‹ Saint Gilles et son pèlerinageChapitre 37 sur 81 · LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

LES ALBIGEOIS

« Une hérésie d'origine orientale venait d'as- « seoir son camp principal dans le midi delà « France. Cette hérésie toujours combattue et « toujours vivace remontait à la fin du IlPsiè- « cle. Repoussés de dessous le soleil, les Ma- « nichéens se réfugièrent dans les ténèbres, y « formèrent une société secrète, seul état qui « permette à Terreur de se perpétuer long- « temps (i). »

Nous croyons opportun de donner ici une notion de cette hérésie, qui couvrit l'Europe de sang et de ruines, vis-à-vis de laquelle l'Eglise

(i) Ltcordaîre, Vie de Si Dominique, chap. I.

Les albigeois gi

eûiployâ tous les moyens de conciliation et de . douceur, mais que ses sectateurs déshonorèrent par la mort du plus saint et du plus inoffensif des hommes, Pierre de Castelnau.

Malgré les assertions audacieuses des libres* penseurs et des protestants tendailt à innocenter les Albigeois,quUls se glorifiaient d'avoir eus pour ancêtres, on doit affirmer sans crainte que parmi les sectes qui désolèrent Tantiquité chrétienne, aucune ne fut plus abominable, suivant le mot de Bossuet, dans ses doctrines et dans ses moeurs. Et cependant quel ne fut pas Tascendant de ces séducteurs sur lé peuple! Quels furent les pays qui purent se préserver de la funeste contagion de cette hérésie? — Deux principes coéternels, Tun bon, l'autre mauvais, étaient le fondement de cette abominable doctrine. De même quMl y a deux principes créateurs, de même il y a deux Christs, Tun bon 5 Tautre mauvais. Le premier, qui * n'a Jamais eu de corps, ni d'extérieur visible^ n'a résidé qu'une foia spirituellement dans le

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monde; c'est dans Tapôtre St Paul. Au second^ se rapporte tout ce que P Évangile raconte de Jésus-Christ... Nous ne dirons rien de Timmoralité effroyable qui découlait nécessairement d'un dieu dépravé. Les superstitions auxquelles ils s'adonnaient le disputaient en. horreur avec leurs principes et leur immoralité.

De même qu'ils avaient condamné le mariage, de même ils condamnèrent la chair des animaux, les laitages et le vin , traitant avec mépris les catholiques qui ne s'imposaient pas les mêmes privations. Cette austérité affectée n'était qu'un masque hypocrite par lequel les Manichéens voulaient en inspirer aux peuples. Ils affectaient une grande austérité de mœurs, et il serait honteux de révéler les mystères d'iniquité auxquels ils se livraient. Seuls continuateurs de la vie apostolique, disaientils, ils ne possédaient ni maisons, ni champs, ni trésors, et ils se précipitaient sur les biens de PÉglise) dont ils s'emparaient sansrougir*

Mais à tous ces caractères odieux les Âlbi-

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geois en ajoutaient un autre : leur seae était une secte révolutionnaire. Ils prêchèrent leurs doctrines impies, subversives de la foi et de la société, par la violence et à oiain armée. On l'avait vu à St^Gilles, dès leur première ap« parition, Thérésiarque Pierre de Bruys rebaptisait^ fouettait les prêtres^, emprisonnait les moines, profanait les églises, renversait les croix. Il avait eu la sacrilège audace de mettre le feu aux statues, aux tableaux et à tous les objets sacrés qu'il avait amoncelés sur la place de réglise. Exaspérés de Tinjure faite à leur foi, les catholiques de St-Gilles s'étaient précipités sur le coupable et Pavaient &it brûler à leur tour (1147).

Pierre de Castelnau fut envoyé dans le Midi pour combattre cette secte monstrueuse et révoltée contre Tordre religieux et civil. La prière^ la discussion furent d'abord les armes dont le légat d'Innocent III fit usage. Ce ne fut qu'après de longs jours de vexations subies par les catholiques, que Ton eut recours

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à la répression civile. Quant à la sentence qui déliait les sujets de Raymond du serment de fidélité, personne n'ignore que cette prérogative était attribuée au pontife de Rome. C'était, dit Mgr Plantier, l'ceuvre du suffrage universel dans son extension la plus absolue et son expression la plus sincère : siérait-il bien à notre époque de la condamner ? Le bienheureux Pierre de Castelnau succombant sous le fer des sicàires,soiidoyés par le comte de Toulouse, fut donc un vrai martyr de la foi. Fidèle à sa mission, qu'il remplit dans les limites des instructions qu'il avait reçues, courageux défenseur dès droits de l'Eglise, il liitta aussi pour les saintes libertés de la conscience, pour la restauration des mœurs,pour le respect des traités. Ce lâche assassinat ne sera-t-il pas l'éternelle honte de l'hérésie qui l'a commandé (i)?

On sait le rôle que Saint-Gilles allait jouer à

(i) Instr. Past, de Mgr i'Ëvêque de Nîmes sur les Albi-' geoîSi

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cette triste époque et les douleureuses humiliations qu'il devait subir pendant ces jours de luttes sanglantes.

Raymond VI, comte de Toulouse/ oublieux de rhéritage de gloire, que lui avait légué son aieul, Raymond de Saint-Gilles, le Nestor de la première croisade, était à la tête des^AU bigeois. Et quel temps, plus que le nôtre, fut aussi tristement fécond en pareilles apostasies ! Le cœur honnête et chrétien, indigné par le spectacle contemporain de semblables défections, ne saurait être surpris des faiblesses criminelles des siècles antérieurs.

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