I. V Église et V Empire romain, a* partie, chap. ix
Digiti:
son disciple Eunomius, abordèrent aussi Constantinople, désireux d'y prendre sur leurs adversaires de Séleucîe une revanche décisive.
Celle revanche leur fut refusée, caries audaces de ces docteurs, étrangers à la théologie et dédaigneux de la tradition, dépassaient de beaucoup les bornes où Constance et ses conseillers ecclésiastiques eussent voulu se renfermer. Mais à cette déroute de l'anoméisme, la foi de Nicée ne gagnait rien. Sans doute, dans les premiers jours, sous rinfluence d'Hilaire, nombre de ces évêques dont lui-même a loué la piété*, s'étaient rapprochés de l'orthodoxie, et avaient paru sur le point de se réconcilier avec le mot qui l'exprime. Mais soudain éclata, comme un coup de foudre, la nouvelle du désastre de Rimini. « L'Occident passait avec raison, pour l'asile et le rempart de la foi de Nicée. Là se trouvaient les défenseurs jurés, ceux qu'on nommait même, par dérision, les adorateurs du consubstantieL Quand ceux-là même consentaient à signer une formule de foi, très vague, où la similitude du Père et du Fils était à peine affirmée d'une manière évasive et générale, qui pouvait se montrer plus difficile et plus obstiné qu'eux* ? » Et qui l'oserait, en présence
I. «Ex his, qui homœusion praedicabant, aliqui nonnulla piè veibis praedicabant. » (Lib. contra Constantium^ d. la.)
a. Duc de Broglie, V Église et V Empire au w* siècle^ a' partie, chap. iv.
Digiti:
SÉLEUCIE ET GONSTANTINOPLE. 71
des rigueurs persécutrices qui allaient atteindre tous les réfractaires ?
Il s'en trouva plusieurs cependant, et l'équitable histoire doit enregistrer les noms de Basile d'Ancyre, d'Éleusius de Cyzique, d'Eustatlie de Sébaste, et de Macédonius de Constantinople.
Eudoxe, par la volonté impériale, remplaça ce dernier sur le siège que son exil laissait vacant. Mais le chef de la résistance était Hilaire. L'évêque de Poitiers adressa à Constance une requête, du ton respectueux qui caractérise celle qu'il écrivait en 355 ou 356. « Je ne l'ignore pas, très pieux empereur, disait-il en commençant, les causes qu'on porte au tribunal de l'opinion publique, graves ou futiles, valent surtout par le mérite de leur avocat. On décide des questions pendantes, suivant le mépris ou l'estime qu'on a pour Thomme qui les défend. Mais, sur le point de t'entretenir d'une question divine, je ne crains pas ce vieil usage, car tu es bon et religieux; et un juge vraiment religieux ne tombe pas dans cette faute de prononcer, moins d'après ce qui a été dit que d'après celui qui l'a dit. L'occasion de parler en ta présence m'est oflTerte, et l'indispensable devoir s'en impose à moi : aussi, au moment de traiter avec toi de religion, ne me laisserai-je pas arrêter par quelque scrupule d'indignité*, n
!• Ad Constantium Imper. ^ lib. II, n. i.
Avec une modeste assurance, Hilaire expose ses titres à Tattention impériale. Il invoque en sa faveur — nous le savons déjà — le témoignage de ses frères, les évêques des Gaules, et même celui du César Julien. « Les lettres de ton César sont dans tes mains, écrivait Hilaire à Constance, et la fausseté des accusations qui ont provoqué mon exil est manifeste*. » Saturnin, l'instigateur du bannissement d'Hilaire, était à Constantinople; Hilaire demande à lui être confronté. Il saura bien le convaincre de calomnie ; et, s'il n'y parvenait pas, il accepte d'avance les rigueurs du châtiment canonique qui lui serait infligé.
Mais un intérêt majeur, l'intérêt de la foi, préoccupe l'évêque de Poitiers. « Reconnais-la, bon et religieux empereur, cette foi dont tu désires depuis longtemps être instruit par les évêques, et que tu ne connais pas. Ceux à qui tu la demandes, traduisent dans leurs formules leur propre pensée, ils n'expriment pas la vérité divine*.... » L'intrépide exilé s'élève contre ces professions de foi qui, au mépris du symbole de Nicée, se sont succédé d'année en année et de mois en mois [Jnnuas atque menstruas de Deo fides decernimus)^ ; pour remédier à de si grands maux, il sollicite de l'empereur une audience