‹ Saint Gilles et son pèlerinageChapitre 77 sur 81 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Ne croyez pas mes frères, que les paroles que vous venez d'entendre soient empreintes de la plus légère es^agération. Ne sufât-il pas en effet de se rappeler Tétat dans lequel était tombée la crypte de St-Gilles pour se faire une idée des profanations horribles que lui avait ait subir la. haine de^ méchants ? Repaire des oiseaux de proie, sorte de caveau infect sans lumière et sans air, trois siècles d'oubli succédant à la haine la plus implacable, tel est le

triste tableau que Thistoire nous présente dana ■ les siècles écoulés. Mais après Toutrage qui

honore viendra la réparation glorieuse qui redira bien plus haut les gloires de ce sépulcre.

Vous savez, mes frères, les regrets profonds qui pesaient sur tous les o^urs à la 3eule

pensée de la disparition mystérieuse de ce sépulcre, qui pendant des siècles avait attiré tous les peuples chrétiens. En vain pour se dédommager de cette perte cruelle les âmes allaient épancher en prières et en larmes brûlantes d'amour leurs regrets et leurs espérances sur cette terre qui fut témoin des austérités et des oraisons du grand saint Gilles. Nous avons nommé la Sainte-Baume. En vain une relique insigne fut rendue après bien des prières et des démarches, disons le mot, après des .efforts tentés même par le pontife de Rome, à cette antique basilique, seule dépositaire autrefois du corps vénéré de son saint Patron I Prêtres et fidèles soupiraient avec ardeur après la découverte de ce tombeau arraché depuis des siècles à sa foi et à son ardent amour. O Dieu ! permettrez- vous donc qu^il soit perdu à Jamais, et ne voudrez- vous pas qu'enfin il reparaisse au milieu de vos enfants pour la gloire de votre nom ? Et voyez-le ce prêtre zélé, cet admirable pasteur consumé de l'irré-

244 DISCOURS POUR lVnniversaire sistible désir de découvrir ce trésor, entreprendre courageusement ce grand ouvrage. Il a consulté le ciel, il fait appel à tous les dévouements, il frappe à la porte de tous les cœurs des enfants de St-Gilles, qui sont ses propres enfants. Dieu et les hommes, la terre et le ciel répondent à sa voix. Un instinct mystérieux, a dit un grand évêque, le pousse à faire commencer des fouilles dans Téglise souterraine ? Enfin, après bien des travaux, des hésitations cruelles et des découragements profonds le pic du travail fait résonner un tombeau ! A ce bruit sourd mais révélateur, un doux frisson court dans les veines, on arrive au sépulcre

d^où il est parti et ô bonheur, on a acquis

la certitude que c'est là que reposa le corps de saint iEgidius!... Comment exprimer maintenant ici, mes frères, les témoignages éclatants d'amour qui entourèrent ce tombeau à partir de ce moment à jamais mémorable? Quelle langue pourra jamais redire et les saintes prodigalités dans le sacrillce, et Içs unanimes et

constants efforts de tout un peuple justement jaloux de rendre dans son amour à ce tombeau plus de gloire qui ne lui fut donnée dans son glorieux passé ?

Aussitôt que cette crypte, dont nous avons redit et les tristesses et les ignominies, est sortie de cet état de tristesse et d'abjection, elle voit sa jeunesse se renouveler comme celle de Taigle, tous les arts à Penvi accourir et rivalisant entre eux pour lui offrir une couronne assez belle pour lui faire oublier ses longs jours de deuil auxquels elle fut si indignement condamnée.

Que dire surtout de cette foi admirable qui se réveilla vive et féconde au fond de tous les cœurs, au point que Ton put se croire un instant en plein XIX* siècle transporté pour toujours aux siècles de foi en ces lieux privilégiés et bénis. Vous en fûtes témoins, vous tous, pasteurs et troupeau, prêtres et fidèles, et vous la contemplâtes avec admiration, cette foi vive, inébranlable. Oui elle apparut à vos yeux dans

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ces malades et ces infirmes que Ton portait à ce tombeau, dans ces riches offrandes et jusque dans ces baisers respectueux imprimés aveo une inexprimable ardeur sur cette pierre sépulcrale. Ah 1 dîtes, mes frères, les gloires que ces jours de réparation ont rendu à ce tombeau, n'en ont-elles pas fait un tombeau grand et glorieux, aussi illustre en un mot que le grand saint de la vallée Flavienne à qui il servit de dernier asile et dont il conserve encore quelques précieuses reliques !

O saint tombeau! tressaille, en ce jour, d'une sainte allégresse^ et que de tes profondeurs s'échappe une vertu céleste qui, ranimant en nous la foi des anciens jours, éloigne de cette enceinte sacrée toute profanation en y appelant tout l'amour de la terre et toutes les bénédictions des cieux. Que ta vertu, qui n'a pu être tarie tout entière par les flots de grâces qui se sont; échappés de toi comme un fleuve fécond, ni moins encore par le souffle de l'ingratitude ou de l'incrédulité armée de toutes les puissances

de l'enfer, fasse sentir ici de nouveau sa céleste influence. Ah ! sans doute, la guérison de nos malades, le soulagement de nos infirmes , la cessation des fléaux qui ravagent nos campagnes sont des grâces que le Ciel peut encore Ijar toi nous accorder, car les dons de Keu, a dît un grand évêque, sont sans repentance.

Mais il est d'autres faveurs dont nous devons ici nous montrer au moins jaloux aussi. N'esto& pas en face du tombeau de leur père que les :é*ifaiits d'une même mère se montrent plus faiîiles à s'aimer dans le pardon des injures et ^iatisltous les dévouements de Ja charité fraternelle ? N'est-ce pas là aussi que les passions les plus déchaînées se calment et perdent de leurs funestes ardeurs ; là que la foi ranime son brillant-flambeau; là enfin que les attaches insensées du cœur pour les choses de la terre soat brisées et consumées par les célestes flammes de ce feu ardtent qui brûle toujours et ne s'éteint jamais ? j)h bien I si les grâces temporelles tu ne pouvai^|^0us'les accorder, que celles-ci au moins

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tous les enfants puissent ks obtenir, et nous et devrons, ô saint tombeau, la paix dans Tunion des cœurs, la joie de la bonne conscience dans la sainteté des œuvres et un jour la gloire, le bonheur des saints dans Timmortalité bienheureuse. Amen!

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