MASSACRE DES PRÊTRES ET DES CLERCS
ecclésiastiques de la religion réformée, € la ville « de Saint-Gilles fut mise au pillage, les prê- « très égorgés et jetés dans le puits qui est joi- » gnant Téglise intérieure; les enfants de choeur « précipités dans le même puits^ chantant:
« Christe^ Fili Dei vivi, miserere nobis (i). » Trois siècles après, on reconnaît encorç aux parois de la partie supérieure du puits les longues traces de leur sang. Puisse le sacrifice de ces victimes innocentes, dont la voix crie miséricorde, obtenir le pardon des bourreaux^ la fin de nos discordes et la réunion de tous, selon le vœu le plus ardent du Christ, m un seul troupeau sous la houlette du même pasteur ! {%) Entre les deux dates néfastes de i562 et de 1 793, il en est une que la conscience chrétienne et soumise de cœur aux vœux de Notre-Seigneur Jésus-Christ^ exprimés dans l'Évangile, aime à se rappeler, c'est celle de 1726. En cette
(i) Calendrier des Psaumes^ 27 sept. i562.
(2) Et erit unum oviie et unus pastor* Joan. X, 16*
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année, près de cent calvinistes, après avoir suivi les exercices d*une mission, prêchée par M. de Salvador, renoncèrent à leurs erreurs et firent profession de la foi catholique par la réception des sacrements (i). L'histoire nous représente les ministres de cette secte, faisant des efforts inouis pour empêcher ces retours à l'unité ; mais en vain. Ces chrétiens courageux et dociles à la voix du Seigneur comprirent qu'il n'y a jamais de raison de briser avec l'unité (2); et de rejeter l'autorité de l'Église (3). Ils comprirent aussi que Ton ne pouvait demeurer en sûreté de conscience dans une société qui, s'arrogeant la mission de réformer TÉglise en la rappelant à la pureté des premiers siècles, s'établissait par la révolte, se propageait par la guerre et la violence et ne montrait au monde que des fondateurs superbes, corrompus, sans mission, parjures à leurs vœux, infidèles à l'É-
(i) Vie de M. de Salvador.
(2) StJean, chap. XVII, 22. {y)St Mathieu, cha^. XVIII» vers 17.
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glise (i), et qu'enfin la liberté d'examen, source féconde de divisions, d'erreurs et de corruption profonde, leur donnait au moins le droit que leur refusaient leurs ministres inconséquents avec leurs principes, d'embrasser l'enseignement de l'Église, qui leur paraissait la seule vraie, parce qu'elle remontait, par une succession non interrompue de Pasteurs, jusqu'à Jésus-Christ son divin fondateur.
Mais, depuis 1726, les raisons péremptoires qui déterminaient ces enfants courageux de St- Gilles à rentrer dans le sein de la véritable Église dont ils avaient été si cruellement séparés, sont devenues plus puissantes encore.
Le principe fondamental de la prétendue Réforme a mis dans son jour le plus triste et le plus évident la fausseté de ses doctrines par les fruits de mort qu'elle a produits, et qui se résument dans la négation audacieuse et officielle de la divinité de J. C, au grand scandale
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des âmes droites et honnêtes, que renferment encore ces 70 sectes protestantes, toutes unies cependant par la tiaine la plus aveugle vouée à PÉglise romaine. Des ministres, des docteurs ont fait écho aux mille voix de la libre-pensée, dé l'incrédulité la plus éhontée, et, TÉvangile à lamain.; ont osé nier la divinité de N. S. J. C(ï). Dans la confusion indescriptible jetée dans les rangs du protestantisme par ce scandaleux enseignement, dans rimpossibilité de le condamner et de rejeter du sein de la Réforme des frères qui ont la même autorité, Vinspiration et Vassistance du St-Esprit^ on a eu recours à l'autorité civile. Ces consciences si sûres, ces esprits si élevés et si fiers, ces hommes du progrès qui rougissent de reconnaître Fautorité du Pape, successeur de Pierre et héritier dé ses prérogatives, de Pierre à qui J. C. a
(i) Christologie, par le pasteur CoquereU — M. de Gasparin se félicite, comme d'un triomphe, de ce que sur 700 ministres, il s'en est trouvé 200 qui croient à la divinité du Christi^ (Voyez Intérêts du protestantisme^ avertissement , p. VII.
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confié la con4uite des âmes et la garde de son Église (i); ceux-là même ont recours au bras séQilier pour mettre Tordre dans leur sanctuaire désolé. Ainsi croule ce misérable édifice de la Réforme. N'en soyons pas surpris, il est bâti, non sur la pierre ferme, contre laquelle les portes de Penfer ne prévaudront pas, mais sur le sable mouvant des opinions humaines.
Il serait injuste de dire que les religionnaires usaient de représailles. Ce ne fut pas là malheu* reusement un fait isolé, puisque nous lisons dans rhistoire de Téglise de Nîmes par Gcrinain : « Trois cents églises principales démo* « lies, quatre mille sacristies pillées, un nom- « bre infini de prêtres et de religieux massacrés, € quatre batailles données contre leur souverain, « et rÉtat exposé en proie aux étrangers, ont « été les effets pacifiques de la patience de ces « prétendus persécutés. Il n'y a proprement que « la religion catholique qu'on peut dire véritable*
(i) Jean, ch, 21, v, i5,
' « ment persécutée, non-seulement en Europe, « mais dans. toutes les parties du monde; et « encore aujourd'hui il n'y a que les catholi- « ques qui prêchent TÉvangile à la Chine^ au « travers de mille contradictions et fatigues, 4c sans cesse exposés aux souffrances et au mar- € tyre (i). »
Nous ne raconterons pas ici les longs et douloureux détails relatifs à la ruine de Téglise abbatiale de Saint-Gilles. Qu'il nous suffise de dire que la ville fut assiégée, prise et reprise en i562, 1667, 1670, 1574, 1675 (2). Comment exprimer Tétat déplorable des catholiques durant res tristes jours ? Les églises et les maisons des chanoines furent incendiées et démo-
(i) Germain. Histoire de V Église de Nîmes, Tom. II, pag. 222.
(2) Histoire du Languedoc. Tom. V.
lies (i). L'église abbatiale, on le comprend, ne dut pas échapper à la fureur des Religionnaircs. Les grands souvenirs religieux de l'histoire qu'elle rappelait, dans son incomparable ma" jesté, la recommandaient assez aux coups de ces modernes Vandales. Mais d'une part la solidité exceptionnelle de ses murs, et^ de l'autre, le refuge assuré qu'elle offrait à ses nouveaux maîtres devaient la conserver quelques années encore. Durant une période de près de quatrevingts ans, pendant laquelle Téglise demeura au pouvoir des Réformateurs, quelle succession de violences, de mutilations, avant d'arriver à une ruine complète !
En 1610, M. de Haupoul, délégué par le Parlement de Toulouse, en qualité de commis- « saire-expert, constate que « cette église offre « d'immenses ruines, qu'elle est découverte et « que toutes les voûtes de dessus sont rompues « et ruinées (2). »
(0 Ménard, Histoire de Nî.nes, Tom. v, p. 41. (2) Notice historique sur saint Gilles et son culte, par M, Teiuonnier p. 174, 175,
II existait du côté du midi un grand clocher. Un chef des Religionnaires, Abdias de Chaumont , seigneur de Bertichères, se maintint fort longtemps dans cette position formidable, d'où il exerçait sur les catholiques la plus dé* testable tyrannie (i).
Il est remplacé par de Roise, que nous trou* ' vons encore en possession du fort de St-Gilles en 1622, lorsque Henri de Rohan, un des premiers chefs du parti, lui ordonna de démolir ce fort et de raser jusqu'à terre le vieux bâtiment de l'église (2).
L'histoire nous représente les bandes de démolisseurs arrivés de Sommières et de Marsillargues, s'appîiquant avec un zèle digne d'une meilleure cause , à consommer leur œuvre de vandalisme.
Le pouvoir leur échappa enfin, mais trop tard pour notre célèbre et malheureuse église. Dé-
(1) Notice historique sur sai.it Gilles et son culte ^ par M, Teissonnier, p. 174, 17 5.
(2) Ménard, Histoire de Nîmes, t. V, p. 458.
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mantelée en grande partie, privée de son magnifique clocher romano«bysantin, les pans de voûte et le clocher, que M. de Haupoul avait trouvés droits , étaient démolis. Il ne restait plus alors que la crypte, dont le tombeau avait disparu, une voûte fin côté du nord, des arceaux surmontant encore les imposantes ruines du chœur, enfin l'incomparable façade avec ses figures d^apôtres; ses dentelures et arabesques, ses chapiteaux et ses lions, que d'autres mains barbares se plairont bientôt à outrager.
Autrefois, tristement penché sur les remparts détruits de Jérusalem, sa patrie, et de son teni: pie renversé, le Prophète des douleurs exhalait sa plainte en ardentes prières et en longs cris de désolation, appelant des jours plus heureux pour ce sanctuaire profané. Tels durent être les sentiments des cœurs chrétiens à la vue de Téglise de St-Gilles indignement mutilée, de ce monastère illustre, de toutes ces fondations pieuses qui formaient autour de Tabbaye comme
une couronne de gloire et d'honneur, et dont il restait à peine quelques ruines.
Le moment n'est pas venu encore de saluer sa résurrection. Tertullien disait en parlant du martyre : « Le soldat du Christ renversé daas Tarène subit mille tortures, est accablé par les coups mille fois répétés de ses tyrans persécuteurs ; mais on ne lui fait pas une blessure qui ne le couvre d -une palme, on ne répand pas une goutte de son sang qui ne soit voilée par une couronne; le nombre de ses victoires l'emporte sur les violences de ses ennemis. » O église de St-Gîlles, qui ne puis-je Rappliquer ces paroles d'un grand écrivain des premiers siècles 1 Mais^ non, tu n'as pas livré tçs derniers combats ; ton front mutilé est réservé & de plus tristes dégradations; avant l'heure de ta résurrection glorieuse, de nouveaux: outrages t'attendent !
La grande et magnifique façade de la basilique avait résisté aux efforts terribles des Albil^is ; les Réformateurs du XVP siècle l'avaient
respectée, faisant pour elle une exception, dont rhistoire cependant ne leur doit aucun compte, car elle est obligée de constater que le temps leur manqua et non la volonté. Le nouvel orage qui grondait sur la France devait achever Tœuvre de destruction.
Héritière de la haine de toutes les hérésies contre le Christ et son Église, la Révolution allait renchérir sur le vandalisme des siècles précédents.
A sa voix, le marteau des démolisseurs se lève encore contre ce monument. Les statues qui décorent sa façade sont profanées et mises en pièces. Les saintes images de la Passion du Sauveur, de la Sainte Vierge et des Saints subissent le même sort.
Les restes de Tancien Chœur, la partie la plus belle et la plus intéressante, majestueux débris qui, en 1622, échappèrent à la barbarie des Vandales commandés par Bertichère, ne trouvera pas grâce devant les impies nîveleurs de 1793. Quelques vieillards encore se sou-
viennent d'avoir vu ou d'avoir entendu redire par leurs pères la beauté de ces arceaux élancés du vieux chœur, la hardiesse de ces voûtes, à demi-ruinées et respectées par les siècles qui avaient passé sur leurs arcades mutilées sans oser les renverser. Plus impitoyable que les siècles, la révolution voulut avoir raison de ces reliques précieuses de l'art chrétien, témoins pour elle trop importuns d'une foi abhorrée f
La crypte et ses dépendances sont livrées à des usages profanes ; toutes les richesses artistiques que réglise de St-Gilles avait acquises par la générosité des fidèles et ses propres ressources sont impitoyablement livrées aux flammes. Une main pieuse a tracé sur un des arceaux de la crypte le récit de ces actes de honteux vandalisme. L'inscription est ainsi conçue : « Les siècles à venir sauront qu*en ijpS^ Vé- • glise ci^dessiis fut totalement ravagée et tou- « tes les saintes images brûlées sur la place. »
Dans cet a£freux cataclysme, il est aisé de .comprendre que le pèlerinage de St-Gilles dut
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éprouver un dernier et suprême contrecoup.
Désormais le silence des tombeaux va régner dans la crypte sainte, tandis que dans Téglise supérieure s'accompliront les honteuses saturnales d'un culte inspiré par Tenfer et contre lequel proteste la raison indignée.
Qui ne souhaiterait à TEglise ces n jours a»- « ciens (i) » dont parle TÉcriture, pendant lesquels il lui était permis d'exercer sa douce influence sur les peuples soumis à son autorité ? Alors comblée des biens de la terre, forte de la protection des rois, elle usait de ses richesses pour soulager les pauvres et pour bâtir des sanctuaires dignes de la gloire et de la grandeur de Dieu. Mais on lui dispute aujourd'hui, avec ses droits et sa liberté, les humbles ressources quisuffiseut à peine à l'honneur de son Culte et au soulagement des membres souffrants de J.-G. (i). C'est que l'Église doit être jusqu'à
{i) Rememoramini pristinos dies, Heb. z, 3a.
(a) Noua ne pouvons omettre ici un détail concernant ces dotations si nombreuses faites à YÈ^Wtt de St-Qilles durant
lafinTÉglise des combats. Mais Dieu, dans sa miséricorde, lui réserve par intervalle des jours de gloire et de triomphe. Elle se repose alors dans la paix et se réjouit dans la résurrection de ses œuvres. La découverte inespérée du tombeau de saint Gilles doit nous faire assister à une de ces heures dMneffable consolation.
les siècles de foi. Une rente de i65 liv. avait été fondée vers l'an i3oo par un généreux Génois, Charles Almando-di- Ripalnado. Chose surprenante, unique peut-être, cette rente a été conservée, seule épave de tant de richesses dévorées par la Révolution, précieuse par son origine et ses souvenirs, bien que lourdement grevée et considérablement amoindrie par l'impôt italien.