandes, nous voyons figurer également le pèlerinage de Saint-Gilles. Un mot à ce sujet :
Ces certificats devant servir de décharge à Eobert de Cassel, ce seigneur eut soin de les exhiber à qni de droit; cette formalité fut remplie à Paris. (Cannaert, op. cit., p. 104, 105.)
(^) " Et s'il ne les peut touts achever en un, il les fera en deux ans " (D'Oudcgherst). Quod si hœc uno anno perficere nequeaf, faciat duohus (Meye- BUS, Annales rerum Flandricarum, ad ann. 1316, Antverpise 1561, p. 119 v°).
En 1325, les Brugeois, justement irrités contre le comte de Flandre Louis de Nevers (^), avaient levé Fétendard de la révolte, et s^ étaient emparés de la personne de ce prince, qu'ils gardaient prisonnier. Le roi de France somma les Brugeois de relâcher leur seigneur et maître. Les révoltés ne tinrent d'abord aucun compte de ces sommations, mais la sentence d'interdit lancée contre la Flandre et la ruine totale de leur commerce, causée par les troubles, les rendit plus souples et leur fit désirer la paix. Ils élargirent Louis de Nevers, après une captivité de six mois et huit jours; le comte avait dû jurer au préalable la confirmation de leurs privilèges et l'oubli du passé.
Ce fut à Ai^ques, près de Saint-Omer^ que, sur l'ordre du roi, les parties s^ assemblèrent pour traiter de la paix; les conditions, acceptées par les mandataires des communes, furent ratifiées par lettres-patentes de Charles-le-Bel, expédiées de sa résidence du Yalcoquatrix, près de Corbeil, sous la date du 19 Avril 1326 (^). Voici l'une des stipulations du traité :
Item cil de Bruges et de Courtrai (^) baudront trois cens pèlerins; desquiex li cent iront à S. Jacques en Galice, et U autres cent à 8. Gile et à Nostre-Dame de Vauvert, et cent à Nostre-Dame de Rochemadour; et partiront pour lesdis
{}) Louis de Nevers, qu'on désigne aussi sous le nom de Louis de Crécy, pour le distinguer de son père, succéda dans le comté de Flandre, en 1322, à Robert de Bétliune, son aïeul.
(^) L'original de ces lettres-patentes se conserve aux Archives de la ville de Bruges. Voyez Gilliodts-van Seveken, Inventaire des archives de la ville de Bruges, série, tom. i, Bruges 1871, pp. 356 et suiv.
(^) Les Courtraisiens furent compris dans le même châtiment que les Brugeois, parce qu'ils avaient soutenu ces derniers dans leur révolte, et fait alliance avec eux. Pour mettre obstacle à cette alliance redoutable, Louis de Nevers se rendit à Courtrai, et fit brûler la partie des faubourgs qui communiquait à la route de Bruges; malheureusement, le vent du nord, qui soufilait avec violence, reporta les flammes de l'incendie sur la ville même, dont les principaux quartiers furent réduits en cendres. Les Courtraisiens exaspérés se ruèrent sur la suite du comte, qui fut massacrée sans pitié; quant à Louis de Nevers, on ne lui fit aucun mal, mais on s'empara de sa personne, et le lendemain, on le livra aux Brugeois, qui venaient d'entrer à Courtrai, au nombre de cinq mille. On sait le reste. (Le Glay, op. cit., tom. ii, pp. 367 et suiv.)
pèlerinages faire et accomplir lendemain de la prochaine feste de la Magdelaine; et parferont leurs pèlerinages bien et loialment, et rapporteront lettres souffisans de l'accomplissement desdis pèlerinages : et se il plaist au roy nostre sire de leur faire grâce et remission desdis pèlerinages, laquele il requièrent moult humblement (^), il li donront pour ladite grâce en lieu desdis pèlerinages dis mile livres Tournois; et se ce non, ledit pèlerin iront, si comme dit est, èsdis pèlerinages; et seront lidit pèlerin en alant et en retournant par le royaume de France et de Navarre ou sauf-conduit du roy; et est à Toption du roy de prendre laquelle qu'il voudra des deus dites voyes '' (^) .
Nous terminons ce chapitre par quelques lignes sur le costume du pèlerin au moyen âge; ces lignes, nous l'espérons, seront lues avec intérêt, parce qu'elles renferment des détails précieux et peu connus, qui se rattachent, d'une façon intime, au pèlerinage de Saint- Gilles.
A propos d'une tombe qui se trouve dans l'église de Sainte- Praxède, à Rome, M. Quicherat a décrit le costume et les usages des pèlerins au XIIP siècle i^). La tombe, qui date de ce siècle, est celle de Jean Montopoli, épicier de profession, né probablement en Lombardie, et qui mourut en pèlerinage à Rome. L'habit sous lequel ce dévot marchand
(^) Eémission de cette peine fnt accordée, aux conditions stipulées par le traité. Les Archives de Bruges renferment un acte, en date du 24 Février 1328, donnant quittance de la somme de 2,250 livres 6 sols 1 denier tournois, que Vane Guy, " recheueres en Flandres de par mons. le Roy ", a reçue de la ville de Bruges, pour sa part dans les 10,0©0 livres tournois " dou racat de trois cen-s pèlerins acui li pais faite à Arques " (Gilliodts-van Severen, Inventaire des archives de la ville de Bruges, série, tom. i, p. 405.)
(^) Ce passage est littéralement copié sur le texte de la paix d'Arqués, tel que nous le trouvons dans Ménard, Histoire .... de la ville de Nismes, tom. ii, Paris 1751, Preuves. Chartes, xxviii, pp. 54-59. L'auteur dit avoir pris ce texte dans un manuscrit de Baluze, appartenant à la Bibliothèque du roi, et copié sur les mémoriaux de la Chambre des Comptes de Paris. Le passage cité se trouve à la p. 56, 1« col.
Revue areltpolnriifpie fronraise. livr. de Septembre 1879.
voulut que son image fût gravée^ est la représentation la plus nette que nous ayons^ pour le XIIP siècle^ du costume des pèlerins '\ Barbu et chevelu^ il a la tête couverte du galerus, sorte de chapeau à larges bords, auquel est fixée une coquille, marque que Fon se procurait au lieu même de la dévotion pour laquelle on s^était mis en route. Vient ensuite le surtout qui était, ou bien un sarreau de drap grossier et velu, appelé esclavine, ou bien une jupe, sorte de tunique écourtée. Le pèlerin portait en bandoulière Vécharpe, terminée par un sachet ou escarcelle. Cette pièce eut une importance capitale dans ^équipement du pèlerin. Elle était Tobjet d^une consécration religieuse... Le sire de Join ville, sur le point de se mettre en route pour la croisade, requit de Fabbé de Cbeminon, son voisin, qu^il vînt bénir son écbarpe {}). Le bourdon du pèlerin consistait en un gourdin enveloppé de lanières de cuir, surmonté d'un pommeau et terminé à Fautre bout par une broche de fer. Il servait de défense en cas d'attaque, ou de point d'appui pour traverser les mauvais pas; au repos on s'accotait dessus, en marche on le portait sur F épaule (^).
Ce costume traditionnel se complétait par les enseignes de pèlerinages^ dont aujourd'hui, grâce à de récentes découvertes, nous possédons de nombreux et intéressants spécimens. Ces enseignes étaient de petites images en métal, le plus souvent en plomb, représentant le Saint ou la Sainte, dont le sanctuaire formait le but des pérégrinations du pieux fidèle; ces images s'attachaient, à l'aide d'annelets, au chapeau ou à l'habit du pèlerin (^) .
C) Voyez ViOLLET-LE-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français, tom. III, p. 341, v" Écharpe.
(^) Bévue des questions historiques, tom. xxvii, Paris 1880, pp. 336, 337- — Voyez aussi Cahier, Caractéristiques des Saints dans Vart populaire, Paris 1867, tom. I, p. 144, art. Bourdon-, id., p. 252, art. Coquille; tom. ii, p. 676, art. Pèlerins; et Viollet-le-Duc, Dictionnaire raisonné du mobilier français, tom. m, pp. 345 et suiv., v° Escarcelle; pp. 349 et sniv., v° Esclavine.
(^) Dom Carpentier parle de ces enseignes : Prœter haculum et peram, dit-il, quodam insuper signo in capite vel super vestes distinguébantur peregri-
M. Arthur Forgeais a consacré un volume eUtier de sa précieuse Collection des plombs historiés trouvés dans la Seine à la reproduction et à la description des Enseignes de pèlerinages (1). Nous avons été heureux de rencontrer, parmi ces enseignes, celle des pèlerins qui visitaient le tombeau de saint Gilles; en voici le dessin, de la grandeur exacte de l'original (11^ série, p. 177).
Saint Gilles, dit M. Forgeais, représenté debout, couvert d'aune chasuble garnie de traits, comme tout l'ensemble, tient de la main gauche une crosse, pour indiquer qu'il devint
nantes, ut discimus ex Stat. Mantuœ lib. i, cap. 63, in Cod. reg. 4620 : Intelligantur peregrinari... hdbentes habitum vel signum 'peregrinatiows et peregrinorum, videlicet galerum, hordonum et signum in capite et manihus, seu eorum signum super vestes (Supplém. au Glossarium de Du Cange, tom. m, Parisiis 1766, col. 243, v° Peregrinatio) .
(^) Deuxième série, Paris 1863. — L'œuvre de M. Arthur Forgeais comprend cinq séries, formant autant de volumes in-8, publiés de 1862 à 1866. Le premier volume traite des méreaux des corporations de métiers; le deuxième, des enseignes de pèlerinages; le troisième est consacré aux variétés numismatiques; le quatrième s'occupe de l'imagerie religieuse et le cinquième
abbé. Mais à l'époque que rappelle notre enseigne, il était tout simplement ermite (^); et voici, d'après la légende, Texplication du petit animal qui se dresse à la droite (sic) du Saint, à sa gauche une espèce d'arbuste qui indique un buisson " (^).
Suit la légende, que nous connaissons (^).
Ce plomb, qui nous semble appartenir au XII® siècle, porte cependant toutes les traces d'un art roman populaire, qui persista longtemps dans nos provinces du Midi, et ressemble assez, dans sa rudesse, à plusieurs monnaies du XP
de la numismatique populaire. En séance publique du 5 Août 1864, l'Académie des inscriptions et belles-lettres a décerné au travail de M. Forgeais, qui en était alors à son troisième volume, la deuxième des trois médailles accordées, par ce corps savant, aux auteurs des meilleurs ouvrages sur les Antiquités de la France {Bibliographie catholique, tom. xxxii, Paris 1864, p. 253). Antérieurement déjà, l'Académie avait honoré cette publication d'une mention très-bonorable. Le rapport, qui décerne cette dernière distinction, nous explique, en ces termes, la présence, dans la Seine, des plombs historiés recueillis par M. Forgeais :
" Les anciennes Corporations de métiers de Paris frappaient des médailles ou méreaux, sur lesquels elles mettaient l'image de leur patron, les emblèmes de leur profession... Ces monuments de nos vieilles Corporations, perdus ou oubliés, étaient intéressants à recueillir. Peut-être n'y fût-on pas parvenu, si la Seine ne s'en fût chargée. Le fleuve, qui arrose notre ville, renfermait dans son lit une foule de médailles que la drague a retirées. Comment étaient-elles là? M. Arthur Forgeais suppose, avec beaucoup de vraisemblance, qu'il faut attribuer leur présence à la chute de ponts couverts de maisons, qui eut lieu maintes fois à Paris. Ces maisons étaient habitées généralement par des membres de Corporations marchandes ou ouvrières. Tout périt alors dans les flots, hors les plombs historiés qui nous disent maintenant les origines et les noms de nos antiques Corps de métiers " {Collection des plonibs historiés trouvés dans la Seine, série, Paris 1862, Introduction, pp. I, II).
(^) La présence de la biche ne rappelle nullement, comme le croit M. Forgeais, l'époque oti saint Gilles menait la vie érémitique; la biche est devenue la caractéristique traditionnelle du Saint, et soit qu'on le représente sous l'habit d'anachorète, soit qu'on le figure revêtu du costume abbatial, on met le fidèle animal à ses côtés.
(^) Collection des plomls historiés trouvés dans la Seine, 2™^ série, p. 178.
(^) M. Forgeais attribue au roi Childebert la construction du monastère de la vallée Flavienne, et fait mourir le saint abbé vers le milieu du VP siècle (op. et tom. cit., p. 179). C'est une double erreur.
au XIP siècle. Cette enseigne a été trouvée au Petit-Pont, en 1862 " (i).
enseigne, dont nou»s reproduisons le dessin, a gardé un des annelets, qui servaient à la fixer sur Fhabit ou sur le couvre-clief du pèlerin.
Signalons une autre trouvaille, faite récemment à Orléans.
" En 1871, dit M. le chanoine d'Éverlange, on a découvert dans la Loire, parmi les objets trouvés par les dragueurs, près le vieux pont d^ Orléans, Fenseigne de Saint-Gilles, témoignage authentique des pèlerinages accomplis, dans le moyen âge, par les peuples du Nord, au tombeau du grand Saint.
M. Fabbé Desnoyers, vicaire général d^ Orléans, a bien voulu nous communiquer ce précieux document. C^est une médaille sur laquelle se trouve gravée l'image de saint Gilles, tenant une crosse à la main et ayant la biche légendaire à ses côtés. Autour de la médaille on lit Finscription : Sandus Egidius" C).
Q) Collection des plombs historiés trouvés dans la Seine, 2"^^ série, p. 179. Le Petit-Pont, situé en aval de l'Hôtel-Dieu, est nn des ponts qui mettent Tîle de la Cité en communication avec la rive méridionale de la Seine, et existait déjà sous la domination romaine. Reconstruit en pierres, en 1185, aux frais de Maurice de Snlly, évêque de Paris, il fut neuf fois ruiné par les inondations de la Seine, avant d'être détruit par un incendie, en 1718. On le rebâtit bientôt, mais sans le surcharger de maisons, comme on avait fait par le passé; en 1854, on reconstruisit de nouveau le Petit-Pont, dont le peu de largeur gênait la circulation, en même temps que la grosseur de ses piles rendait difficile la navigation du petit bras de la Seine. Le pont actuel est formé d'une seule arche en pierre meulière (Joanne, Paris illustré, Paris 1867, pp. 94, 95). On trouve des détails très-intéressants sur les ponts de Paris et leur destruction fréquente par les eaux de la Seine, dans Hurtaut et Magny, Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs, tom. iv, Paris 1779, pp. 89 et suiv.
(^) Saint Gilles et son pèlerinage, 4<= édit., Avignon 1879, p. 36, note 1.