‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 14 sur 85 · I. J. ia66, août SgS · texte numérisé non relu

I. J. ia66, août SgS

pas brigué l'épiscopat, qu'il avait voulu s'y dérober parla fuite, qu'il s'en déclarait indigne. Grégoire était à Gonstantinople au moment de l'élection, « fugisse celle te memini », écrira-t-il plus tard à Jean. II rappellera aussi que, quand Jean devint patriarche, il avait trouvé la paix religieuse assurée et la concorde dans les Eglises. C'est beaucoup dire ; peut-être Grégoire ne pensait-il qu'aux relations cordiales de Gonstantinople et du Siège apostolique. Jusqu'au, retour de Grégoire à Rome- (Juand sa nonciature prit fin, rien du moins n'altéra ses bons rapports avec le patriarche Jean.

Grégoire, qui n'entendait pas renoncer à la vie monastique, a amené à Gonstantinople avec lui un certain nombre de moines de son monastère du clw'us Scauri, et du nombre est le chef même du monastère, le prêtre Maximianus. En 584, le pape Pelage II réclama Maximianus, par une lettre que nous possédons et qui est du 4 octobre (J. loSa). Grégoire raconte dans les Dialogues (tll, 36) que Maximianus, « revenant à mon monastère à. Rome », essuya dans la mer Adriatique une tempête, où le navire eut son mât brisé, ses voiles à la mer, toute sa carcasse disloquée, sa carène envahie par l'eau. Les passagers, se voyant perdus, « se donnèrent la paix les uns aux autres, reçurent le corps et le sang du Rédempteur », et recommandèrent leurs âmes à Dieu. Cependant le navire résista huit jours, elle neuvième jour aborda à Cotrone : à peine les passagers étaient-ils débarqués et Maximianus après eux, que le navire coula à pic. Manifestement Dieu veillait sur Maximianus, qui, ajoute Grégoire, est maintenant évêque de Syracuse.

La lettre du pape qui rappelait Maximianus de Constanlinople à Rome annonçait autre chose à

Grég-oire. Pelage II écrit à son « cher fils et vénérable diacre » qu'il . lui envoie l'évêque Sébastien*, accompagné du notaire Honoratas, avec les instructions nécessaires. Sébastien, continue le pape, a été « dans ces parties » (Rome) et jusqu'à Ravenne, avec le patrice Decius, et ce qu'il te rapportera t'instruira de tout : il pourra suggérer à l'empereur le nécessaire.

Nous découvrons dans cette lettre da pa:pe un autre aspect de la mission de Grégoire : il a à servir les intérêts de Rome et de l'Italie auprès de l'empereur. Si grandes, continue Pelage II, sont les calamités et les tribulations que nous souffrons de la perfidie des Lombards, en dépit de leurs engagements formels, que personne ne suffit à les exposer. Quant à notre frère Sébastien, tu pourras apprendre par ce qu'il te rapportera comment nous l'avons accueilli et quelle charité il a trouvée chez nous, sur ta recommandation [te suggerente).

Il nous a promis, poursuit le pape, d'exposer au très pieux empereur les besoins et les périls de toute l'Italie. Délibérez ensemble de ce que vous pourrez pour subvenir promptement à nos détresses. La république est à un point si critique, que, si Dieu ne met pas au cœur du prince l'inspiration de montrer à ses 'sujets la pitié qu'il a pour eux, et de nous accorder un magister militum ou un dux, nous sommes perdus. La région de Rome [partes romanae) est destituée de toute garnison. L'exarque nous écrit qu'il ne peut rien faire pour nous, ne suffisant pas à défendre la région de Ravenne. Que Dieu commande

I. Sébastien était évêque de Risano^ près de Caltaro, en Ulyricum, J. iqgfi.

à l'empereur de venir à notre secours au plus tôt dans les périls qui nous étreignent, avant que l'armée de cette nation impie, les Lombards, ne se soit emparée des pays qui sont encore de l'Empire.

Lettre navrante ! L'exarque peut à peine couvrir Ravenne, et se déclare incapable de secourir Rome. Le pape, sur qui on compte peut-être pour défendre Rome, n'a ni troupes, ni général, ni argent. Il ne peut se tourner que vers l'empereur, mais l'empereur, qui a les Perses sur les bras, doit laisser l'Italie se défendre seule : il n'est pas indifférent, il est sans moyens. Nous ignorons ce qu'il répondit au pape Pelage If, aux instances de Grégoire et de Sébastien. Nous voyons seulement dans la lettre que Pelage II adresse à Elie et aux évêques d'Istrie, en 586, que « Dieu a daigné donner pour un temps la paix et la tranquillité » à l'Italie, « pour la félicité des princes chrétiens », et « grâce aux labeurs et à la sollicitude de notre fils l'excellentissime Smaragdus, exarque et ckartularîus sacH palatii yi {J . io54)

Le loyalisme du pape est au-dessus de toutes ces vicissitudes. Son attachement à l'empereur, et non pas seulement en haine des Lombards ariens, mais par un sentiment tout romain de fidélité à la République, est un attachement de point d'honneur. On possède le texte d'une inscription que Pelage II a placée à Saint-Pierre, in altare *, en souvenir dedécorations exécutées sur ses (ordres, et on l'y voit déclarer que lui et son peuple font cette offrande à Dieu :

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