LES ORIGINES. LA CONVERSION
Hilaire . naquit dans la seconde Aquitaine, à Poitiers, d'après saint Jérôme*, entre 3io et 320, d'une famille patricienne. Les noms de ses parents nous sont inconnus ; nous ne savons rien non plus des années de son enfance et de sa jeunesse. La Gaule, à cette époque, était remplie d'écoles; Hilaire les fréquenta et y apprit à connaître les modèles de la littérature latine. Au dire de saint Jérôme encore*, Quintilien, dont l'influence a été si grande et si durable, fut son auteur préféré,
I. Prxfat, libr. II in Ep. ad Galatas, a. Epist, LXXf Jd Magnum y n. 5.
SAINT HILAIRE. l
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Noiid* remarqùoils, da»s le premier livre De Tri^ nitate^ un ingénieux emprunt aux lettres de Pline le Jeune*. Hilaire apprit aussi le grec, mais il n'en eut, dit saint Jérôme, qu'une légère teinture ; du reste, la raison que donne l'illustre exégète ne parait pas décisive. Qu'Hilaire ait recouru au prêtre Héliodore pour expliquer les endroits obscurs d'Origène, cela ne démontre point qu'il ignorât la langue dans laquelle Origène a écrit; et, d'autre part, selon la remarque de Richard Simon, « son style, qui est presque tout grec..., est une preuve évidente que ce savant évêque était exercé dans la lecture des auteurs grecs ; c'est en particulier ce qui le rend difficile à entendre, comme le même saint Jérôme l'a observé* ». Les années d'exil en Orient parachevèrent d'ailleurs sa connaissance de l'idiome hellénique.
a Pour nous servir de l'expression de Tertullien, dit Tillemont, saint Hilaire ne naquit pas chrétien, mais le devint^. » Sans doute, à la suite d'un biographe du vi^ siècle, Fortunat*, l'é-
I. De Trinitate, lib. I, n. ao. Cf. PliD.,/i'^. V, £pist. VI. a. Histoire critique des commentateurs du Nouveau Testament, chap. ix.
3. Mémoires pour servir à f histoire ecclésiastique des six premiers siècles^ U VII, Saint Hilaire, art. ii (Edition de Paris, MDCC).
4. « Cujus a cunabulis tanta sapientia primitiva lactabatur infantia, ut jam tune potuisset intelligi Christum in suis causis, pro obtinenda vicloria, necessarium sibi
Digiti:
diteur bénédictin, Dom Constant, a cru qu'Hilaire avait été dès Tenfance nourri du lait de la sagesse chrétienne, et il n'a voulu voir dans le début du premier livre de la Trinité qu'une narration feinte où l'auteur retrace les incertitudes de l'âme qui scrute le problème de ses destinées. Les témoignages de saint Jérôme et de saint Augustin, l'accent même de l'ouvrage allégué, démentent une telle assertion ; quiconque lira sans parti pris les premières pages du traité De Trinitate, y découvrira autre chose qu'un drame imaginai re ; il y entendra les confessions d'une âme qui raconte au prix de quelles angoisses et par quels chemins elle est parvenue à la vérité. « Jeune encore, a écrit le duc Albert de Broglie, riche^ heureusement marié, père d'une fille qu'il adorait, placé au premier rang de cette noblesse des Gaules qui brillait par le savoir autant que par l'élégance et la politesse, (Hilaire) avait un jour senti s'élever au sein de sa conscience une redoutable question ; quel était le but de la vie^? » Nous laisserons parler le futur évèque. « Considérant, dit-il, le devoir propre et religieux de la vie humaine, tel que la nature elle-même et la méditation des sages nous le découvrent pour
militem jussisse propagari. » {Fita Sancti Hllarii scripta a Fortunato^ lib. I, n. 3.)
I, £ Église et V Empire au iv* siècle^ a" partie, t. I, chap. lY, La persécution arienne.
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nous élever jusqu'à rintelligence de ce don divin, je m'aperçus que, d'après l'opinion commune, ce qui fait l'intérêt et l'enviable douceur de la vie, ce qui aujourd'hui et autrefois a toujours paru du plus haut prix aux hommes, c'est le repos dans l'abondance : l'un de ces biens sans l'autre apporte plus de souffrances que d'avantages.
En effet, le repos dans l'indigence fait ressembler la vie présente à un exil ; et une opulence inquiète entraîne d'autant plus de calamités, que l'absence du repos est plus étrange au milieu des biens qui permettraient d'en jouir. D'ailleurs, quoique le repos et l'abondance rassemblent toutes les douceurs de la vie, ils me paraissent ne différer guère des agréments de la vie des bêtes. Celles-ci, dans leurs courses vagabondes à travers les bois et les riants pâturages, se dérobent au travail, et trouvent dans les prés une nourriture abondante.
Si l'on regarde donc le repos et l'abondance comme le bien le plus excellent de la vie humaine, force nous sera d'avouer qu'un tel bien nous est commun avec les animaux dépourvus de raison. Ils doivent aux bons services de la nature ce double avantage, et ils abondent ainsi de biens qu'ils n'ont pas eu le souci d'acquérir ^ »
Ce matérialisme abject qui barre l'horizon de