RELIQUES DE SAINT GILLES TRANSPORTÉES A TOULOUSE
« Le Consistoire de Nîmes, qui étendait son « autorité sur tous les environs, songea d'àff bord à s'emparer des reliquaires dç l'églisç
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« collégiale de St- Gilles; mais les chanoines, « plus jaloux encore de la conservation des re- « liques que de celle des châsses, prévinrent € Torage et mirent à couvert les reliques de c< saint Gilles. Ils les remirent entre les mains du « sire de Pouzillac, gentilhomme du pays, dis- « tingué par sa naissance autant que par sa « piété. Celui-ci les fit passer secrètement à « Toulouse et sauva par là du naufrage ce « précieux dépôt , qui y est conservé au- € jourd'hui dans Téglise deSt-Sernin (i). »
L'église de Toulouse possède donc les reliques de notre saint patron. Mais cette possession qui remonte seulement à 1 562, et non pas au temps des Albigeois , comme Tont cru quelques historiens, ne vaut pas titre à nos yeux. Ce ne fut pas une cession, encore moins une aliénation. L'église de St-Gilles, en s'adressant à l'antique basilique de St-Serniti, lui disait en lui confiant ses reliques : « Gardez-moi ce dé-
(i) Ménard. Histoire d$ Nimts^ t. IV.
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pôt. » Et ce dépôt était d'autant plus sacré, que des raisons de force majeuremettaient Téglise de St-Gilles dans la cruelle nécessité de s^en séparer pour un temps.
En vain, pour se dispenser de restituer ce corps sacré à cette tombe illustre, dans laquelle ses enfants le déposèrent avec tant d'amour, en vain voudrait-on s'excuser siur les difficultés qui se dressent devant la réalisation de cette œuvre de justice ; ne voit-on pas que c'est excuser tous les détenteurs de dépôts et des biens placés sous la sauvegarde de la conscience et de la religion ? Ne savons-nous pas que des faits certains démentent cette prétendue impossibilité ? On se rappelle, en fait de translation ou de restitution de reliques, celles de St Louis, évêque d'une ville d'Espagne, à Toulouse, en 1854; de St Baudile Puechablon, près d' Aniane, à Nîmes; de St-Clair, évêque, de Ste Eulalie de Bordeaux, à Lectoure, diocèse d'Auch, en i858.
Qui de nous, en visitant les cryptes célèbres de St Sernin, ne s'est pas prosterné avec amour
lo6 RECOUVREMENT D^UNE PORtlOM
devant la châsse où sont renfermées les reliques de St Gilles. Ah I sans doute, à l'approche de ses enfants, ses ossements bénis doivent tressaillir I Que ne peuvent-ils reposer encore dans celte crypte onze fois séculaire, que leur consacra la piété de nos ancêtres !
RECOUVREMENT d'uNE PORTION DES RELIQUES DE SAINT GILLES
Il est vrai, la ville de Toulouse, cédant aux prières des fidèles de St-Gilles, qu'encourageaient les évêques de Nîmes, a bien voulu, à deux reprises, nous rendre une partie des reliques de notre saint patron.
Les premières parcelles, — quelques parties des os du corps de saint Gilles et une de ses dents, — furent apportées dans notre ville en 1817 par M. Tabbé Bonhomme, curé de la paroisse St-Charles de Nîmes, délégué par Mgr Périer, évêque d^ Avignon, pour en reconnaître
canooiqueihent Tauthentiçité et présider à la cérémonie de la translation.
Mais la portion exiguë des reliques accordées à réglise de Saint-Gilles ne répondait pas à Tardeur de sa foi et de sa piété. Au défaut d^une entière restitution, elle désirait au moins une portion notable des reliques de son illustre fondateur. Les évêques de Nîmes mirent tout en œuvre pour satisfaire un vœu si légitime. Mgr Cart, pendant la longue et cruelle maladie qui devait le ravir à son diocèse, écrivit plusieurs fois à Tarchevêque de Toulouse à ce sujet. — a Je suis tout à fait de votre avis, » lui répon- « dait Tarchevêque , Mgr Mioland, le 1 3 Dé- « cembre i854, « Saint Gilles vous est dû. Si « cela dépendait de moi, . vous Tauriez déjà ; « mais je tfen suis pas le maître. Curé, fabri- « que, paroisse, surtout conseil municipal, « maire, ville, tout cela m' excommunierait,. sans « aucun doute; sans compter l'émeute et tout « ce qui s'ensuit. »
Après ces explications, il restait peu d'espoir
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de réussir. Mais afin de pouvoir se rendre le témoignage de n^avoir rien négligé pour recouvrer ce trésor, Mgr Cart crut devoir recourir au Souverain Pontife. Il lui exposa Phistoire des reliques et de leur translation forcée à Toulouse, les droits des fidèles de Saint-Gilles, suppliant le Saint-Père d'appuyer de sa suprême approbation la demande qu^il se proposait de réitérer auprès de Téglise de Toulouse.
Pie IX daigna, dans cette circonstance, adresser à Mgr Cart, en date du 6 juin i855, un bref, où respire la plus grande affection pour Tévêque de Nîmes et son troupeau, comme aussi la plus profonde sympathie pour le projet dont on lui fait part. L'approbation du Saint-Père n'est pas douteuse, car Téquité de la demande est souveraine à ses yeux. Sa confiance est donc entière dans les démarches qui de nouveau seront tentées auprès de l'archevêque de Toulouse.
Deux mois après (6 août), Mgr Cart notifiait à l'archevêque de Toulouse cette réponse du Saint-Père. Il lui rappelait les instances faites
DES RCLtQOfiS i>B SA^T GlttSS 1 1 1
en sonoLom par MgrGuibert, alors ^vêque de Viviers (i), et la promesse de rarchevêque de seconder ses désirs si k Sâint-Père les ratifiait de son approbation*
. Que restait^l à (akt pour Farchevêque de Toulouse, sinon de se montrer empressé aux désirs d'un évêque qui lui écrirait ces lignes touchantes : c Ce que )c réclame instamment, « en ce moment suprême où mes forces m'ont « abandonné et où il ne me reste plus qu'à ren« « drc mon âme à mon Dieu, c'est un insigne « relique de saint Gilles^ dont le retour dèns ^ moti diocèse doit combler les vœux d'une « portion du troupeau qui m^est confié (2). » Six jours aptes (3), Mgr Gart était enlevé à l'affection de ses diocésains.
Il était réservé à son successeur, Mgr Plantier, d'obtenir la relique depuis longtemps dé*
(i) Aujourd'hui cafdinAl archevêque de Paris.
(2) Détails empruntés à la notice historique sur saint Gilles et son culte par M. l'abbé Teissonnier.
(3) 12 août i855.