CRYPTA . ET . INVENTUS . FUIT
TUMULUS . B . ^GIDII .
M. Goubier eut pour successeur, dans la cure de Saint- Gilles, son ami intime et ancien condisciple, M. Fabbé Marc- Hippolyte Bastion. Dans la force de Fâge et d'une constitution robuste, le nouveau pasteur semblait promettre une longue carrière. Hélas ! Que les prévisions humaines sont trompeuses ! Un an s'était à peine écoulé, et M. Bastion allait rejomdre son ami dans la tombe; il mourut, après une courte maladie, le 25 Juin 1873, avant d'avoir accompli sa cinquante-unième année {^).
La cure de Saint-Gilles, vacante par le décès de M. Bastion, fut confiée par Mgr. Plantier à M. l'abbé Pierre- Emile d'Bverlange, qui dirigeait depuis six ans, avec une sollicitude à toute épreuve, la paroisse si difficile de Villeneuve-lez-Aviguon (2). La cérémonie de l'installation eut lieu
laabiW. ^"^^".^«^«^^«^ prêtre qn'ils avaient tant aimé, les
leponiUe M-e Parner nous offrit à titre de souvenir, le 16 inin 1874 trois censées detacliées d'une couronne de fleurs artificielles, qui demeura' longemps déposée sur la tombe de M. Goubier.
(') La Gazette de Nimes, dans son n» du 3 Juillet 1873, a consacré une elle notice nécrologique à M. l'abbé Bastion, qui était chanoine honoraire de igne. Apres avoir rempli durant douze ans, de 1846 à 1858, les fonctions de
artr/^ Tn ^'"^^'^ ^' ^^^^^^^ ^^«^^^^i* successivement les
ares de Samt-Gemes-de-Comolas, de Eedessan, de Sumène et de Saint-GiUes. s occap t avec ardeur à organiser dans sa paroisse le pèlerinage de Notre- Z\J T ' ^ '^^^^ ^'^^^ allocution chaleureuse, il fut saisi
refroidissement, qui prit bientôt un caractère alarmant et l'emporta près une maladie de trois semaines.
e) M. l'abbé Pierre-Emile d'Êverlange de Belneu, issu d'une ancienne
le Dimanche, 10 Août 1873, (^); elle fut présidée par M. Corrieux, archiprêtre de la cathédrale de Nîmes, et l^un des prédécesseurs de M, d^Éverlange dans la cure de Saint- Gilles (2).
Le nouveau pasteur avait une double mission à remplir. Il devait faire marcher de pair la direction d^une importante paroisse et la continuation de F œuvre de M. Goubier. Cette œuvre, nous la connaissons. Il s^agissait, pour M. d^Éverlange, de raviver et de propager le culte de saint Gilles,
famille noble, est né à Besançon, le 20 Septembre 1820. Il débuta, en 1841, comme professeur au petit séminaire de Beaucaire, devint, en 1845, vicaire à Sommières, et fut nommé curé de Cabrières, en 1849. Transféré, quatre ans plus tard, à la cure de Milhaud-lez-Nimes, il passa, en 1857, à Saint-Etienne d'Uzès, et desservait, depuis 1867, la paroisse de Villeneuve-lez-Avignon, lorsqu'il fut promu, en 1873, à la cure de l""^ classe de Saint-Gilles. M. d'Éverlange est chanoine honoraire de Nîmes et de Digne, et porte le titre de doyen.
La famille d'Éverlange est originaire du duché de Luxembourg, et eut pour berceau le château d'Éverlange (en allemand : Everlingen), sur le territoire de la commune du même nom. Le village d'Éverlange, sur la petite rivière de l'Attert, est situé non loin d'Osperen, à droite du chemin de fer de Liège à Luxembourg, et environ à égale distance, à vol d'oiseau, d'Arlon, de Diekirch et de Luxembourg.
La famille d'Éverlange s'est divisée en trois branches : les d'Éverlange de Vitry, de Longuyon et de Belneu; M. le curé de Saint-Gilles appartient à la dernière branche. Un des volumes de la correspondance inédite du comte de Maistre renferme des lettres adressées par cet illustre écrivain, au commencement de ce siècle, à un P. d'Éverlange de Vitry, jésuite à Varna, qui avait été chargé par le Saint-Père d'une mission auprès du czar.
Le château d'Éverlange est en ce moment la propriété d'une famille belge. La chapelle, lieu de sépulture des anciens seigneurs, a été changée en écurie.
Les d'Éverlange portent d'azur à la fasce d'argent, accompagnée de deux étoiles d'or, une en chef et une en pointe.
M. le chanoine d'Éverlange, qui a daigné nous transmettre ces détails généalogiques, voulut visiter, au mois de Juillet 1875, le berceau de ses ancê très. Mgr. Adamès, évêque de Luxembourg, fit un accueil distingué au noble voyageur, qui, sitôt son livre paru, s'empressa d'en offrir à Sa Grandeur un des premiers exemplaires. Le prélat terminait sa lettre de remercîment à l'auteur, par cette phrase : " Permettez -moi, M. le chanoine, de vous demander une prière sur le tombeau de saint Gilles pour ce pays de Luxembourg, h patrie de vos illustres aïeux. " (d'Éverlange, op. cit., 4*^ édit., p. xvii.)
(^) Voyez la description de cette cérémonie dans la Gazette de Nimes n° du 20 Août 1873.
(2) M. François Corrieux fut curé de Saint-Gilles de 1858 à 1864; il em pour successeur M. Goubier.
presque anéanti par le souffle destructeur des révolutions et de ^hérésie; il s^agissait avant tout de travailler à rétablir ce courant du moyen âge^ qui répandait des flots de pèlerins dans la vallée Flavienne et dans sa merveilleuse basilique.
Depuis sept ans, M. d^Éverlange s'acquitte de cette lourde tâclie avec un dévouement, un tact et un succès, qui prouvent combien Mgr. Plantier eut la main heureuse, en l'appelant à recueillir Fliéritage de MM. Goubier et Bastion.
La découverte du tombeau de saint Gilles avait renoué la chaîne brisée des antiques pèlerinages. Bien souvent dans le cours de l'année, mais surtout à la fête du Saint et pendant le triduum préparatoire, des pèlerins, tantôt isolés, tantôt réunis en pieuses caravanes, venaient s'agenouiller devant le sépulcre de l'anachorète et y déposer leurs offrandes. Ce réveil de la foi populaire était consolant, mais il y avait loin de ses proportions modestes aux imposantes manifestations d'autrefois, dont le zèle de M. d'Everlange souhaitait si ardemment le retour.
Le digne curé s'aperçut bien vite que saint Gilles, — cette figure si grande et jadis si populaire, — • était trop peu connu; il comprit que pour attirer les masses, il fallait composer un manuel à l'usage du pèlerin et du touriste, manuel qui, sous une forme simple et attrayante, leur apprît à connaître l'illustre solitaire, son abbaye, la cité qui portait son nom, la basilique élevée en son honneur, la crypte qui abritait sa tombe. M. d'Everlange consacra à ce pieux labeur les rares loisirs de sa charge pastorale, et ses veilles nous I dotèrent d'une œuvre, qui, d'après un auguste témoignage, révèle de l'érudition, des études sérieuses, un vrai patriotisme, une plume élégante, et, ce qui vaut mieux encore, un excellent pasteur " (i).
Q) Lettre de Mgr. Ramadié, arclievêque d'Alby, du l^'^ Septembre 1878, à M. le chanoine d'Éverlange. (Saint Gilles et son pèlerinage, 4^ édit., p. xi.)
M. Émile Longin nous semble avoir mieux que personne caractérisé le travail de M. d'Everlange. Après avoir parlé des études antérieures sur saint
Saint Gilles et son pèlerinage, — tel est le titre de l'ouvrage^ — sortit des presses de M. Seguin^ aîné^ à Avignon, au mois d^Août 1876. Ce beau livre, si impatiemment attendu, valut à son auteur les éloges unanimes de la presse catholique et les approbations les plus flatteuses de Pépiscopat français et étranger. Quatre éditions, se succédant en moins de trois ans, disent assez combien ces approbations et ces éloges étaient mérités. Les deux premières éditions, spécialement destinées aux pèlerins, renferment une neuvaine, des litanies et un grand nombre de prières et de cantiques en l'honneur de saint Gilles; les éditions suivantes, imprimées avec luxe et ornées de gravures d'un fini achevé, peuvent rivaliser avec ce que la typographie française a produit de plus parfait (^).
M. d'Everlange dédia son travail à ses chères ouailles.
^' C'est à vous, écrit-il à sa première page, que je dédie ce livre, bons et fidèles paroissiens de Saint- Gilles. Depuis le jour où, quittant, à la voix de mon Êvêque, la paroisse de Villeneuve, riche en souvenirs chrétiens, il me fut donné de devenir le Pasteur de vos âmes, la gloire de saint Gilles, votre patron, devint la grande préoccupation de mon cœur de prêtre.
Gilles et spécialement des recherches laborieuses de M. Teissonnier, M. Longin a j otite :
" Le livre de M. l'abbé d'Êverlange, qui a eu l'heureuse chance de venir le dernier, nous fait profiter de tous les travaux de ses devanciers.
" L'auteur a butiné, comme une intelligente abeille, sur toutes ces précédentes brochures, et il a construit, avec ces trésors, ces délicieux rayons dont il a enrichi sa ruche. Dans son livre nous trouvons tout ce qui avait été déjà raconté sur S. Gilles, mais comme il devait s'adresser au peuple, il ne contient rien qui paisse effaroucher les esprits les moins familiarisés avec la science historique ou archéologique. Le style, de son côté, a plus de mouvement et d'entrain, les développements revêtent une forme plus rigoureusement littéraire, ce qui imprime à cette œuvre ce caractère tout particulier qui est d'ordinaire la garantie d'un rapide succès. " (Gazette de Ninies, n° du 4 Janvier 1877, Feuilleton : Les Jeudis littéraires, coll. 2 et suiv.)
(^) Pour tous détails bibliographiques ultérieurs sur l'ouvrage de M. le
curé d'Êverlange, nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit de ce
travail dans l'indication de nos sources.
Je viens dans ce modeste et imparfait travail vous offrir le témoignage de ma sollicitude....
" Vous lirez avec intérêt^ et^ je le souhaite plus encore^ avec profit pour vos âmes, Thumble ouvrage de votre Pasteur. Il vous apprendra à mieux connaître PMstoire de votre pays. C'est celle de votre Saint, de votre pèlerinage, de votre célèbre basilique " (^) .
L'auteur termine son Avant-propos par ces lignes, qui résument son livre et en révèlent le but :
^' Faire connaître saint Grilles est la pensée qui domine ce travail. N'est-il pas en effet dans sa vie, dans ses œuvres et dans sa mort, la pierre fondamentale de tout ce que nous trouvons à St. Gilles ? Le tombeau et la crypte qui lui sert de sanctuaire; la Basilique et la Cité; enfin le pèlerinage de St.-Grilles placé autrefois par les Papes au rang des plus célèbres de la chrétienté, mais aujourd'hui si tristement déchu de son ancienne splendeur : tel est l'ordre d'idées que nous suivrons dans cet opuscule.
Puissent ces pages atteindre leur but ! Puissent-elles glorifier Dieu dans l'un de ses plus grands serviteurs et ramener dans les âmes le zèle de la sanctification ! Enfin, et c'est le vœu le plus ardent de notre cœur, puissent-elles faire renaître les pèlerinages autrefois si nombreux auprès de cette tombe dont la vertu est loin d'être tarie ! " (^).
Le vœu de M. d'Éverlange fut entendu. Salué, à son apparition, par les mille voix de la presse, répandu sur tous les points de la France, son livre fit dans le monde religieux et littéraire une sensation profonde, qui devait exercer sur le pèlerinage de Saint-Gilles la plus heureuse influence.
Précédemment déjà, l'opinion publique avait été éveillée par un remarquable article, inséré dans Le Pèlerin j organe )fficiel du conseil général des pèlerinages en France. Le
C) Saint Gilles et son pèlerinage, édit., Avignon 1876, Dédicace^ îp. V et suiv.
(^) Id., l*"* édit., Avant -propos, pp. vj, vij.
— su —
2 Février 1876^ M. d'Êverlange avait adressé une lettre au comité de l^œuvre des pèlerinages en Terre- Sainte^ pour le prier de s'intéresser à celui de Saint-Gilles^, si intimement lié aux sanctuaires les plus illustres et les plus vénérables des Saints Lieux, avec lesquels il a une alliance si étroite '\ Après avoir reproduit cette lettre, dont Fauteur rappelait aux pèlerins de Jérusalem le souvenir de saint Louis et des croisés, visitant le tombeau du saint abbé, avant de s'embarquer pour la Palestine, Le Pèlerin plaidait cbaudement la cause de M. d'Éverlange, en faisant ressortir tout ce que le voyage de Saint- Gilles offre d^ avantages religieux et d'intérêt artistique (^).
A l'occasion du rétablissement de la conférence de Saint- Vincent de Paul à St.-Gilles, par les soins de M. d'Éverlange, le Bulletin de cette association éminemment catholique se fit également un devoir de recommander à ses membres le pèlerinage au saint tombeau, " pèlerinage longtemps très-célèbre, enrichi par les Souverains Pontifes des plus riches indulgences, et qui était un des grands sanctuaires du Midi" P).
Ces précieux encouragements, suivis de la publication du livre de M. d'Éverlange, portèrent les plus beaux fruits.
Jetons, en terminant, un rapide coup d'œil sur la marche et les progrès du pèlerinage, depuis le jour oii M. d'Éverlange prit possession de sa cure.
Le 29 Août 1873, huitième anniversaire de la découverte du tombeau, M. Bernard, archiprêtre d'Arles, curé de Saint- Trophime, arrivait à Saint-Gilles, accompagné de sa maîtrise et d'un clergé nombreux, pour prêter son pieux concours à la fête. La messe fut exécutée par les hommes et les enfants de Saint-Trophime. Le soir, dans un éloquent discours, M. Tarchiprêtre montra F alliance qui avait uni, dès les premiers siècles, les deux églises de Saint-Gilles et d'Arles,
(1) N" du 11 Mars 1876, 3« année, pp. 735, 736. O N° de Juin 1876, tom. xxviii, p. 155.
alliance qui allait se fortifiant tonjours^ malgré le cours des âges et les révolutions.
L^année suivante^ les fêtes de saint Gilles étaient rehaussées par la présence du révérendissime Père Edmond, abbé du monastère des Prémontrés de la primitive observance, à Saint-Micbel de Frigolet, près Tarascon, au diocèse d^Aix, Fils dévoué de saint Norbert, qui, lui aussi, avait visité Saint- Gilles et son antique basilique, il venait, à la tête de sa communauté^ accomplir un pèlerinage cber à son cœur (1).
Le Samedi, 23 Octobre 1875, deux cents pèlerins de Cette, au diocèse de Montpellier, arrivaient à Saint-Gilles, conduits par leur zélé et infatigable pasteur, M. Tabbé GaflB.no, curé-doyen de Saint-Louis, pèlerin de Rome et de Jérusalem. La pieuse caravane descendit dans la crypte, oii M. le curé de Cette célébra la messe sur Tautel même de la confession. A Févangile, M. le cbanoine d^Éverlange, après avoir félicité les pèlerins, décrivit à grands traits la vie et les vertus de saint Gilles, les gloires et les épreuves de son monastère et de son illustre église, la résurrection merveilleuse de Fan tique pèlerinage, due à Finvention plus merveilleuse encore du vénérable sépulcre. Bientôt après, les courageux catholiques de Cette se dirigeaient vers le Rhône, où des bateaux à vapeur devaient les prendre pour les conduire aux Saintes-Mariés, terme de leur pèlerinage. Le lendemain. Dimanche, à son retour, la caravane s^arrêtait encore à Saint- Gilles; les pèlerins voulaient se réunir une dernière fois devant |le saint tombeau, afin d'être admis à Fhonneur de le baiser, suivant une pieuse et touchante tradition (^).
Le Dimanche, 29 Avril 1877, les conférences de Nîmes, Montpellier, Cette, Lunel, Arles et Tarascon, réunies en un iplendide pèlerinage, composé d'environ quatre cents hommes,
Q) d'Éverlange, Saint Gilles et son pèlerinage, 4^ édit.^ pp. 135, 136, O Gazette de Nimes, n° du 30 Octobre 1875; Le Dimanche illustré, d© Toulouse, n° du 31 Octobre 1875, 3« année, p, 683 et suiv.
faisaient leur entrée solennelle à Saint- Gilles^ ayant à leur tête M. l'arcliidiacre Cancanas, vicaire général de Montpellier. Ce pèlerinage d^homraes, le plus nombreux qu'on eût vu depuis la grande fête du 22 Octobre 1867, comptait dans ses rangs des notabilités appartenant à la magistrature, à Farmée, aux sciences, aux diverses administrations.
Reçu à la gare par le clergé paroissial et par la conférence locale de Saint- Vincent de Paul, le cortège se dirigea vers l'église à travers les flots pressés de la population.
" Enfin, dit la Gazette de Nîmes, au chant des cantiques et au son des cloches, les pèlerins arrivèrent au pied de la vieille basilique, si belle encore et si ma,jestueuse, malgré ses mutilations.... A l'intérieur, des tentures ornaient les piliers et les arcs qui séparent les nefs latérales du vaisseau central. Au-dessus du maître-autel on voyait briller la couronne de saint Louis, qui visita le tombeau de saint Gilles avant de commencer sa croisade, et la tiare de Clément IV, qui naquit dans les lieux mêmes où le saint abbé avait fondé son illustre monastère; touchant souvenir qui unissait le présent, malgré les siècles, à un passé déjà bien lointain ! Mais les confrères de Saint-Vincent de Paul avaient hâte de descendre à la crypte et de vénérer la pierre tumulaire qui recouvrit les restes du grand serviteur de Dieu. Ils voulaient ensuite puiser dans la participation aux mystères eucharistiques la charité vraie, qui peut seule faire d'eux les consolateurs des pauvres et leurs amis le plus utilement dévoués " Q).
Le saint sacrifice fut offert par M. l'archidiacre Cancanas, sur l'autel de la confession, et, à l'évangile, M. le chanoine d'Éverlange sut trouver dans son cœur d'apôtre des paroles qui remuèrent profondément l'auditoire. A la grand' messe, célébrée avec beaucoup d'éclat dans l'église supérieure, l'éloquent pasteur remercia, en termes émus, les enfants de Saint- Vincent de Paul, groupés autour de sa chaire, et qui étaient
(') Gazette de Nimei^, n" rlu 2 Mai 1877.
venus fortifier leurs âmes en renouvelant ces pèlerinages des XII^ et XIIP siècles, oii F on voyait accourir princes et chevaliers, pour retremper leurs grandes âmes aux sources mystérieuses de la prière ^\ Une assemblée générale des conférences, présidée par M. Tarcliidiacre, dans la nef principale de la crypte, les vêpres, le salut solennel et le baisement du tombeau de saint Gilles formèrent le couronnement de cette belle ÎQie, qui laissa dans tous les cœurs la plus douce et la plus salutaire impression.
La presse catholique fut unanime à redire la beauté de cette pieuse et magnifique manifestation {}), que le souverain pontife Pie IX encouragea de sa bénédiction, dans un télégramme adressé en son nom, par le cardinal secrétaire d'Etat, Mgr. Siméoni, aux conférences réunies à Saint- Grilles. Une plaque commémorative en marbre, oiïerte par les pèlerins, fut placée dans la crypte, au bas de la statue du roi saint Louis (^) .
Le 18 Août 1878, dès 7 heures du matin, une foule nombreuse descendait à la gare de Saint- Gilles; c^était le cercle catholique d'ouvriers d'Arles, venant en pèlerinage au saint tombeau, sous la présidence de M. l'archiprêtre et conduit par M. Fabbé Bourges, son zélé directeur. Bientôt, réunis dans la crypte autour de la tombe du Saint, les pèlerins enten-
(}) La Gazette de Nimes, n° cité, consacre près de deux colotines à la description de cette fête. Voyez anssi Le Monde, n° du 8 Mai 1877, Le Dimanche illustré, n" du 20 Mai 1877, 5^ année, pp. 327, 328, et l'extrait du rapport présenté à l'assemblée générale de la conférence de Saint-Vincent de Paul, inséré par M. le chanoine d'Éverlange dans la 4^ édition de son livre, sous le n° XIII des Notes et pièces justificatives, pp. 277 et sniv.
Chaque pèlerin était muni d'un petit imprimé, de 4 pp., donnant, outre le programme des exercices, tous les renseignements utiles aux pieux voyageurs, ainsi que les deux cantiques à chanter par eux, dans le trajet de la gare à la basilique, le cantique des ouvriers : Quand Jésus vint sur la terre, et le 3antique sur le respect humain : Bravons les enfers. Fidèle à sa louable habitude, M™e Parrier nous a offert un exemplaire de cet imprimé et un numéro le tous les journaux qui ont parlé de la fête.
(2) d'Évbrlangb, op. cit., 8« édit., Avignon 1878, pp. 154, 155; 4« édit.., pp. 139, 140. Les statues de saint Louis et de Clément IV, " les deux figures les plus illustres et les plus chères à la cité ", se dressent à côté du tombeau le saint Gilles (b'Êverlange, op. cit., 4^ édit., p. 141).
daient une première messe, célébrée par M. Parcliiprêtre, et édifiaient tout le monde par leur piété. A la grand'messe, M. d^Éverlange, dans une de ces allocutions pathétiques dont il a le secret, félicita chaleureusement les membres du cercle d'Arles d'être venus donner à ses paroissiens un si bel exemple de foi et de dévotion au grand saint Gilles. A Fissue des vêpres, M. l'abbé Olivier, de Saint-Julien d'Arles, parla des cercles catholiques avec un admirable talent, et après le salut on se rendit en procession aux ruines de l'ancien chœur, où fut bénite une croix romane. A 6 heures précises, tous les pèlerins étaient massés dans la crypte, pour entendre le sermon d'adieu de M. l'abbé Bourges, et prendre ensuite le chemin de la gare, accompagnés de la population tout entière, qui les acclamait au départ, comme elle avait salué leur arrivée (^). Imitant les conférences du Midi, le cercle d'Arles voulut orner la crypte d'une plaque en marbre, destinée à perpétuer le souvenir de son passage à Saint- Gilles (^).
Ajoutons enfin que, tous les ans, les nombreux fidèles qui accourent du fond de la Provence aux fêtes des Saintes- Mariés (^), font une halte à Saint- Gilles, pour y vénérer le saint tombeau
A côté de ces pèlerinages accomplis par les foules, écrit M. d'Bverlange, que de noms recommandables n'aurionsnous pas à mentionner ici ! Pèlerins isolés, il est vrai, touristes
(^) Le nouveau Journal du Midi, publié à Nîmes, n° du 21 Août 1878. (^) d'Éverlange, op. cit., 4« édit., p. 140.
(3) Les Saintes-Mariés ou Notre-Dame de la Mer, tel est le nom d'nns petite ville de France, située dans l'île de Camargue, au département des Bouclies-du-Rliône. Ce lieu doit son origine et sa célébrité aux saintes Maries Jacobé et Salomé, qui, suivant la tradition des Provençaux, débarquèrent dans l'île de Camargue, et bâtirent en l'honneur de la sainte Vierge un oratoire, où elles furent inhumées l'une et l'autre. Le tombeau des Saintes-Mariés devint le but d'un fameux pèlerinage, qui est encore aujourd'hui très -fréquente. M. Faillon a écrit une savante Histoire du culte des saintes Maries Jacohé et Salomé, insérée au tome i^' de ses Monuments inédits sur V apostolat de sainte Marie-Madeleine en Provence, etc., Paris 1848, coll. 1265 et suiv. d'Éverlange, op. et edit. cit., p. 136.
ignorés^ mais unissant^ pour la plupart, à leur foi dans Pintercession du grand Saint, l'amour passionné de Fart chrétien et une vive admiration pour les restes mutilés de Fantique basilique. Leurs noms sont religieusement conservés dans les Archives du pèlerinage {^).
Mais le pèlerin que nous ne saurions oublier ici^ c'est Mgr. Plantier, Fillustre évêque de Nîmes. Quelques jours à peine le séparaient de la mort, et on le vit, malgré son état de faiblesse extrême, descendre dans la crypte et se prosterner devant ce tombeau, dont il avait inauguré la découverte presque miraculeuse et redit les gloires impérissables, dans l'admirable lettre pastorale, que nous avons citée plusieurs fois. C'était le 11 Mai 1875; le 25, Monseigneur rendait sa belle âme à Dieu" (3).
L'exemple de Mgr. Plantier trouva des imitateurs, et, un jour, la population de Saint- Gilles contemplait avec émotion
i}) Les deux premières éditions du livre de M. d'Éverlange contiennent la liste des principaux pèlerins, qui vinrent, dans ces dernières années, vénérer le tombeau de saint Gilles. Sur cette liste figurent, à coté des plus beaux noms de l'aristocratie française, une foule de sommités du clergé, de la magistrature et de l'armée. (Yoyez l''*^ édit., pp. 89 et suiv.; 2*' édit., pp. 107 et suiv.) L'auteur a supprimé cette liste dans les éditions postérieures.
(2) d'Èverlange, op. cit., 4^ édit., p. 137.
Mgr. Claude-Henri- Augustin Plantier était né à Ceyzerieux, département Ide l'Ain, le 2 Mars 1813. Il occupait, depuis dix-sept ans, la chaire d'hébreu et de poésie biblique à la Faculté de Lyon, lorsque le cardinal-archevêque de cette ville, Mgr. de Bonald, se l'attacha comme vicaire général, en 1855. Nommé évêque de Nimes, par décret impérial du 30 Août de la même année, et préconisé le 28 Septembre suivant, il fut sacré dans la primatiale de Lyon, le 18 Novembre 1855.
Par ses nombreux écrits, aussi solides pour le fond que brillants pour la 'orme, par son éloquence, par ses luttes pour la défense des droits du Saint- Siège, luttes qui lui attirèrent les tracasseries du gouvernement impérial, VEgr. Plantier s'était placé aux premiers rangs de l'épiscopat catholique. ^. Eugène Yeuillot a consacré une belle notice à cet illustre évêque dans les léléhrités catholiques contemporaines, Paris 1870, pp. 137 et suiv. On lira aussi .vec intérêt les articles insérés dans la Gazette de Nimes, des 27 et 28 Mai 1875, t qui ont été réunis en brochure, sous le titre de : Ms^' Plantier. Le même purnal a reproduit en entier, dans son n° du 2 Juin 1875, l'éloge funèbre du irélat, prononcé dans la cathédrale de Nîmes, à la cérémonie de ses obsèques, 3 1" Juin 1875, par M. le chanoine Gilly.
deux princes de FÉglise^ agenouillés, côte à côte, sur les dalles de la crypte. L''un, vénérable vieillard, était le vaillant évêque d'Urgel, en Espagne, Mgr. Caixal y Estrade, grand aumônier des armées de Cliarles VII, dont la noble conduite, pendant le siège do sa ville épiscopale, provoqua Fadmiration de FEurope entière Q). Mgr. Caixal professe une tendre dévotion envers saint Gilles, que le diocèse d'Urgel honore d^un culte particulier dans le sanctuaire de Notre-Dame de Nuria, dont nous avons entretenu nos lecteurs au premier livre de ce travail (^). Sa Grandeur avait pour compagnon de pèlerinage un prélat bien cber aux habitants de Saint-Gilles, Mgr. de Cabrières, évêque de Montpellier, ancien vicaire général de Nîmes (^), qui contribua si puissamment à remettre en honneur le saint tombeau, et dont la voix sympathique retentit tant de fois sous les voûtes de la crypte (*).
Le veuvage de FEglise de Nîmes fut de courte durée. Dès le 3 Août 1875, M. Pabbé Besson, chanoine titulaire de la métropole de Besançon, était appelé, par décret présidentiel, à succéder au regretté Mgr. Plantier; préconisé le 23 Septembre, il recevait, le 14 Novembre suivant, la consécration épiscopale à Besançon, et, onze jours plus tard, il faisait son entrée solennelle dans son diocèse (").
(^) La ville d'Urgel, défendue par les troupes carlistes de Lizarraga, fut prise par le général alphonsiste Martinez Campos, après une résistance désespérée, le 30 Juillet 1875. La citadelle ne capitula que le 24 Août suivant.
(2) P. 71 et suiv.
(^) Mgr. François-Marie-Anatoîe de Rovérié de Cabrières est né à Beaucaire, département du Gard, le 30 Août 1830. Chanoine et vicaire général de Nîmes, il fut nommé évêque de Montpellier, par décret du 18 Décembre 1873, préconisé le 16 Janvier 1874, et sacré dans la cathédrale de Nîmes, le 19 Mars suivant.
Le livre de M. le chanoine d'Éverlange porte en tête l'approbation de ce prélat, que le culte de saint Gilles compte parmi ses promoteurs les plus dévoués. Cette approbation, Mgr. de Cabrières la donna, peut-on dire, sur le tombeau même du Saint; elle est datée du 7 Août 1876, et signée : Fr. M. Anatolius, Episcopus Montis Pessulani, ad tumulum Beati Mgidii peregrinus.
C) d'Éverlange, op. cit., P« édit., pp. 91, 92; 2« édit., pp. 110, 111.
(^) Mgr. François-Nicolas-Xavier-Louis Besson est né à Baume-les-Dames, département du Doubs, le 5 Octobre 1821. Il s'est fait une grande et légitime
Le 14 Avril 1877, la ville de Saint- Grilles recevait pour la première fois la visite de son évêqne. Mgr. Besson venait administrer le sacrement de la confirmation; il venait en même temps^ réalisant un des vœux les plus cliers à son cœur, se prosterner en humble pèlerin devant le glorieux sépulcre du grand Saint de la vallée Fia vienne.
Reçu par le clergé au seuil de la basilique, et répondant aux souhaits de bienvenue de M. d'Éverlange, Féminent prélat disait que lui, évêque de Nîmes, voulait rendre à cette antique église tout Féclat que lui avait ravi le malheur des temps, en rapportant, si Dieu bénissait son entreprise, les précieuses reliques de saint Gilles dont la basilique de St.-Sernin de Toulouse garde le dépôt. Là, sans doute, elles sont honorées comme elles méritent de Pêtre; mais leur place n^est-elle pas plutôt la crypte, onze fois séculaire, élevée par la foi des générations, sous la bénédiction des Papes et avec les aumônes de la chrétienté, pour les posséder et les conserver à jamais ? " (^). Mgr. Besson finit en annonçant à M. d^Éverlange qu^il le nommait chanoine honoraire de sa cathédrale, en récompense des vertus sacerdotales dont il donnait l'exemple depuis trente-six ans, en récompense surtout de son zèle à propager le culte de saint Gilles et à
réputation d'orateur clirétien, par ses conférences prêchées dans l'église métropolitaine de Besançon, de 1864 à 1874, sur l'Homme-Dien, snr son oeuvre, sa loi, sa grâce, sa gloire, c'est-à-dire, sur l'Église, le décalogue, les sacrements, les mystères de la vie future. Ces conférences forment sept volumes in-8. Mgr. Besson a publié beaucoup d'autres écrits, parmi lesquels nous distinguons quatre volumes de panégyriques, d'oraisons funèbres et d'éloges académiques. Espérons que l'éloquent prélat prononcera un jour le panégyrique de saint Gilles, l'une des plus belles gloires de l'Église de Nîmes, et qu'en enrichissant d'une perle nouvelle l'écrin déjà si précieux de ses producj tiens littéraires, il donnera une impulsion vigoureuse au pèlerinage, dont le ("établissement répond aux plus nobles aspirations de son cœur d'évêque.
On dirait en vérité que l'éloquence est un apanage des évêques de Nîmes, 3t bien volontiers nous appliquerions au siège illustré par les Flécliier, les
Plantier, les Besson, ces lignes de saint Jérôme, parlant de la Gaule : viris
sem/per fortihus, et eloquentissimis dbundavit (Liir. contra Vigilantium. — Cf. Opéra omnia, édit. Domin. Vallarsi, tom. ii, Yeronse 1735, cul. 387, n. 1). (^) d'Éverlange, op. cit., 4e édit., pp. 138, 139.
restaurer son antique pèlerinage. Jamais distinction ne fut mieux méritée, ni plus unanimement applaudie (^).
Le lendemain, Dimanclie, après avoir offert le saint sacrifice dans la crypte, sur Fautel de la confession, le prélat voulut assister à tous les offices paroissiaux et prêcher à la grand^ messe. Il quitta Saint-Gilles dans la soirée, laissant tous les cœurs sous ^impression de sa bonté paternelle, de sa parole éloquente et de sa tendre piété (^).
Tels sont, en résumé, les principaux honneurs rendus au sépulcre de saint Grilles, depuis le jour où la pioche d^un ouvrier, guidée par la main de Dieu, révélait Inexistence de cette tombe, ensevelie sous trois siècles de silence et d^ oubli; trois siècles, pendant lesquels aucune autorité, aucune main ne se leva pour la retirer de Fombre accumulée sur elle par le temps. Dieu le permettait pour rendre plus éclatante sa réapparition ('^), et aussi pour donner au culte de son grand serviteur une gloire qui allait remplir la France et l^Europe entière.
En parcourant notre récit, quelque lecteur se sera demandé peut-être si le culte d^une tombe, oii ne repose plus le corps saint dont elle fut le dernier asile, est légitime, et
i}) Mgr. Besson prend fort à cœnr la diffusion dn culte de saint Gilles, et ne laisse écliapper aucune occasion de témoigner à M. le chanoine d'Everlange l'ardente sympathie que lui inspire son œuvre de restauration. Il voulut corriger lui-même les épreuves de la troisième édition de son livre, — "œuvre de bonne et belle littérature", qui ne pouvait que gagner à passer par les mains d'un juge aussi compétent, — et il encouragea l'auteur par une lettre des plus flatteuses, où il lui disait : " Les lettres de mes vénérés collègues attestent assez haut l'intérêt puissant qui s'attache aux pèlerinages de saint Gilles et le service que vous rendez au pays, en essayant de les rétablir. Que Dieu bénisse ce livre, qu'il favorise vos nobles projets et qu'il vous donne de voir auprès du tombeau du Saint encore plus de fidèles que le portail de l'antique abbatiale n'attire d'amateurs et de curieux ! ". Cette lettre est du 6 Novembre 1877. (d'Éverlange, op. et edit. cit., pp. xxii, xxiii.)
(2) La Gazette de Nimes, du 19 Avril 1877, contient une relation détaillée de l'arrivée et du séjour de Mgr. Besson à Saint-Gilles.
Lacordaire, Sainte Marie-Madeleine, 4« édit., Paris 1875, p. 198.
tout au moins si les honneurs, dont on entoure ce sépulcre, ne revêtent pas un caractère de piease exagération ?
Faisons observer d^abord que le tombeau de saint Gilles n^est pas absolument vide; il contient quelques menus ossements> que Mgr. Plantier, après une enquête sévère, déclara provenir du corps de saint Gilles. Mais ce sépulcre, ne renfermât-il aucune relique, aurait droit encore à nos hommages; sanctifié par le contact des restes précieux dont il fut dépositaire durant tant de siècles, il doit être regardé lui-même comme une relique, dans le sens large du mot (^).
Dès les temps les plus reculés, les tombeaux vides des Saints furent Pobjet de la vénération des fidèles. Le savant Trombelli le démontre dans son grand ouvrage : De cultu Sanctorum dissertationes decem, où il formule cette proposition : summo etiam in honore fuisse habita sepulcra tametsi
SACEIS COEPOEIBUS ALIO DEDUCTIS VAGUA (^).
Les preuves abondent sous la plume de Fauteur :
(^) Les reliques se divisent en deux grandes catégories : les reliques proprement dites et les reliques prises dans l'acception large du mot.
Les reliques proprement dites, dans la signification la plus rigoureuse du terme, comprennent le corps et ses diverses parties, quelque petites qu'elles puissent être; nous avons dit ailleurs (p. 249, note 2) comment cette classe de reliques se subdivise. Sont regardés encore comme des reliques proprement dites, mais dans un sens moins strict, les objets dont les Saints se sont servis, et qui, d'après le sentiment général, ont contracté une sorte de communication à la sainteté de leur corps. Tels sont les vêtements qu'ils ont portés, les linges et les meubles dont ils ont usé, leurs instruments de pénitence, et, s'il s'agit de martyrs, ceux de leur supplice.
Les reliques prises dans le sens large du mot forment la seconde catégorie. Parmi elles on range les divers objets qui ont toucbé aux corps des Saints, les suaires qui les ont enveloppés, les étoffes dont la piété des fidèles; les a revêtus, les tombeaux et les cbâsses où ils furent déposés. Dans cette^ catégorie rentrent encore les linges, trandea, appliqués aux sépulcres des Saints, la poussière recueillie dans leurs locuU ou mémoires, l'huile prise dans les lampes qui brûlaient devant leurs reliques, etc. (Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, 2^ édit., Paris 1877, pp. 692 et suiv., art. Reliques. — DucLos, Étude sur la conservation des saintes Reliques, Bruges 1875, pp. 2, 3. — GuiLLois, Explication... du Catéchisme, 8^ édit., tom. ii^ Le Mans 1856, pp. 136, 137.)
(") Tora. III (tom. ii pars prior), Bononige 1741, Dissertât, vu, cap. iv,. nn. x-xiii, pp. 34 et suiv.
Les chrétiens de Rome avaient en grande vénération Tendroit oii reposèrent les corps des saints apôtres Pierre et Paul^ bien que ces corps eussent été transférés dans une autre sépulture. Partageant cette dévotion, le pape saint Damase (t 384) fit orner cet endroit de plaques de marbre, et j mit
une inscription en vers: œdificavit platoniam dit Anas-
tase-le-Bibliotbécaire, ubi corpora apostolorum jacuerimt, id est heati Pétri et Pauli, quam et versihus ornavit (^).
Saint Hilarion de Tabathe, patriarche des solitaires de la Palestine, avait quitté ce pays pour se retirer dans File de Chypre, où il mourut en 372; le corps du saint anachorète fut enterré dans le petit jardin de son ermitage. Hésychius, le fidèle disciple d^Hilarion, ayant appris en Palestine la mort de son maître, fit voile pour File où gisaient ses dépouilles; il déroba ce trésor au péril de sa vie, et le transporta au monastère de Majume, première demeure du célèbre solitaire. Saint Jérôme^ à qui nous devons ces détails, rapporte qu'il se fit un grand nombre de miracles au sépulcre d^ Hilarion en Palestine, mais que des prodiges plus nombreux encore éclatèrent dans le petit jardin de File de Chypre^ où se voyait le tombeau primitif de Fillustre abbé; si bien, que les Cypriotes se vantaient de posséder Fesprit d^ Hilarion, tandis que la Palestine ne gardait que son corps : Cernas usque hodie, dit saint Jérôme, miram inter Palœstinos et Gyprios contentionem, his corpus Hilarionis, illis spiritum se hahere certantihus. Et tamen m utrisque logis magna quotidie signa fiunt; sed magis IN HORTULO Cyfui, forsitan quia plus illum locum dilexerit ('^).
(^) Saxa sive lamince marmoreœ antiquas inscriptiones continentes Fiatoniœ vocantur, et locus ipse marmoreis laminis contectus Platonia dicitur (BuRius, Brevis Romanorum Pontificum notitia, MechlinisB 1675, dans VOnomasticon etymologicum, qui termine l'ouvrage, p. 97, Platonia).
(^) Patrologiœ cursus completus, de Migne, tom. cxxviii, Parisiis 1852, coll. 73, 74. Ce détail est extrait de l'œuvre principale d'Anastase-le- Bibliothécaire, son Historia de vitis Romanorum Pontificum.
(•^) Vita S. Hilarionis Eremiiœ. — Cf. Opéra omnia, édit. Vallarsi, tom. u, col. 40, n. 47.
Saint Benoît, le glorieux patriarche des moines d'Occident (t 543), fat inhumé au monastère du Mont-Cassin, dont il était le fondateur et le premier abbé. Ce monastère ayant été ruiné par les Lombards, en 583, les reliques du Saint, ensevelies sous les décombres, y demeurèrent longtemps inconnues. Saint Aigulplie, religieux de l^abbaye de Fleury, appelée depuis Saint-Benoît-sur-Loire, envoyé au Mont-Cassin, vers Fan 660, par saint Mommole, son abbé, eut le bonheur de trouver dans les ruines le corps de saint Benoît. Transportés en France^ les ossements du Saint furent confiés à un nouveau sépulcre, dans F église du monastère de Fleury, dédiée à la Yierge.
Des miracles suivirent la translation du sacré dépôt. Un moine de Fabbaye de Fleury, Adrévalde, qui vivait sous le règne de Louis-le-Débonnaire (814-840), fit un recueil de ces prodiges, pour en transmettre le souvenir à la postérité (^).
En 865^ les Normands s^abattirent sur le monastère de Fleury, le pillèrent et le livrèrent aux flammes. Heureusement, les moines avaient eu le temps de fuir et d'' emporter avec eux leur plus riche trésor, le corps de saint Benoît, qu'ils tirèrent à la hâte de son tombeau et renfermèrent dans un coffre meuble, in loculo gestatorio. Après le départ des Normands, les religieux vinrent se fixer auprès des ruines de leur abbaye, dont il ne restait debout que les murs; ils s'arrangèrent une petite chapelle et y placèrent le corps de saint Benoît, renfermé dans sa modeste châsse (^).
Sur ces entrefaites, l'église ruinée du monastère, oii se jtrouvait le tombeau vide du Saint, fut le théâtre d'un grand prodige.
L'œuvre d' Adrévalde est insérée an tome cxxiv dn Patrologiœ cursus zompletus, de Migne, Parisiis 1852, coll. 909 et sniv., sons le titre de : Miracula Benedicti patrata in Gallia post translationem ad médium usque sœculum IX. O Patrologiœ cursus convpletus, de Migne, tom. cxxiv, coll. 939, 940. [La châsse, dans laquelle les moines de Flenry renfermèrent le corps de saint Benoît, pour le soustraire aux profanations des Normands, est appelée : scrilium, loculus gestatorius, loculus vectarius.
Le marché de Vieux- Fleury^ localité voisine de Fabbaye, attirait beaucoup de monde, tous les Samedis de Fannée. Or, il arriva qu^un marchand, venu pour y exercer son petit trafic, se rendit coupable de parjure. Ayant à partager avec son associé la somme de douze deniers, produit d'une vente, il garda pour lui toute la somme et affirma avoir donné à son compagnon la part qui lui revenait; pressé de s'exécuter, il étendit la main droite vers la basilique dévastée, qui avait abrité, deux siècles durant, les reliques de saint Benoît, et s'écria, dans un mouvement de colère : Per istum 8. Benedictiim ego illos ei reddidi denarios.
Le châtiment ne se fit pas attendre; le bras droit du coupable se roidit, et tous les efforts pour lui rendre le mouvement furent inutiles. Touché de repentir et mettant toute sa confiance dans la protection du saint abbé, qu'il avait outragé, le parjure alla se prosterner devant le tombeau vide du Saint, et obtint la guérison du membre paralysé. PostremOy écrit Adrévalde, sternitur ante sacratissimam timham, VACUAM quidem sancto coepoee, sed vietute divina ex
SOCIETATE QUONDAM PEIOEUM OSSIUM EEPEETAM : Veuiamque
temeritatis ac criminis ex perjurio contradi exorat, simul etiam misericordiam Domini precatur, quatenus interventu piissimi pastorisy cujus venerabile nomen sacramento velut vilissimam attentaverat rem, sanitatem assequi mereretur. Adfuit clementia Conditoris precihus affectuosis miseri poscentis auxilium eximii ducis, ejusque intercessione medelam infiemus consequitue, lœtusque forum repetit (^) .
Le P. Jean Ferrand, S. J., rapporte ce miracle dans son livre intitulé : Disquisitio reliquiaria : sive de suspicienda, et suspecta earumdem numéro Reliqidarum, quœ in diversis Ecclesiis servantur, miiltitudine (^).
L'auteur allègue ce prodige, pour prouver que les corps
(*) PatroloQiœ cursus completus, de Migne, tom.cxxiv, col. 940, 941. (2) Lugduni 1647, pp. 115, 116.
lé
saints communiquent à leurs tombeaux une vertu merveilleuse, vertu qui persiste après Fenlèvement des reliques et se manifeste par éclatants miracles. Les paroles du P. Ferrand sont remarquables et confirment excellemment notre thèse : Quid ?, dit-ilj quod persœpe contigit, utj licet sepulchea
DiVOEUM EXUVIIS, ALIISVE IPSOEUM SANCTUAEIIS PENITUS VAGUA
FOEENT, nihilo tamen minus a sola eorumdem aditione miraciila ederentur longe maxima, OB mieipicam, quam a saceis pigno-
EIBUS OLIM INIBI COMPOSITIS CONTEAXBEANT, FACULTATEM (^).
Nous passons sous silence d^autres exemples recueillis par Trombelli, et auxquels nous pourrions en ajouter bon nombre, empruntés aux temps plus rapprocbés de nous. Il nous semble superflu d^insister davantage sur la légitimité d^une pratique, embrassée par les fidèles de tous les siècles, approuvée et encouragée par FEglise, sanctionnée par la grande voix du miracle.
I CHAPITEE m
i RELIQUES DE SAINT GILLES