I. De Trinit,, lib. I, n. i
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rame humaine, et prétend tout réduire aux grossières et décevantes joies des sens, répugnait à l'âme d'Hilaire; il répugne à nos meilleurs comme à nos plus invincibles instincts. « La plupart des mortels, poursuivait le noble penseur, repoussent loin d'eux et flétrissent chez les autres cette vie bestiale, obéissant, sous l'inspiration de la nature, à la pensée qu'il est indigne de l'homme de se croire né pour le ventre et la paresse. Ils ont cru que s'ils n'avaient été envoyés dans ce monde pour accomplir de belles actions et se livrer à d'utiles travaux; que si la vie présente ne leur avait pas été accordée pour faire quelques progrès vers l'éternité (aut hanc ipsam {>xtam non ad aliquem profectum esse œternitatis induit am)^ il ne faudrait pas la réputer un présent de Dieu, cette vie qui , torturée d'angoisses , fatiguée d'ennuis, ne ferait que se consumer elle-même, depuis l'ignorance du premier âge, jusqu'à l'imbécillité de la décrépitude. Aussi, ce me semble, les hommes se sont portés vers l'exercice des vertus de patience, de modération, de douceur, parce qu'ils pensaient que la vie n'avait pu être donnée par le Dieu immortel uniquement pour nous mener à la mort, et qu'il n'était pas digne d'un tel bienfaiteur d'avoir uni chez les hommes à la joie de vivre l'intolérable crainte de mourir.
« Sans doute, je trouvai juste et sensée l'opi-
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nion de ceux qui disent qu'il faut garder sa conscience pure de toute faute, et pourvoir aux difficultés de la vie, les éviter par la prudence ou les supporter patiemment. Cependant, ces hommes ne me paraissaient pas des maîtres compétents dans l'art de "wvre bien et heureusement. Le urs préceptes étaient conformes au sens commun de Thumanité. Les méconnaître, c'était se ravaler jusqu'à la bête ; les enfreindre après les avoir connus, c'était descendre au-dessous d'elle. Mon àme avait hâte, non pas seulement de faire ce qu'on ne peut omettre sans faute et sans douleur, mais encore de connaître le Dieu de qui elle tenait le bien de la vie, pour se donner à lui tout entière et s'ennoblir en le servant ; pour placer en lui toutes ses espérances, et pour trouver dans sa bonté, contre les orages de l'existence, un port ami et sûr. Mon cœur s'enflammait donc d'un ardent désir de comprendre Dieu, ou du moins de le connaître*. »
Mais que d'opinions diverses et contradictoires se présentaient à l' esprit d'Hilaire ! « Les uns, introduisaient de nombreuses familles de dieux incertains, et, croyant retrouver la diversité des sexes dans la nature divine, imaginaient des nais-
I. De Trinit., lib. I, n. a, 3. Nous aTons fait et nous ferons encore plus d'un emprunt à la traduction de Villemain {Tableau de Véloquence chrétienne au it« siècle^ Saint Hilaive)^ et à celle du duc de Broglie (/. c).
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sances et des successions de dieux. D'autres distinguaient de grands dieux et des dieux moindres, inégaux en puissance. D'autres niaient qu'il y eût aucune divinité, et n'adoraient que cette nature qui se révèle dans le mouvement et le concour* fortuit des atomes. Il en est beaucoup qui affirment communément l'existence de la divinité.
Mais cette divinité, ils la déclarent insoucieuse des choses humaines et ne s'ea occupant pas.
D'autres, sous ces formes corporelles et visibles des créatures, adoraient les éléments de la terre et du ciel. Enfin, plusieurs plaçaient leurs dieux dans des simulacres d'hommes, d'animaux domestiques, de bêtes sauvages, d'oiseaux, de serpents; et emprisonnaient le Dieu et l'auteur de l'univers dans l'étroite enceinte d'idoles de métal, de pierre et de bois. Ils ne méritaient pas le nom de docteurs de la vérité, ceux qui, attachés à des opinions ridicules, honteuses, impies, ne différaient les uns des autres que par de vains détails'. »
Hilaire ne choisit pas entre des opinions diverses et contradictoires dont sa raison, aidée de cette première grâce que Dieu mêle, ditFénelon, aux restes de la bonne nature', lui avait montré le vide et la folie. « Parmi tant de systèmes, dit-il,
T. De Triait. y lib. I, n. 4»
a. Lettre VI sur la religion, n. 3,
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mon âme inquiète s'eflTorçait d'aller à Dieu par la seule voie qui pût l'y conduire* Je compris que l'indififérence au monde qu'il a créé était chose indigne de Dieu, et que, dans une nature puissante et incorruptible, il ne pouvait y avoir ni sexes ni naissances. Mon âme tenait donc pour certain que l'Être éternel et divin est nécessairement simple et unique; qu'il n'a pas de principe hors de lui, et qu'il n'y a hors de lui rien qui lui soit supérieur; que la toute-puissance et l'éternité sont l'apanage d'un seul, puisque dans la toute-puissance il n'y a ni plus ni moins; dans l'éternité il n'y a ni après ni avant; et qu'en Dieu, nous ne devons rien adorer que la toute-puissance et l'éternité*. »
Hilaire en était là, lorsque, comme jadis saint Justin', il découvrit les saintes Écritures. Elles donnèrent à ses questions anxieuses la réponse qu'il appelait. « Je roulais dans mon esprit ces pensées et bien d'autres, quand je rencontrai ces livres que la religion des Hébreux déclare l'œuvre de Moïse et des prophètes. J'y lus le témoignage que Dieu se rend à lui-même : Je suis Celui qui suis, et encore : Tu diras aux enfants (V Israël : Celui qui est ni a em^oyé vers cous. J'admirai cette parfaite définition qui traduisait l'incompréhensible notion
I, De Trtnit,, lib. I, n. 4.
a. Dialog, cum Tryphone Judœo^ 7,
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de Dieu par l'expression la mieux appropriée à rintelligence humaine. Rien ne se conçoit en effet comme plus essentiel à Dieu que l'être, car Celui qui est par essence ne finira point de même qu'il n'a point commencé; Celui qui possède éternellement une béatitude inamissible n'a pu et ne pourra jamais ne pas être; car il ne saurait y avoir pour Dieu ni destruction ni naissance. Et, comme l'éternité ne peut jamais lui manquer. Dieu fait voir que ces mots : // est^ sont les seuls qui attestent dignement son inaltérable éternité*. »
D'autres attributs se dévoilent encore et se déroulent aux yeux d'Hilaire. Dieu est immense : « Ou fuirai-je loin de i^otre face? Aucun lieu où Dieu ne soit, aucun lieu qui ne soit en Dieu.... Dieu pénètre tout, il déborde tout [Inest interior^ excedit exteriory , »
Reconnaître l'infinité divine n'a pas suffi à Hilaire ; il pressent la beauté souveraine ; il l'affirme en vertu de ce procédé d'éminence que le livre de la Sagesse lui a appris à employer. « Sans doute, écrit-il, mon âme était heureuse d'adorer dans son Créateur l'éternité et l'immensité; mais, d'un désir encore plus ardent, elle aspirait à voir la beauté de ce Dieu éternel et immense : elle se représentait cette beauté comme la parure de l'in-