SUR L^ AGRICULTURE
fait sentir plus intimement àTâme :« Insolitu^ dine aev purior, Deus animœ pi^opinquior [i). » Tels les triomphateurs romains appliquaient leurs mains Victorieuses des ennemis de la patrie, à rhumble et fortifiant labeur des champs, et c'est à la charrue qu'on allait les reprendre lorsqu'on avait besoin de nouvelles victoires. Ainsi de nos moines, ces triomphateurs plus héroïques, plus valeureux encore, car leurs ennemis c'était le monde, c'étaient les démons et leur propre cœur dont ils devenaient les maîtres. Aussi quels succès ont couronné leurs efforts !
Le tiers du territoire delà Franceaé.témîsen culture par les moines. Pour ne parler que de St-Gilles, regardez ces magnifiques campagnes qui s'étendaient jusqu'à la Méditerranée ; les moines ont défriché ce sol autrefois inculte et en ont fait un des pays les plus fertiles* Et ailleurs, le mont Cassin, en «Italie, n'était
(i) s. Bernard.
l6 INFLUENCE DES MOJNËS
qu'une profonde solitude quand St Ëenoit s*y retira. Ce pays changea de face en peu de temps. St Boniface commença toutes les culturcs dans les quatre évêchés de Bavière. Les Bénédictins de Fulde, défrichèrent dans la Hesse et la Thuringe, un terrain bientôt couvert de dix-huit mille métairies. Les moines de St Benoît, près de Mantoue, employèrent au labour plus de trois mille bœufs, a dit le célèbre auteur du génie du christianisme.
Le spectacle de plusieurs milliers de religieux cultivant la terre, mina peu à peu ces préjugés barbares qui attachaient le mépris à Tart qui nourrit les hommes. Le paysan apprit dans le' monastère à fertiliser le sillon. Les moines furent donc réellement les pères de Pagriculture, et comme laboureurs eux-mêmes, et comme les premiers maîtres de nos laboureurs (i). Aussi quel respect pour ces maîtres et les outils de labour sanctifiés au contact de ces mains ! Au
(i) Chateaubnand ; Génie du christianisme.
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VP siècle, un moine du nom de Théodulphe, qui s'occupait d'agriculture, s' étant reposé un jour pour réparer sa charrue, les paysans, dans un élan de respect pour ce saint personnage, la prirent pour la suspendre dans leur église comme une relique. « Noble et sainte relique, nous écrierons-nous avec le comte de Montalembert, que je baiserais aussi volontiers que répée de Charlemagne et la plume de Bossuet f »
Peut-on, de nos jours encore, songer à nos couvents de Trappistes, à nos Chartreuses, sans se sentir profondément ému ? Peut-on les visiter sans en sortir meilleur ? Quel exemple donné aux libres-penseurs dont la vie peut se résumer à ces trois mots : orgueil, cupidité, sensualisme, par ces héros dont Tabnégation • et la vertu, ne connaissent point de limites. Aussi, le protestant Johnson a-t-il écrit : « Je ne rencontre jamais un anachorète sans lui baiser les pieds, ni un monastère sans tomber à genoux pour en baiser le seuil. »
28 INFUENCE DES MOINES
Nous aussi, nous aurions volontiers baisé les pieds de cet intrépide chrétien qui, du fond de la Russie, arrivait, il y a quelques années, à la Grande Chartreuse pour changer ses décorations et son titre d'aide de camp de l'empereur contre la bure, et le titre de novice de saint Bruno. Volontiers nous aurions baisé les pieds de cet humble religieux de la Trappe qui nous avouait ingénument dans la réponse provoquée par une de nos interrogations que, tout frêle et délicat qu'il était, il avait dû, peu habitué cependant au travail des champs, garder pendant toute une semaine ses habits trempés de sueur aux jours de la moisson. Nous nous rappelions alors, avec attendrissement que saint Bernard versait des larmes de ne pouvoir travailler aux champs avec ses frères parce que les forces lui manquaient ; et qu'avant lui saint Augustin regrettait que le fardeau de Tépiscopat ne pût lui permettre de se livrer aux travaux des prêtres de sa conimunauté. Ils souffrent, on Ta dit,