‹ Saint Gregoire le Grand [microform]Chapitre 28 sur 85 · J. ii6f), janvier · texte numérisé non relu

J. ii6f), janvier

5. Entre la retraite du duc de Spolète et l'apparition d'AgiluIfe devant Rome, on place une démonstration heureuse de l'exarque Romanus, et sa venue à Rome, dont parle le Liber pontificalis, DacHESNE, t.I, p. 3i2, Duchesne cependant préfère placer cette intervention de l'exarque dans les premiers mois du pontificat de Grégoire. "

tête leur roi Agilulfe. Le péril n'avait jamais été. si grand.

Il y dans les homélies sur Ezéchiel une description de la désolation de Rome, qui est exactement du temps de cette attaque d' Agilulfe : .

c Où sont ceux qui s'exaltaient de joie dans la gloire de Rome? Où sont leurs cortèges [eorum pompa)? Où est leur orgueil?... Où est, dit le prophète Nahum, l'habitacle des lions et la mangeoire des lionceaux? Est-ce que ses duces et ses principes n'étaient pas des lions, qui couraient les provinces du monde et ravissaient leur proie par la violence et le meurtre? Ici, les lionceaux avaient leur mangeoire, car ici, enfants, adolescents, jeunes séculiers et fils de séculiers, accouraient de toutes les parties du monde, quand ils voulaient faire fortune dans le monde... Ah! personne n'accourt plus ici pour faire fortune... Le prophète (Michée) disait : Agrandis ta calvitie comme l'aigle. L'homme n'a jamais de chauve que la tête, l'aigle au contraire devient chauve de tout le corps, et quand il vieillit il perd toutes ses plumes, y compris celles de ses ailes » (/« Eiech. VII,

Shakespearienne image, que cette comparaison de Rome à un aigle vieilli, chauve, déplumé ! Mais l'heure est critique, Rome assiégée. L'angoisse était telle que Grégoire interrompit les homélies qu'il prêchait sur Ezéchiel. On attendait l'assaut qui ferait de Rome une ville lombarde, et qui sait? peut-être la capitale des Lombards !

Le roi Agilulfe cependant n'eut pas. plus Rome que ne l'avait eue le duc de Spolète : la surprise dut être grande en Italie d'apprendre que, dans cette carence de l'exarque, le pape avait pris sur lui de traiter pour Rome avec le roi des Lombards. Le souvenir s'est conservé, fixé par Paul Diacre {Fîta G. 26), que Grégoire serait allé au-devant du roi des Lombards, comme jadis saint Léon au-devant d'Attila, et que, par

son atlilude et ses paroles, il aurait obtenu que Rome lût sauve. Ce souvenir est confirmé par une chronique des environs de 649, oii il est dit que le roi des Lombards, assiégeant Rome avec toutes ses forces, se rencontra avec Grégoire, et que « dominé par les prières, par la sagesse, par la religieuse gravité d'un si grand homme, il renonça à assiéger la ville ». La scène est belle, elle n'est pas complète cependant, car de la même source nous savons que les Romains s'engagèrent à payer aux Lombards cinq, centenaria par an, ce qui constitue un tribut de cinq cents livres d'or. Grégoire assurait la paix en l'achetant. Mais il devait la paix tout autant à son prestige d'évêque du Siège apostolique, et il. n'est pas indifférent que le pape et le roi se soient rencontrés sur les degrés de la basilique de Saint-Pierre, « ad gradus hasïlicae beati Pétri apostolorum principis » *.

Les événements que nous venons de rappeler s'espacent entre' Sgo et SgS, donc dans les quatre premières années du pontificat : Grégoire y fait figure, non plus seulement d'évêque, d'évêque réformateur, d'évêque éloquent, mais de magistrat qui s'eâtime responsable, devant la République et malgré elle, de la défense de Rome.

« Nous ne pouvons pas vous dire ce que nous avons à souffrir de votre ami Romanus. En deux mots, sa méchanceté à notre égard est pire que celle des Lombards : les ennemis qui nous massacrent nous semblent plus bénins que les indices de la République, qui nous consument par leur méchanceté, par leurs rapines, par leur fausseté. J'ai en même temps cure des évêques, des clercs, des monastères, du peuple, j'ai l'angoisse de veiller sur les préparatifs des Lombards, et il me faut être en

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