SUR L AGRICULTURE '2Ç
mais ils sont heureux ces héros chevaleresques et sacrés. Il est suave sous son écorce amère, le fruit qu*ils ont cueilli sur Tarbre de fa douleur. Homme d'abnégation et de travail, le moine était encore Thomme de la prière et de la charité , Thomme heureux dans sa paix, l'homme qui sait aimer et comme il faut aimer au point que, subjugué par la vue de cette paix céleste des hommes du siècle se sont avoués impuissants à s'arracher à ces douceurs après les avoir goûtées un seul jour. Que d'exemples à citer ! C'est sans doute sous l'empire de ces pensées qu'un poète que Ton ne saurait taxer de mysticisme écrivait ces lignes:
Cloîtres silencieux, voûtes des monastères,
C'est vous, sombres caveaux, vous qui savez aimer,
Ce sont vos froides oefs, vos parvis et vos pierres.
Que jamais lèvre en feu n'a baisés sans pâmer;
Trempez-leur, vous, le front dans vos eaux baptismales,
Dites -leur donc un peu ce qu'aVec vos genoux,
Il leur faudrait user de pierres sépulcrales.
Avant de soupçonner qu'on aime comme vous.
Oui, c'est uo vaste amour qu'au fond de^vos calices
3o VIE INTIME DES MOINES
Vous buviez à plein cœur, moines mystérieux.
Vous aimiez ardemment ! ah ! vous étiez heureux ! (i)
Comment expliquer après cela cette haine satanique des ennemis irréconciliables de TÉglise contre les ordres religieux ? Nous ne nous arrêterons pas à cette parole sévère d'un auteur, juste admirateur des ordres monastiques et vengeur des outrages dont notre société moderne s'est rendue coupable envers eux : « Vous serez condamnés à bâtir des bagnes avec les ruines des couvents détruits. » Mais nous répéterons avec autant de vérité et avec plus de bonheur ces paroles d'un apologiste allemand sur les moines : « L'exemple de ces hommes saints et de ces femmes pieuses, ne cherchant que l'unique nécessaire, a eu une influence immense. Quand ces âmes sublimes, quand ces grands cœurs firent défaut; quand les sociétés religieuses ne furent plus que des formes vides, les couvents des demeures solitaires; quand
(i) A. de Musset*
VIE INTIME 'DES MOINES 3l
Tesprit 4u siècle pénétra dans les sanctuaires de prière, de chasteté, de travail, et les renversa de son souffle mortel, alors le monde luimême tomba dans le marasme; la société affadie s'affaissa dans Tunique préoccupation des jouissances terrestres, la science s^arrêta à rhorizon borné de ce monde. Mais peu accessible à cet ordre d^dées que repousse aveuglément la libre pensée, elle en vient aujourd'hui^ au nom de la liberté, jusqu'à contester aux moines le droit de vivre de la vie qui leur est propre, et ne. leur accorde le privilège de ne pas être expulsés de leur pays qu'à une condition, c'est qu'ils cesseront de porter le nom de moine, de se vêtir de Thabit de moine, et de vivre avec des hommes de même condition. »
Nous ne saurions mieux répondre à ces prétentions qu'en invoquant le témoignage d'un homme peu suspect aujourd'hui en fait de tolérance vis-à-vis de la religion. Après avoir lu ^es lignes osera-t-on préparer des listes de proscription ?