‹ Saint Gilles et son pèlerinageChapitre 72 sur 81 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Saint Gilles couronne sa mort surnaturelle et intérieure des fruits miraculeux que la grâce lui a fait porter. C'est en effet un oracle dé l'éternelle vérité que Celui qui aura tout quitté pour suivre dans la pauvreté, les humiliations et les douleurs, le Dieu de la crèche, le Dieu fait pauvre, le Dieu du Calvaire, recevra le centuple dès cette vie (i). Or ce centuple Saint Gilles Va reçu des mains du Dieu qu'il servit avec une si admirable perfection durant les jours de sa longue carrière. Oui il est bien comme son maître ce grain de froment qui, une fois mort dans le sillon, lève et porte beaucoup de fruits. Le fruit de l'humilité c'est la gloire ; le fruit de la pauvreté c'est la richesse; le fruit le la douleur c'est

(i) Mauh. XIX, 29.

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la paix, le bonheur. Or notre grand saint a semé dans l'humilité, il récolte dans la gloire ! Pour lui se réalise d'une manière admirable la parole de rÉvangile : Qui se humiliât exaltabitur. (i) Saint Gilles- s'est enseveli dans une affreuse solitude. Il fuit les honneurs et les honneurs le poursuivent ; de même, dit le grand Bossuet, que l'ombre fuit celui qui la poursuit et qu'elle s^attache à celui qui veut la fuir, ainsi de la gloire. Nous avons vu comment elle s'est attachée aux pas de saint Gilles la fuyant à Athènes dans les déserts et les cités où elle avait voulu rayonner sur son front humble et pur. Hé bien ! voyez dans cette grotte obscure, c'est une cour brillante, c'est un roi vainqueur qui vient tomber aux pieds de saint Gilles ! Il s'était enseveli vivant dans un désert ; il avait voulu être oublié du monde, et voilà que cette gloire qu'il avait méprisée l'environne comme d'une auréole éclatante qui porte la renommée

(2) Celui qui s'humilie sera élevé. (Math, sjiiu 1 2).

de ses verti^s jusqu^aux extrémités de la terre ; et un jour, cette renommée si pure, cette gloire si admirable qui, semblables au soleil, iront en grandissant et prendront les proportions d^un jour éclatant, attireront Funivers sur son tombeau, un jour, on verra les hommes les plus illustres échanger leurs titres les plus pompeux contre le nom de saint Gilles, et se croire bien plus honorés par là que par tous les titres que leur léguèrent leurs ancêtres.

Il n'est pas jusqu'à cette solitude, à ce désert affreux qui ne s'illumine des rayons de cette gloire incomparable, et c'est bien à toi, ô vallée Flavienne que l'on peut appliquer ce beau mot des saintes Écritures : La solitude illustrée par la vie de saint Gilles va fleurir resplendissant de réclat parfumé du lys, « Florebit sicut li-liutn solitudo "k (Isaïe 35-i).

Le fruit de la pauvreté c'est la richesse. Sur la terre la règle c'est la pauvreté ; l'exception, la richesse. Or, on n'est digne de posséder que par le détachement, car sans lui, sans l'esprit de

pauvreté, on est possédé par la richesse, mais on ne la possède plus. Voilà le malheur. Vœ vobisdwittbus{i)^malht\iv à vous qui êtes riches par le cœur, s'est-à-dire par l'attachement du cœur. Heureux, ô vous qui êtes pauvres par l'esprit, c'est-à-dire dans le détachement du cœur. Beati pauperes spiritu (2). Oui, on n'est digne d'être placé dans l'exception qu'autant qu'on a su embrasser la règle. La règle c'est la pauvreté ; ici-bas l'exception c'est la richesse. Celui qui abandonnera tout, dit Jésus*Christ, recevra dès ce monde le centuple et puis la vie éternelle. Centuplum accipiet et vitam œtemam possi^ débit (3).

Saint Gilles a quitté tout pour suivre Jésus- Christ, le roi de la pauvreté. Nous l'avons vu couronné de gloire' à la suite de Jésus, le Dieu de l'humilité. Il trouve encore la richesse et il

(i) Luc, VI, 24,

(2) Matth.T, 3.

(3) Matth. xiXf 2g.

fait Texpérience de cette parole de TÉcriture « Gloria et divitiœ in domo ejus (i).

Il ne demande au Roi Wamba que l'oubli, le silence et sa chère solitude. Une église et un monastère s'élèvent aussitôt, et il lui faut accep* ter la propriété de toute la forêt qu'il embaumait des parfums de tant de vertus. Dès le VIP siècle, ce monastère étendra au loin son influence salutaire et puissante. Pendant douze siècles il prendra les proportions d*un royaume florissant et tel est le nombre des nouveaux habitants qui viennent en foule et de tous les côtés demander au saint Fondateur de demeu-* rer près de lui, que près de 100,000 âmes et sept paroisses formeront bientôt la nouvelle cité. Saint Gilles ne saurait demeurer longtemps chargé de cette immense sollicitude, et il s'empresse de faire une donation de toutes ses richesses au Pape qui déclara l'accepter à perpé tuité (685) (Benoît II.)

(2) Ps. in, 3.

Ne soyons pas surpris que Rome ait comme épuisé les trésors de sa libéralité et de son amour en faveur de ce célèbre monastère. Et tf est-ce pas à cette protection souveraine que le monastère de saint Gilles est redevable de son incomparable longévité... Après les invasions des Sarrasins il est sorti de ses ruines ; seule la fureur des disciples de Calvin semblait lui avoir porté des coups dont il ne devait plus se relever. Mais grâce à la protection de la Papauté qui, par Torgane de Tun de ses plus grands pontifes, sollicitant la charité du monde catholique en faveur de la fondation de St-Gîllesparces belles paroles: « Après son achèvement, elle n'aura pas de rivale dans tout le royaume de France » (Jules II), jusqu'à ces grâces spirituelles obtenues par Timmortel Pie IX en ces derniers temps, saint Gilles, dans son œuvre immortelle, a survécu à toutes ses ruines. Nous pouvons toucher ici du doigt ces grandes vérités si importantes que nous ne saurions trop rappeler en ces jours tourmentés :

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rindispensable nécessité et l'indépendance des papes pour quUls puissent accomplir leur divine mission; le devoir sacré d^une soumission sans bornes à leur autorité ; et les garanties précieuses que rois, peuples et sujets trouveront toujours dans cette institution quUl faudrait créer si Dieu ne Tavait pas donnée au monde.

Ceux, dit l'Écriture, qui sèment dans les larmes recueilleront dans la joie. Qui sentinant in lacrymis in exultatione tnetent(i). Oh ! que ces paroles reçoivent un magnifique accomplissèment dans la vie et la mort de notre glorieux patron I... Qui pourrait douter un seul instant du bonheur que goûte saint Gilles depuis l'heureux moment où, brisant tous les liens qui l'attachaient au monde, il prit Dieu pour son partage et fit profession de le servir ? bonheur dans cette paix qui inondait son âme, paix que vous ne sauriez goûter, impies, âmes malheureuses qui vous êtes révoltées contre Dieu, et

(1)4*8. cxxv, 5.

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que saint Gilles goûta dans sa plénitude, puisque son cœur fut toujours uni par les liens de la plus ardente charité à ce Dieu qui en est la source intarissable ; bonheur dans ces œuvres admirables qui fleurissent au loin et dont les hommes le proclament Tauteur et le miraculeux instrument. Un seul désir venait cependant faire sentir à cette âme si paisible une soif que rien ici-bas ne pouvait apaiser : le désir de la patrie céleste, le désir de voir face à face et de posséder enfin son Dieu qu'il avait aimé, quUl avait servi pendant près d^un siècle au milieu des combats, des ombres et des tristesses de Texil. « Mes enfants, s'écriait saint Gilles, je sens ma vigueur s'éteindre; quatre-vingts ans de misères pèsent sur ma fragile existence. Quand donc serai-je délivré de ce corps de mort ?

Quand prendrai-je les ailes de la colombe et je volerai et je me reposerai. » Dieu a exaucé ses vœux. Comme Tarbre séculaire qui succombé plus encore sous le poids des fruits dont il est surchargé que sous la violence des vents qui

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secouent ses vigoureux rameaux, saint Gilles^ comblé de mérites, orné de toutes les vertus^ entend la voix du Ciel, bénît une dernière fois ses fils, et je le vois présenté par la main des anges, gardiens de ces saintes solitudes, au juste Juge qui, en couronnant ses dons, récompense magnifiquement ses vertus.

O grand et illustre saint, admirable modèle, père tendre et dévoué au bonheur de vos enfants, daignez les bénir du haut des deux ! Non, vous ne saurez vous laisser vaincre par eux en amour, et leur piété filiale, si grande envers le Père de leurs âmes, ne peut être que surpassée par votre dévouement sans bornes accru au ciel de toute l'étendue de la distance qui vous sépare d'eux, de celle plus grande encore de leurs misères. Inspirez-leur une vertu qui se couronne chaque jour de fruits plus abondants. Obtenez-leur du Ciel une foi vive et ardente, une espérance inébranlable ; qu'au milieu des agitations de cette vie, ils se reposent toujours comme vous en Dieu, le seul et unique soutien

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de rame ici-bas ; et qu'enfin, toujours guidés par la lumière sûre et brillante de la vérité dont l'église catholique est la colonne immortelle (i), ils pj^rtagent un jour votre gloire comme ils auront été sur la terre associés à vos combats. Amen !

11) I Tim. m, i3.

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