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Saint Gregoire le Grand [microform]

L'aûnée 476, dont on a coutume de faire une date fatidique, parce que cette année vit s'éteindre la série des empereurs d'Occident, n'eut en réalité qu'un faible retentissement dans l'histoire politique de l'Italie. Les derniers empereurs d'Occident avaient été des ombres d'empereurs. Dès ce temps, la « République » ne possédait plus rien dans l'Afrique devenue vandale, dans l'Espagne devenue vôsigothe ou suève, dans la Gaule passée aux mains des Wisigoths, des Burgondes, des Francs. En Italie seulement elle subsistait. L'armée qui la défendait, et dont Odoacre était le chef, était une armée barbare, mais Odoacre, en s'installant à Ravenne dans le palais des empereurs disparus, n'avait pas revêtu les insignes impériaux. Se réservant le titre de roi, il n'avait voulu être qu'une sorte de fondé de pouvoir de l'empereur de Constantinople. Au temps même d'Odoacre, on élevait à Rome des statues à l'empereur Zenon (474-49i)> preuve que Rome relevait toujours de sa souveraineté*. ' Le diflScile était que, à Constantinople, on se

I . H. Gbisar, Histoire de Rome et des Papes au Moyen Age, éd. fr,, t. I (1906), p. 86. L. Halphen, Les Barbares (1936), p. 35-36, 90-93.

résignât à ce régime. Zenon accueillit les avances de Théodoric, qui s'offrait avec ses Ostrogoths à reconquérir l'Italie au bénéfice de l'Empire. Théodoric entra en Italie en 488 ; il en était maître, Rome comprise, deux ans après; en 493, il s'emparait enfin de Ravenne, où il prit la place d'Odoacre. « Le système inauguré par Odoacre fut maintenu et perfectionné par le chef ostrogoth. Avec le simple titre de roi, il commandait à tous les barbares établis et exerçait, à l'égard de la population romaine, les fonctions d'un vice-empereur 1. » A Rome, le sénat subsistait et il recevait à l'occasion les iussiones du basileus : nous avons de 5i6 une lettre du sénat de Rome à l'empereur Anastase, le remerciant de ses « sacrae iussionis oracula », dont Théodoric a ordonné l'exécution, « notre seigneur, roi très invaincu, Théodoric votre fils, ayant prescrit l'obéissance à vos ordres^ ». Quand Théodoric mourut, en Saô, ce furent les Ostrogoths eux-mêmes qui se montrèrent incapables de maintenir cet équilibre. Or, à cette date, Justinien (527-565) formait le dessein de reconquérir l'Occident. On sait comment il y réussit. En 533-534» l'Afrique vandale fut reconquise par Bélisaire. Puis ce fut au tour de l'Italie ostrogothe : la conquête en fut difficile, il y fallut vingt ans de guerre très dure (535-554), mais l'Italie cette fois fut immédiatement soumise à l'empereur de Constantinople. Désormais, pour administrer l'Italie, il n'y eut plus un roi barbare, mais un fonctionnaire impérial, un fonctionnaire militaire, l'exarque, en résidence à Ravenne.

1. L. Ddchesne, \ffÏ5^. anc. de l'Eglise, t. III (1910), p. 654. G. A, PtiHzi, L'Italia nel fl s. nelle Variae di Cassioddro (1927).

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