‹ Saint HilaireChapitre 58 sur 101 · Œuvres complètes^ t. III, p · texte numérisé non relu

Œuvres complètes^ t. III, p

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le premier rang parmi les confesseurs, et auquel des temples nombreux ont été dédiés. Le D*" Cazenove remarque que la Grande-Bretagne elle-même compte plusieurs de ces églises, tant fut vive l'impression laissée dans les âmes par le génie et les vertus d'Hilaîre.

Nous savons déjà de quelle vénération pieuse les docteurs venus immédiatement après Hilaire, Jérôme, Augustin, ont entouré sa mémoire. L'auteur du Commonitorium dont d'illustres théologiens du XDL® siècle ont si bien tiré parti, saint Vincent de Lérins, Facundus d'Hermiane, Alcuin, Hincmar de Reims, Lanfranc de Canterbury, Fulbert de Chartres, les maîtres de la scolastique, des sacramentaires et des missels, ont célébré les mérites et les services d'Hilaire.

Parmi tous ces éloges, des voix discordantes se sont fait entendre. Érasme, suivi de Gibbon, a reproché à Hilaire les hardiesses d'une spéculation théologique qui ne s'arrête pas toujours devant d'infranchissables limites, et la rigueur des censures dont il frappe les adversaires de l'orthodoxie. A en croire Érasme, les erreurs où Hilaire est tombé ne lui laissaient pas le droit d'être ti ce point sévère. En traitant de la doctrine de l'évêque de Poitiers, nous verrons si les critiques qui contestent l'exactitude de sa théologie, ou qui lui reprochent une curiosité téméraire, sont fondées en raison. Sans doute, Hilaire a lancé l'anathème

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contre Auxence, Constance, Saturnin, contre les astucieux ou impudents contempteurs du dogme catholique, contre les instigateurs ou les complices de la persécution qui ravageait l'Église; mais, nous Tavons déjà remarqué, il ménage les faibles, il affermit les hésitants, il est constamment rhomme des charitables condescendances.

C'est son habituelle miséricorde qui l'autorise à se montrer quelquefois sévère. Érasme ressemblait trop peu a Hilaire pour le bien comprendre. L'humaniste dédaigneux de la théologie, le tiède croyant qui côtoya le protestantisme, et que les fureurs de Luther empêchèrent surtout d'y tomber, ne partageait pas avec Hilaire l'intraitable souci des droits de la vérité, et le désir de monter de plus en plus dans la lumière.

Au xvn® et au xvm® siècle, le dominicain Noël Alexandre, dom Constant, dom Ceillier, s'attachèrent à défendre et à glorifier le grand docteur. Dans le siècle qui vient de finir, le duc de Broglie lui a consacré des pages mémorables que nous avons plus d'une fois citées ; Môhler a vanté « la profondeur de ses vues sur l'essence de la foi; sur les relations de la foi avec la science ; sur l'Église catholique.... » Plus d'un protestant aussi a rendu ample justice à saint Hilaire.

Le luthérien Dorner admire sa chrîstologie, et salue en lui un vrai docteur de l'Église. C'est les yeux fixés sur l'évêque de Poitiers, que le docteur

Cazenove redit ces beaux vers de Wordsworth dont Tapplication est si aisée : a Nous vivons d'enthousiasme, d'espérance et d'amour ; et plus nous plaçons haut ces sentiments, plus nous nous élevons dans la hiérarchie des êtres. »

Un suprême honneur a couronné tous ceux que nous avons énumérés. Depuis deux siècles, plusieurs Eglises particuhères honoraient comme docteur l'évêque de Poitiers, mais aucun acte du Saint-Siège ne lui avait officiellement décerné ce titre. Les Pères du concile célébré à Bordeaux en i85o, sollicitèrent pour le glorieux pontife un titre que tant d'œuvres magistrales avaient mérité, et Rome accueillit favorablement cette requête. Le décret Quod potissimum de la congrégation des Rites (29 mars i85i), et le bref apostolique Si ab ipsîsy du i3mai 1 85 1, rangèrent définitivement Hilaire dans cette élite de maîtres qui, selon un mot de Benoît XIV, n'ont pas seulement enseigné dans l'Eglise, mais ont enseigné l'Église. Venu après les audaces sacrilèges de Strauss, et avant celles de Renan, paraissant en un âge où, sous des formes nouvelles, renaissait la vieille eiTCur des ariens [hoc potissimum œt^o quo vêtus arianorum error reviviscit), l'acte pontifical glorifiait et consolait tout ensemble l'Église de France. c< Ce n'est pas une gloire médiocre poumons, » écrivait Mgr Pie en décembre i85i, « que d'avoir fourni au monde chrétien le premier de ses docteurs dans

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Tordre des temps : Hilaire, qui est appelé le porteétendard et Tastre précurseur des Latins, n'a-t-il pas devtincé de quelques années, sur la scène du monde et dans le tombeau, Athanase lui-même, le plus ancien des docteurs grecs ? Comme aussi, parmi les combats que nous avons à soutenir dans un siècle où la cause qu'il s'agit de plaider de nouveau n'est autre que la cause même de Jésus-Christ, ce n'est pas une médiocre consolation d'avoir k notre tête le grand adversaire de la vieille erreur qui a reparu SUT la terre, l'intrépide défenseur du Verbe incarné, le soldat de l'Église, qu'aucune terreur de la puissance humaine ne put jamais

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