LES DERNIERES ANNEES. — LA MORT. LE TRIOMPHE
L'écrit auquel nous avons fait de si larges emprunts est le dernier des ouvrages polémiques d'Hilaire. De retour dans sa ville épiscopale, il cessa de combattre mais non de travailler. Alors peut-être, il transcrivit de sa main cet exemplaire des Évangiles qu'en 474 saint Perpétue de Tours devait transmettre par testament à saint Euphronius, évêque d'Aulun, et dont Texistence est attestée, au IX® siècle, parDrulhmar, moine de Corbie. Mais surtout, Hilaire médita les livres saints. Inspiré par eux, il composa ces hymnes que saint Jérôme a mentionnées, et il les fit chanter dans les églises d'Occident, à l'instar de celles qu'il avait entendues en Orient, durant son exil. Comme dans les hymnes qu'il envoyait à sa fille, et que nous avons traduites, Hilaire y poursuivait un double but : affermir la piété du peuple fidèle, et le pré* munir contre l'hérésie toujours menaçante.
Digiti:
C'est sans doute à la suprême période de sa vîe qu'appartiennent les commentaires sur les psaumes. « Il n'est pas aisé, » remarque Dom Ceillier, « de fixer Tannée en laquelle il les composa; mais on peut dire, comme vraisemblable, qu'alors il possédait à fond les matières de religion, qu'il goûtait en paix les fruits de ses victoires sur les ariens, et qu'il n'était occupé que du soin d'instruire les catholiques dans la connaissance des divines Écritures, ce qu'il ne put faire que dans les dernières années de sa vie *. »
Les psaumes ont exercé sur tous les écrivains ecclésiastiques, sur tous les Pères, un attrait doux et puissant; chacun d'eux eût pu faire sien ce que Bossuet a dit de ces cantiques : « Vieillir, mourir dans leur commerce, est le comble de mes vœux, In his consenescere^ his immori summa voiorum esi"^. » Le commentaire d'Hilaire sur les psaumes éveille le souvenir d'un autre commentaire. Augustin, encore ignorant de ses destinées, déjà tourmenté cependant par Tinquiet amour du beau et du vrai, grandissait dans une obscure cité d'Afrique, lorsque l'évêque de Poitiers réconfortait ses dernières années par la méditation des chants sacrés de David. Les Enarrationes d'Augustin l'emportent en étendue sur l'œuvre d'Hi-
I , Histoire génércde des auteurs ecclésiastiques. Saint Bî" lairey art, ii.
a. Epist, UL Episcopi Meldcnsis»
Digiti:
laire, telle du moins qu'elle nous est parvenue; et quels que soient les défauts ou les lacunes qu'un goût sévère, qu'une critique soucieuse avant tout de rinterprétalion littérale auraient le droit d'y signaler, ces commentaires, destinés aux marins d'Hippone, renferment nombre de traits sublimes ou pénétrants qui jusqu'à la fin porteront dans les âmes la lumière bienfaisante, la salubre ivresse de la vérité. Qu'on lise par exemple ce commentaire du Super flumina Bahylonis où, dit l'abbé Perreyve, « la lassitude des tribulations de la terre, mais sans murmures, ni découragements, et le désir de la céleste cité, sont exprimés dans un langage qu'égala rarement l'esprit des hommes*. » Ce langage, j'oserais le dire, Hilaire d'un génie si ferme, mais moins vaste et moins souple que celui d'Augustin, ne l'égale pas; et cependant, son commentaire des psaumes, loué par les plus grands maîtres, par saint Jérôme et par saint Augustin lui-même, est une œuvre du plus rare mérite. Hilaire s'y inspire d'Origène, sans s'asservir au docte et téméraire Alexandrin. « La méthode qu'il s'est prescrite dans l'interprétation des psaumes, » dit Dom CeilHer, « est de développer également la lettre et l'esprit; il tient un juste milieu entre ceux qui, ne s'arrétant qu'au sens littéral et purement historique, croyaient n'en