I. De Rossi, Inscriptiones, t. II, p. i
UT ROMANA MANU CAELESTI SCEPTRA REGANTUR SIT QUORUM IMPERIO LIBERA VERA FIDES
pour que les sceptres romains soient conduits par la main céleste, et que sous leur empire la vraie foi ait la liberté. L'évêque romain prie Dieu de donner aux princes (Maurice et son fils Théodose) des temps pacifiés,
HOSTIBUS UT DOMITIS PETRI VIRTUTE PER ORBEM GENTIBUS AG POPULIS PAX SIT ET ISTA FIDES.
Que les ennemis du nom romain soient vaincus dans le monde entier par la vertu de saint Pierre, que la paix soit assurée aux peuples et avec la paix la foi catholique.
A Constantinople, Grégoire a rencontré l'évêque de Séville Léandre, qu'il nous dit venu en mission pour les intérêts de la foi catholique en Espagne. Séville appartenait au royaume wisigoth, qui avait pour roi Leovigild, mais Léandre n'était pas à Constantinople au compte du roi arien : sa mission n'avait pu lui être donnée que par Hermenigild, qui était catholique, et qui, révolté contre Leovigild son père, voulait s'assurer l'appui des Byzantins. Hermenigild avait été converti au catholicisme par Léandre [Dialog. III, 3i). La révolte d'Hermenigild (579-584) fut écrasée et lui-même mis à mort (i3 avril 585). La rencontre de Léandre et de Grégoire à Constantinople noua entre eux une étroite amitié : ils étaient tous deux de bonne naissance, tous deux de profession monastique, tous deux écrivains. Grégoire (îôic?.
parle de Léaadre avec une rare affection. Il se reposait dans l'intimité de Léandre [rnihi in amicitiis famïliariter iuncto) du souci des a.ffaires, ballotté qu'il était par le flot des causes séculières, comme il s'en plaint, en moine à la voc§ition de qui on a fait violence*.
Il trouvait cependant le loisir de méditer les saintes Ecritures. En ce temps-là, il commença la composition de son commentaire du livre de Job, à la demande des moines de sa communauté à Constantinople, et à la demande aussi de Léandre. Il n*y mettra la dernière main qu'à Rome, étant déjà pape, et nous en parlerons alors.
Notons comme un autre trait de caractère que ce méditatif, qui aurait voulu fuir le monde, avait le don de se faire des amis et la charité de les aimer. Il ne semble pas qu'il ait été très avant dans la confiance de l'empereur Maurice : nous verrons de quels ménagements on devait iiser avec ce prince renfermé, jaloux de son omnipotence, et destiné à laisser si peu de regrets. Mais que d'amis sûrs Grégoire comptait à la cour même ! Le médecin de l'empereur, Théodore, par exemple, ou le cornés excuhitorum Philippicus. Dans une lettre que nous verrons un jour Grégoire écrire au patrice Narsès, le . général du temps de Maurice, illustre par ses campagnes contre les Perses, nous avons la preuve que tout l'entourage du patrice était lié à Grégoire. Saluez, lui dit-il, « domnum Alexandrum, domnum Theodorum, filium meum Marinum, domnam Esyciam, domnam Eudochîam
I. Nous avons ua spécimen de ces affaires séculières dans une affaire concernant . les îles qui appartiennent à la cité de Naples et qu'on lui conteste. Grégoire obtient de l'empereur Maurice des iussiones qui confirment cette propriété (J. 1570).
et domnam Dominicain » (J. loyS). Une autre lettre nous apprend que domna Domînîca a été mise à la tête d'une communauté et que désormais elle n'est plus « contrainte de servir dans le labeur du palais terrestre» (J. i473). C'était apparemment une dame du service de l'impératrice.
Grégoire connaît une autre dame, qui porte le nom de Gregoria, et qui est cubicularia Augustae, attachée à la chambre de l'impératrice. Nous avons une lettre gracieuse et paternelle où il répond à ses anxiétés de conscience (J. 1^68).
Theoktista, sœur de l'empereur Maurice, est chargée des enfants de l'empereur, elle est leur nourrice au sens antique du mot. Je vous demande, lui écrit Grégoire, que des petits princes que vous nourrissez {parvulos dominos quos nutritis) vous preniez bien soin de former le caractère. Elle devra veiller à ce que « les glorieux eunuques » qui sont attachés à ces enfants ne leur tiennent que des discours capables de développer la charité entre eux et la mansuétude envers leurs inférieurs (J. 1469). L'impératrice Constantina, fille de Tibère II et femme de Maurice, n'est pas, il s'en faut, indiflférente à Grégoire : dans cette même lettre, on voit que Grégoire compte sur Theoktista pour lui donner des nouvelles delà serenissima domina^ entendez des nouvelles de sa vie intérieure, de ses consolations spirituelles, de ses lectures. Grégoire est un directeur de consciences féminines, on pouvait s'en douter, et l'impératrice lui a sans doute ouvert son âme.
On a écrit sur « Cicéron et ses amis », on voudrait être assez documenté pour écrire sur Grégoire et ses amis. Du moins avons-nous jusqu'à cijiq lettres adressées à la même amie, une grande dame romaine
qui s'était réfugiée à Constantinople, cinq lettres s'espaçant sur plusieurs années, cinq lettres où nous surprenons la confiance que ses amis vouaient à Grégoire, et la sollicitude, la fidélité, l'aflfection, que Grégoire leur vouait en retour.
« Grégoire à Rusticiana patricia '.
« Ea recevant la lettre de votre excellence, j'ai été consolé par la nouvelle que j'espérais de votre santé." Que le Seigneur, dans sa miséricorde, protège et dispose votre vie et vos actes.
« J'ai été très surpris que vous ayez renoncé à votre pensée de visiter les Lieux. Saints et abandonné ce pieux projet. Quand, par le don de Dieu, notre cœur conçoit quelque bop dessein, il faut se hâter de l'exécuter dévotement, de peur que l'ennemi rusé ne travaillé à nous retenir, en nous suggérant des erapêchemenls par lesquels notre esprit, dans l'accablement de ses tâches quotidiennes, sera détourné de réaliser ses bons désirs. Il faut que votre excellence oppose à tous ces empêchements de religieuses raisons, et que de tout l'eflbrt de son cœur elle ait faim du fruit du bon dessein qu'elle a conçu : à ce prix, dans le siècle présent elle vivra tranquille, et dans le" siècle futur elle méritera de posséder le royaume céleste.
« Quant à ce que vous m'avez écrit, que Passivus avait essayé de répandre des calomnies contre vous, mais que les très pieux empereurs non seulement ne les avaient pas accueillies, et même les avaient mal prises, vous estimerez de qui vous vient ce don, et vous mettrez tout votre espoir en Celui qui empêche les hommes en ce siècle de nuire autant qu'ils voudraient nuire, qui brise les volontés perverses par la puissance de son bras, et miséricordieusement à sa manière habituelle déjoue leurs efiPorts.
(c Je vous prie de saluer pour moi domnus Appio et domna Eusebia, domnus Eudoxius et domna Gregoria. »
Rusticiana appartient au monde de la cour, elle est liée avec Gregoria, que nous avons vue attachée au service de l'impératrice. On a essayé de nuire à Rusticiana auprès de l'empereur, et elle a raconté ses