‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 24 sur 85 · J. 1078, décembre Sgo · texte numérisé non relu

J. 1078, décembre Sgo

a. « Neque ex datione palliî, neque ex traditione chartarum, neque ex ea quam nova per ambitioaem simuiatio invenit appellatione pastelli. » Le pallium s'entend. La traditio chartarum est le fait de délivrer au sujet qui a été ordonné une lettre attestant son ordination, ainsi que dit Grégoire quelques lignes plus loin : c Conârmationis eius epistulam notarius scribit ». Le pastellum est une distribution de victuailles.

tanément et sans en avoir été requis ou sollicité, donner quelque chose à quelque clerc [cuilibet clerico) qui n'aura rien demandé, nous ne l'interdisons pas. On voit que, même sans aucun soupçon de simonie, la pratique de la bonne main, qui sévissait à tous les étages de la hiérarchie impériale, est aux yeux de saint Grégoire un abus qu'il veut proscrire, qu'il essaie de proscrire, du Latran.

La coutume était établie d'enterrer dans les églises, et la coutume aussi de faire payer le plus cher possible cette sépulture privilégiée. Grégoire considère ce commerce comme une faute {yitium) : « Quand, par la volonté de. Dieu,' écrit-il, nous avons été élevé à l'honneur de l'épiscopat, nous avons interdit absolument cette pratique dans notre Eglise, honteux usage que nous n'avons toléré sous aucun prétexte. » Les fils de Heth n'ont rien voulu recevoir d'Abraha-m pour la sépulture de sa femme [Gen. xxiii, 3-i6), par scrupule de spéculer sur un cadavre, — l'exégèse de Grégoire fait peut-être beaucoup d'honneur à leur délicatesse. — Si, poursuit le pape, un païen a eu pareil scrupule, combien ne s'impose-t-il pas à nous qui sommes évêques, et ne devons-nous pas avoir honte, avec nos exigences, d'aggraver par des discussions d'argent la peine des familles en deuil? Remarquez que l'honneur d'être inhumé dans une église est, au temps de saint Grégoire, réservé en principe à des chrétiens sans reproche, Grégoire aura souvent l'occasion d'insister sur ce principe : ce que veut Grégoire, c'est que cet honneur soit gratuit. Si cependant, écrira-t-il à l'évêque de Cagliari, vous avez accordé à quelqu'un la sépulture dans votre église, et que les père et mère du défunt, ou ses proches, ou ses héritiers, offrent spontanément quelque chose pour le luminaire, nous

ne vous défendons pas de l'accepter, mais nous vous défendons de solliciter ou d'exiger quoi que ce soit. « Ce serait une faute grave contre la religion, qui ferait dire, Dieu nous en préserve ! que l'Eglise est vénale, ou que vous vous félicitez de la mort des gens, à voir comme vous cherchez à tirer par n'importe quel moyen un bénéfice de leurs funérailles. »

Lé Patrimoine de saint Pierre est administré comme un grand domaine privé. En chaque pays, en Sicile par exemple, un recteur en a l'intendance générale. Les terres sont sous le régime de l'emphytéose ou du colonat. Un nombreux personnel de conductores^ dépendants du . recteur, fait rentrer les redevances dues, soit en argent, soit en nature, par les tenanciers. Les conductores exploitent aussi eux-mêmes directement : en particulier, l'élevage est leur affaire. On suppose que toute cette administration se centralise à Rome dans l'office du dispensator Ecclesiaeé Nous n'avons pas à étudier cette grande institution du patrimoine, qui est si connue^, nous voulons rechercher seulement l'esprit dont Grégoire l'anime et les maximes qu'il y applique.

Grégoire nomme lui-même le recteur de chaque patrimoine, qu'il prend à Rome dans le personnel des sous-diacres, des notaires, des defensores^. Le

1. P. Fabre et L. DncHESNE, Le Liber censuum de l'Eglise romaine, 1899 et suiv. Un rapprochement s'impose entre le Patrimoine de saint Pierre et le domaine de l'empereur. C. Jui- MAN, Hist. de la Gaule, t. VIII (igaô)^ p. 48-5o.

2, Avant de rejoindre leur poste, ils prêtent serment, Grégoire écrit au notaire Pantaléon, en Sicile : « Experientia tua

recteur reçoit en partant des instructions [capitulare) ; il envoie à Rome des rapports, et pareils rapports sont lus par le pape, qui y répond avec une minutie attentive, pénétrée du souci de la justice et de la miséricorde. Qu'on lise, par exemple, sa longue réponse au sous-diacre Pierre, recteur du patrimoine de Sicile (J. 1102). Il lui rappelle les instructions qu'il lui a données à son départ, et le mandat spécial dont il l'a investi d'exercer sa vigilance sur les évêques, les clercs, les moines de Sicile. En ce qui concerne proprement le Patrimoine, des plaintes sont parvenues à Rome, plaintes nombreuses de gens" qui prétendent avoir depuis dix ans souflFert des violences de l'Eglise romaine [multos a Romana Ecclesia quasdam violentias pertidisse). Le recteur devra enquêter, et, s'il y a preuve d'excès de pouvoir et d'exactions commis depuis dix ans, les justes réparations devront être faites, sans que les plaignants aient à venir à Rome. Que le recteur corrige tout ce qui appelle correction : « Il sera un vrai soldat du bienheureux apôtre Pierre, si, dans les contestations où l'intérêt de l'apôtre est en jeu, la vérité seule est défendue sans acception de personne, fût-ce la personne de l'apôtre. » Et le pape poursuit : Que les notables [laid nobiles), que le gouverneur (çîr gloriosus) t'aiment pour ton humilité, loin d'avoir horreur de toi pour ton orgueil : ce Precor, pro humilitate te diliganty non pro superhia perhorrescant », sans que pour autant tu fermes les yeux sur les injustices dont ils se rendraient coupables à ta connaissance contré les pauvres. « Agis de telle sorte que ton humilité ne soit

quod vel quale apud sacratissimum corpus beati Pétri apostoU iusiuraadum praebuerit memor est ■». J. 1804.

pas de la faiblesse, que ton autorité ne soit pas de la rigueur. Il faut que la droiture accompagne l'humilité, et que l'humilité rende la droiture aimable. »

Le recteur du patrimoine de Sicile a fait porter à Rome quelque temps après un rapport sur les décisions par lui prises. Nous a:vons tardé à te répondre, lui écrit Grégoire dans une lettre longue et détaillée (J. 1 1 12), parce que nous étions tout aux occupations de la fête de Pâques ; nous répondons maintenant ' point par point à ton rapport. Dans ces réponses, presque toujours Grégoire prend le parti des colons, rustici nostriy contre les conductores. Exemple : il veut que le recteur vérifie attentivement le^ poids qui servent à peser les redevances en nature. Si le recteur découvre des poids faux, il devra les briser et les remplacer par des poids neufs et justes, ce que le prédécesseur du présent recteur n'a pas pu faire : « Nous voulons que l'on n'exige des colons de l'Eglise rien de plus que le juste poids. » Les colons Jésés devront être indemnisés : nous n'avons pas à bénéficier de l'injustice commise, si nous ne voulons pas que la violence nous soit imputée. On devine que la probité des conductores' est médiocre, et Grégoire leur dit leur fait : « Nos sacculum Ecclèsiae ex lucris turpibus nolumus inquinari », nous ne voulons pas que la bourse de l'Eglise se déshonore par des gains inavouables. La longue lettre de Grégoire se termine sur ce mot sans réplique : « Audisti quod çolo, vide quid agas », tu sais ce que je veux et ce que tu as à faire.

Dans une autre lettre (J. 1186) à ce même recteur du patrimoine de Sicile, le plus riche des domaines apostoliques, on voit quel landlord sait être le pape et à quels détails son œil de maître s'arrête. Les

vaches, écrit Grégoire, les vaches qui sont devenues stériles à cause de leur âge, ou les bœufs qui ne servent à rien du tout, il faut les vendre, pour qu'au moins leur prix ait quelque emploi utile. Les troupeaux de juments que nous gardons bien inutilement, je veux m*en défaire; nous garderons seulement quatre cents pouliches pour la reproduction. Nous ne pouvons donner aux pasteurs de ces troupeaux soixante solidî, quand nous ne tirons pas soixante deniers de leurs bêtes. Pas n'est besoin d'être économiste pour apprécier le bon sens de Grégoire. On s'étonne seulement que l'élevage, sur une si grande échelle, ne soit pas mieux organisé et pas davantage rémunérateur.

Les revenus du patrimoine de saint Pierre mettent aux mains du pape un argent qui sert aux besoins de son Eglise, à ses aumônes d'abord.

Grégoire, quia fait largesse de son propre patrimoine, ne traite pas autrement celui de saint Pierre. La jolie lettre qu'il écrit à l'abbé d'un monastère de Catane, pour lui reprocher de ne lui avoir pas dit plus tôt son impécuniosité (J. 1888) ! « Vous ne devez pas avoir honte de parler importunément d'aumônes à celui qui dispose, non pas de son bien propre, mais du bien des pauvres. » Notre ministère, continue-t-il, est celui de « dispensator in rébus pauperum », vous êtes inexcusable d'être si discret. Et il annonce à l'abbé qu'il fait inscrire son monastère sur les registres du recteur du patrimoine de Sicile pour un secours annuel de dix solidi, que l'abbé est prié de vouloir bien accepter, non comme un don de Grégoire, mais comme une benedictio de saint Pierre. — On va, à Palerme, célébrer la dédicace d'un oratorium sanctae Marîae dans le monastère de l'abbé Marinianus

SAINT GRÉGOIPxE LE GRAND. 5

(J. 1124); ce monastère est tout petit, si bien que Grégoire se sent pressé de concourir aux frais de la fête. Il écrit donc au recteur du patrimoine de Sicile de distribuer aux pauvres à cette occasion dix solidi d'ôr, trente amphores de vin, deux mesures {ofcas) d'huile, douze moutons, cent, poules, et de porter tous ces articles sur ses comptes.

Il écrit au recteur du patrimoine de Campanie (J. II 07) :

(t Je t'ai signifié à ton départ, et je me rappelle que je t'ai prescrit à chaque courrier, que tu devais prendre soin des pauvres, et que, quand tu en trouverais là-bas, tu devais m'écrira pour me les signaler. Or tu ne l'as fait que pour quelques-uns à peine. Je veux que tu donnes à domna Patéria ma parente, dès que tu recevras le présent ordre, quarante solidi^ et quatre cents boisseaux de bléi A domna Palatinà, veuve d'Urbicus, vingt solidi et trois cents boisseaux de blé. A domna Viviana, veuve de Félix, vingt solidi et trois cents boisseaux de blé. Cela fait en tout quatre-vingts solidi^ que tu porteras sur tes comptes. »

Le titre de domna fait penser à des femmes de qualité tombées dans la misère. Grégoire a rencontré bien souvent de ces infortunes patriciennes 2.

Les pauvres de Rome ont leur part, on le pense bien. Un mot dans une lettre de Grégoire à TheO" ktista?, sœur de l'empereur Maurice, nous ouvre un jour sur l'organisation de la charité à Rome et sur

1. Le texte porte : « Offeras ad calciarium puerorum (l'entretien des enfants) solidos quadraginta » . Rapprochez la lettre à Libertinus expraetor de Sicile, que Grégoire essaie de consoler de sa disgrâce et à qui il envoie « vigintî vestitus ad puerôs vestros » (J. 1780J.

2. Les aumônes du pape sont sollicitées de bien loin parfois. Voyez la gracieuse lettre que Grégoire écrit à l'abbé d'un monastère d'Isaurie, qui' lui a demandé un manuscrit des Évangiles et cinquante solidi (J. i35o).

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